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Les parents d’élèves forment-ils le mur des cons en salle de profs?

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La place des parents d’élèves et des élèves eux-mêmes dans le système scolaire français est probablement un enjeu essentiel dans la refondation de notre école. A la différence de systèmes scolaires plus performants, l’école en France considère que l’élève est placé sous l’autorité unilatérale de l’enseignant, et que la famille de l’élève ne fait pas partie intégrante de la communauté éducative. S’il existe des tentatives de réconciliation entre ces deux mondes, notamment au travers des réunions parents-professeurs, il existe bien un fossé profond entre l’école qui est organisée par les enseignants d’un côté, les enfants et leurs parents qui doivent accepter cette organisation de l’autre.

Pourtant, quand on lit de près les résultats de l’enquête PISA relatifs à ces points, on mesure rapidement que les systèmes les plus performants dans le monde abordent la question de façon extrêmement différente.

Les profs français prennent moins l’initiative d’une rencontre avec les parents

Première caractéristique: les parents français demandent plutôt plus que leurs homologues étrangers à rencontrer les enseignants. Ils sont 26% à demander à l’enseignant une rencontre pour discuter du comportement de leur enfant, quand la moyenne de l’OCDE est à 23%. On remarquera qu’au Japon, deuxième pays au monde selon PISA, ils ne sont que 10% à le demander. En Corée du Sud et en Finlande, la proportion est la même qu’en France.

Premier constat donc: les parents français sont loin d’être démissionnaires comme on le lit souvent, et ils ne sont pas non plus pinailleurs.

Deuxième caractéristique: les enseignants français sollicitent moins les parents de leurs élèves que leurs homologues étrangers. En lisant les chiffres attentivement, on en ressort d’ailleurs une analyse utile. Ainsi, 40% des enseignants français demandent aux parents une entrevue pour évoquer le comportement des enfants, soit deux points de plus que la moyenne de l’OCDE. Mais… ce taux est de 45% en Corée et en Finlande, et de 63% au Japon.

Surtout, les enseignants français ne sont que 41% à demander une rencontre avec les parents pour discuter non plus du comportement mais des progrès de l’élève, soit 6 points de moins que dans l’OCDE. Soit 6 points de moins qu’en Corée, 14 points de moins qu’en Finlande, 29 points de moins qu’au Japon. Nous tenons là un indice fort…

Dans les systèmes performants, les élèves évaluent les enseignants

Autre point de discorde: la place des élèves. En France, l’élève est forcément un enfant gâté, ou un sujet d’enseignement qui doit boire avec adoration la parole de son enseignant. Dans les systèmes performants, le statut de l’élève est très différent.

Source: OCDE - PISA
Source: OCDE – PISA

 

Je reproduis ici, in extenso, le tableau de comparaison fait par PISA sur l’utilité des examens que passent les élèves dans l’OCDE. A près de 100%, ils servent en France à mesurer les progrès de l’élève. A 23%, ils servent à évaluer les enseignants (tiens… il serait intéressant de voir d’où vient cette donnée…) et à 50% à améliorer les programmes.

Si l’évaluation des enseignants ne représente que 16% des examens en Finlande, elle atteint 85% en Corée et 76% au Japon. En Finlande, les examens servent à 61% à améliorer les programmes et la pédagogie. Ce chiffre atteint 96% en Corée et 79% a Japon.

Nous tenons là un second indice: les systèmes les plus performants ont développé une démarche qualité, qui consiste à améliorer l’existant à partir des constats tirés des examens ou de l’évaluation des enseignants par les élèves. Une logique qui hérisserait le poil des enseignants en France.

La rencontre parents-professeurs: un sujet d’angoisse

Pour comprendre le décalage avec la France, il faut lire quelques « topics » sur le forum enseignant qui tournent autour de la place du parent d’élève dans l’école. J’extrais un peu arbitrairement quelques passages d’un intéressant fil intitulé: « La réunion parents/profs approche. Des conseils pour la gérer au mieux ? » sur le forum néo-profs.

Cette conversation est lancée par une jeune enseignante confrontée à sa première réunion avec des parents. Avec beaucoup de conscience professionnelle, elle pose le débat de la façon suivante:

Source: neo-profs.org
Source: neo-profs.org

On pourrait prendre un temps infini à lire entre les lignes de ce message. J’en viens au centre de la question: quels arguments la communauté enseignante va développer pour expliquer qu’un enseignant ne doit jamais rendre compte de ses pratiques aux parents.

Sur le fond, un grand nombre d’interventions est empreint d’un ton bienveillant et renvoie une image positive du métier. Exemple:

Source: neo-profs.org
Source: neo-profs.org

Toutefois, le grand enjeu du forum reste d’apprendre à tenir les parents à distance en toutes circonstances:

Source: neo-profs.org
Source: neo-profs.org

Un autre enseignant propose une méthode alternative:

Source: neo-profs.org
Source: neo-profs.org

On vient que, en permanence, l’objet de la rencontre est de respecter le tabou: aucune remarque possible sur l’enseignant, ni sur les notes. D’où cet enchaînement de remarques:

Source: neo-profs.org
Source: neo-profs.org

Evidemment, quand on pose l’idée que l’évaluation de l’enseignement ne peut que constituer une attaque…

Rencontrer les parents: une menace potentielle

L’idée d’inclure les parents dans le processus éducatif, et donc de communiquer avec eux pour améliorer la performance de l’enseignement est vécue en France comme une sorte de prolétarisation du métier d’enseignant. Ce réflexe ne manque d’ailleurs pas d’étonner.

Voici par exemple un autre « topic » posté par un enseignant, avec la réponse d’un collègue:

Source: neo-profs.org
Source: neo-profs.org

De façon tout à fait saisissante, la demande de rencontre d’un enseignant par les parents à la suite d’un problème de comportement de l’élève est forcément perçue comme une menace ou une remise en cause par l’enseignant. Alors que les pays les plus performants favorisent les explications auprès des parents dans ces situations, l’inverse est prôné chez les enseignants…

Sur ce point, il est d’ailleurs étonnant que l’administration de l’Education Nationale n’ait pas encadré les pratiques en vigueur.

Les deux réactions ci-dessous à la même conversation me semblent emblématiques du mal français:

Image 44

Entre les allusions négatives aux élèves surnommés « machérie » et les principes: jamais de retour en arrière et surtout pas de rendez-vous avec des parents qui le demandent, le ton est donné.

Mais les enseignants français peuvent-ils raisonnablement imaginer qu’ils amélioreront le niveau des élèves sans les parents?

Un commentaire

    • L’esprit n’est pas au jugement, mais à la compréhension… Beaucoup de parents se sentent tenus à distance de l’école par les enseignants, alors que le bon sens serait d’entrer dans un processus où les parents comme les élèves devraient pouvoir évaluer (selon des critères partagés) la performance des enseignants. Je n’ai trouvé sur ce forum que des confirmations de cette volonté de tenir les parents à distance. Donnez-moi des exemples contraires… Je suis preneur et je publie tout de suite.

  1. Bon en maths, nul en déduction , élève Verhaerghe : peut mieux faire.

    Si 26 % des parents demandent un rendez vous pour parler de leur enfant , cela veut dire que 74% ne le font pas .
    Pour le coup , Un indice vraiment fort qui voudrait dire que 3/4 des parents ne souhaitent pas inter- agir avec les enseignants. S’intéresser au pourquoi de cette non – action, ce serait déjà percer le mur des cons , pour reprendre une expression aussi connotée que  » mammouth » .

    Mais sur le fond, élève Veraerghe , comment pouvez oublier à ce point que les moyennes ont le pouvoir de lisser des réalités forts différentes. Je me demande s’il ne faudrait pas convoqué vos parents, grands parents , et arrières grands parents , car la cause est probablement d’ordre culturelle .Pas de prof dans votre famille, pas même un instit , un pion?

    Bref, tendre vers le modèle asiatique serait donc la panacée . Et s’il était préférable d’être un cancre heureux plutôt qu’un élève suicidaire, voir un enragé de la compétition?

    http://kekkoo.blogspot.fr/2012/03/suicide-des-enfants-japonais-la.html

    http://m.youtube.com/watch?v=0o2cf2KgDZQ&sns=tw&desktop_uri=%2Fwatch%3Fv%3D0o2cf2KgDZQ%26sns%3Dtw

    • Mon cher Béber, un peu de sérieux. Laissez ces arguments du: « vous n’êtes pas d’accord avec nous parce que vous avez un problème personnel » aux staliniens et aux turbolibéraux qui cherchent à nous enrégimenter. Non, pas vous… 😉

      • Mon cher Éric , franchement , je ne pensais pas que vous prendriez ma petite vanne pour une attaque personnelle . Ha mais v’la que je donne du  » mon cher  » moi zôssi.
        Mais que m’arrive t’il , pourquoi un tel élan de tendresse ?
        Je ne sais 🙂

        Les chiffres parlent cher ami, et que vous le vouliez ou non, vous faites partie de cette minorité de parents d’élèves qui a besoin de contact avec les enseignants.
        Vous interrogeriez vous sur le pourquoi qui expliqueraient que Certains parents n’éprouvent pas le même besoin que vous?
        Indifférence ,timidité , complexe , découragement, manque de temps , autres raisons?

        Est ce que la classe sociale à une importance en la matière , est ce que certains quartiers ou niveau de vie fort différent ne faussent pas les moyennes ?

        • Vous savez bien que le second degré passe mal sur Internet…
          Au fil de vos commentaires, je m’amuse de vous voir aussi sensible aux origines sociales… Moi j’aime bien l’idée d’une égalité de droits, quelle que soit la classe. Et, objectivement, je n’ai jamais cherché à rencontrer spécialement les enseignants. En revanche, il est important de se dire que, si on veut, on peut, sans craindre de subir des humiliations…

          • Vous voyez qu’en causant on en vient au fond du problème.
             » La peur de subir une humiliation  » : Yes !

            Qui dit classe dit classement . Les premiers qui n’ont pas grand chose à craindre d’une rencontre parent- profs , et les autres qui représenteront toujours une majoritė dans un système pyramidal .

            Je fais référence aux classes sociales parce qu’elles ont une importance dans le dialogue parents – profs. On peut être pour l’égalité tout en reconnaissant que les classes sociales sont une réalité.
            D’autres part , l’enseignant est confronté au bête problème qu’il est seul face ã des groupes , et que s’il ne sait pas faire autorité , la loi du nombre fait qu’il ne pourra pas faire son job.

             » faire autoritė  » , là aussi on touche le fond du problème du relationnel parents- profs .

  2. Julien dit

    J’aime beaucoup la nuance :  » J’extrais un peu arbitrairement quelques passages d’un intéressant fil »…
    Arbitrairement.

    Bref, il est toujours extrêmement drôle, et allez, soyons honnêtes, un peu pathétique, de voir des gens donner des conseils sur des domaines auxquels ils ne connaissent rien. De toute évidence.
    Mais bon, l’enseignement c’est un peu comme l’équipe de France de foot : chacun se croit sélectionneur même si il n’a jamais porté de crampons ou, en l’occurrence, si ses seules connaissances du monde éducatif se résument à avoir user ses jeans sur les chaises de bois dur de l’EN il y a trente ans.

    Pour répondre, non : aucun mur des cons en salle des profs. C’est presque dommage : cet article y aurait toute sa place de par sa malhonnêteté intellectuelle.

  3. ikomal dit

    Les profs sont là. Normal, ça les concerne et ils ont le temps. Ils se défendent. Normal, c’est la loi du genre.
    Le plus rigolo c’est qu’ils adoptent une technique de défense qui est une illustration parfaite du travers dénoncé par l’article, et qu’ils prétendent ne pas avoir.
    Ça commence par gduboz qui dénonce une généralisation excessive et qui au post suivant se permet … une généralisation
    Ça continue avec « Beber le cancre » qui s’adresse à « l’élève Verhaerghe » : Beber ne connait qu’un type de relation qui ne relie que deux positions : prof ou bien élève. Les autre, dont les parents, n’existent même pas. Aussi façon de dire « Ta gueule c’est moi qui sait » (TGCMQS). (Parenthèse : un cancre heureux ça n’existe pas ; au minimum il se fait chier en classe, ce qui fait quand même un temps considérable passer à s’emmerder)
    Puis Julien dont le post (les parents ? des sportifs en chambre qui se prennent pour un sélectionneur de l’équipe de France) est finalement une parfaite une illustration de la mentalité TGCMQS.

    Cela étant j’ai des enfants en collège privé et au lycée publique, et je ne loupe jamais une rencontre, voire en provoque de temps en temps. Il y a une différence flagrante de culture entre les deux établissements. Dans le premier les profs écoutent les parents. Dans le second, ils leur expliquent. TGCMQS. Ils peuvent sans doute se le permettre puisque c’est le « bon » lycée du département, mais est-ce que ça apporte quoi que ce soit ? non évidemment.

    • Si vous doutez de la possibilité d’être à la fois cancre et heureux , c’est que vous n’avez jamais été amoureux d’une belle maîtresse d’école ou d’une belle êcolière , ou que vous n’avez jamais eut la passion des récrês …les adultes oublient si facilement que la vraie joie d’un enfant réside dans le jeu.

  4. ikomal dit

    Si même la crème des étudiants, ceux qui sont assez forts pour tenter le concours de l’ENS, a besoin d’aide pour se reconvertir, « Houston, nous avons un problème »…

      • Julien dit

        Comme ça doit être agréable de se croire au-dessus du lot à ce point… Quand on attaque personnellement les gens (ne me faites pas croire que l’adresse de messagerie « confidentielle » n’a pas aiguillé votre réponse), il faut s’attendre à encaisser des attaques en retour.
        Sincèrement, je ne veux même pas perdre mon temps à essayer de vous convaincre. C’est inutile. Vous détenez la Vérité.
        Juste une chose quand même, pour reprendre les propos de Luc Ferry il y a quelques jours : il ne peut y avoir d’enseignement (via l’Education Nationale) tant que le travail d’éducation des parents n’est pas fait. Si avant de rejeter tous les torts du monde sur les profs, les parents commençaient par éduquer leurs enfants…

  5. bip20 dit

    J’ai l’impression de voir un syndrome de déresponsabilisation à grande échelle. Je me trompe peut-être, mais quand on n’est pas libre de faire ce que l’on souhaite et ce que l’on pense bien, pour appliquer des méthodes imposées d’en haut, on a tendance à se sentir tel une machine et donc non responsable des conséquences. Peut-être que si les profs étaient plus libre sur la pédagogie et une partie du programme, ils se sentiraient plus impliqué donc plus responsable.

  6. ikomal dit

    Je n’ai pas lu d’attaque personnelles, et je n’ai pas accès aux adresses mails, mais il me semble évident que Julien vient d’annoncer qu’il postait à partir de son travail dans une institution scolaire pas quelconque puisque connue pour avoir produire des candidats à l’ENS… En outre il déclare que toute allusion à son travail, même parfaitement neutre, est une attaque personnelle, ce qui ne peut s’interpréter que d’une façon : au fond de lui, ce travail ne nourrit pas une fierté (du travail bien fait), mais la honte (du gâchis dont il n’est objectivement pas le responsable, mais le dernier maillon, je suppose). CQFD
    Au moins Julien n’en est pas au stade de Beber, qui en vient à rationaliser les avantages de la cancritude. Il se contente d’un banal « célafoto » (parents, qui n’éduque pas leurs enfants) ; un peu court, comme explication pour la chute. comme si les parents d’aujourd’hui étaient pires que ceux d’hier ; comme si, hier, l’école ne gérait pas des brutes. En fait, si, elle gérait les brutes, pas de façon parfaite, mais quand même nettement mieux qu’avec la méthode actuelle consistant à « exercer un droit de retrait » à cause d’un touche-pipi d’un gamin de primaire !

    • Ikomal , vous dėmontrez combien votre logique est une logique d’interprétation rapide , et non pas de comprėhension patiente de l’ensemble des faits.
      Un seul fait vous manque et vos conclusions sont dépeuplées …de bon sens.
      C’est vous qui voyez, si ce que vous chercher est la vėritė ou le seul renforcement de vos convictions.

  7. ikomal dit

    Merveilleux commentaire qui peux s’appliquer à la Terre entière (car enfin, qui a accès « l’ensemble des faits » ?). On appelle ça un truisme ou une tautologie, et c’est parfaitement inutile dans un discours sensé. Par contre, c’est idéal pour mentir et se mentir à soi-même, quand on vise « le seul renforcement de [ses] convictions ».

  8. les laids lès dit

    je déteste ceux qui disent les prof, les élèves, les noirs, les américains, les chinois, etc, etc,
    il y a certains profs, certains élèves, etc. etc. qui ont telle attitude ou telle autre, si vous stigmatisez une catégorie entière, vous trouverez souvent des personnes qui ne se sentent pas concernées par vos attaques, car à l’opposé de vos accusations!
    donnez donc des exemples et des solutions potentielles, ce sera plus productif car chacun pourra faire évoluer ses façons d’agir (si il le souhaite!)

  9. bilfusée dit

    C’est exactement ca, des enseignant agressifs , irrespectueux qui considère le parents comme un moins que rien et le rabaisse plus bas que terre.

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