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Les Européens: des bourrins menés par des autruches

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Tels des bourrins, les Européens continuent à forer droit en direction des conduites de gaz qui leur exploseront à la figure. Des autruches les y conduisent allègrement.

Bourrins européens, autruches grecques

La plus belle démonstration de la folie continentale a été donnée par l’affaire grecque, qui relève pour ainsi dire de l’acte manqué au sens freudien du terme. Tout le monde sait, en effet, que la Grèce va dans le mur, et qu’elle ne tiendra pas quatre mois de plus pieds nus sur le volcan où elle danse.

On apprenait mercredi, par exemple, que les dépôts bancaires grecs avaient diminué de 3 milliards d’euros la semaine précédente. En 2015, ces dépôts ont diminué de 25 milliards, soit huit fois l’excédent national de l’an dernier. Dans le même temps, le gouvernement grec a admis qu’il ne parviendrait pas à honorer ses prochaines tranches de remboursement.

Le ministre grec des Finances Varoufakis a d’ailleurs déclaré:

« Nous n’aurons pas de problème de liquidité dans le secteur public mais nous aurons vraiment un problème pour rembourser des échéances au FMI maintenant et à la BCE en juillet », a-t-il dit à Alpha Radio.

En outre, malgré les âneries que la Commission avait fait circuler il y a quelques semaines sur le retour de la Grèce à la prospérité, les chiffres du PIB au dernier trimestre 2014 sont tombés: il a reculé de 0,4%!

Ces signaux inquiétants n’ont pas empêché le gouvernement grec d’envoyer à l’Eurogroupe, mardi dernier, une liste de réformes qui fait l’impasse sur la question de la dette grecque. Rappelons que le vendredi précédent, les Grecs se sont engagés à rembourser le tout comme si rien ne posait problème, et comme si le programme de Syriza n’avait pas annoncé le contraire!

Bourrins grecs, autruches européennes

Il faut dire que, fidèle à une vieille tradition nationale, Tsipras ne cache pas son intention d’enfumer ses partenaires européens et de gagner du temps avec eux en leur disant ce qu’ils ont envie d’entendre, et en faisant exactement le contraire. La liste des réformes envoyée à Bruxelles en est une parfaite illustration.

Tsipras y a mentionné ce qui allait plaire à l’Allemagne: une diminution des dépenses publiques, une lutte contre la fraude fiscale, une mise sous contrôle communautaire du salaire minimum. Pour faire passer le tout auprès du peuple grec, il y ajouté un peu de miel: des mesures sociales qui relèvent plus de l’assistance que de la redistribution, dans une enveloppe budgétaire qui ne modifiera pas les grands équilibres internes.

Tout ça pour ça, a-t-on envie de dire à Tsipras, l’homme qui annonçait, lors de son premier conseil des ministres, être prêt à donner son sang pour son pays. La Grèce n’est pas prête de gagner une guerre, ni même d’améliorer son image auprès de ses partenaires qui la soupçonnent, à bon droit, de duplicité.

Malgré ces évidences, la Commission a donné un feu vert de principe au plan grec, avec, il est vrai, quelques réticences allemandes.

Les Grecs mettront les Européens devant la faillite accomplie

Alors que le gouvernement grec avait rendu sa copie mardi où aucune mention n’était faite, répétons-le, du problème de la dette, il n’a pas fallu attendre 48 heures pour que Varoufakis, au mépris de toutes les stratégies bien comprises de coopération, ne remette la question sur le tapis. Dès jeudi, Varoufakis demandait une renégociation des obligations grecques… qui a beaucoup irrité (et je suis désolé de confesser que je comprends cette irritation!) le cruel Schaüble.

Dans la pratique, le scénario est à peu près plié: la Grèce va laisser courir les échéances sans pratiquer aucune réforme sérieuse. Elle va contraindre l’Europe à la sauver. Il est d’ores et déjà clair que la Grèce a besoin de 30 milliards d’euros cette année pour éviter la faillite. Ce sujet ne devrait pas être abordé… avant le mois de juillet.

Planquez vos économies, bonnes âmes! elles risquent de ne pas résister au prochain hiver. Les députés allemands ont cette fois joué aux autruches en consentant malgré tout à aider la Grèce.

Les autruches françaises annoncent le printemps

Ceux qui ont suivi l’actualité franco-européenne se sont payés une autre bonne tranche de rire. Après les Grecs qui annonçaient vendredi honorer leurs engagements financiers et qui, six jours plus tard, demandaient la renégociation de leur dette, le tour des Français est venu de donner en spectacle leur parfaite mauvaise foi.

Vendredi, la Commission a en effet fixé de nouveaux objectifs de déficit public à la France. Il paraît qu’en 2017, année électorale, la France passera à 2,8% de déficit public. Nous en sommes aujourd’hui à 4,4%. Dans les trois ans, le gouvernement devrait donc trouver 1,6 point de PIB, c’est-à-dire 32 milliards d’économies!

Rappelons que, en 2011, la France en était à 5,5% de PIB de déficit public. En 2015, soit quatre ans plus tard, elle devrait tomber à 4% de PIB… mais en 2014, le déficit a probablement atteint les 4,5% de PIB. Il faudrait donc que la majorité parlementaire augmente l’effort consenti depuis qu’elle est arrivé au pouvoir d’environ 50%.

Michel Sapin s’est empressé de déclarer:

La France est «en capacité» de respecter cette trajectoire «exigeante» et «réaliste», a immédiatement réagi le ministre des Finances, Michel Sapin auprès de l’AFP.

«Cette trajectoire est-elle exigeante ? Oui. Est-elle réaliste ? Oui. C’est une trajectoire que la France est en capacité de respecter dans des conditions qui ne viennent pas brider par ailleurs la reprise économique timide qui doit être confortée», a déclaré le ministre, en visite en Slovénie.

Quel farceur, ce ministre de l’Economie!

Les autruches de la BCE font leur oeuvre

Si Michel Sapin a le bon goût de mentir par élégance, simplement pour ne pas froisser ses interlocuteurs (puisque nous savons tous que la France ne tiendra pas ses engagements, et que personne ne cherche d’ailleurs à se persuader du contraire), Mario Draghi est un peu moins hâbleur lorsqu’il soutient que le Quantitative Easing qu’il a lancé malgré l’Allemagne devrait fonctionner.

Il a même osé soutenir que son « QE » produisait déjà des effets positifs:

« Dans les faits, nous avons déjà observé certains effets positifs de ces mesures », a dit Mario Draghi aux députés européens. « Les conditions financières sur les marchés monétaires et obligataires de l’ensemble de la zone euro se sont encore améliorées. De même, les taux des prêts aux ménages et aux entreprises ont diminué considérablement. »

 

« La dynamique du crédit a continué de s’améliorer, la croissance du crédit au secteur privé devenant positive en décembre pour la première fois depuis la mi-2012 », a-t-il ajouté.

 

Voilà des déclarations qui leurrent sans doute les gouvernements et (on le lui souhaite) Mario Draghi lui-même, mais personne d’autre! En particulier, les analystes des marchés européens sont pour le moins sceptiques: la moitié d’entre eux seulement croit réellement que la politique de la BCE permettra d’enrayer la déflation.

Malgré l’échec prévisible de la BCE (à moins que ce ne soit à cause de lui!), celle-ci devrait relever ses prévisions de croissance pour 2015. A quand Michel Sapin succédant à Mario Draghi? Ou comment les prévisions statistiques se croient auto-réalisatrices.

TAFTA et les bourrins français face aux autruches sociales-démocrates

Le même jeu d’hypocrite s’est joué sur la question du traité transatlantique. Alors que Mediapart révélait une note de position française favorable aux arbitrages internationaux, le ministre français en charge du dossier déclarait, en bonne autruche, en ignorer l’existence. Mais bien sûr!

Sans doute avait-il lu auparavant la position des sociaux-démocrates européens qui, sous couvert de combattre ces arbitrages internationaux, en ont glorieusement validé l’existence!

Le Parti Socialiste a d’ailleurs triomphalement déclaré, à propos des sociaux-démocrates européens:

Ils se sont accordés sur la nécessité de préserver la capacité des Etats à prendre des décisions souveraines (protection des consommateurs et de l’environnement, notamment). Ils se sont aussi fixés pour objectif d’apporter toutes les garanties en faveur de la transparence des décisions et d’éthique des juges. Ceci est indispensable pour assurer la légitimité des tribunaux arbitraux. La création d’un mécanisme d’appel et d’une cour permanente sera également étudiée.

On dit non aux tribunaux arbitraux en assurant leur légitimité. Ce n’est plus du jésuitisme, c’est du mensonge caractérisé, dites-moi!

Bourrins paysans et autruches ukrainiennes

Enfin, il n’est évidemment pas possible de terminer cette chronique hebdomadaire sans signaler les engagements très solidaires des paysans français en faveur du combat de l’Ukraine contre la Russie. Les sanctions russes font très mal à nos campagnes: Xavier Beulin, le président de la FNSEA, l’a rappelé.

« D’abord un chiffre : l’Europe exporte 10% de ses valeurs agroalimentaires vers la Russie, c’est considérable et depuis le mois d’août dernier, les frontières sont fermées dans trois domaines : fruits et légumes, viandes, et produits laitiers. Évidemment, les conséquences sont redoutables parce que, non seulement nous n’exportons plus, mais toute cette marchandise est revenue sur le marché européen et elle a eu pour première conséquence de faire s’écrouler tous les marchés », a déclaré Xavier Beulin.

Là encore, derrière les grandes postures, l’Europe, et la France en premier, ne devrait pas tarder à demander grâce à l’ogre russe.

Décidément, le printemps s’annonce radieux: les vieux démons européens sont revenus, jusqu’au jour où…

Un commentaire

  1. Logaro dit

    Depuis la formation de l’Europe, il y a quelque quarante ans, les élus ne sont pas à la hauteur. Ils n’ont pas réussi à faire une Europe financière bien équilibrée en mettant au même niveau pays riches et pays pauvres. Ils n’ont pas réussi à faire une Europe politique où tous les pays seraient affectés par les mêmes lois et où il n’y aurait qu’une seule voix face à la géopolitique. Ils n’ont pas réussi à faire une Europe diplomatique où elle parlerait d’une seule voix. Elle n’a pas réussi surtout à faire une Europe unie linguistiquement avec 2 ou 3 langues officielles et non pas la langue officieuse: l’anglais. Ils n’ont pas réussi à faire une Europe unie militairement.
    C’est un échec total pour pouvoir parler d’une Europe une et indivisible comme ce sont formés les Etats-Unis. L’Europe ressemble plus à la formation de l’URSS et comme elle elle arrivera à se disloquer.
    http://sleazy-caricatures.over-blog.com/2015/01/caricatures-jusqu-ou-aller.html

  2. BEOTIEN dit

    Pourquoi tant de scepticisme quant aux QE ?

    L’économie c’est aussi, voire d’abord, de la psychologie.

    Si, à l’instar des bourses, les entreprises, puis les individus retrouvent le moral, amorcé par ce flot monétaire, celui de l’épargne libérée auront tôt fait de faire repartir la machine (déjà les chiffres de l’intérim frémissent).

    Et, pourvu qu’elle tienne assez longtemps pour relancer l’inflation, on pourrait même assister à une « anesthésie de l’épargnant » qui remettrait un peu d’équité dans le système.

  3. Dominique De Vito dit

    Tiens, le titre « Les Européens: des bourrins menés par des autruches » me rappelle celui de l’ouvrage de (l’estimable) Charles Gave: « Des lions menés par des ânes : Essai sur le crash économique (à venir mais très évitable) de l’Euroland en général et de la France en particulier » 😉

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