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Une réforme territoriale pour en finir avec la Belgique?

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Je ne pouvais évidemment manquer, en ce jour de Fête nationale belge, mon raccourci habituel et fidèle, sur l’inefficacité grandissante des frontières dessinées en Europe par le Congrès de Vienne de 1815. Et au moment où sévit un débat d’une pauvreté ahurissante en France sur la réforme de notre géographie administrative, je me devais bien à mon morceau de bravoure annuel: pas de réforme territoriale intelligente en France sans un retour à nos frontières naturelles, qui englobent la Belgique.

Pour ceux qui découvriraient ces propos, je rappelle quelques éléments d’histoire.

Voici d’abord la carte de la fantasmatique Belgique en 1789:

Le Saint-Empire en 1789
Le Saint-Empire en 1789

La Belgique est alors un territoire morcelé, appartenant globalement au Saint-Empire romain germanique, mais divisé entre une principauté de Liège autonome et une série de territoires appelés Pays-Bas autrichiens. On notera, à cette occasion, l’extrême morcellement de l’Empire, surtout le long du Rhin.

Peu de Français savent pour quelle raison le territoire actuel de la Belgique présentait cette physionomie à l’époque. Pour lever ce mystère, il faut revenir à la carte de France en 1477:

La France en 1477 - Source: wikipedia
La France en 1477 – Source: Wikipedia

Cette carte montre clairement qu’à l’époque, l’actuelle Belgique fait partie du duché de Bourgogne, et qu’une partie de la Flandre est incluse dans les frontières françaises. Si l’on admet l’extrême parenté entre la maison de Bourgogne et la maison de France, alors, on comprend que la Belgique a, exception faite de Liège, toujours fait partie du territoire français, avec un statut d’autonomie.

Les territoires de l’actuelle Belgique n’ont échappé au contrôle français qu’à partir de 1545. Autrement dit, l’existence d’une poche territoriale spécifique au nord de Lille n’a duré que 250 ans environ (1545-1792). Pour le reste, historiquement, ces territoires ont toujours fait partie de la Gaule d’abord, de la France ensuite.

En 1792, la France les a d’ailleurs repris, et les a inclus dans son territoire, jusqu’en 1815.

C’est le congrès de Vienne qui décida de créer un glacis entre le territoire français et les espaces germaniques, afin de limiter les risques d’un coup militaire. En 1815, apparaît donc un éphémère Royaume-Uni des Pays-Bas, qui regroupe la Belgique, le Luxembourg et la Hollande, dont la vocation est d’être militairement neutre.

En 1830, les Belges décident de s’en libérer et de faire appel à la France. Mais les puissances de l’époque (l’Angleterre, la Prusse) s’y opposent. C’est d’ailleurs tout l’objet de la conférence de Londres qui débouche sur la reconnaissance de l’indépendance de la Belgique en 1831.

Soyons clairs: si la Belgique est née, c’est parce que l’Angleterre s’est opposée à son rattachement à la France.

La Belgique, symbole d’une Europe fondée sur une France affaiblie

La logique diplomatique à l’époque, qui est la logique des monarchies craignant le réveil républicain en France, est donc d' »enfermer » la France le plus possible dans une construction continentale où la France est mise sous surveillance et en position de faiblesse.

Il est assez amusant de regarder l’histoire de l’Europe et de ses territoires à partir de 1815.

Voici l’état de la question au sortir du Congrès de Vienne:

L'Europe en 1815 - Source: Wikipedia
L’Europe en 1815 – Source: Wikipedia

On notera que l’Allemagne n’existe pas encore, et qu’elle est encadrée par l’empire d’Autriche et la Prusse. L’histoire qui commence en 1815 est celle d’un renforcement constant de la Prusse, qui poussera ses feux en 1942 jusqu’à absorber toute l’Europe, pendant que la France récupère vaille-que-vaille quelques territoires comme Nice et la Savoie.

Je ne détaillerai pas ici l’histoire du territoire allemand depuis 1870, mais il est évident que son développement en Europe se fait, de façon constante depuis 1815 (même si quelques intermèdes heureux comme la période 1947-1991 ont permis de faire une « pause ») au détriment de la France.

Pas d’étonnement donc si nous entendons régulièrement répéter que la France est en déclin et n’est qu’une puissance moyenne (au mieux). Cet état de fait est la conséquence d’un choix politique jamais remis en cause depuis 1815. Est-il irrémédiable? Non. Mais le corriger suppose de changer de paradigme européen, et de saisir l’opportunité de la réforme territoriale française pour se poser les bonnes questions sur: qu’est-ce que la France?

3 commentaires

  1. Les puissances alliées ont proposé à la France de conserver la rive gauche du Rhin en 1815, mais Talleyrand a refusé pour la double raison que Louis XVIII ne voulait pas d’une France autre que celle de 1789 et que la France, abandonnant les conquêtes de la République, cessait d’être une puissance vaincue pour s’asseoir parmi les victorieux et donc redevenait un acteur de plein droit dans la « grand jeu » européen. le système de Vienne ayant été éteint par la guerre de 14-18, les Belges qui le souhaitent retrouvent le droit de rêver.

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