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Budget 2014: la Culture en pleine dérive bureaucratique

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La lecture du budget de la culture 2014 confirme le constat des années précédentes: une technostructure sclérose le ministère.

Le lecture du bleu budgétaire consacré au budget de la Culture 2014 réserve toujours autant de plaisir amusé. Rappelons ici que la France est l’un des rares pays avancés à croire que la culture est une affaire d’Etat et de budget public. De façon très significative d’ailleurs, les artistes français (en dehors de Johnny Halliday, bien sûr) disparaissent peu à peu des écrans radars de la scène mondiale, depuis que Jack Lang avait obtenu des crédits colossaux pour leur promotion et leur développement.

Il faudra bien un jour mesurer le rapport inversement proportionnel entre étatisation et vitalité de la culture.

M’enfin bref… Je me permets de donner ici le tableau résumant les crédits de la culture pour 2014:

Source: Direction du Budget, PLF 2014
Source: Direction du Budget, PLF 2014

Une petite lecture de ce tableau un peu ingrat montre que la Culture se répartit entre 3 grands programmes en France: les patrimoines, la création et la transmission des savoirs (et démocratisation de la culture). De façon malicieuse, les concepteurs de ce monument de la science budgétaire ont discrètement glissé les crédits de l’administration centrale du ministère dans cette dernière action: transmission des savoirs...

Pour quelle raison les salaires des légions de fonctionnaires à la dérive installés rue de Valois figurent-ils dans l’action transmission des savoirs et démocratisation de la culture? Peut-être l’Etat compte-t-il sur eux pour diffuser dans la société française l’art de brasser du vent et d’inventer des procédures qui ne servent qu’à justifier l’emploi de celui qui les invente? Ou bien imagine-t-on un seul instant que la démocratisation de la culture soit incarnée par la bureaucratie du ministère éponyme?

Mon sentiment est plutôt que cette petite astuce budgétaire permet de cacher les appétits gloutons de cette meute de cols blancs déboutonnés qui se gavent sur le dos de la marque « culture française ».

J’illustre le raisonnement en lisant le tableau.

Programme « patrimoines »: Bercy fait allègrement sauter 30 millions de crédits en 2014, soit un 4% du global. Dans le collimateur: le patrimoine des musées de France, c’est-à-dire les grandes institutions comme le Louvre, Beaubourg, etc. Pour l’ensemble des patrimoines, les crédits descendent à 746 millions €, l’essentiel étant supporté par les musées, dont la dotation passe à 340 millions €.

Là encore, la lecture de la loi de finances est divertissante.

Par exemple, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, présidée par Guy Amsellem, figure historique du ministère, et ancien d’un cabinet de gauche au ministère de la Culture, est épargnée par l’effort. Comme le Centre des Monuments Historiques, présidé par le mondain Philippe Belaval, ancien directeur de cabinet de Durafour.

En revanche, Beaubourg, présidée par un ancien des cabinets de droite (Alain Seban), est taxée à hauteur de 8% de son budget (7 millions €). Le Quai Branly, qui est présidé par un ancien des cabinets de droite, perd 2 millions.

Quelques exemples d’une gestion impartiale et saine des crédits de la culture.

Programme « création »: encore 30 millions de réduction de crédits, pour arriver à 746 millions. Là encore, un poste est particulièrement visé: le spectacle vivant, qui supporte seul l’effort de cette réduction (pour ne plus recevoir que 683 millions de dotations).

Programme « transmission des savoirs et démocratisation »: 3,5 millions € d’augmentation. Dans ce beau mouvement baroque d’enfumage des esprits, ce sont les établissements d’enseignement qui raflent la mise avec 12 millions € d’augmentation de leurs crédits, pendant que le soutien à la démocratisation perd 5 millions.

Surtout, on s’amusera de l’extraordinaire clémence vis-à-vis de l’administration centrale du ministère de la culture, qui rase les murs pour ne pas être repérée: elle perdra 1,5 millions €, soit 0,2% de ses crédits. On rêve…

Dans cette masse, on compte 658 millions € pour les salaires, à volume inchangé. Et rien que cela, c’est un indice fort: oui, oui, vous avez bien lu, les salaires des fonctionnaires de la Culture coûtent pratiquement aussi chers que le soutien au spectacle vivant en France (683 millions € prévus, rappelons-le). Autrement dit, quand l’Etat met un euro pour soutenir un concert ou une pièce de théâtre, il consacre la même somme au salaire d’un fonctionnaire du ministère. Hallucinant.

Rappelons qu’au total, le budget de la Culture en France s’élève à 2,5 milliards. Autrement dit, le salaire de la technostructure de la Culture représente un quart de cette somme. Donc, pour 3 euros dépensés dans une opération culturelle, on ajoute un euro pour payer les fonctionnaires qui vont avec.

L’an dernier, on avait eu droit à force détails sur la composition de cette masse salariale. Il faudra sans doute attendre les jaunes budgétaires pour en savoir plus sur la décomposition de ces 650 millions fatidiques.

En attendant, la modernisation de l’action publique, et la vraie réduction des dépenses, ce n’est pas pour maintenant. Car les ministères conservent ce réflexe redoutable: sabrer dans les dépenses qui servent directement aux citoyens, pour mieux protéger les moyens qui leur permettent de vivre.

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