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Déficit des finances publiques: les arracheurs de dent sont au pouvoir

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La Commission Européenne a, mardi dernier, soutenu que le déficit public français de 2015 s’élèverait encore à 3,7% du PIB, au lieu des 2,8% annoncés par Bercy.

L’expérience montre qu’il y a deux types de ministres des Finances ou du Budget: ceux qui se font détester en disant la vérité, et ceux qui se font détester en mentant comme des arracheurs de dent. Il est de plus en plus manifeste que, depuis le 6 mai 2012, cette dernière corporation a pris le pouvoir en France – et que le mensonge est devenu le principal mode de gouvernement, avec le succès que l’on mesure aujourd’hui. Dans ce concert affligeant, on se consolera à la lecture des propos de Bernard Cazeneuve, qui déclare aux Echos:

Nous devons aux Français la vérité sur les enjeux budgétaires : il faut mettre le cap sur les économies, jusqu’à la fin de la législature. Nous avons déjà décidé de 15 milliards d’économies pour 2014, ce qui est sans précédent, comme l’a reconnu d’ailleurs mardi la Commission. En 2015, il faudra porter notre ambition encore plus loin, et continuer en 2016 et en 2017. Il y a là un chemin exigeant, mais c’est celui qui nous sortira de la crise. Je suis prêt à l’emprunter en prenant les risques nécessaires. Le ministre du Budget n’est efficace que s’il s’expose.

Cet aveu excuserait presque les tombereaux obscènes de promesses faites depuis 2012 sur le retour religieux de la France aux 3% de PIB, conformément à ses engagements communautaires – tout cela dans la justice (seuls les riches devaient payer) et dans la bonne humeur.

En attendant, et alors que le débat budgétaire s’est transformé en Beresina pour l’équilibre des comptes publics, il n’est pas inutile de rappeler quelques points essentiels sur la tenue de nos engagements. Surtout que la Commission Européenne doit dire, la semaine prochaine, tout le bien ou tout le mal qu’elle pense du budget 2014 qui lui a été soumis.

Mettons quelques valeurs sur les pourcentages

Plutôt que d’épiloguer de façon stratosphérique sur le budget, remettons le débat dans sa terrible réalité.

En 2012, le déficit budgétaire de l’Etat a tourné autour des 90 milliards € annuels. Pour des recettes totales d’un peu moins de 300 milliards. Autrement dit, l’Etat encaisse 3€ de recettes pour couvrir 4€ de dépenses. On imagine mal un ménage gagner 3.000€ mensuels et en dépenser durablement 4.000€ sans se mettre en zone de stress maximal. C’est pourtant le problème de l’Etat en France.

Pour 2013, le gouvernement s’est engagé sur un déficit légèrement inférieur à 70 milliards€, soit, grosso modo, 3,5% de PIB.

Gardons toujours à l’esprit que, pour respecter les critères de Maastricht, il faut ajouter au déficit de l’Etat le déficit des autres administrations publiques: celui des collectivités locales et celui de la sécurité sociale. Pour la sécurité sociale, le déficit de fin d’année devrait avoisiner les 16 milliards, et pour les collectivités locales, il devrait avoisiner les 4 milliards.

En réalité, le déficit des administrations publiques devrait caracoler pas loin des 90 milliards€, si l’Etat atteint son objectif propre. Supposons que tout, mis bout à bout, et on ne sait trop comment, parvienne à tenir autour des 85 milliards globaux de déficit, nous serons à 4,2% du PIB. A peu près le chiffre que la Commission Européenne anticipe, et avec toutes les réserves d’usage, puisque, chacun le sait, Bercy met pas mal de poussière sous le tapis pour cacher la misère.

S’engager sur un déficit inférieur à 3% du PIB, en phase de quasi-déflation, c’est-à-dire de faible augmentation nominale du PIB, cela signifie très simplement parier sur un déficit inférieur à 60 milliards€. Soit une grosse économie de 25 milliards à trouver, en 2 ans.

Si l’on songe que les 15 milliards d’effort (c’est-à-dire d’augmentation d’impôts) arrachés cette année ont mis le pays à feu et à sang, on voit bien à quelle extrémité les 25 milliards supplémentaires nous condamnent…

A moins, bien entendu, que l’effort porte seulement sur la réduction des dépenses. Il s’agirait alors de diminuer les dépenses de l’Etat d’environ 10% en 2 ans. C’est possible, mais cela se prépare et se discute, et pour l’instant, personne ne voit venir le moindre projet de cost-killing sérieux et construit dans le service public. Au contraire, on ouvre 3 milliards de crédit pour éteindre des incendies et l’on reste sur les ineptes promesses du cerf-volant Peillon: 60.000 enseignants en plus, plus d’enseignants que de classes, l’école dès 2 ans, et autres mensonges idéologiques éhontés que l’Etat n’a pas le moindre sou pour financer.

3% en 2015? Impossible…

Le plus simple, pour montrer que la promesse de respecter l’un des critères de Maastricht en 2015 est inepte, est de produire ce petit tableau officiel:

Source: INSEE
Source: INSEE

Il illustre parfaitement l’échouage de la baleine France depuis 2008. Sur une période de 20 ans, la France est parvenue 7 fois seulement à descendre son déficit public sous les 3% de PIB. A chaque fois, elle a réussi à cette prouesse éphémère en comprimant les dépenses publiques à 52% de PIB. On peut même dire que, structurellement, une dépense publique à 52% de PIB est un plafond maximal pour un déficit inférieur à 3%.

Aujourd’hui, les dépenses publiques sont à 56% du PIB. Il faudrait les diminuer de 80 milliards (4 points de PIB) pour espérer retrouver un déficit conforme à Maastricht. 80 milliards, c’est une année entière sans budget de l’Education Nationale et des Universités.

Autant dire que, d’un point de vue technocratique, cette solution se tient, mais que, d’un point de vue politique, et vue la parfaite tenue de route de Hollande dans les tournants, la France ne rétablira pas en 2015 les conditions nécessaires pour respecter ses engagements. Elle continuera à trop dépenser, et les impôts ne rentreront pas comme ils le devraient.

Que faire?

Chacun sait qu’il y a deux manoeuvres d’urgence à pratiquer.

La première consiste à abandonner le raisonnement des 3%, qui est illusoire, pour se concentrer sur un objectif essentiel: l’excédent primaire. Il faut que les administrations publiques jugulent la mécanique infernale d’augmentation de la dette en rétablissant un équilibre primaire de leur compte. C’est-à-dire un équilibre avant le remboursement du stock de la dette.

La charge de la dette représente environ 45 milliards€ annuels. Le déficit de l’Etat avoisine les 70 milliards€. Il manque donc 25 milliards pour atteindre l’équilibre primaire. Il faut diminuer les dépenses de l’Etat à hauteur de 25 milliards.

Deuxième opération, plus délicate: l’inflation. Délicate parce que plein de gens, pour un tas de raisons, disent tout le mal qu’ils pensent de l’inflation, et tous les inconvénients qu’elle présente, notamment celui du renchérissement des taux d’emprunt. Certes, mes amis, mais enfin on ne fera pas d’omelette sans casser d’oeufs. Et je préfère 5% d’inflation qui pénalisent les rentiers, que 5% d’augmentation d’impôt qui pénalisent le travail ou l’entreprise…

L’inconvénient de cette formule est qu’elle ne se décrète pas complètement. Pour y parvenir, il faut qu’il y ait un minimum de tonus dans l’économie, et un petit coup de pouce à l’endettement des ménages et à l’investissement des entreprises. Sinon, comme c’est le cas aujourd’hui, tout cela stagne et la déflation montre le bout de son nez.

C’est là qu’il faut une stratégie bien ciblée de relance. Idéalement pour les secteurs novateurs et les secteurs d’avenir. C’est-à-dire pas forcément la Poste et les entreprises de nettoyage du métro, que je respecte, mais qui sont quand même moins innovantes qu’une start-up.

Malheureusement, le coup de pouce français s’appelle le CICE, et il va profiter à la Poste et aux entreprises de nettoyage. Mais cela, évidemment, les arracheurs de dent s’en contre-fichent.

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