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Comment Hollande a mis la CFDT à poil

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La Grande Conférence Sociale de 2014 se transforme en superbe moment de théâtre de boulevard dans le plus pur style du vaudeville tel qu’on l’adore depuis Courteline. Dans le rôle des trompeurs, on trouve une distribution très efficace: François Hollande joue le rôle de la bourgeoise qu’on croit manipuler mais qui manipule tout le monde, Pierre Gattaz qui menace sans cesse de quitter la pièce s’il n’obtient pas ses faveurs, Mailly et Le Paon qui quittent la pièce sous le prétexte totalement emprunté qu’ils n’ont pas obtenu les faveurs de la bourgeoise, qu’ils ne convoitaient d’ailleurs pas vraiment. Laurent Berger est le mari cocu sur le dos de qui tout le monde s’entend pour manger la laine. Tout le suspens de ce morceau de bravoure qui nous change des exercices pompeux et pédants d’Avignon, tient au temps qu’il faudra au mari trompé pour prendre conscience de la tromperie.

Car, à y regarder de près, François Hollande a attiré Laurent Berger dans un piège minutieusement tendu.

Souvenons-nous! pour faciliter sa prise de pouvoir au sein de la confédération, il n’a pas hésité à nommer son prédécesseur à l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS). Chacun appréciera le sens de cette manoeuvre, qui permet autant de faire place nette, que de maintenir en activité un secrétaire général au plus près du pouvoir.

Dans la foulée, la CFDT s’est montrée bonne élève. En échange des droits rechargeables sur l’assurance-chômage et de la généralisation de la complémentaire santé, elle a signé l’ANI sur la sécurisation de l’emploi qui assouplit fortement le licenciement collectif. Officiellement, il s’agissait de faire un grand bond en avant dans la lutte contre le chômage, et, un an et demi plus tard, le chômage n’a cessé d’augmenter.

La CFDT a aussi donné son consentement à une réforme des retraites très sarkozyenne, au fond, en échange d’un mécanisme de pénibilité totalement surréaliste. Quoiqu’on en dise, cette concession lâchée à la CFDT est une absurdité qui justifierait à elle seule que le mandat de François Hollande soit associé à un choc de complication.

La CFDT a même aboyé présent quand François Hollande a sorti son pacte de responsabilité, le 31 décembre 2013… Pacte qui devait être mis en oeuvre dans l’urgence, et donc aucune mesure n’a vu le jour six mois plus tard. A cette époque, la CFDT exigeait, bien entendu, des contreparties en termes d’emploi.

Résultat des courses, toutes les revendications de la CFDT se font peu à peu plumer.

Généralisation de la complémentaire santé? Le Conseil Constitutionnel a interdit de les mettre en oeuvre par accord de branche, comme la CFDT le souhaitait, et Marisol Touraine n’a toujours pas sorti les décrets d’application. Il est vrai qu’entretemps elle a voulu charger la barque des « contrats responsables » en plafonnant les remboursements d’optique. Visiblement, elle devait attendre que François Hollande se choisisse de nouvelles lunettes pour agir.

Droits rechargeables? Ils voient le jour, dans la douleur, en échange de concessions ahurissantes sur les délais de carence dans le versement des allocations, dont la grogne des intermittents nous rappelle la violence.

Pénibilité? Manuel Valls a décidé du report de la mesure. Soyons clairs: elle est si improbable qu’elle ne verra jamais le jour.

Contreparties au pacte? Le MEDEF les a noyées dans une cascade de négociations de branche, qui n’ont aucune autorité pour créer des emplois.

Pendant que Hollande mettait la CFDT en slip, FO et la CGT remportaient la mise.

Ainsi, FO devrait prendre la présidence de l’UNEDIC au prochain mouvement tournant, en échange de sa signature apposée à la convention du 22 mars. Bien joué Jean-Claude Mailly!

La CGT en obtient autant ou presque. Entre le conflit à la SNCF où elle a limité les dégâts, et la lutte des intermittents qui s’est d’ores et déjà soldée par de premières victoires, la stratégie de chien fou suivie par Thierry Le Paon fait curieusement ses preuves, même si elle semble peu maîtrisée.

Quant aux mouvements patronaux, derrière leurs jérémiades incessantes, ils peuvent se targuer d’avoir l’oreille du pouvoir.

Encore quelques semaines aussi étonnantes, par exemple dans une rentrée sociale chaude, et Laurent Berger aura tout perdu. Non seulement, il aura signé des accords dont l’efficacité économique laisse perplexe, mais dont l’effet sur le droit des salariés est immédiat, mais, en plus, il apparaîtra comme le cocu de service.

Il est jeune, il s’en remettra.

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