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Education nationale: le débat manqué sur le management

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La Cour des Comptes a fait le buzz en rendant un rapport extrêmement précis, argumenté, rigoureux, sur la gestion des ressources enseignantes à l’Education Nationale. Ce rapport pointe du doigt des anomalies que j’avais modestement évoquées dans « Jusqu’ici tout va bien » en 2011: gestion industrielle et purement administrative des moyens, déconnectée de tout objectif de réussite et de performance, qui broie les bonnes volontés et détourne les meilleurs de la carrière enseignante. Au final, la technostructure de l’Education Nationale produit un système inégalitaire, où les établissements les plus difficiles reçoivent le moins de moyens, notamment en terme d’enseignants expérimentés, pendant que les établissements les plus privilégiés vivent dans l’abondance.

Pour que chacun en ait le coeur net, je publie ici l’excellent rapport de la Cour:

L’intérêt majeur de ce rapport réside dans le rôle qu’il reconnaît – enfin! – au management des ressources dans l’atteinte de la performance. Pour la Cour, l’Education Nationale ne manque pas de moyens pour améliorer la performance éducative (qui est en grand danger, comme l’enquête PISA le prouve), en revanche elle ne gère pas ces moyens de façon optimale, de telle sorte que l’efficacité du système est compromise. En changeant les méthodes d’organisation et de gestion des personnels enseignants, les résultats des élèves s’amélioreraient.

Ce discours tranche avec la doctrine en vigueur depuis de nombreuses années, et d’ailleurs répétée par le ministre lui-même: pour mieux enseigner, il faut plus d’enseignants.

De ce point de vue, je trouve que le référé de la Cour envoyé au ministre en juillet 2012, posait utilement le cadre global du rapport thématique qui vient de paraître. En voici le contenu:

La Cour met de façon limpide le doigt sur le problème majeur de l’Education Nationale aujourd’hui: les 7% du PIB que nous consacrons chaque année à l’éducation sont alloués et dépensés sans considération des objectifs pédagogiques collectifs. Dans la pratique, cette déconnexion entre moyens et performance conduit à favoriser les zones rurales, au détriment des zones socialement les plus difficiles. Comme le souligne la Cour, les académies de Versailles et de Créteil sont systématiquement défavorisées dans le fonctionnement de la machine éducative, alors que ce sont ces académies qui débordent de difficultés scolaires, économiques et sociales.

Pour la Cour, cette question de l’allocation des moyens se joue d’abord dans la gestion des enseignants, qui représentent tout de même 97% du budget éducatif… (les autre dépenses ayant fait l’objet de décentralisations successives). Ceux qui ont côtoyé de près ou de loin la machine éducative le savent: la gestion des enseignants en France est une énorme opération bureaucratique où l’apport individuel de l’enseignant aux élèves est totalement occulté, au profit de critères mystérieux, défendus becs et ongles par les organisations syndicales, où la motivation personnelle n’a aucun poids.

En réalité, la gestion des enseignants est un fait administratif et financier, qui ne fait place à aucun projet collectif de développement et d’épanouissement des personnels dans leur métier.

Cette école de la frustration passe d’ailleurs par quelques étapes-clés: une gestion des mutations barémisée, qui évacue totalement le projet d’établissement dont le chef n’a d’ailleurs aucun avis à donner sur les personnels qui lui sont affectés. Cette situation aberrante ne se vérifie d’ailleurs pas dans l’enseignement privé sous contrat, où le chef d’établissement a la faculté de choisir les enseignants qui composeront son équipe, sous l’autorité finale du Recteur. Une recette qui explique la meilleure performance des établissements privés?

Deuxième étape: le labyrinthe administratif de l’Education Nationale. Entre les services centraux du ministère, les académies, les inspections départementales, des procédures opaques conduisent à déterminer les moyens du chef d’établissement… qui n’a évidemment pas son mot à dire sur la décision. Ce système ubuesque, qui conduit des chefs d’établissement impliqués dans la réussite de leurs élèves à dépendre, pour l’attribution de leurs moyens, de la bonne volonté de quelques bureaucrates qui n’ont jamais vu un élève dans un établissement, pèse lourd dans la faillite de notre système éducatif.

On l’a compris, ce qui se joue, dans la mise en exergue du management et de son importance, c’est l’autonomie de l’établissement scolaire.

La Cour ne s’est guère prononcée frontalement sur le sujet, mais a tendu la perche au ministre. Qui, évidemment, ne l’a pas saisie: je conseille à chacun de lire ses réponses sur le sujet. Il y est question d’améliorer le fonctionnement interne du mammouth, voeu dont tout le monde sait, depuis les 30 ans où il a été prononcé, qu’il est à peine pieux. Mais, sur le fond, c’est-à-dire la capacité des établissements à mener des projets, c’est le statu quo.

Dommage pour nos enfants.

2 commentaires

  1. Arnaud dit

    j’avais lu ce rapport de la cour des comptes en son temps. Effectivement remarquable. Et une fois de plus inutile ! Rien ne changera décidément dans notre pays qui lentement mais surement s’enfonce dans l’immobilisme.

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