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La France a fait faillite (1)

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Ce matin-là, le patron de la Caisse des Dépôts avait un rendez-vous confidentiel à l’Elysée. « Ne me dérangez sous aucun prétexte jusqu’à 11 heures » avait-il dit à son assistante. Vers 9 heures, sa berline aux vitres fumées avait franchi d’un bruit étouffé le portail du palais. Il était descendu sans hâte sur le gravier de la cour, humant l’air frais de l’été indien – nous étions en octobre 2012 – et l’entretien avait commencé dans le bureau du président.

– François, tu sembles un peu fatigué… avait-il osé en voyant son hôte prendre avec lassitude place dans un canapé dix-huitième.

Après un court silence, le Président répondit:

– Tu sais, ce n’est pas facile avec toute cette agitation. Les Espagnols nous ont mis dans une sacrée merde. Après les Grecs, c’est la catastrophe. On me dit qu’on va avoir besoin de toi.

On devinait de l’agitation dans les couloirs à l’entour, mais le bureau présidentiel semblait frappé d’une torpeur.

– On sera là, tu le sais bien. C’est d’ailleurs pour ça que je suis là.

Le Président eut une moue hésitant entre l’incertitude et l’impuissance.

– D’ici là, faut qu’on passe les nominations en revue.

Dans un silence studieux, les deux hommes épluchèrent la valse des hauts fonctionnaires qui s’annonçait pour l’automne et pour l’hiver. Tel ambassadeur nommé par Nicolas Sarkozy n’avait plus sa place, et un premier secrétaire ami pourrait bénéficier d’une promotion à son poste. Tel directeur général inspirait le soupçon, malgré la petitesse de ses responsabilités. Il fallait le virer et le remplacer par une femme. Tel policier avait montré sa loyauté, malgré son appartenance à l’opposition, et il serait promu. Tel talent était identifié et devait monter.

Vers 10 heures 30, le Président reçut un appel d’Angela Merkel. Il s’engagea à tout faire pour convaincre les Italiens de se montrer raisonnables. Il fallait éteindre l’incendie.

« Non, fit le Président, en France, tout va bien. J’ai devant moi le directeur général de la Caisse des Dépôts et il me redit que tout va bien. La France n’est pas touchée par la spéculation. »

Le patron de la Caisse entendit: « Vous êtes sûr, François? ».

Le président dévisagea son invité, qui ne cillait pas:

« Tout à fait sûr! »

On entendit un silence. Puis Angela raccrocha en saluant le Président. Il scruta le patron de la Caisse, l’interrogeait du regard, y cherchait les raisons de la mise en garde si diplomatique de la Chancelière.

Les deux hommes continuèrent leur réunion, l’un avec un doute à l’esprit, l’autre avec une inquiétude discrète.

Le téléphone sonna à nouveau. « Non, mon cher David, tout va bien de notre côté », fit le Président.

Il était 10h50. Le Président se rassit, ne dit rien, parut troublé.

« Pourquoi sont-ils inquiets? »

 

 

 

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