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Le travail coûte plus cher en Allemagne qu’en France

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Pour justifier la baisse du coût du travail en France, les analystes et commentateurs aiment à expliquer que la France souffre d’un manque de compétitivité par rapport à l’Allemagne à cause de son coût du travail trop élevé. La litanie est bien construite: les Allemands ont pratiqué une rigueur salariale qui leur a permis de baisser le coût du travail et de retrouver leur compétitivité. Grâce à cette politique, leurs salariés coûteraient moins cher que les salariés français, ce qui leur permettrait de vendre mieux, etc.

J’ai retrouvé une fiche de la commission des comptes de la sécurité sociale de juin 2010 qui fait un point très intéressant sur cette question:
http://www.securite-sociale.fr/comprendre/dossiers/comptes/2010/ccss201006_fic-07-1.pdf

En voici les principaux éléments:

1 – la mesure du coût du travail est très difficile et contestable, car elle passe par des données agrégées qui mélangent des données très différentes. Dans la pratique, il existe deux sources: Eurostat et l’OCDE, qui ne concordent pas forcément, sachant que le coût du travail peut être défini de façons hétérogènes: s’agit-il du coût horaire moyen? du coût salarial global? des rémunérations brutes annuelles et des cotisations patronales? Ces points méthodologiques nous invitent à la prudence dans les comparaisons.

2 – le coût du travail en Allemagne a effectivement évolué moins vite à partir de 2004, alors que son augmentation est régulière en France. Cet infléchissement de tendance s’explique par la politique de désinflation compétitive menée en Allemagne, dont le principal point a consisté à développer les ressources fiscales de la sécurité sociale. Autrement dit, le financement de la sécurité sociale en Allemagne repose de plus en plus sur l’impôt. La part des cotisations sociales a donc diminué dans les recettes de la sécurité sociale. L’invention de la TVA sociale en 2007 a joué un grand rôle dans ce rééquilibrage, car elle a permis de financer la sécurité sociale sans augmenter le coût du travail. En revanche soyons bien clairs sur la signification de cette tendance: les citoyens se substituent aux employeurs pour financer la protection sociale.

3 – LE COÛT DU TRAVAIL EN ALLEMAGNE RESTE NEANMOINS PLUS CHER QU’EN FRANCE!


Je cite: « Le salaire annuel brut moyen des salariés travaillant à temps plein dans l’industrie et les services est largement plus élevé en Allemagne qu’en France (43 942 € en 2008 contre 32 826 €, soit une différence de 34%). L’écart se réduit mais reste substantiel au niveau du coût du travail annuel par salarié
(52 458 € contre 46 711 €, soit 12%). Il est sensiblement plus faible, en restant positif, pour le revenu net après impôt (25 167 € contre 23 694 €, soit 6%). La réduction de l’écart tient à l’importance relative plus grande des prélèvements patronaux en France et de l’impôt sur le revenu en Allemagne. Au final, le coin fiscalo-social (c’est-à-dire la part des prélèvements sociaux et de l’impôt sur le revenu dans le coût du travail) est supérieur en Allemagne (52% contre 49,3%). Le niveau supérieur du salaire moyen et du coût annuel du travail en Allemagne ne semble pas être justifié par une productivité supérieure du travail et n’est que partiellement lié au nombre d’heures travaillées.« 

Et la note continue: « Si la durée effective hebdomadaire moyenne du travail pour l’ensemble des salariés est supérieure en France (35,2 heures contre 34,9 heures en Allemagne) en raison du temps de
travail moyen supérieur des salariés à temps partiel en France, il n’en est pas de même pour les seuls salariés à plein temps des secteurs de l’industrie et des services : leur durée effective moyenne est de 41 heures par semaine en Allemagne, contre 38,1 heures en France. Néanmoins, en rapportant le coût annuel du travail précédemment estimé pour les seuls travailleurs à temps plein au nombre d’heures effectivement travaillées, le coût horaire du travail au niveau du salaire moyen demeure supérieur en Allemagne (24,6€ contre 23,6€), même si l’écart entre les deux économies s’est réduit sur la période 2000-2008 : le coût horaire français, qui représentait 87% de celui constaté en Allemagne en 2000, est passé à 96% en 2008. Ce rattrapage résulte d’une part de la moindre progression des revenus nets (2,5% en moyenne annuelle en Allemagne, contre 2,8% en France) et des prélèvements assis sur les salaires (1,5% contre 2,7%), mais également de la baisse du nombre d’heures travaillées en France, alors que ce volume était le même dans les deux pays en 1997.« 

Conclusion: même s’il y a une convergence progressive du coût du travail entre les deux pays, le travail allemand coûte 24,6€ de l’heure en moyenne, et le travail français seulement 23,6€.
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De cette note, je retire quelques éléments simples:

– le travail en Allemagne n’est pas moins cher qu’en France, au contraire

– l’Allemagne est citée en modèle parce qu’elle a fortement modéré les cotisations patronales, notamment en introduisant la TVA sociale

– la référence à l’Allemagne ne vise donc pas un pays où le travail est moins cher, mais un pays où les cotisations patronales n’augmentent plus. Nuance…

Un commentaire

  1. lamblin dit

    Bonjour,
    Je suis en train de termine rla lecture de votre livre que je trouve tout à fait remarquable , je souhaiterai y ajouter quelques éléments d’information. Dans les années 90 un livre dénommé « les nouveaux condotières » a démontré que toutes les grandes fortunes actuelles ( bolloré , arnault , pinault ) se sont montées grace à l’aide du crédit lyonnais , sans le crédit lyonnais , tous ces gens ne seraient rien , pour la petite histoire bernard tapie était à pein mentionné dans ce livre et considéré comme un petit joueur au regard des autres. Le 2e point concerne les délocalisations , je pense que vous vous trompez , il y a bien eu délocalisation , des industriels se sont transformés en négociants et on fait fabriquer en chine leur produit , dans un 1er temps pour conserver leur part de marché , et leurs marges , c’est vrai dans le textile, mais également dans l’électronique ( Thomson ) , l’électro ménager (SEB )dans le jouet, donc il ya bien délocalisation , plus ou moins directe , mais réelle , l’industrielle sous traite à l’étarnger ce qu’il faisait fabriquer en France .

    Cordialement

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