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Mois : novembre 2013

Handicap: la France organise la délocalisation vers ses anciens départements

L’Assemblée Nationale a ratifié le projet de loi autorisant un traité entre la France et la Wallonie pour l’accueil des personnes souffrant de handicap.

Face au manque criant de places d’accueil pour les personnes souffrant de handicap, la France organise un peu mieux la délocalisation vers les anciens départements de l’Ourthe et de la Sambre (entendez l’illusoire Wallonie).

Notre Parlement républicain vient de ratifier un accord-cadre avec ces départements pour contrôler la qualité de cet accueil. L’étude d’impact menée au Sénat en résume bien les tenants et aboutissants.

Bretons et consors: chic! ça va être la révolution…

La manifestation qui doit se dérouler demain en Bretagne marque une étape supplémentaire dans un lent processus de décomposition. Vers un effondrement du régime?

Les technocrates qui peuplent les cabinets ministériels eussent été bien inspirés de lire l’abondante production de la Banque Mondiale sur la gestion du risque social. Depuis quelques semaines, plusieurs indices montrent que l’exaspération latente depuis plusieurs années, mais montante, dans la population française, a connu une modification chimique qui la rend potentiellement dangereuse pour le régime.

Une première étape avec le « mariage pour tous »

Il est très probable que le passage au forceps du « mariage pour tous » ait donné un signal de déclenchement au métabolisme hormonal qui nous conduit au bord de l’effondrement. Tout à coup, des Français qu’on ne voyait jamais dans les rues, la raie bien peignée, le loden vert et les enfants fabriqués en série, battaient le pavé pour contester un mode de gouvernement qui leur paraissait violer leurs convictions fondamentales.

A cette occasion, l’émergence du Printemps Français a constitué un puissant marqueur, dans la mesure où ce mouvement a donné un visage, oublié depuis longtemps, à une contestation chouanne que l’on retrouve très évidemment en Bretagne. Et pour la première fois depuis longtemps, la rumeur d’un coup militaire a circulé dans Paris, vite reprise en main par le pouvoir, dans des conditions qui mériteront un jour d’être analysées au regard de leurs conséquences à long terme.

En tout cas, dans la gestion de la conflictualité sociale, le mariage pour tous a produit une sorte de prise de conscience dans la classe moyenne: non seulement elle est opprimée fiscalement, mais elle est humiliée moralement.

Je rappelle ici ce simple petit graphique extrait de l’étude de Bigot pour le Credoc, sur les classes moyennes, en 2008:

Source: Credoc
Source: Credoc

Ces chiffres datent de 2005. Ils montrent clairement que les milieux les plus modestes et les plus aisés consentent à l’idée de familles homosexuelles. En revanche, le ventre mou des classes moyennes s’y montre beaucoup plus hostile. Ce sont ces gens-là qui ont hurlé contre le mariage gay, et ce sont ces gens-là qui sont le plus touchés par le « ras-le-bol fiscal ».

Le risque pris par le gouvernement a consisté à fédérer initialement cette opposition très traditionnelle non plus sur une exaspération d’ordre économique (le rejet de la politique fiscale), mais sur un motif idéologique et éthique.

Une seconde étape avec le travail du soir et du dimanche

Après l’épisode du Printemps Français, le pays a manifestement franchi une nouvelle étape dans le risque social, passée inaperçue: l’affaire du travail du soir et du dimanche dans le commerce.

En soi, ce n’est pas la victoire syndicale obtenue devant les tribunaux dans l’affaire Sephora qui est en cause. En revanche, elle est l’occasion de mettre à jour l’extrême cohésion du mouvement intersyndical Clic-P, même si des dissensions sont apparues en son sein.

Beaucoup de Français avaient intégré l’image d’un syndicalisme éparpillé, divisé, enclin à pousser un coup de gueule ou à fomenter un bon débrayage, et puis ça s’arrête là. Tout à coup, ils se réveillent avec autre chose: un syndicalisme soudé, déterminé, qui n’appelle pas à faire grève, mais qui saisit les tribunaux pour obtenir gain de cause contre les employeurs.

Cette capacité à organiser un combat légal constitue bien l’étape qui manquait au « mariage pour tous »: la lutte, mais en bon ordre, et dans le respect des lois. Les syndicalistes du commerce prennent ici les capitalistes à leur propre piège et à leur propre jeu, pour instaurer un rapport de force en leur faveur.

Cette mutation du mouvement syndical français mérite d’être regardée de près: l’intersyndicale qui s’est montée est à la fois sectorielle (ciblée sur le commerce) et régionale (circonscrite à la région parisienne). Elle obéit donc à une logique relativement nouvelle, détachée des états-majors nationaux et difficiles à contrôler.

Le retour des Chouans et des Bonnets Rouges

Le mouvement de résistance à l’éco-taxe qui embrase la Bretagne fait franchir à la France un cap supplémentaire dans la conflictualité des rapports sociaux, qui est à la fois la synthèse (en terme de réalisation du risque, pas en termes idéologiques, bien entendu) des mouvements qui viennent d’être évoqués ci-dessus en même temps qu’elle en est un dépassement original.

Ce mouvement de résistance est au confluent d’une multiplicité de séries historiques.

Première série: l’héritage des bonnets rouges, dont il se revendique ouvertement. Ce mouvement de paysans bretons qui avait sévi sous l’Ancien Régime était lui aussi né d’une révolte fiscale.

Le parallèle est amusant, mais ne s’arrête pas là. Les plus observateurs auront noté la deuxième série dont les bonnets rouges sont issus. Durant l’entre-deux-guerres, le journal Le bonnet rouge avait déployé une vision gauchisante de la société, qui traduit bien l’inspiration révolutionnaire implicite qui agite la Bretagne aujourd’hui.

Mais, troisième série, si l’on en croit le Figaro, le mouvement breton qui s’embrasera demain est aussi nourri par l’extrême-droite. Soutenue par le mouvement indépendantiste Jeune Bretagne, la manifestation exprime bien les grands thèmes chouans qui avaient déjà pointé leur nez dans la « Manif pour tous »: le rejet de l’élitisme parisien, l’aspiration au régionalisme, l’enracinement dans des valeurs traditionnelles.

L’intérêt du mouvement breton est de se constituer, sur le modèle du Clic-P, en une espèce d’alliance tactique régionale à but circonstancié. Les bonnets rouges rassemblent l’extrême gauche, l’extrême droite, mais aussi les petits patrons et certains syndicalistes. Une véritable cocotte minute susceptible d’exploser.

Faut-il craindre une révolution?

Selon le journal de Serge Dassault, les ex-Renseignements Généraux auraient prévenu le pouvoir: il existe un risque de contagion du mouvement breton à des régions « à forte identité », c’est-à-dire mal intégrées par le pouvoir central en voie de décomposition. C’est probablement sous ce prisme qu’il faut comprendre la manifestation qui se prépare: le très profond affaiblissement du gouvernement central, dont François Hollande est la cause première et désormais évidente, donne libre cours aux aspirations régionalistes que la France a encouragé depuis les grandes lois de décentralisation.

En politique, la faiblesse ne pardonne pas.

Toutefois, un fait tempère le bouillonnement révolutionnaire qui se fait jour en Bretagne: il manque à la France un épisode financier dramatique, comme en 1789. Il faudrait par exemple que l’Etat soit dans l’incapacité assumée de tenir ses objectifs communautaires de retour à l’équilibre des finances publiques pour que le régime se délite complètement. En fait, il faudra attendre le printemps pour que l’Etat central ne soit plus en capacité de gérer ses conflits locaux: constater que les recettes fiscales ne rentrent plus et qu’il faut changer de gouvernance. Les révolutions n’arrivent jamais en automne.

Faut-il craindre ces événements à venir?

Non, parce que le régime est à bout de souffle et dominé par une élite arrogante et incapable de réformer. Non, parce que la France a besoin d’un bon coup de pied au c… pour se relever et repartir du bon pied. Non, parce que sans un choc brutal les ajustements nécessaires à la révolution technologique que nous vivons ne se feront pas. Et la France déclinera inexorablement. Non, parce que le marasme dans lequel nous nous débattons sans issue depuis plusieurs années est sclérosant et nécrosant. Il faut en sortir, enfin!

Oui, parce que tout ajustement brutal est toujours porteur de risques. Oui, parce que la transformation brutale s’accompagne toujours d’une phase transitoire de chaos qui ne rend personne heureux.

En attendant, acheter de la pierre et fuyez les placements risqués.