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L’opacité: une manie de l’administration française

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Si l’on admet que la transparence est une vertu démocratique, alors… l’administration française est profondément tyrannique. Elle constitue probablement l’un des éléments de résistance les plus forts à la transparence, et l’une des puissances mondiales les plus allergiques à la circulation de l’information. De ce point de vue, elle viole avec une arrogance parfaitement assumée les dispositions de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, dont l’article 15 prévoit, avant l’heure, d’ouvrir grand les portes des bureaux et des placards.

De ce point de vue, le bilan de l’open gouv lancé sur Internet (voir le site http://www.data.gouv.fr/) est particulièrement remarquable et illustratif de ce goût prononcé pour le secret qui pèse sur les bureaux de nos administrations.

Je reproduis ici le classement du nombre de publications par ministère depuis la création du site:

Open Gouv: classement des ministères
Open Gouv: classement des ministères juin 2013

Si le ministère de l’Economie peut se targuer d’avoir publié près de 300.000 documents (ce qui en fait, et de loin, le maillot jaune gouvernemental), le bilan des autres départements ministériels est consternant. Le ministère de l’Ecologie sauve la mise avec 55.000 documents publiés. Pour le reste, le bilan est catastrophique, avec au mieux 1.000 documents publiés (pour le ministère du Budget, pourtant grand producteur de données), suivi par l’Education Nationale qui ne publie même pas 700 fichiers.

L’opacité de l’Education est un scandale absolu, si l’on songe que ce ministère regroupe à lui seul, soit comme fonctionnaire soit comme usagers près du 1/4 de la population française.

Encore ces volumes ne tiennent-ils aucun compte des contenus souvent indigents et secondaires des données publiées.

Dans le cas de l’Education Nationale par exemple, le fichier relatif à l’origine sociale des étudiants pour 2012 contient 3 tableaux minables, au demeurant publiés dans les Repères et Références Statistiques du Ministère. Autrement dit, notre grand ministère du savoir utilise l’open gouv comme un lieu de rediffusion de statistiques minimalistes publiées par ailleurs.

Je déjeunais récemment avec un haut fonctionnaire concerné par la publication des données publiques… et je l’interrogeais sur les raisons de cette opacité administrative. Ses réponses m’ont assez convaincu:

1) l’administration n’aime pas qu’on mette le nez dans ses affaires

2) les fonctionnaires considèrent qu’il est toujours fait mauvais usage des chiffres qu’ils produisent.

Les problèmes, c’est que, aux termes de la loi de 78, l’administration est tenue de fournir au public les données et les fichiers qu’elle détient, dès lors qu’ils ne portent pas atteinte à la vie privée.

Comme on le voit, l’arbitraire étatique est encore et toujours si puissant en France qu’il n’est pas possible d’obtenir des bureaux un respect de la loi la plus élémentaire.

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