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République des petits marquis: deux nouveaux sauvetages

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Si François Hollande peine à inverser la courbe du chômage pour le commun des salariés, il se montre beaucoup plus efficace pour le cercle ferme des anciens élèves de la promotion Voltaire.

Le sauvetage en eaux douces de Claude Revel

La presse s’est largement fait l’écho de la nomination de Claude Revel comme conseillère de la Cour des Comptes en service extraordinaire. Outre que cette nomination revient à un ultime voyage vers le cimetière des éléphants administratifs sans possibilité de retour, elle comporte certaines conséquences qui adoucissent la potion létale: émoluments à 15.000 euros (nets) par mois, absence complète de travail à fournir et disponibilité horaire totale pour… les loisirs.

Un tel traitement inhumain fait suite à une autre violence qui fut faite à l’intéressée: sa nomination, en 2013, en qualité de déléguée interministérielle, en remplacement d’Olivier Buquen qui fut nommé par Sarkozy. Déjà, à l’époque, ce traitement réservé à une « ex » de la Voltaire avait fait jaser et avait nourri le sentiment d’une politique de placement proche du népotisme.

Le sauvetage en eaux troubles de François Morlat

La presse s’est moins étendue sur le sort de l’ancien directeur général du Crédit Immobilier de France, François Morlat, autre ancien de la Voltaire. Après la faillite du CIF, François Morlat est demeuré directeur général de la structure dédiée à la gestion du « run-off ». Le Crédit Immobilier conserve en effet la gestion des prêts accordés par le passé, soit un actif d’1 milliard d’euros environ, qui suscite les appétits.

Certains se sont plaints des conditions dans lesquelles l’intéressé avait géré ce magot et le principe de son licenciement a été acté en avril. Il semblerait toutefois que Michel Sapin, autre ancien de la Voltaire, n’ait manifesté qu’un engouement limité pour cette opération et ait bloqué pendant plusieurs semaines la décision officielle de rupture du contrat de travail.

Reste à savoir ce qui sera proposé à l’intéressé dont la santé ne paraît pas, par ailleurs, excellente.

Protéger ses amis, un attribut du pouvoir régalien

Une fois de plus, on retrouve ici l’habitude acquise dans la fonction publique d’intervenir « politiquement » pour soutenir des amis en dehors de tout critère de compétence. Ce biais, caractéristique des petits marquis, est particulièrement fort pour la promotion Voltaire, et il se murmure que les mêmes réflexes sont pris pour la promotion Seddar Senghor.

Epinglé dans l’affaire Agnès Saal sur ce même propos: la protection « rapprochée » accordée à des amis, qu’ils aient fauté ou non, le gouvernement devrait pourtant se méfier. La politisation des carrières dans la haute fonction publique est un symptôme parmi d’autres du déclin de l’esprit public et de l’intérêt général. Motif régulier de grief citoyen contre la gouvernance en vigueur dans le pays.

Un commentaire

  1. sil dit

    Ce n’est pas que chez les politocards que le problème existe.

    J’ai eu récemment des conversations avec un chercheur ingénieur d’un organisme de recherche scientifique qui est abasourdi par ce qu’il vit en France.

    Il a travaillé 15 ans à l’étranger et fait les mêmes constats que moi, une bureaucratisation galopante en France.

    Il se fait taper sévèrement sur les doigts pour une erreur sur un code administratif, mais il peut mettre n’importe quoi dans ses rapports techniques, rien ne lui sera reproché.

    Ici en France depuis 2 mois dans une filiale française de mon employeur étranger, les ingénieurs RD sont des bureaucrates sans imagination et expérience qui pondent du planning et du Powerpoint au kilomètre, papotent bêtement pendant des heures, mais sont incapables de déceler les problèmes techniques concrets, et encore moins de les résoudre.

    Mon beau-frère est chercheur au CEA, c’est une sommité reconnue sur le plan mondial dans son domaine. Eh bien, il passe la majeure partie de son temps à remplir des dossiers pour obtenir des financements pour ses recherches au lieu de faire de la recherche scientifique.

    Quand le gouvernement fait la promotion de l’innovation alors que ce sont de sombres bureaucrates politiciens qui l’étouffent, il y a de quoi rire.

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