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Waterloo: en finir avec l’Europe de 1815

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A Waterloo, il y a 200 ans jour pour jour, l’armée impériale perdait une bataille sur un coup de dés (la perte de Grouchy dans le brouillard brabançon, qui permit à Blücher de sauver la mise de Wellington). Cette bataille était aussi une guerre capitale: depuis 200 ans, l’Europe vit sur les conséquences de cette journée funeste, et du congrès de Vienne qui s’en suivit.

Une France injustement amoindrie

Depuis 1815, la place de la France en Europe est minorée, et cette minoration déséquilibre le fonctionnement du continent tout entier. Après l’épisode bonapartiste, la Prusse et l’Angleterre ont en effet deux obsessions: empêcher la France de reconstituer un empire sur le continent, et organiser systématiquement son affaiblissement et son maintien dans une sphère géographique plus étroite que son territoire naturel. D’où l’invention de ces pays absurdes comme la Belgique ou le Luxembourg, qui sont des no-man’s land entre la France et le reste de l’Europe.

Rappelons au passage que ces glacis ont permis à la Prusse de mettre par deux fois, au siècle précédent, la France en difficulté. En 1914, la neutralité de la Belgique permet à l’armée allemande d’avancer rapidement sur le flanc nord du pays. En 1940, le refus du traître Léopold III, roi des Belges, d’une avancée préventive de l’armée française sur son sol permet à la Wehrmacht de désorganiser la résistance française.

On ne peut pas comprendre l’Europe du traité de Rome et de l’Acte Unique, si l’on n’a pas en tête cette stratégie d’affaiblissement systématique de la France, au profit de ce qui est devenu l’Allemagne, et du Royaume-Uni.

La Prusse, vraie vainqueur de Waterloo

Après Waterloo, une puissance s’affirme en Europe: la Prusse, qui profite de l’affaiblissement de la France pour absorber les territoires germanophones que la France n’a plus la force d’influencer. C’est ainsi que naît l’Allemagne, par phagocytage progressif des anciennes principautés allemandes.

Cette politique du Zollverein (qui obéit à une logique d’intégration progressive qui commence par une suppression des frontières… comme c’est bizarre, cela rappelle l’Union Européenne…) permet à la Prusse de proclamer en 1871, à Versailles, la naissance du Reich, qui court de la Pologne jusqu’au Rhin. Cette naissance funeste a produit des conséquences bien connues: deux guerres mondiales, un total de 70 millions de morts, et des traumatismes collectifs massifs depuis l’Oural jusqu’aux Pyrénées.

Avec intelligence, les alliés ont démantelé le monstre prussien entre 1945 et 1991: cette mise en suspens a offert au monde industrialisé 45 années de paix.

Vingt ans après la réunification allemande, les effets de la politique du Lebensraum menée avec détermination depuis lors (élargissement de l’Europe vers l’Est au pas de charge, imposition d’une politique monétaire au service de l’Allemagne, abandon des relations avec la Méditerranée,…) a déjà produit des conséquences cataclysmiques. Le bassin méditerranéen devient un champ de ruines et de misère (Syrie, Libye, révolutions arabes) qui provoque des vagues de migrations sans précédent. L’Ukraine est en guerre avec la Russie, la Hongrie pose un mur sur sa frontière serbe, la Grèce est au bord de l’implosion.

Jusqu’où ira la Prusse?

Sortir de l’Europe de 1815

Il est urgent de réviser les frontières de 1815 et de redonner à la France la place qu’elle mérite en Europe. Seule la France, historiquement, est porteuse d’une vision de l’Europe qui garantisse un équilibre satisfaisant entre les peuples, et qui soit productrice d’une paix durable sur le continent.

Les principes de cette vision sont simple: une relation privilégie avec le Rheinland (Rhénanie, Palatinat, Bade-Wurtemberg, Bavière) qui fait partie de notre sphère naturelle d’influence, une co-prospérité autour de la Méditerranée, une politique monétaire souple qui permet aux pays sans spécialisation industrielle de développer un commerce extérieur suffisant pour garantir la prospérité, une relation d’estime et de respect avec la Russie.

Faute de renforcer la place de la France en Europe, en revenant à l’état connu en 1805, l’Europe implosera.

 

31 commentaires

  1. Robert Marchenoir dit

    Une relation d’estime et de respect envers la Russie ? Que Messieurs les Russes commencent ! Qu’y a-t-il de spécialement estimable et respectueux, pour le Kremlin, à menacer les pays européens d’invasion et même de frappes nucléaires préventives ?

    Pourquoi devrions-nous estimer et respecter des gens qui annexent la Crimée, envahissent l’Ukraine, torturent les Ukrainiens, torturent un réfugié politique tchétchène sur le sol français, volent la cathédrale orthodoxe de Nice aux exilés russes, enlèvent un agent secret estonien sur son propre territoire (l’Estonie, notre allié, membre de l’Union européenne et de l’OTAN), menacent de poursuites judiciaires 1 500 Lituaniens parce qu’ils ont refusé de faire leur service militaire dans l’armée russe, en 1990, après la déclaration d’indépendance de la Lituanie mais avant la dissolution de l’Union soviétique ?

    La Lituanie, notre allié, pays membre de l’Union européenne et de l’OTAN ?

    • La question est de savoir si nous pouvons renoncer à un équilibre européen pluri-séculaire fondé sur une relation privilégiée entre la Russie et la France, sous prétexte que Poutine est une scélérat. Je pense que tous les faits que vous citez sont à la fois choquants et, vus du point de vue russe, assez naturels car relevant de la sphère de souveraineté russe. Au demeurant, à y regarder de près, la France, le royaume-Uni, l’Allemagne, les Etats-Unis, Israël, ne font pas forcément mieux. Nous les jugeons pourtant tous fréquentables…

      • BOULANGER dit

        Si la russie est infréquentable. Pourquoi ne pas sortir les archives de le statsi de POUTINE qui veut refaire l’Europe de l’Est que la RUSSIE a abandonnée…. pour une sphère d’influence. Ce faisant il faut réformer la France car pour être solidaire il faut être plus fort en réformant et investissant dans de nouveaux moyens. Il n’y a pas de secret . Quand à la sphère d’influence russe, il est copain avec DAMAS qui a libéré les gens de Daech et a vendu du pétrole aux gens de Daesh à RAKKA. C’est un rapport officiel de l’OTAN . Donc de qui se moque-t’il? il y a bien une guerre hybride et Sarkozy a ouvert la boîte de pandore avec la géorgie!

  2. sil dit

    L’unification de l’Allemagne et sa constitution en puissance militaire est en grande partie la conséquence-réaction des guerres napoléoniennes qui heureusement se sont interrompues à Waterloo.

    • Personne ne se félicite de la guerre! et nous sommes bien d’accord pour dire que c’est l’intervention française qui a permis l’unification allemande. Non, comme on le dit, par réaction à la brutalité française, mais plutôt par l’affaiblissement politique des principautés qui a créé un vide institutionnel.

  3. «En 1940, le refus du traître Léopold III, roi des Belges, d’une avancée préventive de l’armée française sur son sol permet à la Wehrmacht de désorganiser la résistance française.»

    C’est faux, tout simplement. Lire par exemple :

    http://www.amazon.fr/1940-fallait-il-entrer-Belgique-op%C3%A9rationnels/dp/2717851364/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1434649337&sr=8-1&keywords=fallait+il+entrer+en+Belgique

    Cette rectification factuelle étant faite, je suis d’accord avec votre raisonnement et votre analyse.

    • Mon cher Franck, le livre que vous citez est une analyse parmi d’autres (au demeurant soucieuse d’épargner à l’état-major français les responsabilités qui furent les siennes dans la défaite!). Sur le fond, je partage l’idée que l’énergie de l’armée française fut absorbée par l’entrée en Belgique, qui a désorganisé notre dispositif. Une entrée préventive dès septembre 1939 aurait changé la donne (et si vous me lisez, vous savez que je suis favorable à une attaque de la frontière ouest de l’Allemagne dès septembre 1939).

  4. Charles dit

    Et quelle est cette place que la France « mériterait » ?

    La France c’est Sarkozy, Hollande, des millions de fonctionnaires, une immigration hors de contrôle… Il est piquant de refaire l’histoire, mais surtout de plaquer sur le présent des choses qui n’existent tout simplement plus… La « grandeur » de la France ?

    La « vision » de la France ? !

    En quoi serions-nous plus « méritants » que les Espagnols, les Italiens, les Allemands ?

    De plus, on ne peut pas « refaire » 200 ans d’histoire. La chaîne des événements que vous décrivez est juste, mais il est absurde de prétendre « remonter » dans le temps, afin de défaire ce qui s’est passé il y a 200 ans.

    Que l’on reprenne une partie de la Belgique ? Qu’est-ce ça changerait ? ! Cela augmenterait notre « poids » face à l’Allemagne ? Cela modifierait le destin de l’Europe ?

    On se pince, franchement.

    Et on pourrait parallèlement critiquer votre lecture « prussienne » de l’Allemagne d’aujourd’hui…

    Bref, votre papier relève de l’uchronie.

  5. sil dit

    On peut critiquer les politiciens français, malheureusement c’est la partie immergée de l’iceberg, la nullité française actuelle s’étend bien plus gravement aux dirigeants et aux nombreux cadres d’entreprises privées françaises.

    Pour avoir travaillé dans différents pays dont l’Allemagne, je reste consterné de nouveau aujourd’hui de voir à quel point l’encadrement français du privé est si souvent calamiteux.

    • Robert Marchenoir dit

      Nous sommes d’accord. Mais personne n’en parle.

      Tout le monde chante les louanges du héros entrepreneurial français. Hier c’était Stakhanov, aujourd’hui c’est le starteuppeur d’élite ou le patron de PME qui se bat contre vents et marées.

      Ce qui est certes préférable au patron-bashing, mais remplacer un mythe par un autre n’est pas forcément la meilleure idée.

  6. durand dit

    Napoléon a été grand en ce qu’il a arrêté le bain de sang national, mais il a été petit en ce qu’il l’a fait au prix d’un bain de sang européen, moyen d’utiliser les instincts sanguinaires libérés par la Révolution, d’éloigner du territoire national et de discipliner les sauvages qui avaient constitué les masses de manoeuvre des Jacobins (en leur offrant des possibilités de massacres à grande échelle).
    Son aventurisme militaire s’inscrivait dans la phrase de Lacretelle : « La révolution francaise n’eut plus que la force des armes pour transporter ses principes au dehors, et fit des esclaves, ne pouvant plus faire de prosélytes. »
    Il fallait tout de même mettre un terme à une aventure césaro-dictatoriale qui avait couvert l’europe de morts depuis 1792, tu ne crois pas ?

    • Robert Marchenoir dit

      En effet, l’admiration française pour Napoléon est au moins aussi suspecte que l’admiration française pour la Révolution.

      Le fait qu’il y ait, aujourd’hui, des hommes politiques pour lui vouer un culte est franchement inquiétant. C’est la pathologie russe : rêver à une grandeur imaginaire parce qu’on n’a pas le courage de se réformer à l’intérieur.

    • Mon problème n’est pas d’être pour ou contre le général Bonaparte. Mon problème est de savoir quelles sont les conditions pour une construction européenne stable et qui garantisse la prospérité du continent. Je constate simplement que, depuis 1815, le poids de la France est minoré au profit de la Prusse et que cet état de fait n’est guère favorable au continent. Il a permis l’émergence de multiples puissances qui nous dominent (l’URSS en son temps, les Etats-Unis, la Chine). Face à l’empire américain, l’Europe devrait peser de tout son poids aujourd’hui mais la synthèse prussienne que nous subissons ne le permet pas. Je soutiens qu’une Europe où la France dominerait, c’est-à-dire une Europe version 1805, pour aller vite, réaliserait une synthèse beaucoup plus efficace et assurerait une plus grande prospérité au continent.

  7. Apprendre l’histoire par l’institution qu’est le système d’éducation, c’est lire l’histoire écrite par les historiens après de longues recherches factuelles; c’est lire l’histoire des faits. Écrire ce que l’on pense de la relation des faits historiques est autre chose; cela relève de la liberté de penser et pour cet article d’Eric de s’exprimer. Ma pensée est bien différente. Waterloo a mis fin à 200 ans de tentative d’hégémonie de la France en Europe; guerres sans fin entre la France et ses voisins Espagne, Autriche, Angleterre, Hollande et principautés allemandes… les « élites » accaparant le pouvoir et les richesses produites de chaque pays poursuivant leurs propres objectifs et intérêts. Penser comme le fait Eric que l’Europe d’aujourd’hui serait meilleure si la France avait réalisé son rêve d’hégémonie, relève de fantasme totalitaire, bien loin de la pensée habituelle d’Eric. Comme quoi tout le monde sans exception peut dérailler.

    • Mais je pense que la France est, par nature, tout sauf totalitaire: finalement amatrice de divergences de pensées, d’opposition, globalement tolérante avec les dissidents, et respectueuse de la vie privée. Je ne suis pas non plus favorable à une hégémonie française au sens où vous l’entendez. En revanche, la France porte des valeurs, une vision de l’espace continental, une « identité européenne » qui sont très proches de la « pax romana » dont l’Europe a besoin de façon millénaire. Le germanocentrisme que nous subissons est au contraire tourné vers la satisfaction du centre germanique au détriment de l’intérêt collectif, et incapable d’assurer la paix à l’est de l’Europe. Regardez l’Ukraine!

      • Je partage aussi cette pensée Eric. Mais il faudrait aussi mettre plus d’accent sur la qualité de nos institutions (toutes) et leur mode de fonctionnement pour qu’elles soient « inclusives » c’est à dire au bénéfice de tous les citoyens; pas « extractives » c’est à dire pour le bénéfice d’une partie des citoyens. Nous avons besoin d’un fonctionnement transversal et de bas en haut pour que notre démocratie soit une vraie démocratie – sans avoir peur du « too many cooks »; un terrain de jeu où se déroule l’égalité des opportunités ainsi que l’utilisation et la mise en valeur des talents de chacun. Chacun de nous doit agir pour que cela soit. J’aime votre esprit critique qui va dans ce sens. Partageons Noam Chomsky dans cet article http://bit.ly/1d7BgjF ou Corinne Lepage dans celui-ci http://bit.ly/1d7B97L.
        Amitiés

  8. sil dit

    Napoléon était un bon stratège militaire, en partie grâce à sa formation dans les écoles militaires de la monarchie, mais un piètre géopoliticien et économiste.

    Le drame français, ce sont ses hommes et femmes providentiels, Charlemagne, Jeanne d’Arc, Louis XIV, Napo et même de Gaulle avec lequel nous bassinent les souverainistes idiots et leur protectionnisme « intelligent ». Le story telling franchouille et ses idolâtries est toujours de mise quand les allemands ont appris la leçon sévère avec Hitler, il n’y a pas d’homme providentiel.

  9. Lisez cette vision du monde de Noam Chomsky
    http://bit.ly/1d7BgjF
    Olivier Berruyer est en train de traduire en mode collaboratif. Ce sera bon pour ceux qui ne pratiquent pas encore assez l’anglais. Vous les jeunes vous devez absolument parler et si possible écrire l’anglais, langue internationale d’aujourd’hui comme le latin et le français autrefois (on revient à la fin de l’hégémonie française, Napoléon et Waterloo). Au fait avez vous bu une bière du bi centenaire?

  10. sil dit

    « Mais je pense que la France est, par nature, tout sauf totalitaire »

    Eh bien, je pense le contraire, la France révolutionnaire ou des intellectuels a inspiré nombre de totalitarismes en Asie. L’admiration intacte pour Napoléon ou de Gaulle montre à quel point les français sont toujours friands des personnalités providentielles, l’amour du maitre en fait. De Gaulle, Bernadette Soubirou, Jeanne d’Arc, Napoléon…

    La constitution de 1958 est très proche de la Commission de la Constitution du régime de Vichy. Le mode de management des cadres français est reconnu comme très autoritariste en comparaison du management anglo saxon ou nordique; et je l’ai personnellement vérifié. Le syndicalisme français, autorisé par le MEDEF et toujours dans le XIX éme siécle, comparé à celui allemand est totalement arriéré comparé au syndicalisme allemand du Mitbestimmung qui siège dans les directions des entreprises allemandes pour les décisions d’investissements.

    L’élitisme de l’éducation nationale au détriment de la majorité des élèves en est un autre aspect. Les français sont en fait adeptes des chefaillons.

    • Peut-être, je n’en sais rien. Mais il y a une différence fondamentale, essentielle, absolue, entre l’autorité d’un seul homme et le totalitarisme qui met tout l’appareil d’Etat au service liberticide d’une idée. La monarchie était autoritaire, le nazisme était totalitaire, ce sont deux choses différentes.

  11. Olivier dit

    100% d’accord, la France aurait du faire l’unité européenne autour de son Etat, nous sommes une puissance quoiqu’en dise mondiale présent partout, nous avons la meilleure (pour combien de temps?) armée continentale et l’arme nucléaire, puis nous avons des peuples qui sont divisées en deux voire plus par des frontières, comme flamands , les catalans, occitans…
    Nous devrions adopter le modèle fédéral pour fédérer les autres pays.

    • Alain dit

      Entièrement d’accord, même puissant sans aucune aide on serait vulnérable: comme les allemands dans la deuxième guerre. Il faut susciter l’aide des autres pays pour renforcer nos lignes de défense. Nous n’avions jamais pu avoir de victoire à l’époque du XIX siècle sans aide. Je l’ai lu dans un article écrit par un historien Dimitri Casali que nous avons eu de soutient pour les guerres passées.

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