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Mois : mars 2011

Transparence du gouvernement japonais?

A la lecture des diverses dépêches qui viennent du Japon, tout porte à émettre des doutes sérieux sur la transparence avec laquelle le gouvernement japonais se comporte sur le dossier du nucléaire.

Des équipements dont tout le monde savait qu’ils étaient vétustes et dangereux

Wikileaks révèle que l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), qui dépend des Nations-Unies, avait mis les Japonais en garde contre l’état de leur équipement: (http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20110317.OBS9815/l-aiea-avait-averti-le-japon-des-risques-d-accident-nucleaire.html). Il est manifeste que la contrainte budgétaire a pesé sur la sécurité. Autrement dit, par souci d’économie, l’exploitant japonais n’a pas pris en temps utile les mesures nécessaires à une prévention efficace de la crise que nous connaissons.

Ce point doit vraiment retenir notre attention, car la France peut très bien se trouver dans cette situation. EDF sous-investit dans la maintenance des équipements, malgré la propagande officielle, et maintient certaines centrales dans une situation d’insupportable exposition au risque.

Les autorités japonaises distillent des informations très rares sur la situation exacte à Fukushima

De façon grandissante, un fossé sépare l’information alarmiste relayée par les Occidentaux, et l’information rare mais rassurante diffusée par les autorités japonaises sur l’état du péril nucléaire à Fukushima.

Je vous recommande la lecture du New York Times, qui couvre très bien l’événement et donne quelques informations très instructives sur ce fossé entre Occidentaux et Japonais: http://www.nytimes.com/2011/03/19/world/asia/19japan.html?_r=1&hp

Entre autres, on apprend que:

– mardi ont eu lieu les premières véritables émissions de radioactivité sur le site, malgré cela les autorités japonaises n’ont pas voulu étendre le périmètre d’évacuation

– l’aspersion d’eau sur le site pourrait favoriser une « recriticalité », c’est-à-dire un processus de fission nucléaire à partir des déchets

– le sol de la piscine du réacteur n°4, ainsi que les parois, seraient fissurées, ce qui rend inopérante la manoeuvre de remplissage tentée par les autorités. En outre, un incendie serait peut-être encore actif sur le réacteur n°4.

– les autorités japonaises ont interrompu, sans donner d’explication claire, l’opération d’aspersion d’eau par les canons à eau

– les experts américains considèrent que les Japonais ont sous-estimé et continuent à sous-estimer le risque nucléaire. En outre, ils n’ont constaté aucune baisse de température dans les réacteurs privés d’eau de refroidissement.

Ces éléments ne sont guère encourageants. Manifestement, des considérations politiques influencent fortement les autorités japonaises, et biaisent la transparence à laquelle nous avons droit.


La flambée du yen inquiète les Occidentaux

AFP le 18/03/2011 à 01:39

Japon : le G7 va mener une « intervention concertée » sur le marché des changes (officiel)

Les banques centrales des pays du G7 vont mener dès vendredi « une intervention concertée sur les marchés des changes » en réaction à la flambée du yen qui a suivi le séisme et l’accident nucléaire au Japon, selon un communiqué publié dans la nuit de jeudi à vendredi.

« En réponse aux récents mouvements du taux de change du yen associés aux événements tragiques survenus au Japon, et à la demande des autorités japonaises, les autorités des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, du Canada et la Banque centrale européenne se joindront au Japon, le 18 mars 2011, pour une intervention concertée sur les marchés des changes », ont déclaré les grands argentiers du G7 à l’issue d’une réunion téléphonique, selon ce texte publié par la France, qui préside actuellement cette instance.

« Comme nous l’avons souligné depuis longtemps, la volatilité excessive et les mouvements désordonnés des taux de change ont des conséquences négatives pour la stabilité économique et financière. Nous continuerons à suivre avec attention l’évolution des marchés des changes et à collaborer si nécessaire », ont ajouté les ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales des sept pays les plus industrialisés de la planète (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni).

La réforme de la PAC ne sera pas égalitaire

AFP le 17/03/2011 à 18:44

L’UE refuse de plafonner les aides agricoles aux grands exploitants :

Une majorité des ministres européens de l’Agriculture a opposé jeudi une fin de non recevoir au projet de plafonner les aides agricoles aux grands exploitants, tout en trouvant un difficile compromis sur le rééquilibrage des aides européennes entre l’Est et l’Ouest de l’UE.

Au total, 20 Etats sur 27 ont voté en faveur d’un texte sur la réforme de la Politique agricole commune, qui reprend dans l’ensemble les grandes lignes dessinées à l’automne dernier par la Commission européenne, selon plusieurs ministres européens.

Il s’agit « d’une bonne base pour discuter autour d’un paquet législatif » dans les prochains mois, s’est réjoui le commissaire européen en charge de l’Agriculture, Dacian Ciolos.

L’une de ses propositions concernant le plafonnement des aides aux grandes exploitations y est toutefois sèchement recalée. Le texte « prend note de l’opposition significative des Etats à l’introduction d’un plafond pour les paiements directs reçus par les grandes fermes individuelles ».

Lorsqu’il avait fait cette proposition, le commissaire l’avait justifiée par la nécessité de donner une plus grande crédibilité à la PAC.

« Quand des exploitations touchent des centaines de milliers d’euros, voire des millions d’euros dans certains Etats, il est très difficile d’expliquer à l’extérieur du monde agricole qu’on paie autant pour soutenir le revenu de quelques agriculteurs », avait-il notamment confié à l’AFP.

Jeudi, M. Ciolos a maintenu son attachement à cette proposition « qui me semble refléter les attentes du contribuable européen », assurant qu’elle ne porterait pas atteinte à la « compétivité » des exploitants.

Le ministre hongrois de l’Agriculture Sandor Fazekas, dont le pays occupe la présidence de l’UE, s’est réjoui du soutien de l’ensemble des Etats européens à près de 90% des propositions contenues dans le texte.

Le compromis trouvé réunit une majorité qualifiée d’Etats européens sur des propositions ambitieuses pour la PAC, a renchéri son homologue français Bruno Le Maire: « Le signal politique est là qu’une majorité d’Etats soutiennent une PAC forte après 2013″.

Le texte approuvé fait état d' »un large soutien au fait que la future PAC doit rester une politique commune forte, et en ce qui concerne le budget de l’UE, qu’elle devrait être dotée de ressources financières proportionnelles à ses objectifs, sans préjuger des décisions » sur les perspectives financières du budget communautaire au-delà de 2013.

Certains Etats, notamment le Royaume-Uni, plaident régulièrement pour une réduction substantielle de la place de la PAC dans le budget de l’UE (40% aujourd’hui).

Le texte souligne que les aides directes « contribuent actuellement à assurer un niveau de vie équitable à la communauté agricole » et constate un « large soutien » pour qu’elles « restent un élément essentiel » de la PAC à l’horizon 2020.

Mais les discussions les plus ardues ont porté jeudi sur le rééquilibrage des aides directes d’un Etat à l’autre. Actuellement fondées sur des références de production historiques, elles désavantagent les Etats ayant récemment rejoint l’UE par rapport aux Etats fondateurs et peuvent varier du simple au triple.

Le texte « reconnaît le besoin d’une répartition plus équitable des aides directes en réduisant par étapes le lien aux références historiques ».

L’Allemagne, qui a beaucoup à perdre dans ce rééquilibrage, était très réticente. « L’Allemagne a accepté pour la première fois de parler des références historiques. Et la Pologne, pour la première fois, a accepté de renoncer » à un niveau unique d’aide à l’hectare dans toute l’Europe, a commenté Bruno Le Maire.

Les négociations sur les modalités précises de ce rééquilibrage seront toutefois « très dures », a convenu le ministre français.

Post-scriptum à l’affaire Renault

Dans l’effroi jeté par les calamités japonaises, nous avons perdu de vue quelques autres drames, dont le moindre n’est pas l’écrasement de la révolte libyenne. Dans notre silence, qui vaut presque consentement.

Mais je voudrais aujourd’hui revenir sur l’affaire Renault, qui constitue la meilleure illustration des débordements patronaux que notre époque accepte avec une passivité totale.

La violation de la vie privée sur le lieu de travail

Toute cette affaire est partie d’un droit qu’un employeur s’est arrogé: celui d’espionner ses salariés jour après jour, en mettant en place un service spécial dédié à cet usage, animé par d’anciens militaires ou d’anciens barbouzes.

Cette pratique seule est un scandale.

Qu’une entreprise décide de protéger ses secrets est une chose. Il existe de nombreuses méthodes pour y arriver sans difficulté, surtout pour les salariés en charge de dossiers sensibles. Par exemple, il est tout à fait imaginable de mettre en place un traçage de l’ensemble des documents qui circulent dans l’entreprise, de telle sorte que toute manipulation soit identifiable.

Dans le cas de l’affaire Renault, la méthode est différente: elle consiste à payer des détectives privés pour fouiller dans la vie des salariés. De quel droit?

Le fait que l’employeur ne démissionne pas alors que cet usage est révélé montre le degré de tolérance auquel on nous a ramollis, vis-à-vis de pratiques totalement contraires aux libertés publiques. Car, rappelons-le, en droit du travail, le salarié est l’égal de son patron. Sauf que l’un peut « fliquer » l’autre sans aucune sanction ni inquiétude.

L’accusation sans preuve comme méthode managériale

De façon extravagante, trois salariés manifestement honnêtes et attachés à leur entreprise ont été emportés sans crier gare dans une tourmente: mis à pied, désignés à la vindicte nationale, objet d’une publicité quotidienne dans tous les grands médias. Pour être blanchis avec de simples excuses et une promesse d’indemnité.

Comment, en démocratie, peut-on admettre qu’un employeur traite ainsi ses collaborateurs? On notera d’ailleurs que la nature du différend est privée: il s’agit d’un soupçon d’un employeur vis-à-vis de son salarié. Avec une violence inouïe pour les salariés concernés, ce différend a justifié l’intervention des services de la DCRI, entièrement publics, mobilisés pour découvrir le contraire même de l’accusation lancée par l’employeur: non, l’espionnage n’a pas eu lieu, mais si, l’employeur a été victime de ses propres services de sécurité.

Cette affaire illustre la dérive grandissante des pratiques patronales: celles d’un asservissement de plus en plus poussé des salariés qui « doivent être heureux d’avoir encore un travail ». L’épouvantail du chômage justifie des violences de moins en moins compatibles avec notre fonctionnement démocratique.

Sanctionner les employeurs

Il est nécessaire d’imposer aujourd’hui des sanctions aux employeurs fautifs. Des sanctions plus lourdes que le renoncement volontaire à une part de son bonus (rappelons que l’essentiel de la rémunération de Carlos Ghosn est attribuée par Nissan, et non par Renault).

Le sujet de la violence patronale, comme l’accusation sans preuve, n’est pas un sujet financier, ni social. Il est un sujet politique. L’entreprise ne doit pas échapper aux principes démocratiques. Accepter le contraire est déjà un premier et grave glissement vers la tentation autoritaire.

Carlos Ghosn doit démissionner.

Bolloré ou la nouvelle Françafrique

Une plainte pour corruption vise Bolloré sur le port de Conakry

mercredi 16 mars 2011 19h55

PARIS (Reuters) – La société française NCT Necotrans a déposé plainte pour corruption mercredi au parquet de Paris après avoir perdu au début de l’année la concession du port de Conakry, en Guinée, au profit du groupe Bolloré, ont annoncé ses avocats.

Bolloré a signé vendredi dernier un contrat d’une valeur de 500 millions d’euros pour la gestion du port de conteneurs de la capitale guinéenne. Il se refuse à tout commentaire sur la plainte.

Necotrans dit avoir perdu 40 millions d’euros quand le pouvoir guinéen du président Alpha Condé a dénoncé un précédent accord datant de 2008 et a envoyé l’armée réquisitionner les installations.

La société relate dans sa plainte, remise au procureur Jean-Claude Marin, que le groupe Bolloré, via sa filiale Euro RSCG, a financé la campagne électorale d’Alpha Condé.

Il remarque que le chef d’Etat guinéen sera reçu à Paris la semaine prochaine par Nicolas Sarkozy, ami de Vincent Bolloré. Ce dernier avait prêté son yacht au président français élu après son élection en 2007 et il avait prêté son avion au couple Sarkozy-Bruni pour des vacances en Egypte.

Necotrans admet cependant ne pas présenter de preuves matérielles d’une opération de corruption.

La société avait obtenu en 2007 la concession pour 25 ans du port, confiée à sa filiale Getma et entrée en vigueur en 2008.

DÉFAILLANCE ?

Le site est stratégique pour les exportations minières. La concession a été renouvelée en janvier dernier, affirme Necotrans, avant, selon elle, un brusque revirement consécutif à un déplacement de Vincent Bolloré à Conakry en février.

« Le Groupe NCT Necotrans, par ses avocats Cédric Fischer et Pierre-Olivier Sur, dépose plainte entre les mains de Monsieur Jean-Claude Marin procureur de la République de Paris et demande l’ouverture d’une enquête préliminaire pour corruption internationale », annonce NCT Necotrans dans un communiqué.

Interrogé mardi soir sur les conditions de l’attribution du nouveau contrat, Vincent Bolloré a répondu, en marge de la présentation des résultats 2010 de son groupe, que la procédure avait été régulière.

« On était deuxième de l’appel d’offres, le numéro un a été déclaré défaillant, on passe donc en tête, c’est assez courant, ce n’est pas un gré à gré, c’est simplement une défaillance », a-t-il expliqué.

« Il n’y a pas le moindre document qui établirait la moindre défaillance, au contraire », a déclaré de son côté à Reuters Pierre-Olivier Sur, avocat de NCT Necotrans.

« Même s’il y avait eu défaillance, il faut dans ce cas-là respecter la procédure. Il a des moyens de sortir d’un contrat et rien ne justifie la réquisition ou qu’on envoie l’armée », a-t-il ajouté.

Bolloré et NCT Necotrans possèdent respectivement les premier et deuxième réseaux logistiques intégrés en Afrique. S’il sont en conflit à Conakry, tous deux sont partenaires dans la gestion d’autres ports africains, notamment au Gabon et au Bénin.

Le marché nippon sous perfusion

La Banque du Japon injecte 6.000 milliards de yens sur le marché

jeudi 17 mars 2011 07h09

TOKYO (Reuters) – La Banque du Japon a proposé jeudi d’injecter 6.000 milliards de yens (54 milliards d’euros) supplémentaires sur le marché, portant à 28.000 milliards de yens (254 milliards d’euros) le montant total de son apport depuis le début de la semaine.

Cette politique d’injection massive de liquidités dans le système bancaire vise à atténuer le vent de panique qui s’est emparé des marchés nippons après le séisme et le tsunami qui ont dévasté le nord-est du Japon vendredi dernier.

Les spéculations sur une éventuelle intervention de Tokyo sur le marché pour contenir la hausse du yen ont repris de plus belle après une hausse record de la devise face au dollar jeudi sur fond de rumeurs sur un rapatriement massif des fonds de l’étranger.

Les banques françaises en forme

AOF le 17/03/2011 à 08:27

Crédit Agricole vise 6 à 7 milliards d’euros de bénéfices en 2014 :

(AOF) – Crédit Agricole SA a présenté un plan stratégique à horizon 2014, indiquant que le groupe bancaire vise un résultat net part du groupe de 6 à 7 milliards d’euros. En 2010, la filiale coté de Crédit Agricole avait dégagé un résultat de 1,26 milliard d’euros. Les perspectives du groupe sont en ligne avec les attentes des analystes, qui visaient un bénéfice net de 6,35 milliards d’euros en 2014. CASA vise par ailleurs à cet horizon un produit net bancaire supérieur à 25 milliards d’euros et un coefficient d’exploitation inférieur à 60%.

Les marchés craignent un retour des capitaux japonais vers leur pays d’origine

AFP le 16/03/2011 à 21:46

Le yen au plus haut face au dollar depuis la Seconde Guerre mondiale :

Le yen a atteint un record historique face au dollar mercredi, montant à son plus haut niveau depuis la Seconde Guerre mondiale et effaçant ainsi son précédent sommet au niveau d’avril 1995.

Vers 20H40 GMT, la devise nippone valait 79,78 yens pour un dollar contre 113,01 yens mardi vers 22H00 GMT.

Il a atteint un peu plus tôt 79,73 yens, son plus fort niveau d’après-guerre. Un tel niveau de faiblesse du dollar face à la monnaie japonaise n’avait plus été observé depuis la mi-avril 1995.

« L’aggravation de la crise nucléaire japonaise et les inquiétudes persistantes sur le coût de la reconstruction de l’économie japonaise après le séisme alimentent des craintes de voir les investisseurs (japonais) rapatrier en masse » leurs fonds investis à l’étranger, a observé Nick Stamenkovic, analyste chez RIA Capital Markets.

« Le marché boursier a chuté (aux Etats-Unis), le rendement du bon du Trésor à 10 ans a reculé, tout cela indique une certaine peur dans le marché », a souligné Mary Nicola, de BNP Paribas.

Le risque nucléaire: cet étrange objet du déni contemporain

Depuis la découverte de la fusion nucléaire, les sociétés occidentales vivent sur un étrange déni.

D’un côté, chacun a pu mesurer, dès l’origine (c’est-à-dire… à Hiroshima et Nagasaki), le risque létal lié à cette technologie. Et d’ailleurs l’ordre mondial de l’après-guerre s’est fondé sur le caractère très nettement dissuasif de l’énergie atomique et de sa puissance destructrice.

D’un autre côté, les pouvoirs publics des pays industrialisés ont bâti un mythe de l’énergie propre, sécure, et garante des indépendances nationales, en flagrante contradiction avec les évidences les plus simples. Et dans le déni le plus total de ses conséquences en cas d’accident. C’est ainsi qu’aujourd’hui encore les pouvoirs publics nous servent une soupe indigeste sur le caractère inoffensif pour la santé des dépassements de doses de radiation. Comme si les doses maximales autorisées pour la santé étaient des conventions purement formelles dont on pouvait faire fi. Mais alors pourquoi les avoir inventées?

Nous mesurons bien ici que l’idéologie du nucléaire, même face au désastre qui dément tous les discours tenus depuis des décennies sur le sujet – cette idéologie ne peut remettre en cause ses fausses certitudes.

Mécanismes d’une illusion

Pour préserver le mythe de la sécurité nucléaire, les gouvernements industrialisés ont utilisé deux astuces:

– le recours systématique à l’expertise comme gage de vérité indiscutable. A tout moment, le discours sur l’énergie nucléaire est confisqué par les experts, au besoin grimés dans des combinaisons spéciales qui donnent la conviction que des intelligences infaillibles ont pris en main de façon efficace et objective la responsabilité de guider notre destin.

– l’arnaque de la maîtrise du risque par l’anticipation de ses effets. La catastrophe de Fukushima nous en donne le meilleur exemple. Les pouvoirs publics japonais sont parvenus à convaincre la planète entière que leurs centrales étaient à l’abri du risque, car elles avaient été bâties en respectant les scénarios du pire: séisme majeur avec tsunami. Ce mythe n’était d’ailleurs probablement pas sans fondement à l’époque: les scénarios auxquels la centrale électrique devaient répondre étaient sérieux.

Mais… l’anticipation du risque est une chose. La réalisation du risque en est une autre. Dans cette immense et tragique leçon que l’humanité reçoit en ce moment, nous apprenons que la seule réalité que l’homme peut réellement anticiper… c’est son incapacité à tout prévoir. Toutes les précautions du monde ne garantiront jamais l’humanité contre la puissance naturelle.

La technologie, les experts et la liberté

Face à une catastrophe qui ne fait que débuter, dont personne ne peut soupçonner l’issue et sa portée, une première évidence s’impose: plus jamais nous ne devons accepter de nous laisser circonvenir par des lobbies sur de prétendues infaillibilités scientifiques. Dès lors qu’un danger est avéré, il est susceptible de se réaliser, quelles que soient les précautions qui seront prises.

De ce point de vue, les propos de Claude Allègre, ce matin, sur l’impossibilité scientifique d’un séisme majeur en France, suivi d’un tsunami, sont extrêmement navrants.

Cela ne signifie pas que nous devons nous attendre en France à un séisme majeur et à une catastrophe nucléaire. En revanche, il n’est plus possible de traiter les peuples de cette façon. Le discours d’experts qui nous garantissent que la nature est maîtrisable et que nous pouvons accepter en toute confiance des solutions technologiques dangereuses relève même de la pire des irresponsabilités.

Il n’est évidemment que l’une des facettes de cette entreprise d’asservissement dans laquelle nous vivons, et qui nous a persuadés depuis trop longtemps que nous avions intérêt à remettre notre avenir entre les mains d’une oligarchie.