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République des petits marquis: anatomie du cas Pérol

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On s’est bien amusé, cette semaine, au procès Pérol, où la république des petits marquis s’est donnée en spectacle. En soi, le scénario n’avait rien de très drôle: personne ne se réjouit de la comparution de François Pérol devant un tribunal. Mais les propos qui ont été tenus à la barre valaient finalement leur pesant d’humour. Ils ont permis une captivante plongée dans le capitalisme d’Etat tant prisé en France.

La banque et le pouvoir: une histoire de collusion

Il est reproché à François Pérol d’avoir pris les commandes d’un groupe (Natixis) qu’il aurait contribué à créer en tant que fonctionnaire en charge du secrétariat général de l’Elysée. Officiellement, cette collusion est interdite: la déontologie de la fonction publique interdit d’être recruté dans une entreprise qu’on a peu ou prou contrôlé.

François Pérol était secrétaire général adjoint de l’Elysée au moment du fait. Il faut préciser que cet inspecteur général des finances, en 2009, avait derrière lui une très belle carrière consacrée aux sauvetages d’entreprises publiques, notamment en cabinet ministériel. Il était, en 2004, directeur adjoint du cabinet de Nicolas Sarkozy alors ministre des Finances, lorsqu’Ixis, filiale de la Caisse des Dépôts, est cédée à la Caisse d’Epargne.

Nous sommes ici au coeur du capitalisme financier français: la banque dépend du pouvoir politique, qui dispose, pour agir, de bras armés comme la Caisse des Dépôts. Les rapprochements, les interventions financières, les décisions, se prennent dans un discret écheveau où s’entremêlent les moquettes épaisses des sièges bancaires parisiens, les tapis persans de la République, les ors ministérielles et les salles à manger des directoires.

Quand, en 2005, la Caisse d’Epargne décide d’entrer en bourse, le même scénario se reproduit. La Caisse des Dépôts, pour le compte du gouvernement, surveille les opérations qui ont, de toute façon besoin de la validation finale de Christian Noyer, gouverneur de la banque de France.

De façon assez amusante, tous les protagonistes de l’affaire de 2009 qui vaut à Pérol de comparaître aujourd’hui sont encore et toujours les acteurs actuels du système financier français. Tous ou presque sont inspecteurs généraux des finances. Tous ont un pied dans la fonction publique et un pied dans la banque.

Tout l’enjeu de Pérol consiste à prouver, pour se disculper, que ce petit monde se retrouve ensemble par hasard et ne dispose, bien entendu, d’aucun pouvoir de décision. « Vous comprenez, Monsieur, nous n’avons pas les manettes…. »

Les petits marquis, sherpas du président de la République

Donc… en 2009, François Pérol est secrétaire général adjoint de l’Elysée. Il est l’homme des sauvetages d’entreprise. La crise de 2008 a frappé. L’univers BPCE comme l’univers Natixis sont vérolés par des placements douteux et l’ensemble est menacé de faillite. En octobre 2008, le président de BPCE, Charles Milhaud, a dû partir après 750 millions d’euros de pertes irrégulières. Il faut dire que Milhaud est juste franc-maçon notoire, mais pas inspecteur des finances: une qualité qui ne lui permettrait pas d’échapper à la punition quand, pour 50 milliards perdus par Kerviel, l’état-major de la Société Générale jouera aux victimes innocentes.

En tout cas, les banques françaises vivent un moment très difficile, et le pire est à craindre. Mais les états-majors de BCPE et de Natixis ne parviennent pas à se mettre d’accord sur une fusion. Comme l’a expliqué Claude Guéant vendredi:

« Il faut se rappeler qu’à l’époque, le président de la République est complètement immergé dans cette lutte pour sauver la finance européenne. Il me semble normal qu’il soit informé [des difficultés des Caisses d’épargne] et qu’il s’en empare. Il a considéré que le sort de deux établissements populaires méritait son attention active. » Il ajoute même, un peu plus tard : « A un moment, il faut un point de cristallisation, on était toujours sans solution, il y a quelqu’un qui a pris cette responsabilité, c’est le président. » (…)

A la fin des débats, le tribunal devra dire si M. Pérol est intervenu d’une manière ou d’une autre sur le dossier et s’il doit être condamné pour prise illégale d’intérêts. « Le sujet était d’une telle importance que personne n’aurait compris que le président ne s’en occupe pas », redit simplement Claude Guéant.

Assez naturellement, Nicolas Sarkozy finit par trancher: c’est Pérol qui prendra la tête du nouveau groupe. Guéant explique:

« Le président de la République lui-même a beaucoup hésité, poursuit-il. François Pérol était pour lui un collaborateur extrêmement précieux. Mais il fallait sauver les deux établissements bancaires. »

Ainsi se prennent les décisions bancaires en France: dans les salons de l’Elysée, à partir du vivier de fonctionnaires qui grenouillent dans les allées et les secrets du pouvoir qu’on appelle les cabinets.

Quand les petits marquis jouent aux concierges

Lors de l’ouverture de son procès, François Pérol a pourtant nié le rôle décisionnel des membres de cabinet, et c’est ici qu’on s’amuse follement.

« Mon métier à moi, c’est de savoir traiter les solliciteurs », a répondu François Pérol. « Je n’ai rien à leur donner, mais je les reçois », a-t-il ajouté. « Ça ne fait pas de moi une autorité décisionnelle. » (…)

Pour un peu, on confondrait le secrétaire général adjoint de l’Elysée avec l’huissier chargé de recevoir les invités.

Le lendemain, Pérol ajoute:

« A l’Elysée, en période de crise, nous sommes le relais des décisions qui sont prises par la ministre des Finances (Christine Lagarde, NDLR) », a-t-il déclaré mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris.

Si « la décision politique d’aider ou non les banques » a effectivement été prise par le président de la République – et fait l’objet d’un avis de sa part -, le dispositif technique et les modalités de sa mise en oeuvre ont, eux, été décidés par Bercy, assure François Pérol.

Bien sûr, mais comme le relève le tribunal, le rôle de l’Elysée semble être allé un peu plus loin que le simple « suivisme » dont parle Pérol:

Le 10 novembre, François Pérol a reçu successivement à l’Elysée les dirigeants de la Banque fédérale des banques populaires et de la Caisse nationale des caisses d’épargne (CNCE), deux jours avant la signature de l’accord d’ouverture des négociations qui posera les jalons de leur rapprochement.

Une « coïncidence des dates » relevée par le président d’audience, qui a demandé si les dirigeants étaient venus chercher auprès de lui « l’imprimatur » de l’Elysée.

« Qu’ils l’aient interprété de telle ou telle manière, je ne sais pas », a répondu François Pérol. « Mon devoir était de relayer un message.

Un petit télégraphiste, au fond…

Les petits marquis se tiennent tous par la barbichette

Dans la minoration héroïque de son rôle, qui est si peu crédible qu’elle apparaît comme un morceau de bravoure, François Pérol a reçu un soutien chaleureux qui rappelle l’étroite imbrication d’intérêts entre les petits marquis qui tiennent la Cour. Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France et jamais avare d’une petite phrase burlesque, a par exemple affirmé à la barre:

Avant lui, le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, avait aussi dédouané François Pérol, assurant qu’il n’avait jamais reçu « d’instruction » de la part des pouvoirs publics sur l’aide à apporter aux banques.

L’idée de relancer le processus de mariage entre les deux groupes est sortie de ses propres services et non d’une « impulsion politique », avait-il ajouté.

« Déontologiquement, je n’ai pas eu le sentiment qu’il y avait un problème (avec la nomination de François Pérol), sinon je lui aurais dit », a encore déclaré Christian Noyer.

Evidemment, le gouverneur de la Banque de France ne voit pas en quoi il y avait un problème… Et comme Noyer sent bien que la théorie du secrétaire général adjoint guère plus influent que le concierge ou le chauffeur de service est difficile à défendre, il ajoute:

Mais « tout ce que nous avons élaboré techniquement a été repris par le ministère des Finances. »

Bien sûr, la fusion s’est faite entre la Banque de France et Bercy, et le spécialiste historique du dossier devenu depuis lors secrétaire général adjoint de l’Elysée, se contentait de prendre des notes.

Pour le tribunal, en tout cas, le délibéré ne sera pas simple. Le cas Pérol est en effet emblématique du rôle des cabinets dans la technostructure française: jamais expliqué, toujours opaque, il va falloir pourtant l’éclaircir…

Un commentaire

  1. pigeonxxl dit

    pour vous alerter d’un danger : ce n’est pas ma banque qui a été braquée … c’est ma banque qui m’a braqué , péril en la demeure les plus dangereux malfaiteurs étaient nichés a l’intérieur ! année 1999 c’était un P.E.L. qui devait etre prolongé mais c’est sur la bourse qu’elle m’avait dégueulassement attiré ! doublement entubé , a la « caisse d’épargne » ou supposée on ne fait pas le travail a moitié : c’est a vue de nez car piégé a ne pas retirer et ça peut encore évoluer , 60% du « placement » envolé ou retiré des pieds , pour dans d’autres poches aller se poser ou encore 2 mois a gratter pour gratos a les engraisser ces gros cochons de banquiers ! il y a la banque qui appartient a ses clients ça change tout ! il y a aussi la banque qui appartient a une bande de truands ça ne change rien du tout ! avec B.P.C.E. ça peut très bien ne pas rapporter gros , faux marchands de bonheur mais vrais escrocs avec en prime un beau cadeau : c’est l’immense plaisir de la ruine que vous pouvez découvrir au bout du rouleau !

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