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Pourquoi je soutiendrai les « déplumés »

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Comme beaucoup d’entrepreneurs, j’imagine, j’ai reçu au courrier un appel à rejoindre le mouvement des  » déplumés « , qui manifestera devant le Conseil Economique et Social le jour de l’ouverture de la Conférence Sociale. Je ne suis d’ordinaire pas grand amateur de ce genre de mouvement venu d’on ne sait où et très orienté vers des revendications corporatistes. Mais je m’y rallierai, et je voulais expliquer pourquoi.

D’abord, je commence par la mauvaise raison de m’y rallier: la question du coût du travail. Personnellement (et je l’ai souvent écrit), je ne crois pas du tout qu’il s’agisse d’une explication valable du chômage en France. Le simple fait que, malgré le lancement du CICE, le chômage continue à augmenter fortement me paraît montrer que la thématique du coût du chômage est d’abord un prétexte à obtenir des allégements fiscaux qui n’ont aucun impact sur l’emploi. Je me méfie donc grandement de ce sujet à propos duquel, rappelons-le, il est largement démontré que les entreprises les plus exposées à la concurrence internationale, et donc les plus sensibles à la question de la compétitivité, ne sont que faiblement touchées par le coût du travail.

J’ajouterai ici avec un brin de provocation que la question du coût du travail ne se pose pas, pour un entrepreneur, sous l’angle du chômage. C’est une vision d’élu de faire croire que la raison d’être d’une entreprise est de créer de l’emploi. Une entreprise est d’abord faite pour fabriquer des produits et les vendre en retirant du profit de cette vente, et sa mission s’arrête à peu près là. Elle ne crée de l’emploi que par utilité, j’allais presque dire par accident. Je me méfie des discours qui cherchent à faire croire le contraire.

Il existe en revanche un pari auquel je crois volontiers: celui qui crée les conditions d’une prospérité collective, où chacun aurait sa place, en revenant à un fonctionnement plus raisonnable de notre société, plombée aujourd’hui par une inflation réglementaire et une mutualisation excessive.

L’inflation réglementaire, c’est le réflexe maladif de notre société rongée par l’angoisse de l’avenir, et qui cherche à conjurer son angoisse par une multitude de règles. Un problème appelle une loi ou un décret, comme si le rôle du politique était de tout régir, tout organiser. La nature a horreur du vide, disait-on à la Renaissance. Et de fait, la nature politique française a horreur du vide: le moindre obstacle appelle avec la peur qu’il crée l’appel à l’Etat réglementaire. Le résultat est simple: d’un côté, une pléthore de fonctionnaires qui ont structurellement besoin de réglementer pour justifier leur emploi, de l’autre côté, un arsenal réglementaire qui empoisonne la vie quotidienne et rend impossible le déroulement d’une vie normale dans les entreprises.

La mutualisation excessive, c’est, pour les petites entreprises, le transfert de 80% du chiffre d’affaires en impôts et taxes variés. On ne dit pas assez aux Français qu’un petit patron, lorsqu’il empoche 100.000 euros de chiffre d’affaires (hors paiement de ses fournisseurs bien entendu), ne dispose au final que de 20.000 euros de ressources pour vivre. La mutualisation (c’est-à-dire le paiement de cotisations de sécurité sociale, d’impôts, de taxes en tous genres) lui prend le reste. L’entrepreneur a-t-il, en échange, des prestations qui valent 80.000 euros? Non, bien sûr. Sa protection sociale est faible, et les fonctionnaires qu’il rencontre sont essentiellement là pour contrôler ses déclarations diverses, d’une complexité telle qu’il est forcément tôt ou tard en faute.

Autrement dit, l’Etat a décidé, sous une forme ou sous une autre, de régenter une part grandissante de la vie sociale, et singulièrement de la vie des entreprises, pour un bénéfice extrêmement faible. L’Etat, en France, est un acteur vieilli, peu performant, qui délivre un mauvais service pour un prix excessivement élevé.

C’est d’abord et avant tout cela qu’il faut réformer. Réduire l’Etat et lui demander d’être excellent lorsqu’il prend en charge un secteur d’activité. Simplifier la vie des entreprises et dépénaliser l’activité du chef d’entreprise en l’exposant à moins de règles obscures et inapplicables. Redonner du sens aux impôts. Inciter les employeurs à développer leur activité pour relancer l’économie.

Ce « choc » collectif devient indispensable pour le pays, dont l’état moral se dégrade de jour en jour. La spirale de l’échec et de la dépression économique dans laquelle nous sommes est porteuse de grands risques pour nos valeurs démocratiques. Il faut réagir maintenant, parce qu’il en est encore temps. Il faut réagir sans ménagement à l’égard des forces qui cherchent à retarder l’adaptation de notre société aux conditions nouvelles du monde, et il faut agir avec vigueur pour obtenir des résultats rapides.

Un commentaire

  1. bber74 dit

    « Une entreprise est d’abord faite pour fabriquer des produits et les vendre en retirant du profit de cette vente, et sa mission s’arrête à peu près là. Elle ne crée de l’emploi que par utilité, j’allais presque dire par accident.  »

    Jolie fable libérale dont l’issue sera fatale .

    Ne comprenant pas l’importance de la création d’emplois, les entreprises de ce type finiront par ne plus pouvoir vendre faute de clients argentés.
    Car si le but ultime est le profit , les tendances fortes qui ne peuvent que se renforcer sont : soit la robotisation , soit le rétablissement de l’esclavage, meilleurs moyens de fuir les charges sociales.
    Dans ce genre de monde , il ne resterait du boulo que pour les seuls surdoués du QI, les seuls capables d’inventer ou d’entretenir d’autres robots.
    Robots qui se chargeraient entre autre d’assurer la sécurité des nantis , pour cause qu’on les suppose plus rapides et moins chers que quiconque .
    Ce triste Monde , inéluctable à travers votre vision de l’entreprise, se dessine déjà à travers la surveillance d’Internet.

    Robot … Que le dogme libéral nous propose de devenir déjà .
    Prétendre que la seule vocation d’une entreprise est de faire du profit , c’est pousser les entreprises à se foutre de l’humain.

    Heureusement , Contrairement aux robots, l’humain est capable de détourner l’utilisation d’un objet , quel qu’il soit .
    Et surtout , L’humain est capable de changer d’avis .

    • Merci, Béber, de ces remarques, qui me paraissent tomber à point. Etes-vous sûr que vous évoquez là un combat entre le libéralisme qui veut asservir l’homme et l’homme qui vent s’en libérer, ou bien une grande angoisse de la France actuelle face à des ruptures technologiques qui transforment la société?

  2. bber74 dit

    Ce n’est pas la rupture technologique qui est inquiétante , c’est la rupture avec notre humanité .
    L’homme à besoin de l’autonomie que lui procure le travail au travers des revenus qu’il procure . Si la priorité de l’entreprise est le profit et non plus son utilité sociale , l’avenir est sombre .

    • Mais je ne pense pas que le sujet se pose véritablement comme ça: il n’y a pas d’un coté les entreprises qui font du profit au détriment de l’humanité, et de l’autre celles qui ont une utilité sociale et qui font le bien. L’expérience de l’économie sociale et solidaire le montre: le Crédit Agricole en fait partie, mais je ne suis pas sûr qu’il soit un modèle d’utilité sociale. Mettre l’humanité au centre de notre projet social me paraît une idée majeure, et je la revendique. Elle suppose à mon avis beaucoup de bon sens et de pragmatisme. Au nom de l’humanité, on ne peut pas éternellement tourmenter le boulanger du coin, ou le coiffeur, ou le menuisier, en faisant semblant de croire qu’il est aussi bien armé que General Electric pour subir le choc d’une réglementation foisonnante. Et on ne peut pas éternellement expliquer à ce boulanger qu’il va céder 80% de son chiffre d’affaires en impôts (quand les grandes entreprises sont beaucoup mieux traitées) et qu’en plus il doit créer de l’emploi. Il est déjà très heureux quand il parvient à préserver le sien. Et ce discours-là, un moment, il faut accepter de l’entendre.

  3. bber74 dit

    Bien d’accord sur ce point : » il n’y a pas d’un coté les entreprises qui font du profit au détriment de l’humanité, et de l’autre celles qui ont une utilité sociale et qui font le bien « .
    Toutes les entreprises devraient avoir conscience de leur rôle social , et toutes devraient être imposées en fonction de leurs résultats en la matière .

  4. ikomal dit

    bber74, vous êtes hors sujet.

    comme disais Coluche, les gens se foutent de trouver un emploi : « De l’argent leur suffirait ». Et pour aller plus loin, les gens n’ont même pas besoin d’argent, ils ont seulement besoin des choses (logement, alimentation, distractions sympathiques, outillage pour leur loisirs, chapeau à plumes pour se hausser du col et séduire, etc.) que l’argent leur permettent de se procurer.

    Une entreprise est une machine à fabriquer ces choses. Point barre.

    Encore faut-il qu’elle puisse effectivement le faire. Or l’effet de la mutualisation, c’est que l’entreprise et ses employés (car ça leur retombe dessus d’une façon ou d’une autre) sont obligés de financer, c’est à dire de faire fabriquer par des sous-traitants obligatoires, tout un tas de choses AUTRES. Ça va bien quand ces autres choses leur sont indirectement utiles à proportion du financement obligatoire. Ça ne va plus quand ce sont des choses trop lourdes et qui n’ont aucun rapport ni de près ni de loin avec leur métier, voire quand ce sont des choses qui gêne directement le fonctionnement des entreprises, et plus généralement des gens qui produisent (peu importe la forme, entreprise ou pas, de leur activité).
    On en est là. Tout le reste est idéologie, mauvaise littérature.

    Aussi mauvaise littérature que votre opposition entre le profit et l’humain. Le profit est la différence entre la valeur des choses utilisées dans le processus de production et la valeur de la chose produite. Refuser de donner au profit une place centrale, c’est promouvoir le gaspillage, ce qui est évidemment une horreur économique et écologique dont l’humain ne peut que pâtir.

    • Quand vous parlez des gens, en réalité vous parlez des consommateurs – ce qui me semble un symptôme d’une translation progressive du paradigme social. Quand on pense la société, on ne pense plus ni aux citoyens ni aux travailleurs, on pense aux consommateurs.
      Donc je reprends votre raisonnement en l’illustrant par l’exemple: expliquez donc à votre boulanger du coin qu’il se fout de son boulot, que son boulot lui sert juste à trouver de l’argent, et que la fonction sociale de sa boulangerie n’est pas de fabriquer du pain pour nourrir les gens, mais de donner un emploi à ceux qui n’en ont pas. Expliquez-lui qu’un bon modèle de société n’est pas celui où le boulanger qui fabrique du bon pain dégage des revenus qui lui permettent de prendre ses vacances là où il veut, mais que le bon modèle est celui où le boulanger, quelle que soit la qualité de ses produits, sera récompensée s’il emploie plein de gens, et sanctionné s’il ne le fait pas. Succès d’estime garanti, pour une raison simple: la vision du monde selon le salarié ne peut être universelle. En toute amitié.

      • ikomal dit

        désolé si vous avez cru que je parlait des consommateurs seulement ; il est bien clair que produire et se rendre utile aux autres (en produisant du pain, et du bon, par exemple) peut-être un plaisir en soi, surtout quand il est débarrassé de la dimension « marche ou crève » (c’est à dire quand la vie n’en dépend pas). A plus grande échelle, il est bien clair que A. Citroën ou M. Dassault cherchait moins à gagner de l’argent qu’à produire de bons objets techniques dans leur spécialité respective.
        Evitons le sujet de la citoyenneté, SVP. Un citoyen c’est un participant à la guerre, qui hélas est bien rarement défensive.

  5. bber74 dit

    À force de se vouloir consciencieusement  » dans  » le sujet , on perd une part importante de sa crėativité.
    Sortir du cadre est une notion qui échappe aux robots et aux esprits rigides: à vous de choisir votre camp.

    L’ami Coluche aimait faire rire , il serait bien étonné d’entendre certains aujourd’hui prendre au 1er degré ce qui n’était et ne restera que du 2ème …
    Croire que la plupart ne travaillent que pour l’argent est une bonne blague.La recherche de reconnaissance , d’autonomie , et surtout d’une place dans la société me paraît plus certaine .N’avez vous jamais été jeune et exploité juste parce que d’autres savaient que l’on pouvait tirer profit de ce genre de motivations ?
    Bref, la faiblesse des revenus est une difficulté, l’inutilité est un drame .

    En donnant au profit la place centrale , c’est ne pas comprendre le caractère envahissant de ce qui est en fait , mentalement , une « course « capable de monopoliser toutes nos énergies au détriment de ce que nous sommes vraiment !
    Non pas des machines à cash , mais des êtres vivants et heureux de vivre en société.

    • ikomal dit

      bber74, c’est terrible de tenir un discours aussi contradictoire avec les motivations affichées. Vous parlez de choisir son camp, et manifestement vous avez choisi celui s’oppose le plus violemment, le plus extrêmement, à ce que vous affirmer vouloir défendre.
      Ce n’est pas avec des solutions du genre « Toutes les entreprises devraient être imposées en fonction de leurs résultats en [matière sociale] », c’est à dire du genre fondamentalement totalitaire et que seuls pourront mettre en œuvre des fascistes rouges, bruns ou noirs (peu importe la teinte de leur chemises) muni d’outils du même métal, que vous pourrez défendre l’homme, sa créativité, et son souhait d’être utile aux autres.
      Mais si c’est ce que vous croyez vraiment, et bien juste faites le : il vous suffit d’une structure associative regroupant ceux qui pensent comme vous, avec leurs entreprises (au sens large évidemment). Puisque d’après vous cela conduira à « des êtres vivants et heureux de vivre en société » plus que dans la structure actuelle, nul doute que rapidement tout le monde vous rejoindra.

      • bber74 dit

        Je ne crois pas qu’établir une grille en matière d’imposition relève d’une pensée totalitaire.Calmez vous un peu …
        À travers l’impôt , L’état à cette capacité de favoriser ou défavoriser tel ou tel type d’entreprise .
        Notre temps est celui d’une prise en main du pouvoir par d’énormes puissances financières , le citoyen ordinaire le ressentant de plus en plus tant la façon dont il vote n’a plus d’incidence sur les décisions politiques.
        À ce jour , les multinationales sont favorisées au détriment des petites et moyennes entreprises sur lesquelles se concentre  » l’effort  » nécessaire pour approvisionner les besoins de l’Etat. Le mouvement des déplumés est justifié mais peut apparaître comme une forme de plus d’égoïsme.

        • ikomal dit

          Ce qui est totalitaire, selon la définition standard, ce n’est évidemment pas d’établir une grille d’imposition ; c’est de mettre dans cette grille des critères de « résultats en matière sociale ».

          Bien sûr que l’état PEUT de favoriser ou défavoriser tel ou tel entreprise ! ce n’est pas la question. La question c’est faut-il le lui permettre ? la fin justifie-t-elle les moyens ? Et on voit précisément où ça nous mène, de répondre oui : au crony capitalism, à la rente de situation, à l’écrasement des PME à l’avantage des multinationales. Ça ne vous suffit pas, vous en voulez encore ?
          Le citoyen, ce n’est pas qu’il n’a « plus », c’est qu’il n’a JAMAIS eu la moindre incidence sur les décisions politiques. Quand avez vous pu dire : si j’avais voter autrement ou pas du tout le résultat aurait été différent ? moi jamais … Et surtout comparé le nombre de fois ou, respectivement, vous pouvez dire : « l’État a fait ceci parce que je le lui ai imposé » et « J’ai fait ceci parce que l’État me l’a imposé ». Édifiant.

          Le seul pouvoir du citoyen c’est son pouvoir de marché : choisir ce qu’il produit, vend, achète, et à qui. Ce pouvoir est minuscule, mais réel et distribué de façon bien plus égalitaire que le pouvoir politique, dont le peuple n’a strictement aucune part. Compter sur la politique pour résoudre les problème du marché, c’est compter sur la mafia pour faire la police ….

          •  » le seul pouvoir du citoyen est son pouvoir de marché ‘ choisir ce qu’il produit, achète, vend, et ã qui  »
            Le seul vraiment ?
            Au fond, vous affirmez que celui qui n’a pas de pouvoir d’achat ne peut pas exercer sa citoyenneté!

            Je vous sens enfermé dans vos  » points barre « . Il faudra bien envisager ce monde autrement si l’on veut que le problème du chômage trouve une solution .
            http://m.youtube.com/watch?v=cezDaa8DN7g

            En se souvenant de l’essentiel , L’inéfficacité de l’état revient au même que l’absence d’état.

  6. bber74 dit

    Les exemples , y’a que çà de vrai .

    Donnant au profit la place centrale , des entreprises ont , pour ne payer le surcoût de la sécurité , nuient à la santé de leurs employés .

    Donnant au profit la place centrale , des entreprises ont réduit la qualité de leur produits jusqu’à vendre des produits nocifs pour la santé de leurs clients.

    Donnant au profit la place centrale , des entreprises ont sacrifiés le long terme au court terme , nuisant à l’Etat et donc aux finances de tous , se trouvant forcé de payés les chômeurs ainsi créés
    Etc…

  7. ikomal dit

    Dans toutes ces affaire le rôle du profit est nul. C’est homme (et sa créativité …) qui est au centre, qu’il soit entrepreneur comme Jean-Claude Mas (prothèse PIP) ou fonctionnaire comme le fonctionnaire inconnu (oh mais quel hasard…) qui a autorisé l’exportation à l’étranger de sang qui venait d’être interdit en France parce que potentiellement contaminé (et de fait, ce sang a contaminé des transfusés). L’un avait un intérêt pécuniaire dans l’affaire, l’autre pas, et ça n’a rien changé.

    En fait, vous pourriez faire la même dans en sens inverse : pour n’avoir pas rechercher le profit, on a négligé des techniques nouvelles qui auraient pu sauver des quantité de vie énormes, internet a pris son envol avec 20 ans de retard par rapport aux possibilités techniques, etc.

    Le profit n’est pas, et de loin, la seule motivation de l’Homme, qu’il s’agisse de faire le bien ou le mal, et le profit n’est pas pire que les autres motivations ; il est même plutôt meilleur : un profit suppose un gain quelque part, une œuvre gratuite, non. Les pires crimes sont « gratuits », et un truand qui recherche rationnellement le profit ne sera que « crapuleux ».
    Hitler ne recherchait pas le profit … hélas. Car c’est bien la recherche du profit par certain nazis qui a permis à Schindler de faire son œuvre salvatrice. C’est la recherche du profit qui a permis à la chine de sortir de la situation dans laquelle la Corée du Nord, plus pure, s’enfonce. etc.

  8. bber74 dit

    Le problème n’est pas de rechercher le profit , le problème est de ne rechercher QUE le profit .
    Pour le reste , quand on constate où vous emmène votre raisonnement , on ne peut que se marrer .
    Merci pour ce petit moment .

    • ikomal dit

      Phrase cliché, qui ne veut rien dire. Ne rechercher « QUE » le profit est impossible (on ne peut pas réduire l’activité humaine à un chiffre « objectif »), par conséquent ça ne peut pas être un problème plus grave que les fientes de licorne rose invisible.

  9. Arnaud dit

    Voilà quelques jours que je voulais amener mon petit grain de sel sur ce sujet… Et je constate que le dialogue est intense !
    Contrairement à BBER, je suis en parfait accord avec le troisième paragraphe de M. Verhaeghe. L’entreprise n’a pour fonction que de permettre la mise à disposition de produits à des clients et se faisant de dégager un profit nécessaire à sa survie. L’emploi n’est pas et ne doit pas être son objectif. Comme Comte-Sponville, je crois que l’entreprise est amoral. Le travail ainsi que la richesse qu’elle crée sont des sous-produits de son activité. Ces sous-produits combinés à la satisfaction des besoins/attentes/désirs/rêves/illusions de ses clients justifient que l’existence des entreprises soient encouragée par la société.

    Cependant la société à elle une obligation d’humanité. L’entreprise n’est pas une fin en soi. C’est au pouvoir politique de réintroduire l’humanité dans l’utilité sociétale de l’entreprise. Si le politique se doit de réglementer pour se faire (en protégeant notamment les hommes et femmes qui interagissent avec elles — employés, clients, fournisseurs, compétiteurs, etc) cette réglementation ne doit pas aller au delà de cette protection et ce faisant nuire a la raison d’être des entreprises. Ainsi il n’est pas de mon avis acceptable que l’on exige des entreprises qu’elles redistribuent la richesse par les salaires. C’est a l’état de le faire par l’impôt. De même, on ne peut exiger qu’elles embauchent. C’est à l’état de créer les conditions favorables à l’embauche. On ne peut pas non plus leur demander d’être patriotiques. C’est à l’état de rendre la France attractive pour les entreprises.

    Oui la régulation des entreprises françaises est devenu absolument complètement folle. De façon générale, la France vit maintenant dans un corset de plus en plus serré et va bientôt en mourir. Il est absolument urgent de tout remettre à plat. Cf le mot d’humeur de Bernard Attali. (http://www.bernardattali.com/coms/02_Une-idee-simple-pour-simplifier.html)

    Par contre, je ne suis pas d’accord avec le deuxième paragraphe de M. Verhaeghe. Certes la France pourrait tirer son jeu dans la compétition internationale avec ses hauts salaires comme l’Allemagne. Et c’est d’ailleurs ce qu’elle fait encore de temps en temps grâce à la productivité qu’elle s’impose (et pour quelques produits encore, la qualité française). Mais il y néanmoins un problème de fonds: notre main d’œuvre non qualifiée est trop chère. Elle coûte plus que la richesse qu’elle produit, et ce même en augmentant sa productivité en ayant recours à plus de capital. Jusque dans les années 70, on arrivait toujours à trouver un petit boulot pour celui qui ne pouvait pas faire grand chose. Maintenant cette même personne est trop chère pour tout type d’emploi. On la met au chômage.
    Baisser le coût de la main d’œuvre n’a pas pour fonction de favoriser les entreprises mais de favoriser le recours au travail plutôt qu’au capital dans la fonction de production. L’objectif est de diminuer le besoin de productivité pour justifier l’embauche.

    Je reprends ici la très belle phrase de BBER que je fais mienne:  » la faiblesse des revenus est une difficulté ; l’inutilité est un drame. » Si notre objectif de société commun est bien d’empêcher ce drame et de réduire cette difficulté, celui-ci n’est pas la responsabilité de l’entreprise mais bien celle du pouvoir politique qui doit mettre en œuvre des politiques favorisant l’emploi (l’emploi a tout prix comme disait Blair) et une redistribution intelligente et efficace de la richesse créée par une fiscalité intelligente. (Je vous renvoie ici à mes commentaires laissés sur un autre page de M. Verhaeghe à propos de l’impôt négatif, qui je crois, peut couvrir effectivement ces deux objectifs en même temps.)

    Encore merci pour ces échanges d’idées très riches.

    • bber74 dit

      J’imagine une entreprise où les employés considéreraient que tels ou tels problème n’est pas de leur ressort , mais systématiquement et uniquement celui de la direction…
      Est il bien raisonnable de considérer que l’entreprise n’a pas à se charger ( pour la part qu’elle peut honnêtement assumée) du problème du chômage ?

      Certains philosophes considérant apparemment que l’entreprise est amorale par définition ( justification ) , l’effort de celle ci en matière de lutte contre le chômage ne serait même pas envisageable ( dogmatisme castrateur).

      Seulement,en mettant à plat les données du problème , on s’aperçoit que

      La nation à besoin d’emplois, et que
      Les emplois proviennent du publique ou du privé.

      Sans motivation des entreprises pour participer à la lutte contre le chômage , en se déchargeant de ce souci sur l’état seulement ( la direction ) , on peut déjà être sur du résultat : inefficacité garantie.
      Quand les ordres viennent du haut , et que la base n’est pas concernée , quelque soit l’organisation , c’est l’échec qui vient couronner ce type de conception du monde.
      Tout problème non résolu s’amplifie
      http://www.monde-diplomatique.fr/2012/03/CARROUE/47485#nb7

      • Arnaud dit

        Contrairement à ce que beaucoup croient en France, le pouvoir dans l’entreprise n’appartient pas a sa direction mais à ses clients.

        L’embauche ne resulte pas du désir ou de la volonté d’embaucher mais du besoin d’augmenter ou d’améliorer une production pour satisfaire un client. Le rôle de de l’état n’est pas d’exiger l’embauche comme un directeur mais de faire en sorte en sorte que ce besoin productif se traduise par une embauche plutôt que par une augmentation de la productivité.

        Ainsi l’état doit intervenir a deux niveaux: favoriser le besoin d’augmenter la production en diminuant les freins à l’échange et favoriser le travail plutôt que le capital pour répondre à ce besoin.

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