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Les 35 heures bientôt supprimées?

35 heures: Valls a-t-il déjà fermé la porte qu’il avait ouverte au MEDEF ?

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Les esprits libéraux qui vivent, depuis 2 ans, un enfer de désolation et de consternation en lisant la prose gouvernementale ont eu un moment de doute ce jeudi matin, en découvrant les propos tenus par Emmanuel Macron, pas encore ministre, il est vrai. Enfin, un décideur tenait des propos adaptés aux besoins du pays et de ses entreprises. L’idée de venir à bout des 35 heures par un système de négociation d’entreprises (ou de branches) constitue en effet l’une des rares mesures favorables à la compétitivité qui ne ruine pas le contribuable et qui évite de noyer les entreprises sous une nouvelle réglementation fleuve mais taillée à la serpe dans des bureaux ministériels ignorants de la réalité concrète.

(Article publié dans le FigaroVox)

Emmanuel Macron proposait tout simplement de laisser les entreprises s’organiser librement pour faire face à la concurrence. Voilà une bonne idée, une idée évidente et lumineuse qui ne s’embrouille pas les pinceaux dans des logiques d’exonérations, de subventions, de dérogations au bout desquelles plus personne ne sait quelle règle doit être appliquée, mais où tout le monde est placée sous dépendance de l’Etat.

Pour Manuel Valls, cette interview de son nouveau ministre lui donnait une première occasion de prouver par l’exemple que son discours plein d’emphase tenu la veille au MEDEF n’était pas un pur exercice de rhétorique, mais qu’il visait à trouver une application concrète dans l’économie française. Sur ce sujet emblématique, Valls pouvait très bien dire : « nous ne proposons pas une règle nouvelle, mais une méthode nouvelle », consistant à définir tout ou partie des éléments substantiels du contrat de travail non plus dans le Code du même nom, mais en concertation directe entre les salariés et leur employeur. Il n’y a pas de plus bel amour pour l’entreprise que celui qui consiste à la laisser choisir librement les règles qu’elle veut s’appliquer.

Au demeurant, rappelons que ce principe d’une négociation dans l’entreprise sur la durée du travail, y compris en dérogation à des règles législatives plus favorables, ne cesse de gagner du terrain. Après la loi du 20 août 2008, qui permettait à une entreprise de négocier un quota d’heures supplémentaires moins favorable que l’accord de branche, la loi du 14 juin 2014 sur la sécurisation de l’emploi a prévu que des accords dits de compétitivité puissent modifier temporairement la durée hebdomadaire du travail. Ce qu’Ayrault a permis, difficile d’imaginer que Valls le refuse.

Au fond, Emmanuel Macron demandait simplement une extension d’un système mis en place à titre exceptionnel dans les entreprises en difficulté par l’équipe Ayrault. Pour la gauche, ce scénario se joue sur du velours, puisqu’un accord d’entreprise suppose une présence syndicale. Le gouvernement pouvait donc tirer la couverture à lui en annonçant un très beau donnant-donnant : des dérogations aux 35 heures en échange d’une présence syndicale renforcée dans les entreprises. Cet équilibre-là a le mérite d’avoir un impact immédiat sur la compétitivité, et de renvoyer les patrons qui râlent tant à leur responsabilité en leur disant « faites donc vous-mêmes ce que vous trouvez que le gouvernement ne fait pas assez ».

Quelle déception en lisant la mise au point immédiate de Matignon sur la suggestion macronienne ! Non, il n’y aura pas de remise en cause des 35 heures. La vélocité avec laquelle Matignon a répondu a brutalement dissipé toutes les espérances que certains esprits naïfs avaient nourris à l’issue du discours de Valls à l’université du MEDEF. On avait cru qu’une ère nouvelle s’ouvrait, on a tout de suite su que rien ne changeait : au-delà des discours, les actes ne suivront pas. Les entreprises resteront soumises à une réglementation centralisatrice.

Et l’on continuera à monter de grandes usines à gaz qui se réduisent à subventionner sans le dire des entreprises publiques mourantes comme la Poste, pendant que la nouvelle économie cherche du capital pour se développer.

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