Accueil » Archives pour septembre 2014

Mois : septembre 2014

La République est-elle le patrimoine de ceux qui n’ont rien?

Dans son discours de politique générale prononcé hier, Manuel Valls a prononcé une phrase étrange: « La République a toujours été le patrimoine de ceux qui n’ont rien. » Voilà qui en dit long de façon implicite, et qui mérite bien une petite pause réflexive.

Chapeau Monsieur le Premier Ministre

Commençons par le commencement. Qu’on approuve on non le discours (et l’annonce en passant d’un déficit public à 4,4 % du PIB en 2015 est quand même ahurissante), on saluera la performance du bonhomme Valls, qui tranche avec les discours lénifiants de son prédécesseur. Rappelons ces séances où l’on s’endormait. Incontestablement, le Premier Ministre est un tribun. Encore quelques pas, et nous saluerons le style bonapartiste qui prévaut à Matignon.

En relisant le discours, je ne suis pas bien sûr d’en avoir perçu la cohérence idéologique, mais enfin… ce discours sort du lot habituel.

Mais à qui appartient la République?

Reste cette phrase étrange qui nous ramène quelques années en arrière, du temps où l’on dissertait sur les bancs de l’université ou du lycée sur ce qu’est la République. On nous apprenait alors volontiers que la République, c’était un projet de société où les citoyens subliment les intérêts particuliers en recherchant l’intérêt général par l’affirmation de l’humanité universelle qui est en eux. La République, c’était, à la façon de Rousseau, le corps social uni, les différences dépassées pour accéder à l’Homme universel.

Patatras! manifestement, l’inspiration idéologique de Manuel Valls n’est pas dans la lignée de Rousseau, de cette pensée de 1789 qui voulait faire de nous des citoyens indépendamment de nos conditions sociales. Et cette idée-là était exprimée par le principe d’égalité: quelle que soit notre condition, nous avons les mêmes droits et les mêmes devoirs. Pour Manuel Valls, la République, c’est autre chose, c’est le régime qui défend les pauvres contre les riches. C’est le patrimoine de ceux qui n’ont rien…

Quel étrange sous-entendu! faut-il entendre que la République n’est pas faite pour ceux qui ont un patrimoine privé? que ceux-là n’ont pas leur place dans le régime, sauf à être des citoyens de seconde zone?

Le mythe de l’Etat qui corrige les inégalités

Derrière cette phrase ambiguë, on lit évidemment l’idée que la République est l’outil de l’égalité des chances. Mais c’est une affirmation bien téméraire que de soutenir que la République, par l’intervention de l’Etat, assure cette égalité.

Chacun sait que cette équation: Etat = égalité, et que cette autre équation: initiative privée = inégalité, est la grande imposture derrière laquelle s’abrite une fonction publique pléthorique pour intervenir sur tout, sans assurer l’efficacité de rien.

Prenons l’exemple de l’Education nationale. Les classements PISA objectivent ce que des statistiques nationales régulièrement relayées sur ce blog prouvent de longue date: l’école publique, premier budget de l’Etat, financée par le contribuable, est une immense usine à fabriquer de l’inégalité sociale. Les raisons en sont bien connues et tiennent notamment au fait que les professeurs les moins chevronnés sont mis devant les élèves les plus durs. Un excellent rapport de la Cour des Comptes de mai 2013, enterré par le cerf-volant Peillon, a d’ailleurs minutieusement analysé les mécanismes techniques qui transforment l’Etat en machine inégalitaire.

Lorsque Valls déclare:

L’école de la République est notre priorité. Nous en augmentons les moyens avec les créations de postes, la relance de l’éducation prioritaire, la priorité au primaire, ou encore la réforme des métiers de l’éducation et la formation des maîtres. Mais augmenter les moyens ne suffit pas, et nous devons avoir une réflexion sur la pédagogie. Nous ne pouvons accepter de voir se multiplier ceux qu’on appelle les décrocheurs. Ces jeunes qui quittent le système scolaire sans avoir obtenu de diplôme. Tout comme nous n’acceptons pas que 15 % des élèves présentent des difficultés sévères en écriture, lecture, et mathématiques à l’issue du primaire.L’école, c’est là où s’apprennent les valeurs de la République. Ce doit être un lieu d’apaisement, avec pour seul but l’intérêt de nos enfants. Et je crois que sur ce point,nous pouvons, nous devons nous retrouver.

Il maintient évidemment l’imposture qui assimile l’Etat à la défense de ceux qui n’ont rien, alors que l’Etat est un outil d’inégalité entre les mains d’une caste. Ce faisant, il évacue savamment les sujets qui sont au coeur de la fabrique des inégalités: les choix de structure qui privent les établissements de toute autonomie, les choix de gestion qui confient aux syndicats la fonction d’affecter les enseignants non selon les besoins ou les compétences, mais selon des affiliations.

Non, la République, ce n’est pas l’Etat, et oui, c’est un patrimoine universel

Ce discours a eu un intérêt important: il a permis de situer, en creux certes, mais de façon révélatrice, la tradition idéologique de Manuel Valls. Celle d’une gauche étatiste, qui s’intéresse peu aux questions d’égalité (sauf pour faire des formules fumeuses), mais qui s’attache à défendre l’intervention publique dans l’économie, autour d’une sorte de grande réconciliation radicale-socialiste entre l’administration et l’entreprise. Au fond, Valls est à la recherche d’une nouvelle alchimie entre ces deux mondes avec une certitude simple: l’ordre social ne doit pas changer.

L’occasion, donc, est donnée de redire, à contre-courant du discours officiel, que l’on peut gouverner sans accroître le rôle de l’Etat. Et que l’on peut défendre la République sans légiférer, simplement en laissant les citoyens construire leur bonheur.

Parce que la République, c’est l’affaire de tous, le patrimoine de tous, et pas, comme on a cru le comprendre, le patrimoine de quelques-uns qui décident pour tous.

Air France et le séisme du capitalisme low cost

La grève de pilotes d’Air France contre le low cost fait beaucoup vitupérer. Mais elle a un mérite: elle met en lumière les mutations que le capitalisme low cost induit sur nos modèles sociaux.

Les motifs de la grève

Je produis ici la vidéo très intéressante tournée hier matin sur Europe 1 où le président de la section Air France du syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) explique clairement l’opposition de ses adhérents à un projet d’Air France consistant, dans la pratique, à transférer l’activité moyen-courrier de point à point (voir les explications plus bas) vers une filiale low-cost, Transavia, qui diminuera le coût du travail pour baisser ses prix.

 

Dans la pratique, et sans épiloguer sur le sujet interne à Air France qui ne nous intéresse guère dans ces lignes, deux autres syndicats ont déposé un préavis de grève: le Syndicat des Pilotes d’Air France (SPAF) et le syndicat du Personnel Navigant Technique d’Air France (ALTER). Les esprits malicieux liront d’ailleurs cette remarque sur le site d’Alter:

Quand ALTER alertait les pilotes sur les conditions de création de Transavia, dont les avions étaient gréés hors effectifs Air France, nous n’avons pas été écoutés. Nous craignions alors une utilisation de cette nouvelle filiale pour externaliser une grosse partie de notre activité moyen-courrier, et nous ne nous étions pas trompés, en atteste l’actualité du moment.

Quand ALTER alertait les pilotes sur les conditions de création des Bases Provinces, permettant la mise en place d’un contrat B pour des pilotes d’Air France alors qu’ils effectuent le même métier au sein de la même compagnie, nous n’avons pas été écoutés.
Nous craignions que ces conditions deviennent les conditions générales des pilotes Moyen-Courrier à terme, et, malheureusement, une fois de plus, nous ne nous étions pas trompés, en atteste l’accord Transform 2015.

Dans le conflit en cours, la grande force de la direction d’Air France réside dans la division des pilotes et des personnels navigants. Mais… c’est un autre sujet.

Le coût du travail, élément de la concurrence low cost

Avec beaucoup de bon sens, le représentant des pilotes souligne que l’objectif d’Air France est d’introduire une concurrence dans les salaires ou dans leurs à-côtés comme la durée du travail. Dans le projet d’Air France, la filiale low cost serait développée en recrutant des personnels sous droits étrangers moins protecteurs et moins coûteux.

On retrouve ici la logique même de la production low cost, qui vise à baisser les prix de fabrication et de vente par une limitation des services offerts et par des gains de productivité qui équivalent à une baisse du coût du travail. L’objet de la grève d’Air France consiste précisément à contester les conséquences sociales de cette transition vers un capitalisme low cost dans le transport aérien. Ce qui est intéressant, c’est de voir comment l’introduction du low cost percute rapidement les rentes de situation et remet en cause les acquis.

Comme le dit le représentant des pilotes dans l’interview, la concurrence devrait se faire sur la qualité de service ou sur le modèle d’exploitation des lignes, et pas sur les droits sociaux des personnels. Or, le principe du low cost est d’utiliser tous les leviers de la baisse des prix, dont la rémunération du salarié.

Un phénomène prévu de longue date

Le séisme du low cost dans le transport aérien n’est ni une nouveauté, ni une surprise. En 2011, par exemple, une étude de York Aviation avait annoncé qu’à l’horizon de 2020 les compagnies low cost représenteraient de 50 à 60% du trafic passager intra-européen, contre 24% en 2005. Sur durée longue, le développement du low cost apparaît donc comme un phénomène de fond, qui bouleverse le modèle économique traditionnel du transport aérien.

Début juillet 2014, Air France s’est enfin préoccupé de ce sujet, avec la remise d’un rapport d’experts dont le contenu a percuté la stratégie de la compagnie.

Le constat est simple. Les vols court et moyen-courriers vers le hub de Roissy qui alimentent les vols long courriers d’Air France perdent 400 millions d’euros par an mais la direction tolère une partie de ces pertes puisque grâce à ce flux, les long-courriers sont profitables. «On peut accepter qu’Air France perde jusqu’à 150 millions d’euros par an pour remplir ses avions à Roissy. Ce sont des coûts que l’on pourrait quasiment intégrer au long-courrier», explique un analyste.

En revanche, pas question de laisser se creuser les pertes d’une activité «point à point» que les concurrents tels qu’EasyJet, Vueling ou Volotea, ont su capter tout en réalisant de belles marges. Sur les vols entre la France et l’Europe, Air France a perdu 5 points de parts de marché entre 2010 et 2014. Et sur le marché domestique français, les compagnies low-cost sont passées de 15 à 27% de parts de marché entre 2010 et 2014. (…)

Le rapport distingue deux segments de marché où sont mêlés les clients affaires et les «VFR» visiting friends and relatives, c’est-à-dire les voyageurs qui rendent visite à leur amis et à leur famille: un segment est à dominante loisirs, dont les clients recherchent des prix bas. Les clients de l’autre, à dominante affaires, privilégient les fréquences et la régularité tout en ménageant leur porte-monnaie. (…)

En clair, les auteurs du rapport proposent de cantonner les court et moyen-courriers d’Air France aux vols de correspondance à Roissy et de laisser les entreprises «agiles» s’occuper du «point à point». Sur le plan social, ce scénario aurait évidemment de sérieuses répercussions. «La situation risque d’être très tendue ces prochains mois», observe un cadre du groupe conscient que les décisions courageuses restent à prendre.

La grève des pilotes est donc sans surprise. Dans la pratique, elle revient à refuser que la clientèle « touristique » soit prise en charge par des personnels et des services moins coûteux que la clientèle d’affaires.

Le low cost, une logique économique durable?

Pour le consommateur, le low cost présente évidemment un certain nombre d’intérêts. Il permet en particulier d’accéder à des services à moindre coût. En ce sens, il est producteur d’externalité positive.

En revanche, il reste à le confronter dans la durée à ses effets macro-économiques. Ceux-ci sont doubles.

D’une part, le low cost est producteur de baisse des prix et participe donc à une logique de déflation dont la BCE s’inquiète fortement. Le low cost n’empêche pas les entreprises qui le pratiquent de réaliser des profits (notamment dans le secteur aérien où Easyjet est la compagnie la plus rentable d’Europe), mais il minimise le partage de la valeur ajoutée au profit des salariés. Il possède donc un effet dépressif sur la demande.

D’autre part, le low cost détruit la rente acquise par les concurrents et participe ainsi à un mouvement de destruction de valeur qui modifie l’organisation économique existante. Pour les « majors » traditionnelles, le low cost constitue donc une menace qui oblige à des restructurations et des réductions de coût. Le conflit au sein d’Air France en est une illustration typique.

Les rentiers aboient, le low cost passe

Peu à peu, le low cost s’installe comme un modèle économique alternatif, avec de puissants effets de restructuration sur l’ensemble de la société. Là où la notion de montée en gamme s’était imposée presque partout dans les sociétés occidentales, une autre logique prend forme, porteuse de nostalgie, dont témoigne le reportage ci-dessous:

Peu à peu s’impose l’idée (implicite) d’une dualité entre une société du progrès fondée sur la montée en gamme, et une société de la régression où le low cost est à la fois un symbole et un épouvantail.

Chacun se forgera son idée sur ce point, mais une chose est sûre: le low cost se développe, et il faut bien apprendre à composer avec lui.

Là encore, les esprits caustiques féliciteront la CFDT pour la rapidité avec laquelle elle s’est adaptée au sujet.

Bébé unfriendly: la RATP (bus 96)

Encore une incivilité à la RATP qui n’aime pas les familles. Je ne parle pas ici de l’enfer qui consiste à prendre le métro avec une poussette, mais cette fois de prendre un bus bondé avec ma fille de 1 an sur les épaules. J’entre donc dans un véhicule de la ligne 96 en direction de la porte des Lilas tout à l’heure. Il s’agit du bus 3504. Au moment où j’entre, le conducteur vitupère contre des passagers à qui il crie qu’il n’ouvrira plus les portes si ça continue… Je me faufile, et au bout de cinq minutes, je me trouve dans la foule du couloir. Devant moi, un homme, quinquagénaire, est assis seul sur le premier siège. Je lui demande s’il accepte de me céder sa place pour que je puisse mettre ma fille en sécurité. Le bonhomme m’explique que les places prioritaires, c’est derrière lui. Je suis scotché. La discussion s’envenime. Le chauffeur intervient pour me demander de me taire. On rêve.

A la sortie du bus, dix minutes plus tard, je lui demande des explications sur son attitude. Il m’explique que le passager avait raison de ne pas me céder sa place.

Décidément, à Paris, il ne faut pas avoir d’enfant.

Juncker bien décidé à tuer l’Europe

La composition de la nouvelle Commission Européenne par Jean-Claude Juncker, annoncée mercredi, a réjoui les adversaires de l’Europe: elle accumule en effet les choix les plus absurdes dont le résultat devrait être rapide – l’étranglement du projet communautaire. Une grande victoire pour les eurosceptiques!

Juncker, maître des apparences trompeuses

Officiellement, rien n’est changé dans la commission: les décisions se prennent à la majorité de 15 commissaires sur 28, et chaque commissaire pèse d’un même poids. En confiant l’économie numérique à l’Allemand ancien attributaire de l’Energie Oettinger, proche de Merkel, les services financiers au Britannique Jonathan Hill, les affaires économiques à Moscovici, Juncker a donc construit une commission où les grands Etats détiennent des postes-clés, autour d’un équilibre savant qui s’offre même le luxe de défier les ambitions allemandes.

La nomination de Moscovici constitue en effet un acte d’indépendance vis-à-vis de Merkel, en même temps que la position d’Oettinger peut-être diversement analysée. L’économie numérique n’est peut-être pas le portefeuille rêvé pour un commissaire allemand, surtout quand on sait qu’un vice-président de la commission, Andrus Ansip, Estonien de son état, est chargé du marché unique digital. Juncker aurait voulu donner le sentiment d’une mise sous tutelle d’Oettinger, et d’une mise à l’écart des prétentions allemandes, qu’il ne s’y serait pas pris autrement.

Mais, comme toujours, le diable se niche dans les détails! et la commission Juncker en compte un certain nombre.

Juncker et ses vice-présidents

Juncker a fait le choix de se doter d’une tribu de vice-présidents. Nul ne sait quel sera leur rôle institutionnel, en particulier s’ils auront ou non le monopole des initiatives législatives – ce qui changerait fortement l’équilibre des pouvoirs. On en compte sept en tout, dont une seule se justifie naturellement: il s’agit de Federica Mogherini, la haute représentante de l’Union.

FedericaMogherini

Au-delà de celle-ci, on trouve 5 vice-présidents de droit commun: Andrus Ansip, l’Estonien déjà évoqué, Kristalina Georgieva, la Bulgare un temps pressentie pour prendre la place décrochée par Mogherini, et qui sera chargée du Budget, Alenka Bratusek, l’ancienne présidente du gouvernement slovène, austéritaire radicale qui s’était mise en tête de faire payer à ses concitoyens le sauvetage de leurs banques, qui sera chargée de l’Union énergétique, et deux autres commissaires qui méritent un examen un peu plus approfondi – Jyrki Katainen et Valdis Dombrovskis.

Deux ayatollahs vice-présidents

Valdis Dombrovskis est un ancien Premier Ministre letton, qui avait conduit un gouvernement de centre-droit en 2009 illustre pour avoir pris quelques mesures simples, comme une « baisse de 20 % des salaires de la fonction publique, la division par deux du salaire des enseignants, une baisse de 10 % des pensions de retraite ou encore la fermeture de plusieurs hôpitaux » selon sa page Wikipedia. Si Moscovici ne sait pas avec qui dîner le soir à Bruxelles, il peut toujours inviter Dombrovskis pour avoir quelques idées sur la réforme des finances publiques en France.

Au sein de la Commission Juncker, Dombrovskis pourra mettre son talent au service des missions qui lui sont confiées: le dialogue social (cela paraissait tout naturel au vu du contenu de son premier plan d’économies) et l’euro (là aussi, un rôle qui coule de source pour un commissaire venu d’un pays membre de la zone euro depuis… neuf mois).

Jyrki Katainen est un ancien Premier Ministre finlandais, chargé, dans la Commission Juncker, de l’emploi, de la croissance, de la compétitivité et de l’investissement. Là encore, l’exercice paraît drolatique quand on examine un peu le parcours de l’intéressé. D’abord, Katainen avait cherché en 2011 à constituer une coalition de gouvernement avec le parti des Vrais Finlandais:

« Les Vrais Finlandais pourront participer au prochain gouvernement comme le Parti social-démocrate et le Parti du centre » a déclaré Jyrki Katainen, leader du Rassemblement conservateur et actuel ministre des Finances.

Le parti des Vrais Finlandais est un parti euro-sceptique, qui défend l’homogénéité de la culture finlandaise:

Dénonçant l’immigration vue comme une menace pesant à la fois sur l’identité et sur la prospérité du pays d’accueil, les « Vrais Finlandais » proposent de réserver la protection sociale aux seuls nationaux et demandent une diminution des aides sociales accordées aux étrangers. « Un étranger muni d’un permis de séjour n’est pas comparable à un Finlandais » a déclaré Timo Soini.

Au-delà de cette péripétie, le vice-président de la commission Juncker avait déclaré, lors d’un sommet de la zone euro:

« In some countries people are thinking that integration is not fair if we have to pay for other countries’ decision-makers’ mistakes, » he said.

« In some southern European countries people are thinking that the northern Europeans are arrogant … and they are not ready to help. If there are two fronts – north and south or whatever – it harms the sense of fair integration. »

Katainen said calls for more European « solidarity » or a United States of Europe scared people unnecessarily at a time when globalization had made them fearful for their jobs and standard of living.

« I don’t see the areas in which we should go deeper, » he said of the economic governance of the euro zone. The EU could develop its single market further, notably in energy, and boost defense cooperation within its existing structures.

Que le nord de l’Europe ne paie pas pour les erreurs commises par les décideurs du sud… une idée qui devrait permettre à Katainen de bâtir un très beau projet de croissance sur le continent.

Timmermans, premier vice-président de Juncker

On ajoutera peut-être quelques mots rapides sur Frans Timmermans, le néerlandais premier vice-président de la commission, un poste inconnu jusqu’alors, et dont les contours devront être rapidement précisés, au-delà du périmètre officiel: l’amélioration de la régulation, les droits fondamentaux, les relations inter-institutionnelles (bref, le poumon d’un projet communautaire…).

Timmermans est peu connu en France, sauf pour avoir précipité de façon étrange la fermeture du centre culturel néerlandais à Paris. Les amateurs de Wikipédia en anglais liront avec intérêt que Timmermans a effectué son service militaire en 1986 dans les services secrets hollandais comme « interrogateur de prisonnier de guerre soviétique ». Dans ses fonctions aux affaires étrangères hollandaises, Timmermans s’est d’ailleurs toujours montré un allié zélé et docile de l’armée américaine. Un profil étrange qui en dit long sur la proximité de Timmermans avait une logique atlantiste et anti-russe. En plein milieu de la crise ukrainienne, ce choix de Juncker ne manque pas de surprendre. S’agit-il de contrer le rôle de la trop pro-russe Mogherini?

On ajoutera que Timmermans a oeuvré pour renforcer le rôle des parlements nationaux dans le processus de décision communautaire. Cette démarche n’est évidemment pas celle d’un fédéraliste, mais d’un euro-sceptique qui le prédisposait naturellement à essuyer les plâtres d’un poste en or pour neutraliser toute avancée européenne.

Moscovici, le chien fou de Juncker

Dans ce paysage, la nomination de Moscovici aux Affaires Economiques apparaît comme une fausse victoire de la France.

D’abord parce que Moscovici a perdu les éléments de portefeuille qui en font l’intérêt. On a vu que l’investissement et son fameux plan de relance, que la France rêvait à 1.300 milliards et qui ne sera qu’à 300 milliards, sera confié au Finlandais Katainen, en charge de la croissance. Un petit détail qui compte… au moment où les ministres de l’économie ont demandé à la Commission de proposer des investissements prioritaires.

Ensuite parce que Moscovici devra composer avec le Letton Dombrovskis, qui aura la haute main sur l’euro. Juncker la rejoue donc François Hollande: je vous donne l’économie, mais pas les finances, pas l’industrie et pas la monnaie. Autrement dit, Moscovici aura une seule fonction: expliquer aux Etats-membres qu’ils doivent respecter les règles, sans aucun autre levier d’action. Cette mission d’exécuteur des basses oeuvres devrait d’ailleurs commencer assez rapidement avec la France, que la commission sortante a commencé à rappeler à l’ordre.

De fait, Moscovici est bien placé pour se souvenir que la France avait promis de tenir 3,8% de déficit en 2014 (il l’avait lui-même certifié l’an dernier à Bruxelles) et qu’elle atteindra glorieusement les 4,4%.

Juncker choisit de tuer l’union bancaire

Le rôle de Moscovici est totalement anecdotique par rapport au choix ahurissant fait par Juncker de nommer le Britannique Jonathan Hill aux services financiers. Chacun connaît en effet le rôle particulier de la place financière de Londres, qui a tout intérêt à ne subir aucune contrainte réglementaire pour préserver sa place dominante dans le monde.

De ce point de vue, le choix de Hill, qui a oeuvré notamment chez Bell Pottinger Private laisse perplexe. Bell Pottinger est une structure de lobbying, qui compte des clients comme Pinochet, Berezovsky, les différents émirats arabes, Airbus ou le gouvernement biélorusse. Le commissaire aux services financiers devrait donc assez rapidement s’imposer comme la porte d’entrée de tous ceux qui ont intérêt à laisser la finance britannique accueillir le pire de ce que la planète peut compter en fortunes sans scrupules.

Qui plus est, les sujets à traiter de façon urgente sont nombreux et majeurs: entre la contribution des banques au fonds de résolution, qui doit être bouclée avant le 1er janvier 2015, l’avenir des normes comptables IFRS, qui a un fort impact sur le crédit, les sujets méconnus du grand public, mais essentiels pour l’avenir du continent ne manquent pas. Le choix de Juncker devrait garantir une stérilisation du champ européen dans ce domaine pour toute la durée de son mandat.

Juncker fait le jeu des majors américains du numérique

Difficile par ailleurs de ne pas évoquer l’étonnant choix d’Oettinger au portefeuille du numérique, et d’Andrus Ansip au marché unique du digital.

Comme l’ont révélé des esprits espiègles, Oettinger n’a jamais manifesté aucun intérêt pour le monde numérique. Il ne devrait donc pas beaucoup embarrasser Andrus Ansip dans son goût pour les majors américains du numérique. L’ambassadeur américain en Estonie s’en était d’ailleurs félicité en septembre 2012:

The eighth U.S. Ambassador to Estonia since 1992, Ambassador Levine hails from the San Francisco Bay Area of California and looks forward to continued expansion of U.S.-Estonia cooperation on e-security, e-governance, and technological innovation. Speaking recently on the subject of U.S.-Estonian partnership, Ambassador Levine commented that, “Estonia is the kind of ally that Ambassadors dream of working with. The kind of ally where you know that there are no limits to what our two countries can accomplish together.”

L’expansion de la coopération avec l’Estonie dans l’e-sécurité, l’e-gouvernance et l’innovation technologique devrait bien servir à Ansip pour exercer ses missions au moment où l’Union est sous le coup d’une forte pression américaine. Ainsi, Google a-t-elle décidé de mener sa propre campagne en faveur de la protection des données personnelles, qui contre-balance celle de la Commission, laquelle demande à Google plus d’efforts dans l’ouverture à la concurrence.

Bizarre, non? Au passage, on notera qu’Uber a décidé de se doter d’un lobbyiste pour percer en Europe face aux résistances des taxis. On aurait bien tort de ne pas comprendre que le portefeuille d’Ansip est central, et que ce choix signe la mort de l’ambiance européenne dans le monde digital.

La commission Juncker passera-t-elle le cap du Parlement?

Face à ces aberrantes nominations (et on ne parle pas ici du commissaire hongrois chargé de l’éducation…), certains fulminent déjà et parient sur une intervention forte du Parlement, qui a la faculté de révoquer des commissaires ou de changer leur portefeuille. Le vice-président allemand (libéral) du Parlement, Alexandre Lambsdorff, a déjà dit tout le mal qu’il pensait de ce casting à la Juncker. On notera d’ailleurs ses propos sur Moscovici:

Oui, je me pose des questions non pas sur ses compétences, mais sur l’opportunité de l’attribution de ce portefeuille à la France. Et je ne suis pas le seul ! Beaucoup de mes collègues libéraux et du PPE (droite) partagent mon avis, de même que mes collègues allemands, néerlandais, finlandais, danois, estoniens… Il n’y a pas une année budgétaire où Pierre Moscovici ministre des Finances a réussi à remplir les critères de Maastricht ! Maintenant, il est supposé veiller à ce que les pays de la zone euro respectent un contrat que lui-même n’a pas respecté ! Ou bien il change radicalement son point de vue, ou bien, à ce poste, il est un danger pour la stabilité de l’euro.

Voilà de quoi pousser quelques « gloups » le jour de l’audition des commissaires.

Merkel tente de boucler en urgence le dossier ukrainien

Consciente que son agent Oettinger va bientôt quitter son poste à l’Energie, Angela Merkel tente, pendant que Juncker fait le paon, de boucler comme elle le peut l’affaire ukrainienne, en poussant au rapport de force avant l’hiver, et avant le changement de commission.

Ainsi, une rencontre devrait avoir lieu à Berlin le 20 septembre pour évoquer le différend gazier (au coeur du conflit) entre la Russie et l’Ukraine. L’Union a par ailleurs décidé de repousser toute mesure hâtive sur l’accord de libre-échange avec l’Ukraine. Mais l’Union a quand même pris de nouvelles sanctions contre la Russie, malgré le cessez-le-feu (qui avait été présenté par l’Union comme condition pour arrêter les sanctions…):

La trêve conclue il y a une semaine entre Kiev et les séparatistes prorusses en Ukraine ne suffit pas pour garantir une paix durable, a estimé le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, accusant la Russie d’avoir un « comportement inacceptable ».

« La situation en Ukraine reste très fragile », a ajouté M. Barroso lors d’une conférence de presse à Kiev avec le président ukrainien Petro Porochenko. Il a souligné qu’une solution politique doit « être basée sur le principe de la souveraineté de l’Ukraine ».

Difficile d’imaginer une quelconque crédibilité de l’Union dans cette affaire. Les approximations de l’Union ont d’ailleurs connu un nouveau rebondissement tragi-comique, avec la suspension des aides aux maraîchers prévue après l’embargo russe. Les producteurs polonais semblent avoir profité de l’aubaine pour arrondir leurs fins de mois!

La commission sortante verrouille les dossiers en cours

En attendant la nomination officielle de la nouvelle commission le 1er novembre, la Commission sortante s’attelle à verrouiller les dossiers en suspens.

Face à l’épuisement des ressources halieutiques dans nos eaux continentales, la commission mixte avec le Maroc a ouvert les eaux territoriales du royaume aux navires européens, essentiellement espagnols. Parallèlement, la Commission Européenne a considéré comme non recevable l’initiative citoyenne lancée par « Stop TIPP » sur le traité transatlantique.

La nouvelle commission devrait donc hériter d’une maison bien tenue!

 

 

Les syndicats jouent la conciliation avec le pouvoir

La semaine qui s’achève a été riche en événements sociaux: mardi, les partenaires se retrouvaient au MEDEF pour fixer l’agenda des négociations à venir, mercredi ils étaient convoqués par le ministre du Travail pour évoquer le pacte de responsabilité. Assez curieusement, derrière les déclarations parfois tonitruantes, les syndicats nationaux ont joué la concorde et l’apaisement.

Berger présent dans les médias en début de semaine

La semaine a pourtant commencé (dimanche dernier) par une prestation de Laurent Berger sur France Inter qui n’est pas passée inaperçue.

Laurent Berger : « le patronat doit aller plus… par franceinter

Le leader de la CFDT a adopté un ton offensif vis-à-vis du MEDEF en déclarant notamment que le gouvernement devait avoir «un discours extrêmement virulent et exigeant» à l’égard du patronat pour qu’il s’engage «vite» sur des contreparties aux aides accordées aux entreprises par le pacte de responsabilité. Dans le même temps, Laurent Berger a quand même veillé à ne pas perturber la partition de François Hollande, en affirmant notamment qu’une dissolution de l’Assemblée nationale n’aurait pas d’impact sur l’emploi ni sur la croissance.

Certains ont pu déduire que la CFDT allait épouser un discours offensif dans cette semaine très intense socialement. Cette perspective a même suscité quelques railleries à la CGT, où l’on a parlé de « prière au patronat« . Les mêmes de la CGT n’étaient, au passage, pas plus tendres avec leur secrétaire général, accusé de chercher à « revenir dans la danse« . Sous la plume de Michel Noblecourt, Laurent Berger était décrit comme « mal à l’aise » dans son soutien au gouvernement, coincé entre sa volonté d’être le syndicat réformateur de référence d’un côté, l’impopularité contagieuse du Président de l’autre.

Mailly monte en première ligne

Dans le même temps, Jean-Claude Mailly intervenait sur Europe 1 pour exclure toute avancée sur les seuils sociaux. Le secrétaire général de FO a commencé à rentrer dans le « dur » des sujets en demandant par ailleurs au ministre Rebsamen une réunion sur l’avenir de l’AFPA, menacée de fermeture. L’attitude de FO dans cette réunion a témoigné d’un certain esprit offensif, accompagné par un éditorial de Jean-Claude Mailly qui sonnait comme un avertissement pour le gouvernement, où l’on pouvait lire:

Dans ce contexte, les annonces gouvernementales, soutenues par le patronat, sur les seuils sociaux ou le travail dominical, sont des provocations et des preuves d’une soumission aux marchés financiers.

Nous les dénonçons donc activement.

Nombreux sont ceux qui expliquent que l’économie dépend beaucoup de la psychologie et de la confiance. Ce n’est pas faux. Mais la confiance est rompue avec les salariés. Pour la rétablir, il faut que l es pouvoirs publics répondent à leurs attentes, à nos revendications de syndicat libre et indépendant.

On aurait donc pu s’attendre à un tir de barrage de FO lors de la réunion du lendemain…

L’agenda social comme dans du beurre

Finalement, la réunion du mardi 9 au MEDEF sur l’agenda social s’est tenue sans surprise et sans mouvement majeur. Comme prévu, les partenaires sociaux ont décidé de tenir sans délai une négociation sur la modernisation du marché du travail, qui devrait aboutir en fin d’année. Elle devrait déboucher sur un assouplissement des seuils sociaux auquel souscriront la CFDT, la CFTC et la CGC. Ni FO ni la CGT ne devrait signer l’accord. Tout l’enjeu consistera à « habiller » le texte de telle sorte que les organisations syndicales signataires ne donnent pas le sentiment d’avoir cédé à une injonction patronale.

Comme le relevait le compte-rendu de FO sur le sujet:

« Neuf points ont été retenus après quatre heures de réunion, dans un climat plutôt apaisé selon la délégation FO. »

Rappelons que l’agenda social a permis de fixer la tenue de trois négociations (celle sur la modernisation du dialogue social incluant les seuils, mais aussi une négociation sur les retraites complémentaires qui devrait aboutir en mai 2015, et une dernière très courte sur les contrats de sécurisation professionnelle prévue pour novembre), mais aussi différents bilans sur les accords précédents, qui sont autant de diables cachés dans les détails. Le vice-président de l’ARRCO a ainsi obtenu une délibération discrète pour protéger les contrats de prévoyance contre la jurisprudence du Conseil Constitutionnel du 13 juin 2013 interdisant les désignations.

Le moins que l’on puisse dire reste donc que tout ne va pas si mal au pays de la démocratie sociale à la française.

La grande messe du pacte de responsabilité

Le lendemain, le ministre Rebsamen recevait les représentants des 50 plus grandes branches professionnelles pour faire le point des négociations sur le pacte de responsabilité. Cet exercice avait par avance été dénoncé par Thierry Le Paon, étonné que les représentants des branches soient invités en l’absence de l’appareil confédéral.

Pour Rebsamen lui-même, l’exercice était à haut risque. Après un exercice Coué consistant à certifier que tout allait bien avec le patronat, il entrait dans une arène dangereuse où plusieurs fédérations avaient dénoncé l’absence réelle non seulement de contreparties, mais même de négociations avec les organisations patronales. Pour éviter les risques, le ministre avait donc concocté un programme où la question du pacte était évoquée de façon quasi-marginale, totalement confiée à la métallurgie, et vidé au maximum de son temps de question.

Grâce à ces précautions, personne ne s’est vraiment fâché. En dehors de quelques réactions de FO, tant au niveau confédéral qu’au niveau local. A la CFDT, certaines fédérations ont aussi marqué leur désaccord.
D’une manière générale, l’enthousiasme de Rebsamen pour le pacte cache mal le malaise d’ensemble sur le sujet. A la CFDT, il est évident que la base a du mal à épouser une logique fondée sur des cadeaux sans contrepartie. Au sein même du patronat, le sujet inspire un silence glacial, qui dissimule mal d’ailleurs la passivité du président de l’UPA dans la branche de la boulangerie artisanale dont il est issu (branche qui n’a commencé aucune négociation sur le sujet).

La CGT déboussolée

Dans ce contexte compliqué, la base de la CGT semble avoir perdu beaucoup de ses repères. Il est probable que la posture personnelle de son secrétaire générale y soit pour quelque chose. Celui-ci a donné une interview à l’Humanité Dimanche où il appelle à construire un rapport de force… le 16 octobre, jour de mobilisation pour la sécurité sociale. Ces déclarations se heurtent toutefois à une vraie crise de confiance de la part de l’aile révolutionnaire.

Certains signaux faibles témoignent d’une base en proie à une forme de désarroi. Ainsi, à Calais, la presse a relevé que le député socialiste Yann Capet venait de s’adjoindre les services, comme collaborateur parlementaire, de Vincent Lelong, ancien secrétaire de l’union locale CGT, sans emploi depuis son licenciement par Eurotunnel en 2012.

En 2010 déjà, Vincent Lelong avait suscité malgré lui la polémique au sein de son syndicat en affichant son adhésion au PS, quand la tradition voulait que le patron de la CGT soit encarté au Parti communiste

Face à cette montée d’une aile « socialiste » au sein de la CGT, les revendications « à l’ancienne » paraissent de plus en plus marginalisées. Ainsi, une grève dans les transports à Dijon pour dénoncer « la nouvelle politique disciplinaire de la nouvelle direction de Keolis » n’a attiré que 7% des salariés.

Les discussions du Front de Gauche sont par ailleurs source d’interrogations.

Chez les « réformistes », des prises de position nouvelles se font jour. A Dieppe, la CGT remercie officiellement Renault pour son accord avec Bolloré, qui permet de faire tourner l’usine. A La Chapelle Darblay, la CGT s’inquiète de l’étranglement fiscal des classes moyennes.

Tout ceci témoigne d’une crise d’identité de la CGT vis-à-vis de la stratégie qui doit la guider.

Le secteur privé tétanisé par l’angoisse du chômage

Partout en France, les mouvements tectoniques à l’oeuvre dans le capitalisme français tétanisent les salariés et cristallisent les angoisses syndicales locales. Dans le Perche, c’est le rachat d’Hydronic qui inquiète. Dans le sud, les moulins Maurel sont en faillite et les salariés s’opposent à la fermeture du site.

A Carquefou, ce sont les salariés de la SEITA qui alertent sur des tensions au sein de l’entreprise, dues, selon la CGT, à la politique gouvernementale:

« Monsieur Rebsamen, ministre du travail, de l’emploi et du dialogue social avait quant à lui préféré spécifier que l’industrie du tabac n’avait pas d’avenir en France trouvant, de fait, normal la délocalisation de la production en Pologne et l’importation des produits à forte connotation française comme la Gauloise.
« Nous voyons à ce jour l’absence de crédibilité du  gouvernement sur les questions de l’emploi et de l’industrie.
« Nous alertons les pouvoirs publics de leur responsabilité des conséquences à venir au niveau du climat social et des répercussions sur la distribution du tabac en France qui pourrait être impactée par des actions d’ampleurs ».

Mais bien d’autres mouvements sont à l’oeuvre, qui expriment les craintes face aux évolutions de métier ou de composition capitalistique. Chez Coca-Cola, un PSE est annoncé. A Feyzin, c’est l’usine Total qui est menacée. A Saint-Nazaire, les chantiers navals STX sont inquiets à cause des mauvaises nouvelles qui affectent la SNCM et l’Ukraine. Dans l’Aube, c’est le département tout entier qui s’interroge sur son avenir.

Les exemples foisonnent de régions ou d’entreprises où chacun s’attend au pire.

Signaux d’exaspération dans le service public

Les mouvements de protestation les plus lourds de sens émanent du service public, où la conflictualité paraît avoir franchi quelques seuils notamment sous le coup des efforts budgétaires. A Paris, ce sont les personnels des crèches qui se sont mis en grève contre « l’ouverture de nouveaux établissements sans recrutement de personnel en nombre suffisant ». Le mouvement est porté par une intersyndicale. Il a été suivi à moins de 10%, mais reconduit néanmoins. Un peu partout, les personnels publics en contact avec l’enfance se mettent d’ailleurs en grève.

Plus inquiétant pour le gouvernement, la grigne s’ancre peu à peu dans les universités. Le décret sur les chercheurs publié par la secrétaire d’Etat Fioraso en est l’un des catalyseurs. Il prévoit une évaluation et une flexibilité accrue de ces personnels, alors que « lors du Comité technique universitaire de janvier 2014 dans le cadre dudit « dialogue social », le projet avait été clairement condamné » par les organisations syndicales. Le collectif « Sauvons l’université » ajoute:

Les masques tombent donc : la rhétorique de rupture avec les années Pécresse qui a marqué l’entrée en fonction de Fioraso au MESR achève de s’écrouler avec cette validation des mesures qui ont révolté le monde universitaire en 2009, dans un mouvement sans précédent. La trahison est complète.

D’autres facteurs de risque apparaissent. Dans le personnel territorial, les licenciements « politiques » consécutifs aux élections municipales nourrissent la grogne. On sent les sensibilités à fleur de peau, et le moindre incident, comment à la CAF de Gironde, peut donner lieu à un débrayage.

La vie conventionnelle suit son cours

Ce contexte de nervosité contenue n’empêche pas, voire favorise la négociation.

Dans la grande distribution, un accord portant le temps partiel à 26 heures hebdomadaires a été signé par FO, pourtant non signataire de l’ANI à l’origine de cette mesure. Dans le secteur médico-social (CCN 66), une mutuelle santé de branche est née par accord début septembre. Chez Peugeot, un accord sur l’égalité professionnelle hommes-femmes a été signé à l’unanimité.

Le patronat à l’offensive

Cette profession du dialogue social se fait sous une contrainte économique forte, volontiers mise en scène par les organisations patronales. Ainsi, l’UIMM a publié une tribune intitulée « les clignotants s’affolent », où la France est présentée comme « dans l’impasse ». Pour les mouvements patronaux, cette phase de difficulté et de désarroi autant gouvernemental que syndical est l’occasion de pousser ses pions. Le MEDEF publie donc un document de 50 pages appelant à remettre le SMIC à plat et à supprimer deux jours féries. Dans le cadre des négociations sur les retraites complémentaires, le MEDEF propose de revenir à la retraite à 65 ans.

De son côté, la CGPME propose un « contrat de croissance« , qui serait un CDI de trois ans.

Ce concours Lépine patronal n’est pas forcément un excellent signe. Cette surenchère suggère que les organisations patronales tentent de maximiser leurs gains avant que les portes d’une écoute gouvernementale et d’une possibilité de réforme ne se referment brutalement, peut-être à l’occasion d’une soudaine nouvelle dégradation économique.

Hollande: les bombes à retardement qui l’attendent

Le déficit public français pour 2014 s’élèvera finalement à 4,4% du PIB, soit 88 milliards€ comme en 2012. La nouvelle majorité se révèle donc incapable de juguler l’endettement public et de rétablir les comptes. Cette situation devrait conduire la Commission Européenne à prendre des sanctions avec la bénédiction de l’Allemagne. Mais… d’autres bombes à retardement sont allumées, qui assombrissent encore l’horizon du gouvernement.

La production manufacturière en baisse

C’est probablement le danger principal pour le gouvernement: la production manufacturière a baissé en juillet de 0,3%, quand elle était stable dans la zone euro. Cette baisse infléchit la tendance de juin qui était à la hausse. Sur les trois derniers mois cumulés, la production industrielle globale est en baisse de 0,6%.

Le déclin industriel français se confirme
Le déclin industriel français se confirme

L’industrie française est revenue à son volume de production de 2010… une mauvaise performance qui laisse planer le doute d’une récession au prochain trimestre, après deux trimestres de stagnation.

Les retraites à nouveau au coeur du débat

Officiellement, la réforme Ayrault de 2012 et 2013 devait garantir l’équilibre du régime général des retraites d’ici 2020. Mais l’absence de croissance économique affecte les recettes et complique singulièrement la donne. Il est très probable que le gouvernement doive à nouveau corriger le tir d’ici 2017.

L’urgence de cette correction est accrue par deux petits problèmes que Jean-Marc Ayrault avait oublié de traiter.

Le premier est celui du déséquilibre du régime ARRCO-AGIRC, à la main des partenaires sociaux mais comptabilisé dans le déficit de Maastricht. Ce régime accuse un déficit global de 6 milliards, actuellement financé par les réserves de gestion. Mais ces réserves s’épuisent, et les partenaires sociaux doivent prendre une option définitive pour 2015: augmentation des cotisations? baisse des pensions (sous une forme ou une autre). Le MEDEF a d’ores et déjà fait des simulations sur un report de l’âge de la retraite à 65 ans.

Le second problème est celui des retraites hospitalières. L’augmentation des cotisations imposée pour équilibrer les régimes du public est largement financée par le déficit, faute de recettes suffisantes pour la couvrir. Cette situation compliquée plombe les comptes de la santé, ce qui constitue une vraie mauvaise nouvelle pour le gouvernement. Officiellement, la santé dégager une économie de 10 milliards l’an prochain…

Une catastrophe appelée tiers-payant

Une grande partie de l’effort porté sur les comptes sociaux dans les années 2000 a consisté à expliquer au public que la santé n’était pas gratuite même quand elle était prise en charge par la sécurité sociale, et qu’il fallait donc raisonner le recours au médecin en laissant un reste à charge minimal au patient. Ce principe a même fondé la logique du contrat responsable, qui accorde un avantage fiscal aux complémentaires santé qui intègrent des mécanismes vertueux de ce type.

Dès 2015, les bénéficiaires de l’aide à la complémentaire santé bénéficieront d’un mécanisme inverse: la généralisation du tiers payant, qui leur permettra de ne rien payer en se rendant chez leur médecin traitant. Cette mesure qui a du sens en période de prospérité est évidemment porteuse d’un risque majeur en situation de restriction, puisqu’elle supprime les freins à la consommation médicale.

Le budget 2015 de la santé devrait se révéler très compliqué, même si, pour le gouvernement, l’annonce d’une santé gratuite ne peut que plaire à l’opinion.

Une remontée des taux d’intérêt?

La France n’a jamais emprunté à aussi bas taux. Cette petite merveille économique fait dire à beaucoup d’analystes qu’une dégradation de la note de la France par les agences de notation, très probable dans les semaines à venir, n’aura pas d’impact financier: une dégradation de la note n’a pas d’impact sur les taux. Ce pari est risqué: la dette de la France est aujourd’hui largement libellée en dette à court terme (la France lève huit milliards de dette à moins d’un an tous les mois…). La moindre remontée des taux aurait donc un impact immédiat sur l’équilibre du budget.

L’hypothèque qui pèse sur le budget de l’Etat se trouve là: vivrons-nous, à force de ne plus être crédibles sur les marchés, une remontée brutale des taux qui étranglera l’administration? ce qui sonnerait comme l’hallali du pouvoir.

 

Agenda social: FO repart à la charge des désignations

Les discussions entre partenaires sociaux sur l’agenda social, mardi dernier au siège du MEDEF, ont donné lieu à des échanges minimalistes entre représentants des salariés et organisations patronales. En dehors de la négociation sur les seuils sociaux, seules les négociations obligatoires devraient avoir lieu: l’une voulue par le gouvernement sur une réforme du dispositif d’épargne salariale, l’autre incontournable sur les retraites complémentaires et les 300 millions d’économies prévues par les fédérations AGIRC-ARRCO.

Dans ce cadre, FO a glissé un étrange diable dans ses demandes, puisque « Philippe Pihet, Secrétaire confédéral chargé des retraites, compte demander l’inscription à l’agenda social d’une délibération sur les clauses de désignation. Il souhaite dissocier la maladie des gros risques, comme le décès ou l’invalidité ».

Le grand public connaît peu Philippe Pihet, mais il s’agit d’un personnage incontournable dans le champ de la protection sociale complémentaire. Président ou vice-président de l’ARRCO, il fut aussi administrateur du groupe Malakoff jusqu’en mai 2013. Ce parfait connaisseur du système paritaire ne parle donc pas à l’aveuglette de ce sujet technique que sont les désignations en santé et en prévoyance.

L’idée d’une délibération consisterait, dans la pratique, à consacrer une réunion des partenaires sociaux à la gestion de la prévoyance. L’objectif de FO est simple: il s’agirait d’exprimer une opinion majoritaire sur le fait que la jurisprudence du Conseil Constitutionnel du 13 juin 2013 interdisant les désignations de branche en santé ne soit pas applicable au domaine plus obscur mais financièrement plus lourd de la prévoyance. Pour les institutions paritaires qui dépendent plus ou moins des fédérations AGIRC-ARRCO, la protection des désignations qui leur profitent en prévoyance est un enjeu financier crucial.

Cette demande était au fond assez attendue, et elle s’inscrit dans la droite ligne de la saisine de la CJUE par l’Union des Professions Artisanales (UPA), en juin 2014, pour obtenir la censure de la décision du Conseil Constitutionnel.

Elle montre une fois de plus que les partenaires sociaux continuent à défendre becs et ongles un système sur lequel ils ont fondé leur prospérité. Selon nos informations, FO devrait d’ailleurs aller plus loin en saisissant la Commission Européenne de ce dossier qui met en jeu la responsabilité de la France dans l’application du droit communautaire. Des jurisprudences historiques de la Cour de Luxembourg ont en effet validé ces dernières années ce que le Conseil Constitutionnel a interdit, ce qui pose un problème majeur.

Cette intervention survient alors que Marisol Touraine n’a toujours pas désigné la personnalité indépendante chargée de plancher sur le sujet, comme ce fut annoncé lors de la Conférence Sociale de juillet.

La Méditerranée, patrie de l’absentéisme?

Une étude d’Alma Consulting vient de montrer que le pourtour méditerranéen était champion de l’absentéisme, avec près d’un mois d’arrêt-maladie par an.

Source: Alma Consulting
Source: Alma Consulting

Ces chiffres affolants expliquent que l’assurance maladie ait décidé de regarder de plus près certaines pratiques locales. L’absentéisme coûte en effet plus de 8 milliards à la Sécurité Sociale.

Dans le Languedoc-Roussillon, 23 procédures de sanctions contre des médecins qui accordent trop généreusement des arrêts aux salariés ont été lancées.

La Dépêche du Midi, le journal des radicaux-socialistes clientélistes de cette région, a produit un article drolatique sur le sujet, qui explique notamment:

«Ce courrier a été très mal vécu par plus de la moitié des médecins. Deux d’entre eux sont partis en burn out, choqués. Il s’agit d’une méthode d’intimidation initiée par le directeur de la caisse primaire de l’Aude. C’est le seul département où l’on recense 65 courriers d’observation pour 350 médecins qui officient dans un climat de crise sociale» explique le docteur Michel Galland du syndicat MG France de l’Aude.

Le Languedoc-Roussillon, la région où les médecins tombent mal quand ils reçoivent des courriers officiels.

Pacte de responsabilité: comment on occupe le peuple

Aujourd’hui a lieu une réunion – que dis-je? un show médiatique! au ministère du Travail, sur le pacte de responsabilité, avec l’ensemble des partenaires sociaux chargés de sa mise en oeuvre. Une belle opération d’enfumage destinée à cacher la misère: le pacte coûtera cher, profitera à des secteurs économiques qui n’en ont pas besoin, et ne créera pas un seul emploi.

L’opération a commencé hier avec une réunion au MEDEF

Pour les partenaires sociaux, cette réunion devrait avoir une vertu: elle leur permettra de continuer à se tenir chaud. Certains d’entre eux ont en effet passé une partie de la journée d’hier ensemble au siège du MEDEF pour discuter de l’agenda social – entendez du menu de leurs discussions à venir. Les lecteurs de ce blog étaient depuis plusieurs jours informés des résultats à attendre de cette petite mise en scène: une négociation aura lieu sur les seuils sociaux (qui devrait aboutir en décembre sur un gel pendant 3 ans des obligations qui pèsent sur les entreprises qui passent le seuil de 50 salariés), et pour le reste, rien.

Ah! tous ces défenseurs du modèle allemand, comme ils sont à court d’idées lorsqu’il s’agit de l’appliquer au domaine social! et comme il est plus facile d’attendre que le papa Etat continue à légiférer là où on pourrait prendre des initiatives privées!

Leïla de Comarmond, récemment interdite de séjour au siège de la CGT, a assez bien détaillé hier la situation.

Le pacte de responsabilité, ce mythe moderne

Aujourd’hui, l’exercice est un peu différent: le contrôleur en chef des chômeurs François Rebsamen devrait prononcer une messe avec homélie urbi et orbi pour expliquer au bon peuple de France que le pacte de responsabilité, c’est vachement bien. D’ailleurs, 47 branches professionnelles sont en pleine négociation pour trouver des contreparties aux milliards reçus.

Ce spectacle est évidemment navrant et constitue un pas de plus fait par le gouvernement dans une logique d’affichage et dans une posture idéologique qui ne fera que dégrader la situation économique générale. Que de temps perdu, faute d’avoir aux manettes des gens qui ont déjà mis les pieds dans une entreprise autrement qu’en visite officielle…

A ce titre, je cite volontiers l’excellent communiqué de la CFDT Banque et Assurances:

La CFDT estime à 2 milliards d’euros l’impact du pacte de responsabilité sur les secteurs de la banque et de l’assurance d’ici 2020 : la CFDT demande aux dirigeants des banques et des assurances de vraies contreparties pour l’emploi.

L’allègement des cotisations patronales, ainsi que les allègements fiscaux prévus d’ici 2020 rapporteront 440 millions d’euros d’ici 2015 aux entreprises du secteur financier (60% pour les banques de l’AFB – Association française des banques – et 40% pour les sociétés d’assurances de la FFSA – Fédération française des sociétés d’assurances – et du GEMA – Groupement des mutuelles d’assurances).

Ce montant atteindra 1,3 milliard en 2019, avec la suppression de la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S) prévue en 2017, pour représenter plus de 2 milliards en 2020.

Le secteur des banques et des assurances est engagé dans la voie de la digitalisation et réduit ses effectifs : la CFDT entend que la profession ne profite pas de ces 2 milliards d’euros pour alimenter ce mouvement de baisse.

La CFDT demande à la profession des contreparties tangibles aux efforts consentis par les contribuables dans le cadre du pacte de responsabilité.

Pour sa part, la CGC des mêmes secteurs a indiqué:

« Ce qui a déclenché notre colère, c’est de voir que la banque figure dans la liste des branches citées par le Medef comme ayant entamé les négociations, alors que nous n’avons eu qu’un état des lieux financier et social du secteur au début de l’été », a ajouté M. Dos Santos.

Bien entendu, tout cela n’est que détail insignifiant face aux impératifs d’une communication gouvernementale réussie.

Les cadres, moutons à tondre de l’Etat providence

L’INSEE a publié ses statistiques sur les niveaux de vie. Une fois de plus, les chiffres montrent que, de 1996 à 2012, ce sont les cadres qui ont le moins amélioré leur niveau de vie, pendant que les plus riches et les plus pauvres tiraient leur épingle du jeu.

Voici d’ailleurs le graphique qui le montre:

 

Source: INSEE
Source: INSEE

 

Le graphique montre clairement que, jusqu’en 2008, les populations du premier décile (les 10% les plus pauvres) qui ont connu la plus grande amélioration de leur niveau de vie. En 2011, les principaux bénéficiaires de la « prospérité française » appartenaient aux 10% les plus riches. En 2012, ceux-ci ont connu une restriction sensible de leur niveau de vie.

Sur longue période, ceux qui ont le moins progressé appartiennent aux classes moyennes (du 3ème au 7ème déciles).

L’an prochain, il sera possible de mesurer l’effet de l’arrivée de la gauche sur les niveaux de vie.