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AGNES SAAL: LA REPUBLIQUE DES COPAINS COQUINS

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Agnès Saal, qui a quitté l’INA après l’affaire des 40.000 euros de taxi qu’elle a reconnus, vient de bénéficier d’une ex-filtration d’urgence derrière les lignes ennemies. Elle sera désormais chargée de mission sur les questions de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences auprès du secrétaire général du ministère, dit-on. Les petits marquis ont encore frappé: ils trouvent toujours une porte de sortie pour sauver l’un des leurs.

Les déclarations bidon de Fleur Pellerin sur le sujet

A propos de cette mesure, Fleur Pellerin a fait une déclaration bidon:

Il s’agit d’une réintégration automatique, conformément aux statuts de la fonction publique…

C’est évidemment tout ce qui lui a de plus faux! Face à ce qui apparaît (si cela est confirmé bien entendu, mais Agnès Saal n’a pas démenti les faits…) comme un détournement de bien au sens de l’article 432-15 ou 432-16 du Code Pénal, la ministre avait tout à fait la faculté de prendre la mesure habituelle dans ce cas: la suspension immédiate de la personne (qui garantit le versement du salaire, sans les primes) le temps qu’une enquête soit menée en vue d’un éventuel déféré devant le Parquet.

Un douanier surpris à écouler une marchandise saisie pour un montant de 40.000 euros, un cuisinier qui organiserait du coulage à cette hauteur, feraient l’objet de ce traitement. Dans mes premières années de fonctionnaire, je me souviens avoir pris une mesure de ce type pour un détournement de… 2.500 euros. La fonctionnaire incriminée fut à l’époque révoquée de la fonction publique. Je me souviens (lorsque j’organisais des conseils de discipline) avoir vu une fonctionnaire révoquée pour avoir dérobé le temps d’un week-end une somme de 1.000 euros qu’elle a remise dans la caisse le lundi matin. Par peur d’être expulsée de son logement, elle avait cédé à la tentation pour pouvoir payer son loyer.

Pourquoi un « petit fonctionnaire » se retrouve-t-il au chômage pour des détournements mineurs quand une haute fonctionnaire, qui devrait donner l’exemple, bénéficie d’une mesure de protection pour des sommes équivalentes à 4 années de SMIC?

En tout cas, ce deux poids deux mesures n’a rien à voir avec le droit de la fonction publique, et la ministre de la Culture ment éhontément lorsqu’elle le prétend. Rappelons que le statut de la fonction publique existe pour protéger les fonctionnaires contre la pression des politiques. Pas pour permettre aux politiques de les protéger contre l’application des lois de la République…

Petits marquis de gauche et République des copains coquins

Fleur Pellerin serait mieux inspirée de dire la vérité: oui, les petits marquis de la République des copains coquins ont encore frappé. Exceptionnellement, je vais ici mobiliser (sans grande peine) quelques souvenirs du gestionnaire de personnel que je fus dans le service public, pour décrire à quoi a dû ressembler le reclassement d’Agnès Saal dans les services du ministère.

Lorsqu’Agnès Saal a appelé sa ministre pour lui annoncer qu’elle allait démissionner, il est plausible qu’elle ait obtenu la promesse à ce moment-là d’une évacuation sanitaire dans des conditions acceptables: pas de poursuite disciplinaire, on fait le dos rond quelques jours et on étouffe l’affaire. Pas la peine de soulever le tapis pour trouver d’autres petits tas de poussière qui auraient échappé au public. En contrepartie, on trouve une solution de reclassement à l’administration centrale.

Le directeur de cabinet de Fleur Pellerin a dû faire passer l’instruction au secrétaire général: il faut sauver le soldat Saal, sans éclat, mais sans faillir! De là a dû venir l’idée de ce poste fourre-tout et bidon, que tous les gestionnaires de personnel ont pratiqué lorsqu’il s’est agi de recaser un protégé du pouvoir en déshérence: chargé de mission à la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences… Tout le monde le sait, c’est le genre de job à quart temps qui ne sert à rien, sauf à produire des notes bavardes que personne ne lit, et qui est très proche de l’emploi fictif.

Disons même que le secrétaire général du ministère de la Culture a fait ici le minimum syndical en matière de recasage. On aurait pu imaginer une mission temporaire sur un sujet d’actualité au ministère, même d’actualité obscure. En vrac: l’avenir de la filière archéologie préventive, la politique de la lecture face au numérique, le dialogue de gestion face aux mutations budgétaires, les effets de la réforme territoriale sur la politique culturelle, que sais-je moi? On aurait pu maquiller la forfaiture de façon plus inventive. Mais, visiblement, ce n’était pas le propos…

Et Manuel Valls qui dénonçait la diminution du budget de la Culture

Cette affaire tombe bien mal pour Manuel Valls qui déplorait, à Cannes, la diminution du budget de la Culture depuis 3 ans. Preuve est faite que l’administration centrale de la Culture (systématiquement protégée par la cataclysmique Aurélie Filipetti, qui a fait payer le prix des baisses de budget aux établissements de terrain, en protégeant jalousement les petits marquis de la rue de Valois) est aussi faite d’inutiles qui coûtent cher aux contribuables. Tailler dans ce budget des copains coquins n’a rien de choquant. C’est même de salubrité publique!

Mais jusqu’à quand le contribuable devra-t-il se saigner aux quatre veines pour alimenter cette farce administrative quotidienne où défense du service public rime avec défense des privilèges et impunité accordée aux petits marquis?

 

10 commentaires

  1. ikomal dit

    +1
    On peut ajouter non seulement  » la ministre avait tout à fait la faculté  » de sanctionner, mais elle en avait même le devoir, sauf à se transformer en complice selon la jurisprudence relative à l’application de l’article 40. Le secrétaire général peut se retrancher devant un ordre direct pour sauver ses fesses, mais il peut être inquiété aussi.

  2. Tutenuit dit

    Et qu’adviendrait-il à un fonctionnaire qui dénoncerait celà? Un cagibi noir pour le plus.
    Excellent article.
    L’éternelle problème est la presse et les médias, cette gauche conventionnelle et asservie, qui n’ose pas mettre cela dans ses colonnes.

  3. Lambo dit

    Super article ! merci de votre contribution M. Verhaeghe.
    Vous qui avez l’air de connaître le système de copinage; j’aurais aimé connaître votre avis sur les actions que peuvent mener les citoyens pour éradiquer ce fléau, qui fait passer la devise de notre pays (liberté,égalité,fraternité) pour une vaste fumisterie.

  4. Charles dit

    >Lambo.

    L’action est à la fois facile et évidente : coupez-leur les vivres.

    L’argent qu’ils nous volent ainsi qu’aux générations futures, est leur sang, leur oxygène et paradoxalement la source de leur pouvoir sur nous.

    Plus ils auront d’argent, plus ils auront de pouvoir.

    Corollaire : réduisez les flux de la rapine… leur pouvoir de nuisance se dégonflera comme une baudruche.

    Vous voulez vous venger, les punir et ensuite vous débarrasser une bonne fois pour toute de tous ces cinglés mafieux qui nous pourrissent la vie ?

    -expatriez vous, vous, votre famille, vos revenus, votre patrimoine

    -réduisez vos revenus (travailleurs indépendants)

    -réduisez votre consommation et vos investissement (tout le monde)

    -licenciez (patron)

    etc.

    Atlas Shrugged. La Grève.

    TVA, impôts sur le revenus, ISF, CSG, et multitude de taxes… C’est là dessus qu’il faut taper. C’est leur point faible.

  5. luc nemeth dit

    Bonjour. Avec retard mais intérêt je prends connaissance du commentaire de Tutenuit qui le 23/5 à 10h 54 relève que la « gauche » conventionnelle et asservie n’ose pas mettre cela dans ses colonnes. J’en profite pour signaler que seul le ‘Parisien’ (du 2/6, p. 28), du moins à ma connaissance, a porté à la connaissance du public, ce qui est un peu plus qu’un détail : la CGT-Culture, connue pour être comme cul et chemise avec le ministère, a commis un tract intitulé « Nous ne hurlerons pas avec les loups » et soutenant l’intéressée. Cordialement

  6. luc n. dit

    en tout cas il doit y avoir de gros intérêts en jeu -à en juger par les pressions qui s’exercent, et la perméabilité qu’elles rencontrent. Il aura suffi que je mette en circulation des informations dont je dispose pour qu’aussitôt et sur plusieurs sites, dont http://www.ozap.com (qui ne passe pourtant pas pour liberticide) la totalité des messages dont j’étais l’auteur (et dont certains sont encore répérables en pianotant sur google mon nom et prénom + ozap), même pour ceux d’entre eux antérieurs à l’affaire Saal et dont le contenu était peu subversif, soient soudain TOUS : effacés. Même constat, en l’état de mes premières vérifications, sur http://www.observatoiredesgaspillages.com et sur http://www.planet.fr. Quant à http://www.marianne.net, qui a sans doute les moyens de se payer un logiciel plus performant : c’est jusqu’à la mention « Ce commentaire a été supprimé » qui n’apparaît pas…

  7. luc n. dit

    (il n’était évidemment pas question de laisser se constituer un facho précédent. J’ai envoyé à la rue de Valois un billet doux, sobrement intitulé « Commémorations nationales))

    Madame le Ministre :

    Ne voyez aucune intention cruelle de ma part si c’est un… 18 juin que je vous écris. C’est là, le seul fait des circonstances. J’ai tout au plus quelque raison de penser qu’Alexandre Nemeth (croix de guerre avec palmes, ancien résistant) s’en serait amusé…
    Ce qui m’amène à le faire est qu’après mise en circulation par mes soins d’informations embarrassantes pour ce ministère j’ai constaté, hier : que des sites-web qui jusque là ne passaient pas pour liberticides, comme http://www.ozap.com, http://www.observatoiredesgaspillages.com ou http://www.planet.fr n’avaient pas été insensibles à des pressions venues de très haut : certains avaient même soudainement retiré l’ensemble des commentaires portant mon nom, même là où ceux-ci étaient nettement antérieurs à l’affaire Saal/Pellerin qui m’amenait, et qu’ils étaient rédigés avec la fermeté, certes, mais avec la courtoisie que mon entourage s’accorde à me reconnaître.
    (je tiens naturellement la liste complète à votre disposition, si besoin est)
    Pardonnez du peu : la gauche-caviar, ici à la manoeuvre, se fourre le doigt dans l’oeil si elle imagine que je vais rester sans réagir devant ces procédés.
    Elle ne veut pas de mes commentaires ? Eh bien nous allons voir, si elle a le bras assez long, pour faire effacer ceux que j’adresse à des sites étrangers.
    Pour commencer vous voudrez bien trouver ci-dessous copie d’un commentaire que j’ai apposé ce jour sur le site http://www.coolamnews.com, au bas de l’article A PARIS, LE FOND DE L’AIR EST ANTISEMITE… MEME LE SOIR QUAND LE CIEL EST ORANGE.
    Et bonjour chez vous.

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