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Crise de la dette grecque: pourquoi il faut un nouveau Glass-Steagall

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La rumeur se répand d’une faillite prochaine de la Grèce. Les marchés s’effondrent, et l’appel à la nationalisation des banques se fait plus pressant. Que faut-il en penser? Quelle solution proposer face au désastre annoncé? Il est probablement utile de rappeler quelques vérités de bon sens que l’obsession de l’actualité fait oublier.

1°) l’effondrement des marchés n’est pas une surprise.

D’abord, la faillite de la Grèce, au moins partielle (le fameux « haircut » régulièrement discuté par les économistes) est une quasi-certitude pour les milieux avertis depuis 2009. Seule une question de temps se posait. Sur le fond, tout économiste débutant sait qu’un plan de rigueur qui ne s’accompagne pas d’une dévaluation de la monnaie est producteur de récession, donc de diminution des recettes publiques, donc d’aggravation des déficits. Pour sauver la Grèce, il fallait dès le début lui permettre de sortir de la zone euro, ou accepter une dévaluation de notre euro en adoptant une politique du taux zéro à la BCE. Les Allemands n’en ont pas voulu, tout en chipotant sur l’aide accordée aux Grecs. La route vers le défaut de paiement était donc ouverte.

Ensuite, les banques n’ont pas procédé à un véritable nettoyage de leur bilan. Elles ont cherché à échelonner au maximum les dépréciations de leurs actifs (un financier me disait: encore trois ans, et on aura passé le cap de la crise sans trop de dégâts en « lissant les pertes »), sans véritablement modifier leurs comportements sur les marchés financiers. Forcément, en continuant à afficher dans les comptes des actifs notamment immobiliers à leur valeur d’achat d’avant la crise… on donne le sentiment de prendre l’ombre pour la proie. Là encore, tout le monde le sait, comme tout le monde sait que les fameux stress tests de juin sont des maquillages organisés pour cacher la misère.

Aucun financier ne peut en tout cas raisonnablement affirmer qu’il ne connaissait pas le risque.

2°) la nationalisation des banques est-elle une solution?

Il est aujourd’hui à peu près acquis qu’il va falloir sauver les banques, et que le contribuable y sera de sa poche.

En réponse, beaucoup préconisent une nationalisation. Je comprends l’argument moral: en 2008, le déficit budgétaire a explosé pour sauver une économie mise à genoux par les pratiques délirantes des banquiers. Trois ans après, nous en sommes revenus au même point. Cela commence à bien faire. Sanctionnons, et reprenons en main ce qui nous rend exsangue.

Sur le fond, la nationalisation ne réglera rien. La crise bancaire ne survient pas à cause de l’appartenance des banques à l’économie privée. Et l’illusion qu’une banque publique ne pourrait pas produire des phénomènes analogues à ceux dont nous sommes témoins est une illusion. La faillite du Crédit Lyonnais au nez et à la barbe de Bercy, dans les années 90, en constitue une preuve éclatante. Elle a coûté cher au contribuable français, et n’en finit pas, avec l’affaire Tapie, de mettre tout le monde en difficulté.

3°) l’urgence d’un Glass-Steagall

Le vrai sujet consiste aujourd’hui à repenser le métier bancaire, en réinstallant les pare-feus que la loi de 1984 avait supprimé en France, comme d’autres lois l’ont fait dans l’ensemble des pays industrialisés. Autrement dit, il faut revenir à l’esprit de la loi Glass-Steagall, comme je le propose dans Jusqu’ici tout va bien, qui interdisait à une banque de dépôt de mener des opérations sur les marchés financiers.

Il faut cantonner l’argent des contribuables dans des zones étanches et interdire aux banques qui spéculent en bourse de recevoir les dépôts des particuliers.

Cette mesure présente deux puissants pare-feus contre les crises financières (de fait, nous n’en avons pas eu tant que le Glass-Steagall fonctionnait, et nous en avons eu à répétition, d’une gravité grandissante, dès que le Glass-Steagall a été supprimé).

D’abord, elle évite la mise en danger des liquidités des particuliers en cas de faillite d’une banque, ce qui limite singulièrement l’impact de cette faillite, et la cantonne à la seule sphère financière.

Ensuite, elle limite fortement la taille des bilans des banques et présente donc l’intérêt de limiter les pouvoirs des banquiers. Rappelons que les principales banques françaises (BNP, Société Générale, Crédit Agricole, BPCE) ont inscrit à l’actif de leurs bilans l’équivalent de 4 fois la production nationale française annuelle (8.000 milliards de $). Ces sommes extravagantes font du patron de l’une de ces banques un homme plus puissant qu’un chef d’Etat. Ce seul point explique que les banquiers fassent une poussée de prurit à la seule évocation du Glass-Steagall.

4°) Les Anglais s’y mettent

On notera avec intérêt que la commission Vickers vient de publier un rapport, que je décortiquerai calmement pour ce blog, sur le retour au Glass-Steagall en Grande-Bretagne: http://bankingcommission.s3.amazonaws.com/wp-content/uploads/2010/07/ICB-Final-Report.pdf

Ce rapport propose en revanche de laisser chaque banque adapter la mise en place de cette réglementation à son activité. Les Anglais ont raison de prendre de l’avance sur une réglementation qui est inévitable. Ils seront prêts avant nous. Mais, ne nous leurrons pas, ce passage au Glass Steagall est inévitable.

2 commentaires

  1. Camille dit

    Ouf, vous voici de retour, car à vrai dire je me faisais du souci.

    Je lis, je lis tout.

    Ne nous abandonnez pas sans nous avertir s’il-vous-plait.

    Bien cordialement.

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