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PLFSS 2015: le triomphe de la France 0.0

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Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2015, tel qu’il est annoncé par le gouvernement, promet d’être une nouvelle cuvée particulièrement désopilante au pays de la nécrose intellectuelle. Des esprits malades pourraient en effet imaginer que les services de l’Etat, qui le préparent intégralement en lieu et place des caisses nationales de sécurité sociale (rangées depuis Juppé au banc d’observatrices désengagées), s’informent du passage au 21è siècle et repensent l’enseignement qu’ils ont reçu au siècle précédent à la lumière des quelques progrès intervenus depuis lors. Qu’on se rassure, l’orthodoxie est intacte et une rumeur court avec insistance: la Corée du Nord veut monter une mission de coopération technique pour savoir grâce à quel secret l’administration française préserve son immobilisme.

Le PLFSS 2015, le texte le plus bébé unfriendly adopté depuis longtemps

D’abord, tout le monde a noté que le déficit s’aggrave et que plus personne au gouvernement ne parle de revenir à l’équilibre avant la nuit des temps (analysée par certains comme l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen). Après avoir passé des mois à expliquer que le marasme, c’était Sarkozy, et la vertu, c’était la gauche, on en vient à la vérité des chiffres: la majorité du changement n’aura pas changé grand chose au « trou de la Sécu ». On peut même dire qu’elle y aura grandement contribué en maintenant vivant le mythe selon lequel ce trou se creuse sur la lune ou sur Mars, mais pas sur notre planète.

Par exemple, les bénéficiaires de l’aide à la complémentaire santé (c’est-à-dire les revenus les plus modestes) bénéficieront dès le 1er juillet 2015 de la généralisation du tiers payant. Grâce à ce système, ils ne débourseront pas un euro en allant chez le médecin: mais oui, on fait croire que la médecine est gratuite et qu’elle se joue à guichets ouverts. Pendant ce temps, le déficit se creuse…

Bien entendu, tout cela à un prix, et les premiers à payer sont ces pauvres ahuris qui font des enfants. En attendant que ceux-ci payent les quelques restes d’un système de retraite aux abois, ils devront se serrer la ceinture, car leurs parents font les frais des dérapages en série qui emmènent la sécu dans le fossé. Le congé parental est évidemment au coeur de la tourmente, puisqu’il sera réduit à dix-huit mois par parent, au nom de l’égalité des sexes bien entendu. Sous-entendu: la caissière (euh… pardon, l’hôtesse de caisse) du Monoprix, employée à mi-temps, mais avec une amplitude horaire à plein temps, pourra reprendre son boulot à 800 euros dix-huit mois après la naissance de son enfant, condamné à zoner dans une crèche ou chez la nounou. A moins que papa ne sacrifie son salaire à plein temps pour reprendre le flambeau et condamner toute la famille à la misère.

C’est ce qu’on appelle le redressement dans la justice et la promotion de l’égalité des chances.

Pendant ce temps, le PLFSS continue à décourager les bonnes volontés

Si le PLFSS s’en prend aux familles, en revanche il laisse intact tous ceux qui préfèrent n’assumer aucune responsabilité, et qui entendent bien faire payer les autres pour leurs choix.

Par exemple, les Français qui choisissent d’habiter au fin fond des campagnes pour échapper au stress urbain, et qui y profitent d’un prix au mètre carré moins élevé (n’hésitant généralement pas à venir en ville pour y dénoncer un mode de vie trop soumis à la pression), ne paient pas plus cher leur assurance-maladie que l’abruti moyen qui s’entasse dans des barres d’immeubles. Mais… il coûte plus cher à la collectivité, puisqu’il génère des frais de déplacement financés par la sécurité sociale. L’affaire a pris des proportions telles que, désormais, le remboursement des taxis transportant des malades représente 40% des dépenses de transport de la sécurité sociale. Autrement dit, la sécurité sociale dépense à peu près autant pour transporter des malades en ambulance et des assurés en taxi.

Bien entendu, il ne viendrait à l’esprit de personne de demander à ces malades de faire du co-voiturage ou autres niaiseries qui permettraient de consacrer les dépenses de santé à autre chose qu’à des émissions de gaz à effet de serre. Il ne viendrait non plus à l’esprit de personne de leur augmenter leurs cotisations maladie. Il vaut tellement mieux diminuer le niveau de vie des enfants… Ou alors, comme le propose le gouvernement, de diminuer le nombre de taxis conventionnés pour être sûrs que la sélection se fera par la chance ou l’usure d’attendre un véhicule et non par la responsabilité.

Le PLFSS 2015 occulte totalement l’innovation

Comme il ne se passe pas un jour sans qu’on apprenne l’invention d’un nouvel objet de santé connecté, on aurait aussi pu follement imaginer que la sécurité sociale cherche à faire son beurre de ce progrès technique pour diminuer les dépenses. On pourrait par exemple de façon tout à fait farfelue proposer une baisse de cotisations maladie pour tous ceux qui font du sport régulièrement, avec un suivi par un objet connecté qui permettrait d’identifier les risques cardiaques. Ce genre de pratique risquerait évidemment d’apporter de la bonheur et de la responsabilité dans notre société: ceux qui font des efforts seraient récompensés et amélioreraient ainsi leur niveau de vie, pendant que ceux qui ont des comportements à risque ne seraient pas avantagés.

Ce genre d’idées est donc dangereuse, c’est pourquoi la loi de financement de la sécurité sociale bétonne les logiques à l’ancienne, et range l’innovation au rayon des gadgets soviétiques. Ainsi, le chapitre du PLFSS intitulé « simplifier l’accès à l’innovation » propose par exemple d’accélérer l’inscription au remboursement des actes résultant d’expérimentations. Accélérons les inscriptions, multiplions les paperasses, et surtout ne cherchons pas à encourager une meilleure santé des assurés.

Bien entendu, le PLFSS a totalement banni de son vocabulaire des expressions horribles comme Big Data ou transparence des données de santé, grâce auxquelles tout le monde sait que le scandale du Mediator n’aurait pas pu se produire. Mais l’objet de la sécurité sociale n’est certainement pas de préserver la santé des Français, ni de leur apporter du bonheur. Il est de garder intact l’esprit du Conseil National de la Résistance de 1945, comme en Union Soviétique l’objet du régime était de garder intacte la dépouille de Lénine.

C’est bien cela que l’on aime, dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale: ce parfum de formol, ces effluves de naphtaline quand on ouvre les armoires à dossier, cette saveur de camembert trop fait qui nous rappelle qu’au pays des fromages, il est hors de question de s’y attaquer.

 

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