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Syndicalisme et populisme: le cas Front National

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Le syndicalisme peut-il s’affranchir du populisme? La question est une nouvelle fois posée par les investitures du Front National aux élections cantonales: le cycle des exclusions commencent pour appartenance à un parti jugé trop populiste…

La CFDT exclut un candidat FN dans le Jura

Appartenir au Front National n’est pas compatible avec l’engagement syndical: la CFDT vient de le redire dans le Jura, au canton de Mont-sous-Vaudrey, où le Front National a investi le maire (sans étiquette) de Rans, Stéphane Montrelay comme candidat aux élections cantonales. Stéphane Montrelay, 38 ans, n’est pas seulement un élu local engagé, il est aussi délégué du personnel CFDT à l’usine Solvay de Tavaux. Ce cumul des fonctions n’a pas plu à sa hiérarchie syndicale, qui a procédé à son exclusion. La fédération CFDT de la Chimie-énergie reste fidèle à la ligne officielle du syndicat.

Pour justifier cette décision, la fédération indique que le Front National est en opposition avec les valeurs de la CFDT. La motivation est habituelle, mais on regardera avec attention la façon dont sa réception évolue dans l’opinion publique. Il n’est en effet pas sûr que les valeurs du Front National soient perçues par les militants de la même façon que par le hiérarchie syndicale parisienne. Et inversement, il n’est pas évident que les valeurs de la CFDT soient perçues de façon totalement limpide et identique à tous les échelons de la confédération…

Le syndicalisme contre le populisme selon Laurent Berger

Dans une interview donnée au journal Libération ce vendredi matin, Laurent Berger a précisé sa doctrine sur le sujet.

« Les choses se sont beaucoup tendues depuis la crise. (…) Et aujourd’hui une partie du patronat est tiraillée par un fort populisme, de même qu’un partie du syndicalisme », affirme-t-il. Pour lui, « la vraie question, c’est celle (…) du choix entre dialogue social et affrontement. Et ce, qu’il s’agisse du camp patronal ou syndical » (…).

La posture de Laurent Berger est habituelle, mais elle est de plus en plus compliquée à défendre: comment se faire l’apôtre d’une culture de dialogue quand on exclut systématiquement des candidats d’un parti représentant au moins un quart de l’électorat, et en passe de devenir le premier parti du pays? Là encore, la soutenabilité de cette doctrine va subir l’épreuve du temps… et de la réalité.

Sur le fond, c’est la notion même de populisme qui est interrogée: la CFDT gagnerait probablement à préciser en quoi le Front National est populiste.

La position de la CGT sera un bon test

Inévitablement, la position de la CGT sur le même sujet aura valeur de test.

On se souvient que, en 2011, le syndicat (en l’espèce la fédération des agents territoriaux) avait exclu son militant Fabien Engelmann parce qu’il était candidat FN aux élections cantonales. La CGT avait alors évoqué l’imposture sociale du Front National.

Quatre ans plus tard, le nouveau secrétaire général du parti, Philippe Martinez, issu de la métallurgie, tient un discours un tantinet plus nuancé sur la même question. Dans une interview sur France Inter, il déclare notamment:

«Le vote FN n’est pas la solution, il y a besoin que les salariés se rassemblent», a affirmé le numéro un de la CGT, interrogé sur France Inter par un militant du syndicat décidé à voter pour le parti de Marine Le Pen.

En optant pour un tel vote, les militants sont «troublés» et choisissent «des solutions faciles», a estimé le responsable syndical. «Il y a du travail pour tout le monde», a-t-il souligné. «On ne peut pas désigner l’étranger comme l’ennemi, celui qui empêche de travailler ses enfants».

L’inflexion dans le langage mérite d’être notée: le Front National est « une solution de facilité ». Cette affirmation fera long feu. En attendant, on suivra avec intérêt l’évolution de la doctrine CGT sur les militants investis par le Front National.

FO a déjà ouvert les vannes

Depuis les élections européennes, on connaît la posture particulière de Force Ouvrière vis-à-vis du Front National. Ce sont en effet les militants de FO qui ont le plus voté pour le Front National (un tiers des militants FO aurait voté Front National selon un sondage). Les élections du 4 décembre 2014 dans la fonction publique ont rajouté de la confusion à ce sentiment de porosité, lorsque Marine Le Pen s’est félicitée que le soutien du collectif Racines à FO ait permis à la confédération de progresser au sein de l’Education Nationale.

Ce petit rappel permet de mieux comprendre l’embarras de Jean-Claude Mailly, évident lors du congrès de FO à Tours début février. Alors que la partielle du Doubs se profilait, il a notamment déclaré: « il n’y aura pas de consigne de vote aux citoyens ».

Cette neutralité consiste tout de même un sérieux craquement dans le vernis syndical.

Le FN exhibe ses prises syndicales de guerre

Les élections cantonales permettront une bonne mise à plat du débat. En attendant, Marine Le Pen a jubilé en affirmant que, dans ses investitures, le FN avait recruté: « 8 CGT, 9 CFTC, 5 CFDT, 7 FO ».

De quoi donner du grain à moudre aux confédérations.

En attendant, on se rappellera que le débat sur les « valeurs du Front National » fait curieusement écho à un débat des années 70, qui avait beaucoup occupé… le Parti Communiste:

Un commentaire

  1. Marcel L. dit

    Moi, je collais des affiches pour un groupe d’extreme gauche, comme la CGT et la parti communiste recouvraient les miennes je leur ai dit je colle pas pas mes affiches sur les votres collez pas sur les miennes ,non ils ont continue je suis toujours d’accord pour discuter mais je suis tetu ,alors j’ai recouvert systematiquement leurs affiches nuit et jour tout seul alors qu’eux etaient en equipe. J’etais auparavant a Tours je ne collais pas sur les affiches de l’extreme droite il y avait de la place et bien j’avais remarque que ceux ci ne recouvraient pas les miennes , et oui se recouvrir chacun ses affiches c’est néfaste pour les deux .J’étais a la CGT mais anti-stalinien dur,les militants de la CGT et du PC me reprochaient de discuter avec un membre de FO adherent du RPR,sympathique,pourquoi je n’aurais pas du parler avec un un adherent du RPR ? simple employé comme moi.Par contre je suis parti dans un departement d’outre mer,plus de politique,j’etais seul, le parti communiste a fait suivre mon « dossier » jusque la bas , des adherents de deux syndicats m’ont dit qu’un independantiste ? terorriste qui aller poser des bombes avait ete envoye dans le coin,il me l’on repete lors de mon depart a la retraite,j’etais leur copain mais ils m’avait regarde du coin de l’oeil pendant 20 ans , a part quelques discussions et abonnement a un journal que je du faire venir sous pli ferme car il disparaissait je n’ai jamais eu etant la bas aucune activite politique , j’ai ete menace plusieurs fois ,mais comble du comble par l’entremise d’un catholique pratiquant independant ex-conseiller le maire communiste m’a pressenti de me presenter aux elections municipales sur sa liste !,j’ai refuse.

  2. DEALbata dit

    Le problème du syndicalisme en général, c’est qu’il est pieds et mains liés à l’idéologie universaliste, progressiste et Droitdlhommiste qui fait de lui un organisme manipulé par des forces qui le dépassent. Il a beau jeu de critiquer le libéralisme mais il fait jeu égal avec lui sur le plan, par exemple, de l’immigration : Libre circulation des capitaux pour les uns, libre circulation des gens pour les autres. Son seul et unique but devrait être la défense systématique du salarié Français pour établir un garde-fou vis à vis des prétentions seigneuriales de nos chers managers assoiffés de pouvoir et de primes substantielles. Mais sa dimension idéologique et historique le rattrape de plus en plus souvent le plaçant ainsi dans une situation pratiquement d’autiste et d’handicapé car ne voulant céder aucunement sur son vieux fond de commerce qui de plus en plus se trouve en opposition avec le salarié lui-même : comment prétendre être contre les délocalisations et en même temps prôner la venue massive d’étranger ?
    Ce message, inconsistant et incohérent, lasse de plus en plus le salarié ou l’employé qui voit devant lui une organisation pour le moins schizophrène ne répondant plus à ses besoins de protection les plus élémentaires.

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