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Paris: le grand retour en arrière

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La façon dont le « smog », le nuage de pollution, s’est invité dans la campagne électorale est l’occasion de souligner combien Paris, en 12 ans de gestion sociétale, a reculé. Ce constat me navre d’ailleurs, puisque Bertrand Delanoë, lorsqu’il fut élu, portait avec lui une cohorte d’espoirs qui se sont tous éteints les uns après les autres.

Le Smog, grand échec de l’équipe Delanoë

Commençons quand même par le commencement. Jamais de mémoire de Parisien la pollution n’avait atteint une telle pestilence. Non seulement elle est visible à l’oeil nu, mais tous ceux qui fréquentent le périphérique sentent forcément leurs poumons opprimés à son approche. L’état sanitaire de la Ville est devenu calamiteux.

Je reprends ici le programme de Delanoë en 2008:

– réduire les émissions de gaz à effet de serre (CO2) de 15% par rapport à 2004
– 200.000 mètres carrés de panneaux solaires d’ici à 2014 « pour faire de Paris une capitale mondiale de l’énergie solaire »
– création de quatre sections de couverture du périphérique pour lutter contre les nuisances sonores
– « végétalisation » des toitures
– construction de tours, mais « de haute performance environnementale et de grande qualité architecturale »
– 30 hectares supplémentaires d’espaces verts (32 dans la mandature 2001-2008)
– diminuer de 10% les déchets produits dans Paris

Il serait intéressant de reprendre point par point le programme de l’équipe sortante sur ces questions d’environnements. Le smog rappelle avec une triste évidence que le bilan général de la politique municipale est mauvais, et même très mauvais.

Juste par curiosité, l’équipement de la Ville en panneaux solaires est de 25.000 m2, soit dix fois moins que l’engagement de 2008. Selon Anne Hidalgo, 16 hectares de verdure ont été créés depuis 2008, soit deux fois moins que prévu. Ces deux seuls exemples sont d’autres illustrations de l’échec de Delanoë sur la question de l’environnement. Cet échec met aujourd’hui notre santé en danger.

Cet échec est également accablant pour les Verts, qui sont allés à la gamelle municipale depuis 12 ans, et ont diffusé leur idéologie bobo anti-banlieue nausabéonde sous couvert de grands idéaux sociétaux. Je rappelle ici quelques propos de la bienpensance verdoyante:

l’ensemble de ces projets et plus globalement la place des 2 roues dans notre ville, feront l’objet d’une étude attentive dans le cadre de l’élaboration du futur Plan de Déplacement de Paris dont l’objectif est non seulement d’agir concrètement pour réduire les nuisances et les pollutions liées à l’automobile, mais aussi de promouvoir une utilisation équilibrée de l’espace public pour tous les Parisiens.

(Denis Beaupin, 2001)

Tout ça pour ça!

On s’ennuie à Paris

A cet échec patent, j’ajoute quand même le constat d’endormissement général qui saisit forcément les Parisiens noctambules.

Alors que, dans certains quartiers, la police laisse faire le tapage nocturne de façon totalement ahurissante (je pense ici à certaines zones de l’Est parisien où les appartements sont invivables à cause de ces nuisances – les habitants comme ceux du square d’Amiens, sur les maréchaux, dans le 20è, ne cessent de s’en plaindre), les rues de l’hyper-centre sommeillent avec le calme de la petite bourgeoisie bien-pensante qui entoure le maire. Longtemps, je n’y ai pas cru, mais… c’est en descendant récemment les Champs-Elysées à deux heures et demie du matin, à la recherche d’un bar avec quelques amis, un vendredi soir, que j’ai soudain mesuré le recul parisien.

Lorsque je suis arrivé à Paris en 1986, je me souviens qu’à deux heures du matin, on trouvait encore un hyper-marché ouvert (oui, oui, c’était le G 20 de Beaubourg, qui faisait travailler des étudiants… à cette époque les petits boulots étaient légion). A n’importe quelle heure du jour et de la nuit, on trouvait toujours un bar ou un magasin ouvert à Paris.

Aujourd’hui, même les Champs sont devenus un désert ahurissant.

Pourtant, Delanoë paraissait là encore porteur d’un anti-conformisme qui laissait espérer bien des choses… sauf une capacité à transformer la capitale en une résidence petite bourgeoise où l’on se couche à 22 heures.

Une réussite sociale, vraiment?

L’équipe sortante aime bien parler de ses grandes réussites sociales pour faire oublier ses échecs par ailleurs.

Les créations de places en crèche tiennent la première place dans ces proclamations triomphales. Du point de vue du volume, l’objectif affiché en 2008 a été presque atteint (2.500 places nouvelles), ce qui est un bon bilan. Mais personne (les lecteurs de ce blog le savent, puisque j’ai commis en septembre 2013 un papier sur ce sujet) ne s’est réellement soucié de préciser le projet éducatif qu’il y avait derrière tout cela, et l’idée s’installe maintenant sans nuance qu’un enfant est fait pour aller à la crèche dès 3 mois pour son bien… Je ne reviendrai pas sur ce point maintenant, mais ce sujet pose quand même problème.

Sur les autres points du programme social de Delanoë en 2008, l’équipe sortante se montre curieusement beaucoup plus discrète. Peut-être (les habitants de l’Est parisien le savent) que les grappes d’enfants (y compris des nourrissons) qui dorment chaque nuit dans la rue apportent-elles là aussi un démenti cinglant aux proclamations de réussite officielle.

On pourrait par ailleurs disserter sur l’existence ou non de l’adjoint chargé du bénévolat que le maire annonçait en 2008. Sur le sujet de la capacité hôtelière, elle n’a guère progressé de plus de 2,5%, ce qui est un échec total pour l’équipe en place.

Bref, alors que le programme social de la Ville était extrêmement léger en dehors des créations de crèches, il est loin d’avoir été tenu.

Tous ces constats sont navrants. Bertrand Delanoë était, lors de son élection porteur d’une espérance: celle d’un homme nouveau qui apporterait des réformes et un renouveau parisien. Nous en sommes bien loin.

Un commentaire

  1. Robert Marchenoir dit

    Qu’est-ce que vous avez contre la petite bourgeoisie ? Vous préférez la grande ? La clâââsse ouvrière ? Pourquoi donnez-vous des gages à la rhétorique marxiste la plus éculée ?

    Je ne vois vraiment pas le rapport entre la petite bourgeoisie (si tant est que cette expression ait un sens) et les Champs-Elysées. Les Champs-Elysées, c’est le royaume des touristes, en particulier des musulmans richissimes du Moyen-Orient, des racailles de banlieue, des marques de prestige, des voyous qui fréquentent des bars louches de haut de gamme… et c’est à peu près tout, je crois.

    • Vous avez en partie raison, mais je ne pense pas puiser ici dans la rhétorique marxiste. Plutôt dans un cliché très dix-neuviémiste qui oppose de façon schématique, j’en conviens, les amateurs d’une vie un peu aseptisée, et les partisans d’un modèle un peu plus agité… Pour ma part, je trouve très bien que chacun y retrouve ses petits: que certains quartiers soient dédiés au résidentiel, et que d’autres soient plus animés. Force est de constater que Paris est de moins en moins animée. Et pour ce qui concerne les Champs Elysées, je ne pense pas que 1) il faille les abandonner aux touristes étrangers, 2) sous prétexte qu’ils soient un lieu touristique il ne faille plus s’occuper de leur animation.

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