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Hollande à la gauche: « Je vous ai bien eus »!

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A l’issue de sa conférence de presse, François Hollande a dû laisser un goût amer dans la bouche désormais pâteuse des électeurs de gauche qui ont pris le temps de le regarder, de l’écouter, et pire encore: de l’entendre! Le goût amer d’une chanson de Michel Sardou qui disait: « Je vous ai bien eus! ».


Le discours du Bourget, vous vous en souvenez?

A la relecture du fameux discours du Bourget prononcé en janvier 2012 par le candidat Hollande, certains électeurs avaient peut-être interprété des phrases comme:

C’est pour l’égalité que nous devons agir parce que, depuis 10 ans, l’égalité recule partout. Partout, des privilèges apparaissent à mesure qu’une nouvelle aristocratie – j’emploie le mot à dessein – arrogante et cupide s’installe et prospère. 1 % des Français privilégiés se séparent du reste de la société. Ils vivent à côté de nous mais ils ne vivent déjà plus avec nous. Parfois, ils ne vivent même pas chez nous. Une véritable sécession sociale a vu le jour ces dernières années : des quartiers relégués, abandonnés et de l’autre des quartiers protégés, sécurisés pour que nul ne vienne déranger. Je serai le Président de la fin des privilèges parce que je ne peux pas admettre que, pendant ce temps-là, pendant que certains s’enrichissent sans limite, la précarité s’étende, la pauvreté s’aggrave et 8 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, dont beaucoup trop d’enfants.

sous le signe d’une rupture avec la politique d’exonération fiscale au bénéfice des entreprises.

D’ailleurs ce soir-là le candidat Hollande avait aussi eu ces mots:

Pour atteindre cet objectif, je reviendrai sur les cadeaux fiscaux et les multiples niches fiscales accordées depuis une décennie aux ménages les plus aisés et aux plus grosses entreprises.

La conférence de presse, avec son pacte de responsabilité, a évidemment un peu tranché avec l’esprit qui a présidé à l’élection de François Hollande.

La blague du « pacte pour la croissance en Europe »

Les mêmes électeurs se souviennent peut-être aussi de l’extraordinaire « pacte pour la croissance en Europe » que François Hollande avait proposé à ses partenaires à peine élu, et qu’Angela Merkel a foulé aux pieds. Il s’agissait à l’époque de relancer la dépense publique à hauteur de 120 milliards€ pour retrouver la croissance.

Lorsque nous étions jeunes, ce type de mesure s’appelait la relance par la dépense. Inspirée de la pensée keynésienne, la démarche percute la logique de l’offre défendue par l’Allemagne.

De fait, la logique de la dépense, de la demande, François Hollande l’a bel et bien défendue en arrivant à l’Elysée, comme remède au marasme européen. Il s’est fait envoyer paître, à l’époque, moyennant un accord timide à un plan portant sur moins de 1% du PIB et dont plus personne n’entend parler ni ne se soucie. Depuis, les logiques d’austérité et d’offre ont triomphé partout. Seule la France reste les bras ballants, et s’enfonce dans une crise dont on voit seulement les premiers effets.

Le virage en épingle à cheveux du président Hollande

Quoiqu’il soutienne le contraire, François Hollande a donc bel et bien effectué un virage à 180 degrés dans la doctrine économique qu’il promeut. En soutenant, lors de sa conférence de presse, que la gauche ne défendait pas forcément une politique de la demande et qu’elle pouvait se rallier à une politique de l’offre, il a évidemment reconnu implicitement non seulement l’existence de ce virage, mais aussi son abandon complet des logiques qui ont permis son élection.

Rappelons ici quelques éléments: ce que les économistes appellent pompeusement une politique de la demande consiste tout simplement à stimuler l’activité économique par un soutien à la consommation, par exemple en favorisant les augmentations de salaires. Parce que cette politique améliore le niveau de vie des plus pauvres, elle est d’ordinaire considérée comme de gauche. La politique de l’offre consiste, dans la pratique, à faire des « cadeaux » aux entreprises pour les pousser à investir. Pour y parvenir, la logique économique exige généralement une baisse du coût du travail… qui se fait au détriment immédiat des salariés.

En soutenant que la gauche n’était pas forcément orientée vers une politique de la demande, François Hollande en a dit long sur le chemin qu’il demande à ses électeurs de parcourir.

Combien d’électeurs socialistes suivront-ils cette conversion?

Ce que François Hollande propose est économiquement à l’unisson de ce que ses partenaires européens soutiennent. Les réactions venues d’Europe le prouvent. En revanche, il se situe à l’opposé de ce que sa majorité a défendu lors de la campagne électorale. Et là, le Président est bel et bien confronté à un problème: quelle majorité va-t-il dégager autour de mesures qui attaquent directement ses meilleurs soutiens électoraux: les fonctionnaires?

En annonçant qu’il n’augmenterait plus les impôts et qu’il agirait seulement sur la dépense publique, François Hollande s’engage sur un terrain nécessaire, mais scabreux. On voit mal comment la fonction publique soutiendra une politique qu’elle a déjà farouchement combattue sous Sarkozy. De toutes parts, les manifestations de résistance se multiplient: budgets votés en déficit (à commencer par l’ENA!), pagailles dans les services, revendications salariales constantes.

Dans la pratique, cette politique suppose obligatoirement des mesures courageuses mais impopulaires: fermeture de perceptions, d’hôpitaux de proximité, de collèges ruraux, gains de productivité dans les services, accroissement des rendements, etc.

L’Etat est-il encore contrôlable?

Surtout, pour parvenir à ses fins, le Président doit reprendre la main sur les services, et là encore il se heurte à de profondes difficultés.

Premier point: la complexité. L’Etat est devenu une machine protéiforme que plus personne ne maîtrise. Les collectivités locales et la sécurité sociale sont dans une situation pire encore. Non seulement les forces qui agitent ces organisations, mais la lourdeur des circuits de fonctionnement et de décision, l’extrême technicité des dossiers (ce que l’on appelle l’effet-taille) compliquent singulièrement le pilotage de l’ensemble.

Deuxième point: l’inclination byzantine du Président, qui adore créer des hauts conseils, des comités, des instances consultatives dans tous les sens, qui sont autant de freins à une décision saine et efficace. La réduction des dépenses n’échappera pas à cette règle. Avec le Conseil de la Dépense qui se réunira mensuellement auprès de lui, on risque de créer un écran supplémentaire entre les décideurs et la réalité.

Parallèlement, la modification du calendrier budgétaire, qui commencera dès janvier, va définitivement couper les « budgétaires » de la réalité qu’ils budgétisent. Une année sera à peine achevée qu’il faudra déjà embrayer sur l’année suivante, sans que jamais on ne sache quel est l’état réel des fonctionnements, des besoins et des dépenses.

Bref, que de pieuses intentions. Mais la foi n’est jamais rien sans les actes…

 

2 commentaires

  1. ikomal dit

    Rien à retrancher.
    Tout au plus me permettrai-je de rajouter que le budget, c’est un truc politique d’affichage. Ce qui compte vraiment c’est l’exécution (que personne ne regarde vraiment …). Et là, gros problème : la pratique c’est de dépenser d’abord pour ce qui est exigé par le grand chef (exemple : les « contrats d’avenir »), ensuite pour le facultatif et l’agréable, et enfin seulement de … demander (et obtenir) des rallonges pour l’utile, le nécessaire, l’indispensable. Le rond point passe toujours avant le point noir accidentogène, la subvention culturelle avant la réfection de la toiture de la cathédrale, l’embauche d’un commissaire politique de l’enseignement avant celle d’un professeur expérimenté en ZEP, etc. Pourquoi ? et bien parce que « tant que je gagne, je joue ». Et pour l’instant cette stratégie a toujours été gagnante pour les administrations

  2. bber74 dit

    Des mesures « courageuses »…

    Le « courage  » de ces généraux qui envoyaient la troupe au massacre , c’est ce qui leur faisait dresser le menton dans une attitude héroïque?

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