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Présidence du MEDEF: décryptage des rumeurs

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La presse ne parle plus que de cela ou presque: Laurence Parisot briguerait un allongement de son mandat pour une durée de deux ans, et aurait écrit vendredi dernier, dans la foulée de l’accord sur la sécurisation de l’emploi, aux membres du Conseil Exécutif du MEDEF, pour solliciter cette modification statutaire. La question de la présidence du MEDEF devient une affaire politique: cela mérite bien un décryptage des rumeurs en question.

D’abord, toujours se souvenir que Laurence Parisot ne serait rien sans le soutien beaucoup plus qu’actif de Michel Pébereau. Assez logiquement, la modification statutaire qu’elle demande ne vise pas seulement à allonger son mandat pour une durée de deux ans. Il vise aussi à prolonger la limite d’âge pour les membres du Conseil Exécutif. Cette manoeuvre habile lui permet de conserver dans son jeu non seulement son parrain Michel, mais aussi la Fédération Bancaire Française (FBF), second contributeur du MEDEF.

Dans la foulée, on peut penser que la façon dont l’accord du 11 janvier 2013 présente la généralisation de la complémentaire santé consolide partiellement le soutien qu’elle peut attendre des assureurs, troisièmes contributeurs du MEDEF.

Enfin, l’accord sur la sécurisation de l’emploi a extraordinairement exempté les contrats intérimaires de toute majoration de taux de cotisation à l’assurance chômage. Sauf à croire à un miracle marial intervenu en ces préparatifs de manifestation contre le mariage gay, une explication plausible laisse penser que la fédération du travail intérimaire, le fameux PRISME, quatrième contributeur du MEDEF depuis le départ de l’ANIA en décembre 2009, a intelligemment monnayé son soutien à une éventuelle modification statutaire.

Mine de rien, la présidente du MEDEF a donc activement et finement préparé sa manoeuvre de janvier, en soudant les principaux contributeurs de son association, hors la métallurgie.

Face à elle, se dresse toutefois forte partie: l’UIMM, dont le délégué général Jean-François Pilliard est demeuré très discret tout au long de la négociation sur la sécurisation de l’emploi. L’Usine Nouvelle s’est largement faite écho aujourd’hui de l’agitation fébrile qui a saisi Pierre Gattaz, fils de l’un des prédécesseurs de Laurence Parisot, Yvon Gattaz.

Pour la petite histoire, je cite ce reportage de France 2 où l’intéressé apparaît:

Pierre Gattaz fait figure de genre idéal pour l’industrie française. Il a 53 ans. Il préside l’entreprise familiale Radiall, fondée par papa Vonvon. En outre, il préside le Groupe des Fédérations Industrielles (GFI), rejoint en octobre 2012 par l’ANIA, la fédération agro-alimentaire qui avait claqué la porte du MEDEF en décembre 2009 pour protester contre le management de Laurence Parisot.

Voici comment le GFI se présente sur son site Internet:

« Créé en 1988, le Groupe des Fédérations Industrielles (GFI) rassemble les plus importantes fédérations industrielles françaises et représente ainsi environ 80% de l’industrie.
L’industrie et les services qui y sont directement liés, contribuent en France à près de 40 % du Produit Intérieur Brut (PIB), 82 % des exportations et 85 % de la recherche – développement du secteur privé.
Les fédérations industrielles composant le GFI représentent l’industrie au MEDEF. Au plan européen, elles sont affiliées aux différentes fédérations européennes de branches industrielles, et le MEDEF les représente au sein de BUSINESSEUROPE. »

Autrement dit, Pierre Gattaz apparaît comme un candidat légitime de l’industrie. Il pourra probablement compter sur les réseaux de son père, fondateur du mouvement patronal ETHIC, animé par Sophie de Menthon, qui avait déclaré sa candidature contre Laurence Parisot en 2010. A l’époque, la présidente du MEDEF avait déclaré cette candidature non-recevable pour des raisons statutaires. Ah… les statuts… ne s’usent que si l’on s’en sert.

A côté de la figure gattazienne, qui constitue pour Laurence Parisot, en apparence, un morceau difficile à avaler, d’autres personnalités attendraient leur heure: Jean-Claude Volot et Hervé Lambel, candidats déclarés, mais aussi Geoffroy Roux de Bézieux, le créateur de Phone House, ancien de l’Oréal, et membre influent du mouvement patronal Croissance Plus, ou encore Patrick Bernasconi, président de la Fédération Nationale des Travaux Publics et chef de file de la délégation patronale dans la négociation qui vient de s’achever.

Pour mémoire, l’élection à la présidence du MEDEF ne ressemble pas totalement à un scrutin démocratique. Le Conseil Exécutif est en effet chargé de désigner un candidat officiel avant l’élection. Un Conseil Exécutif où les partisans de Laurence Parisot sont mathématiquement majoritaires. Un Conseil Exécutif qui doit donner un avis « politique » sur la modification des statuts.

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