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Grèce: que dit vraiment le plan des Européens?

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Selon toute vraisemblance, le referendum organisé en Grèce par Alexis Tsipras devrait interroger les électeurs sur le projet de plan proposé par les créanciers. Il est assez amusant de voir que tout le monde en parle, mais que personne ne l’a véritablement lu. J’ai donc décidé de le publier:

Pour ceux qui n’ont pas le temps d’éplucher les 10 pages, voici quelques éléments à en retenir.

Excédent budgétaire primaire

Les créanciers demandent un excédent croissant de 2015 à 2019, avec 1% de PIB dès cette année, et une montée progressive à 3,5% en 2018. Pour y parvenir, la Grèce est supposée augmenter la TVA, réformer les pensions et lutter contre la fraude fiscale.

Réforme de la TVA

Les créanciers demandent une uniformisation des taux de TVA sur l’ensemble du territoire, avec un taux de base de 23% (y compris sur la restauration), un taux réduit de 13% pour l’alimentation, l’énergie, l’eau et les hôtels, et un taux super-réduit de 6% pour les médicaments, les livres et le théâtre. Fin 2016, cette majoration, supposée rapporter 1% de PIB, peut être revue à la baisse.

Les autres mesures fiscales

Les créanciers demandent une suppression des avantages fiscaux pour les agriculteurs et les armateurs, ainsi qu’un durcissement de la lutte contre la fraude fiscale. Ils préconisent en outre une simplification de l’impôt sur le revenu. Dans le domaine de la santé, ils demandent une baisse du tarif des tests de dépistage afin de prévenir le recours aux soins. Le budget de l’armée doit être amputé de 400 millions d’euros, et le taux de l’impôt sur les sociétés doit être augmenté de 26 à 28%.

On notera également que les créanciers souhaitent l’extension et le relèvement de la taxe sur les bateaux de luxe.

Sur tous ces points, les assertions colportées notamment par Podemos en Espagne (mais pas que…) sur une opposition des créanciers à une fiscalité sur les riches sont donc factuellement fausses.

Réforme des pensions

Les créanciers souhaitent la mise en place très rapides de fortes désincitations aux départs anticipés à la retraite, et un gel des pensions actuelles jusqu’en 2021.

Là encore, factuellement, les théories sur une baisse nette des pensions sont fausses.

En revanche, les créanciers demandent une augmentation de 2 points (de 4 à 6%) de la contribution des retraités au financement de la santé. En outre, ils demandent une réforme paramétrique destinée à mieux maîtriser les dépenses.

Réforme de l’Etat

Les créanciers souhaitent la mise en place d’un système de rémunérations dans le service public favorisant la performance et le mérite.

Réforme de l’administration fiscale

Les créanciers demandent à la Grèce de rendre son administration fiscale autonome et d’y favoriser la performance.

Réforme du secteur financier

Les créanciers souhaitent une stratégie globale de réforme pour le secteur financier destinée notamment à mieux réglementer les faillites.

Réforme du marché du travail

Les créanciers souhaitent que la Grèce adoptent les meilleurs pratiques européennes en matière de négociation collective et de relation individuelle du contrat de travail.

Réforme des marchés de biens et de services

Les créanciers demandent à la Grèce de réformer son droit de la concurrence afin de mieux garantir celle-ci.

Privatisations

Les créanciers souhaitent que la Grèce s’engage sur un programme global de privatisations.

Sur le fond, on notera donc que, sans être un morceau de tendresse, le plan proposé par les créanciers est autant un plan de modernisation de la législation grecque qu’un plan d’austérité. On peut reprocher aux Européens de ne pas l’avoir suffisamment expliqué.

 

Un commentaire

  1. Robert Marchenoir dit

    En dehors de l’excédent budgétaire, dont j’ignore s’il est réaliste (mais il l’est peut-être), on voit mal, à première vue, en quoi ce plan serait scandaleux, oppressif ou humiliant pour la Grèce.

    Les premiers sondages laissent prévoir une victoire du Oui (c’est à dire une approbation de ce plan, et une défaite pour Tsipras et les anti-européistes).

  2. Brice dit

    Ce plan est dans la droite ligne des traités européens, à cela rien de bien nouveau : privatisations et incitation à la concurrence partout où cela est possible, déréglementation du marché du travail, ….

    En ce qui concerne la traitement de faveur accordé aux armateurs, je crois savoir que cela date de la seconde guerre mondiale et de l’aide qu’ils ont apporté à la résistance. Vrai ? Si oui, pourquoi pas…

    Enfin, ce qui me fait réagir c’est plus cet entêtement à vouloir que la Grèce ait une monnaie totalement sur-évaluée par rapport à la valeur de son économie ! Cela devient dogmatique et pas du tout cohérent!

    Comme le dit il me semble Joseph Stiglitz (prix Nobel d’économie), « si ils abandonnent l’euro, le principal risque est qu’ils se portent bien mieux dans 3 ans » ! Cela ferait tomber le château de carte et d’autres pays pourraient suivre cet exemple et ça les européistes n’en veulent PAS ! Coute que coute…

    En fait le cœur du sujet n’est pas le plan de réformes mais bien l’euro….

    Bien à vous,

      • Brice dit

        Beau slogan cette. Dit comme cela qui peut être contre ?
        Simplement, cela ne doit pas faire fi de l’Histoire d’un pays. Les Grecs ne sont pas les Allemands, les Français, les Anglais, les Espagnols, les Portugais….ou tout autre peuple de l’UE ou du Monde. Et c’est tant mieux ! C’est ce qui fait la richesse du Monde, sa biodiversité en quelque sorte.

        Pour moi il peut y avoir des spécificités locales dans un pays. En quoi cela est-il condamnable? Et dans l’idée de « justice fiscale », qui est supposé « rendre cette justice » ? Le FMI, l’Eurogroup, les bailleurs de fonds ….????
        Bien à vous

  3. Buck Danny dit

    La question n’est pas de savoir si le plan proposé est réaliste, mais de savoir s’il sert à quelque chose.

    Ce plan permettrait-il de résoudre les problèmes économiques de la Grèce, de relancer son économie et de rembourser sa dette ? La réponse de la plupart des spécialistes est non. (voir la récente émission « les experts de l’économie » sur bfm business dont les intervenants ne sont pas vraiment des communistes).

    Donc à quoi bon, pourquoi un énième sparadrap sur une jambe de bois ? Dans les milieux financiers tout le monde sait que la Grèce ne pourra jamais rembourser sa dette, alors quel est le but de cette politique si ce n’est de reculer pour mieux sauter « encore quelques minutes Monsieur le bourreau ! »

  4. A ce propos qu’en est-il du montant des retraites et de sa revalorisation en octobre 2016. Je vous rappelle qu’on n’a pas été augmenté l’an passé. Alors on est à 3 mois de l’échéance et pas de nouvelles!!! Expliquez-moi pourquoi

  5. Un programme de réformes dicté par le FMI EST humiliant. C’est fait pour. Un gouvernement démocratiquement élu, qui pour payer ses fonctionnaires doit aller mendier (oui MENDIER) des dollars à une institution internationale ne voudrait pas en plus qu’on le respecte. Le déshonneur est absolu, irrémédiable: comme le Soudan, la Somalie, on tombe entre les griffes du FMI.

    Alors imaginez vous, quand EN PLUS, on ne paye pas, qu’on se fait virer, et que la veille du défaut, après toutes les couillonnades possibles, on envoie un courrier à l’Euro groupe, ses frères, vous savez ceux qu’on vient de balader pendant cinq mois, pour les supplier de donner au FMI ce qu’on lui doit et que la réponse est NON, alors là on savoure.
    C’est ça la Grèce. La mauvaise. Ma tristesse est infinie. Ma cruauté le devient.

    • Robert Marchenoir dit

      Quel curieux vocabulaire ! Cela rappelle la mentalité musulmane, corse, albanaise…

      La Grande-Bretagne a fait appel au FMI avant Thatcher. Est-elle « humiliée » ? Si vous sollicitez un prêt à la banque, celle-ci va poser des conditions. Si vous demandez une baguette de pain chez le boulanger, il va vous « humilier » en « exigeant » de vous que vous lui donniez de l’argent.

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