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Quand l’Occident devint chrétien: question indo-européenne

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L’Occident est-il chrétien comme on le dit souvent? Après mon billet sur la crise identitaire, il m’a semblé utile de réexaminer, en passant, quelques idées reçues sur ce sujet qui n’est pas aussi neutre qu’on pourrait le croire.

Christianisme et polythéisme

Historiquement, on a coutume de dater la rencontre entre le christianisme et l’Occident de l’an 313. Cette année-là, l’empereur Constantin se convertit au christianisme et ouvre la voie à une longue alliance entre le clergé et le pouvoir impérial qui durera jusqu’à la chute de l’empire byzantin au XVè siècle (avec des hauts et des bas il est vrai).

On ne rappellera pas ici que Constantin, empereur romain d’Orient, transforma Byzance en une nouvelle Rome: Constantinople, où la langue officielle était le grec. Contrairement aux idées reçues, l’implantation du christianisme fut plus simple à Constantinople (tout le monde la basilique Sainte-Sophie qui en est la preuve) qu’à Rome, où les premières églises chrétiennes sont construites à l’extérieur de la ville. La noblesse romaine historique refuse en effet au moins jusqu’à l’an mil sa conversion en profondeur, pendant que la noblesse constantinopolitaine est fondamentalement chrétienne.

C’est en réalité le concile de Nicée qui permet l’introduction progressive du christianisme comme religion dominante en Occident. Lors de ce concile, réuni en 325 à l’initiative de l’empereur, « l’église » condamne la doctrine de l’égyptien Arius selon qui Jésus n’était pas un dieu. Le « symbole de Nicée » fonde donc la trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, qui reconnaît la transsubstantiation, où la triple nature divine du Christ.

Cette décision en apparence purement théologique a une importance capitale: elle rend compatible le monothéisme oriental des Chrétiens avec le polythéisme dominant dans le monde romain.

Rome et le polythéisme indo-européen

Comme l’a montré Georges Dumézil, le monde romain pratique en effet le système trinitaire des sociétés indo-européennes, avec une trilogie de dieux: Jupiter, Mars et Quirinus, qui exprime les trois fonctions essentielles d’une société, à savoir commander, combattre et produire. Les esprits perfides ajouteront une quatrième figure à cette trilogie: celle de Déméter chez les Grecs, ou Cérès chez les Romains, déesse de la fécondité, dont le culte marial constitue une superbe résurgence.

Toujours est-il qu’à partir du concile de Nicée, l’Occident se trouve plus à l’aise pour adopter le christianisme. Celui-ci reconnaît en effet un Dieu sacré – Dieu le Père, qui commande, une figure martiale qu’on appellera volontiers Christ-Roi, et une figure spirituelle, le Saint-Esprit, qui répand la bonne parole.

On n’insistera jamais assez sur l’importance géopolitique du concile de Nicée, à partir duquel le christianisme cesse d’être monothéiste et pratique un syncrétisme grâce auquel les indo-européens l’adoptent. Au fond, ce n’est pas l’Occident qui est devenu chrétien, c’est le christianisme qui est devenu occidental.

La question du monothéisme

L’histoire de France sera parcourue par de nombreuses luttes où le retour au monothéisme jouera un rôle essentiel. Entre le crise cathare et la crise protestante, ce sujet revient très souvent.

De façon significative, les tensions avec l’Islam constituent aujourd’hui une nouvelle illustration de la résistance française au monothéisme.

 

Un commentaire

  1. ikomal dit

    j’aime bien la théologie, tout en sachant bien que c’est aussi un piège dans la mesure où cela conduit facilement à des querelles « byzantines » sur le sexe des anges…
    Détails qui ne contredisent pas votre thèse, mais qui la nuance :
    Chez les indo-Européens les 3 dieux n’en font qu’un, ils forment un trinité et sont trois manifestations d’un divinité suprème inconnaissable qui ne se manifeste pas, ou plutôt pas d’une façon accessible aux humains. Voyez « Trimurti » dans wikipedia. Ainsi la rupture, l’opposition entre le christianisme et les théologie précédente n’est pas là.
    Le principal problème théologique opposant les chrétiens aux autres religions est la place de Satan, plus généralement le mal, les catastrophes, la destruction. Pour un indou, pas de problème, c’est Shiva qui se manifeste et si cela fait mal, il en sortira un bien quand même. Pour un Chrétien, il n’y aucune figure de la trinité (ni a fortiori de la quadrinité, Vierge-Marie ajoutée) qui prenne en charge le mal cosmique (celui qui ne résulte pas évidemment d’une faute humaine). Pour le meilleur et pour le pire, Le christianisme pousse à chercher la responsabilité de l’Homme dans TOUT ce qui arrive (en cela il est très primitif !) ET il proclame que cette responsabilité peut être racheter (par la foi ou même à prix d’argent ; en cela il est évolué, car chez les primitifs seul le sang et le souffle (l’âme) peuvent racheter le péché).
    Une question d’actualité comme le réchauffement climatique illustre à merveille cette conception chrétienne du péché et de la rédemption par l’achat d’indulgence !
    « le monde est plein d’idées chrétienne devenue folles »

  2. Denis Griesmar dit

    Le problème est que Georges Dumézil n’a étudié QUE des sociétés indo-européennes, et n’a pas démonté que sa trilogie n’existait pas ailleurs. Sa thèse n’a pas affronté l’épreuve de la « falsification », c’est-à-dire de la réfutation.

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