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Faut-il rembourser la dette publique ?

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Je ne résiste pas au plaisir de signaler une étude économique « orthodoxe » publiée par Patrick Artus et la banque Natixis, sur le remboursement de la dette. Cette étude revient sur l’idée de plus en plus répandue selon laquelle la dette publique ne devrait pas forcément être remboursée, en tout cas dans totalité. Cette idée, impensable jusqu’il y a quelques mois, chemine, chemine, chemine, et commence à bénéficier d’une véritable légitimité.

L’analyse de Natixis fait un point de situation très objectif et montre les avantages et inconvénients de cette théorie du « haircut ».

https://institutionsfinancieres.natixis.com/upload/docs/application/pdf/2011-01/note_mensuelle_recherche_economique_natixis_-_janv_2011.pdf

Pour l’essentiel, les idées sont les suivantes:

A – arguments pour un défaut sur la dette

1 – fallait-il et faut-il aider les pays endettés de la zone euro à rembourser leurs dettes? En réalité, ceux-ci ont un problème structurel de remboursement, c’est-à-dire de solvabilité. L’aide qui leur est apportée ponctuellement ne fait donc que repousser des échéances difficiles et ne règle en rien la question. En refusant un défaut sur la dette, même partiel (le fameux haircut), nous les obligeons à mener une politique d’austérité qui plombe toute perspective de croissance et accroît leur mal.

2 – moralement, faire payer aux populations le remboursement de la dette n’est pas juste. Je cite une superbe phrase: « ce sont les populations qui paient les erreurs de gestion budgétaire du pays, ce
qui est anormal ».

3 – moralement, il est aussi juste que les détenteurs de la dette soient pénalisés, et pas seulement les populations.

B – arguments contre un défaut sur la dette

1 – les pays en défaut n’auront plus accès aux marchés financiers pendant un certain temps

2 – le défaut sur la dette sauve les Etats, mais fragilise les banques et les assurances, détentrices de la dette

3 – moralement, pénaliser les détenteurs de la dette passée n’est pas juste, car ces créanciers ont acheté une dette sans risque

C – les 4 scénarios proposés par Natixis

1 – mettre en place un défaut partiel (le haircut)
2 – relancer l’inflation
3 – allonger la durée de remboursement de la dette pour alléger le fardeau
4 – transférer une partie de la dette des pays les plus fragiles vers les pays les plus solides (Allemagne notamment).

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De cette note, je retiens quelques points:

– d’abord l’idée de ne pas rembourser la totalité de la dette est envisageable économiquement. Même si elle constitue un tabou pour la pensée unique, des experts très orthodoxes, comme ceux de la banque Natixis, l’envisagent de façon très raisonnable, comme une solution réaliste

– ensuite, les arguments qui s’opposent au défaut partiel sont essentiellement moraux et contestables. Ne pas rembourser une partie de la dette consiste en fait à demander à l’industrie financière de rembourser les dégâts qu’elles ont causés, ce qui n’est pas scandaleux

– enfin, le défaut partiel est un sujet de géopolitique: quels pays vont payer? en particulier, quel prix pour l’Allemagne? Un débat déjà ouvert dans les années 20 en Europe…

Un commentaire

  1. soulé DIAWARA dit

    Je partage totalement ton analyse sur la dette et surtout le secours que l’Europe apporte aux pays très endettés. C’est retarder pour miex sauterje voulais dire pour ne pas sauter du tou.
    Soulé

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