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Fukushima: évacuation volontaire des populations, sans explication

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La presse française a un peu passé sous silence la situation à Fukushima. C’est frustrant, car nous entrons dans une phase inquiétante. Je recommande donc la lecture de l’article du New York Times:

http://www.nytimes.com/2011/03/26/world/asia/26japan.html?pagewanted=2&_r=1&hp

Visiblement, il se confirme que la situation se dégrade fortement sur le réacteur n°3, qui utilise du MOX, le combustible le plus dangereux. Selon les informations parcellaires dont dispose la presse, le caisson du réacteur n’est plus étanche, et la cuve qui abrite les réacteurs est fortement fissurée. Autrement dit, la pollution nucléaire de l’atmosphère comme du sol est entamée sur ce réacteur extrêmement nocif.

Les spécialistes ont conclu à cette contamination lorsque deux ouvriers chargés de tirer un câble électrique ont été brûlés en marchant dans l’eau qui stagnait, avec un très fort taux de radioactivité (près de 4 millions de becquerels par centimètre carré, soit 10.000 la dose normale). Les spécialistes pensent que ces ouvriers ont reçu 2 à 6 sievert de radiation, de 8 à 24 fois la dose maximale autorisée sur le site pour les ouvriers en intervention. Au passage, il semblerait que ces ouvriers soient des sous-traitants payés à la journée avec mission d’intervenir sans combinaison de protection. Ce qui laisse rêveur sur le comportement de la TEPCO dans cette affaire.

Un spécialiste bien informé affirme qu’une grande brèche s’est ouverte sur la cuve, positionnée verticalement. Il s’agit là d’un problème majeur, puisque l’industrie nucléaire sait très peu de choses sur la contamination au MOX. Traduction: nous sommes confrontés à un très grave problème de santé publique.

Il semblerait que l’utilisation de l’eau de mer pour refroidir les réacteurs commence par ailleurs à produire ses effets néfastes, puisque le matériel de refroidissement est hautement corrosif.

Les autorités ont donc invité les habitants de la région a évacué la zone, sans obligation, dans un périmètre de 50 kilomètres. La pénurie d’essence dans la région, et la difficulté de prendre en charge de nouveaux réfugiés expliqueraient-elles la timidité des autorités japonaises sur cet ordre d’évacuation? Dans tous les cas, ces autorités n’ont donné aucune explication précises sur les raisons de cette évacuation. Le soupçon grandit d’un mensonge officiel sur la situation exacte là-bas.

En tout cas, l’armée américaine évacue massivement.

Un commentaire

  1. p-yves dit

    Monsieur Verhaeghe,

    En 1986, le pouvoir soviétique a rapidement pris la décision d’évacuer les zons proches de l’usine de Tchernobyl. L’armée est intervenue dans les villages. Les populations (personnes agées, paysans,…) se sont souvent opposées à ce départ forcé qui a pu ressembler à bien des égards à une sorte de « rafle ». Ce fut un déchirement pour la plupart des habitants. Quelques personnes sont restées sans autorisation. Je recommande lire « La supplication » de Svetlana Alexievitch.

    Peut on imaginer que l’armée japonaise procède à une telle opération sous les yeux du monde entier ? Imaginons l’impact de ces nouvelles images montrant des personnes agées hébétés, de jeunes parents avec leurs enfants obligés de quitter leurs maisons encadreés par les militaires. Cette fois ci non plus à cause du tremblement de terre et du tsunami mais bien à cause de la centrale nucléaire. J’interprète la message « évacuation volontaire » comme une adaptation de la catastrophe à la démocratie. Cette catastrophe n’a pas fini de nous en apprendre sur nos sociétés développées en crise.

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