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Mois : février 2011

La croissance et le peuple: l’INSEE suit-elle vraiment le dossier?

Dans un billet précédent, j’ai réévoqué le rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi sur la croissance et le progrès social, rendu en septembre 2009, consultable intégralement sur:

http://www.stiglitz-sen-fitoussi.fr/documents/rapport_francais.pdf

Ce rapport avait été rendu à la demande de Nicolas Sarkozy. Il soulignait toutes les limites de la croissance du PIB comme indicateur de la performance économique, et préconisait d’approcher autrement la mesure du progrès social.

Trois grands thèmes devaient notamment guider les travaux de l’INSEE, en charge principale de la déclinaison du dossier:

– développements autour du PIB

– mesure de la qualité de vie

– développement durable et environnement

Le tout représentait une bonne quinzaine d’études statistiques à mener.

Ce programme de travail avait donné lieu à une communication en fanfare du directeur général de l’INSEE, Jean-Philippe Cotis, nommé à ce poste par Nicolas Sarkozy, et par ailleurs membre de la commission qui a préparé le rapport. Lors d’une conférence de presse tenue le 17 novembre 2009, le ci-devant Cotis avait notamment déclaré:

« Ce rapport, qui fera date, ne marque pas pour autant une rupture avec les travaux actuels des statisticiens. Il appelle plutôt à accélérer des mutations qui sont déjà engagées ; afin de mieux répondre à la demande sociale. Innover pour mieux répondre à la demande sociale, c’est en tout cas le mandat que nous avons reçu des plus hautes autorités de l’État ».

2 thèmes sur 15 bouclés au bout d’un an…

Depuis lors, que s’est-il passé?

Sur les quinze items à suivre, l’Insee peut se targuer d’avoir réellement satisfait à deux d’entre eux:

– la connaissance du mal logement

– la mesure de la qualité de vie à travers les conditions matérielles

En revanche, l’étude sur 10 ans des revenus de la consommation et du patrimoine est annoncée pour 2012, et l’essentiel des items sera traité entre 2011 et 2013.

L’effort semble assez loin de ce qu’on pouvait attendre, puisque l’essentiel du rapport Stiglitz reste donc en friche dix-huit mois après sa parution.

Toutefois, j’invite chacun à lire l’intéressante étude publiée en novembre 2010 sur les très hauts revenus en France, c’est-à-dire le 1% de la population le plus aisé (84.500 € annuels par unité de consommation), et qui doit donner lieu à un suivi régulier à l’avenir.

http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/REVPMEN10e.pdf

En voici un florilège.

Les très très riches et leurs petits secrets

Comme le dit le rapport: « Même au sein des très hauts revenus, les revenus sont fortement concentrés sur quelques personnes » (page 46). Autrement dit, s’il est vrai que le revenu moyen du 1% le plus aisé des Français est de 149.638€ annuels (près de 10 fois le revenu moyen des 90% de la population les plus aisés), remarquons tout de même que le 0,01% de la population le plus riche perçoit en moyenne 1.471.500€ par an. Soit plus de cent ans de SMIC… Si l’on ajoute les revenus du capital et les revenus exceptionnels perçus par ces quelques milliers de Français, la somme moyenne annuelle atteint 3.000.000€ (tableau p. 49).

Page 47, on apprend que: « Les 10% les plus riches reçoivent près de deux tiers des revenus du patrimoine et quatre cinquièmes des revenus exceptionnels ». On comprend mieux pourquoi la réforme de la fiscalité du patrimoine doit se faire à volume constant… L’idée de demander aux 10% les plus riches d’accroître leur effort fiscal ne peut effleurer aucun esprit raisonnable.

Je recommande vivement les pages 57 et 58, qui disent notamment ceci:

«  Entre 2004 et 2007, le nombre de personnes dépassant les 100.000 euros constants de revenu par unité de consommation a crû de 28%, et de 70% pour les personnes au-dessus du seuil à 500.000 euros. (…) les très aisés et les plus aisés, qui ne représentent que 0,1 % de la population, profitent de 4,6 % de la croissance des revenus déclarés. »

Satisfecit à l’INSEE donc, pour cette étude, malgré son retard général dans le suivi du rapport Stiglitz. On aimerait avoir de plus amples précisions sur ces 0,01% de la population, qui échappent si souvent aux statistiques. Mais, un coin du voile commence à être levé.

Avons-nous besoin de l’industrie en France?

Pour répondre à de nombreuses questions sur la place de l’industrie en France, je ressors un graphique publié par l’Insee, qui me semble très instructif:

Ce graphique compare la croissance du PIB (ligne rouge), avec l’apport de chaque grande catégorie de secteurs: gris clair pour l’industrie et la construction, gris foncé pour les services, dont les services marchands.

Que retenir du graphique? Jusqu’en 1971, la croissance française dépend essentiellement de l’industrie. A partir de 1972, les services deviennent l’élément déterminant de la croissance, jusqu’à être les seuls contributeurs certaines années (notamment dans le décennie 80).

Cet élément me paraît important, car nous sommes tous tributaires d’une idéologie selon laquelle l’industrie est indispensable à la croissance. En vérité, ce n’est pas le cas. Une bonne question à se poser est de savoir quel est le coût du maintien de l’industrie en France pour l’ensemble de l’économie française?

Crise de l’immobilier aux US

USA : -2,5% de dépenses de construction en décembre.

(CercleFinance.com) – Les dépenses de construction ont chuté de 2,5% au mois de décembre aux Etats-Unis en comparaison séquentielle. Elles avaient diminué de 0,2% en novembre, et non augmenté de 0,4% comme annoncé initialement.

Sur l’ensemble de l’année écoulée, les dépenses de construction ont reculé de 10,3% par rapport à 2009.

Répit pour l’Espagne grâce à l’austérité

AFP le 01/02/2011 à 15:49

Espagne : Standard & Poor’s confirme la note, la perspective reste négative

L’agence de notation Standard and Poor’s a confirmé mardi la note souveraine « AA » de l’Espagne, saluant « la consolidation budgétaire et les réformes structurelles », mais a maintenu la perspective négative au cas où le pays n’atteindrait pas ses objectifs budgétaires.

Les marchés financiers se détendent en faveur des pays fragiles

AFP le 01/02/2011 à 13:43

Obligations : les taux des pays fragiles baissent, retour du risque

Les taux d’emprunt des pays fragiles de la zone euro reculaient nettement mardi, les investisseurs ayant retrouvé l’appétit pour le risque après la publication des indicateurs macroéconomiques solides sur la croissance en zone euro.

Vers 13H10 (12H10 GMT), la plupart des taux longs des pays périphériques de la zone euro aux finances exsangues se détendaient.

Les taux longs espagnols baissaient à 5,238% contre 5,332% lundi soir. Les taux longs du Portugal reculaient à 6,706% contre 6,829% lundi soir. Quant aux taux grecs, ils reculaient à 10,774% contre 11,090% la veille.

Le mal-logement touche un Français sur 6!

Associated Press le 01/02/2011 à 13:12

Dix millions de personnes touchées par la crise du logement, selon la Fondation Abbé Pierre :

Demandeurs de HLM en attente depuis des années, sans-abri, ménages vivant en situation de surpeuplement, dans des habitats insalubres ou encore menacés d’expulsion, ce sont au total plus de 10 millions de personnes qui seraient touchées par la crise du logement en France, selon le 16e rapport sur le mal-logement que la Fondation Abbé Pierre publie mardi.

Discours alarmiste de DSK

AFP le 01/02/2011 à 08:19

Le FMI met en garde contre « des déséquilibres dangereux » pour l’économie :

L’aggravation de déséquilibres mondiaux alimente des tensions qui menacent de faire dérailler la fragile reprise économique, a estimé mardi le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn.

« Bien que la reprise soit en cours, ce n’est pas la reprise que nous souhaitions », a-t-il dit lors d’une conférence à Singapour.

« C’est une reprise émaillée de tensions et de pressions, qui pourrait même semer les graines de la prochaine crise. Je vois deux déséquilibres dangereux », a-t-il ajouté.

« Alors que la croissance reste inférieure à son potentiel dans les pays développés, les pays émergents et en voie de développement croissent bien plus rapidement, et certains pourraient même se trouver bientôt en état de surchauffe », selon M. Strauss-Kahn.

Les économies dotées d’une balance commerciale très excédentaire, telles que la Chine et l’Allemagne, restent dopées par les exportations. Les économies avec une balance commerciale déficitaire, telles que les Etats-Unis, continuent de s’appuyer sur la demande intérieure, a-t-il noté.

« Ces déséquilibres mondiaux représentent un risque pour la durabilité de la reprise », a déclaré le directeur du FMI.

L’autre déséquilibre évoqué par Dominique Strauss-Kahn est celui qui existe au sein de différents pays, avec un nombre accru de chômeurs et de très forts écarts de revenus.

Par exemple, a-t-il dit, le chômage est « une des raisons de fond des troubles politiques en Tunisie et de la montée des pressions sociales dans d’autres pays ».

« Avec l’augmentation des tensions entre les pays, le protectionnisme, commercial et financier, pourrait s’aggraver », a-t-il mis en garde.

Et l’accroissement des tensions « au sein d’un pays peut favoriser une instabilité sociale et politique, et même la guerre », selon lui.

Chute des ventes de véhicules au Japon

AFP le 01/02/2011 à 07:29

Japon : chute de 21,5% des ventes de véhicules neufs en janvier

Les ventes de véhicules neufs au Japon, hors mini-modèles, ont chuté de 21,5% en janvier sur un an à 187.154 exemplaires, enregistrant leur cinquième mois d’affilée de baisse, a annoncé mardi l’Association des concessionnaires japonais.

La croissance et ses petits mensonges

Ce matin, je ne résiste pas au plaisir de faire le point sur la notion de croissance, et sur les petits mensonges qui l’entourent.

Pas un homme politique, en effet, pas un discours de parti, qui ne prône une politique de croissance, ou qui ne revendique un retour à la croissance. Comme si la croissance était un objectif collectif que nous devions rechercher très naturellement. Comme s’il était indiscutable. Et même, inversement, pas un mouvement alternatif qui ne dénonce les méfaits de la croissance et ne prône la décroissance comme solution à nos maux.

Or, de quoi parle-t-on quand on parle de croissance?

Pour répondre à cette question, je vais, comme dans mon livre, me borner à ne reprendre à mon compte que des sources officielles – publiques et accessibles à tous.

1 – la croissance est une convention comptable

Quand on parle de croissance, on parle toujours de croissance du Produit Intérieur Brut (PIB). Ainsi, 2% de croissance = +2% de PIB.

Voici comment l’Insee définit le PIB (il s’agit là de la définition exacte, scientifique):

« Agrégat représentant le résultat final de l’activité de production des unités productrices résidentes.

Il peut se définir de trois manières :

– le PIB est égal à la somme des valeurs ajoutées brutes des différents secteurs institutionnels ou des différentes branches d’activité, augmentée des impôts moins les subventions sur les produits (lesquels ne sont pas affectés aux secteurs et aux branches d’activité) ;

– le PIB est égal à la somme des emplois finals intérieurs de biens et de services (consommation finale effective, formation brute de capital fixe, variations de stocks), plus les exportations, moins les importations ;

– le PIB est égal à la somme des emplois des comptes d’exploitation des secteurs institutionnels : rémunération des salariés, impôts sur la production et les importations moins les subventions, excédent brut d’exploitation et revenu mixte. »

Autrement dit, le PIB mesure la valeur financière de la production d’une année. Quelle que soit cette production: positive ou négative.

En ce sens, le PIB intègre également l’ensemble des externalités négatives d’une économie: le nettoyage des côtes de Louisiane polluées par BP a contribué au PIB, de même que la reconstruction des maisons en Haïti est intégrée au PIB haïtien, de même que la destruction des maisons en zone inondable après la tempête Xynthia. On voit bien, à travers ces trois exemples, que la croissance intègre des dépenses totalement contraires à l’intérêt économique général.

A contrario, le PIB n’intègre pas ce qui est gratuit. Par exemple, une heure de cours de philosophie dans un lycée public est évaluée dans le PIB uniquement à travers le salaire horaire d’un professeur de philosophie. En revanche, l’heure de cours dans un lycée privé payant contribue plus au PIB puisqu’elle est valorisée au prix payé par les parents.

2 – la croissance n’est pas le progrès

La croissance ainsi mieux définie, chacun peut mesurer qu’elle se distingue du progrès. Une société en pleine croissance peut être une société qui régresse, notamment socialement. Inversement, le progrès social n’est pas mesurable par la croissance. Et même, d’une certaine façon, si l’on admet l’hypothèse que le progrès social consiste à promouvoir la gratuité de certains biens, comme l’éducation ou la santé, on peut penser qu’il échappe par nature à la croissance, ou qu’il est un facteur de décroissance.

Sur tous ces points, il faut évidemment rendre hommage à l’engagement de l’économiste américain Joseph Stiglitz, qui a rendu en 2009 un rapport, à la demande de Nicolas Sarkozy, sur « la mesure des performances économiques et du progrès social ».

Une fois n’est pas coutume, je vais rappeler les propos de Christine Lagarde sur ce rapport:

« on sait depuis les années 70 que la hausse du PIB n’entraîne pas mécaniquement une hausse du bien-être ressenti par les individus. C’est pourquoi il faut penser l’après PIB et construire un « bien-être soutenable ». (…) Les indicateurs macro-économiques, telles que le PIB, l’inflation ou le pouvoir d’achat conservent bien sûr toute leur pertinence. Mais j’estime naturel que la statistique publique s’enrichisse de nouveaux indicateurs tenant mieux compte de l’évolution et de la disparité des niveaux de vie et des contraintes qui pèsent sur les ménages. Il est temps, selon votre Commission, que notre système statistique mette davantage l’accent sur la mesure du bien-être de la population que sur celle de la production économique.  » (discours du 14 septembre 2009 à la Sorbonne).

3 – la croissance n’évite pas les révolutions

La grande leçon que nous pouvons retirer de la révolution tunisienne est précisément qu’une société en forte croissance, mais qui ne redistribue pas les revenus issus de la croissance, est une société qui s’expose à la révolte.

Dans le cas tunisien, la révolte populaire est précisément venue de cette frustration. D’un côté, une véritable croissance économique qui a enrichi une élite très fermée. De l’autre côté, une population privée des fruits de cette croissance et exposée à l’augmentation des prix alimentaires ainsi qu’au chômage. Dans ce contexte, l’enrichissement des uns est devenu une provocation quotidienne pour les autres.

Et en France?

Je m’appesantirai dans de futurs billets sur cette question. En attendant, voici le résumé d’une étude Insee parue en 2010 sur les très hauts revenus français:

« En 2007, c’est à partir de 84 500 euros de revenu déclaré annuel par unité de consommation qu’une personne se situe parmi les 1 % les plus riches. Alors que la moitié des revenus des personnes les plus aisées ne sont pas des revenus d’activité, les autres très hauts revenus restent principalement assis sur des revenus d’activité, comme la grande majorité de la population. La population des très hauts revenus est plus âgée et plus concentrée en région parisienne que le reste de la population. Entre 2004 et 2007, les revenus moyens des très hauts revenus ont augmenté plus rapidement que ceux de l’ensemble de la population. Le nombre de personnes franchissant des seuils symboliques de revenus annuels s’est également accru, d’où une augmentation notable des inégalités par le haut. »

(http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&ref_id=REVPMEN10e)

Toutefois, l’OCDE note que la France a plus mieux limité que les autres pays industrialisés l’augmentation des inégalités.