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Ruralité: encore un discours martien de François Hollande

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J’ai découvert le mot « ruralité » à l’occasion du comité interministériel qui lui était dédié, hier, à Vesoul. Je mets d’ailleurs au défi quiconque de donner à ce mot une définition ayant un quelconque rapport avec la choucroute servie par François Hollande et sa dream team en Haute-Saône – car Vesoul est la préfecture de la Haute-Saône!

Cette façon d’utiliser la novlangue technocratique pour parler de nos campagnes était en soi tout un programme et un terrible aveu. Il paraît que les habitants de ces campagnes se sentent abandonnés. Je suis convaincu que, s’ils avaient encore un doute sur le sujet, celui-ci est parti en fumée lorsqu’ils ont vu, à la télévision, le ballet de limousines avec chauffeurs et escorte policière envahir Vesoul pour parler de « ruralité ». A ce moment-là, ils ont compris que la Cour ne parlait pas du tout la même langue qu’eux, et ne vivait pas du tout dans le même pays, même lorsque la Cour s’intéresse (ou fait mine de s’intéresser) à ses manants.

Celui qui a décidé d’appeler cette réunion « comité interministériel de la ruralité » mérite, de ce point de vue, la Légion d’Honneur: il a permis, grâce à son bon mot, à une quantité phénoménale de Français de comprendre que leur isolement n’était pas géographique, mais socio-culturel.

Ruralité et mise en scène

Il était amusant de voir que ce énième comité théodule cherchait sa place dans un monde qu’il ne parvenait pas à déchiffrer. Chacun en effet avait la faculté de faire une petite visite officielle sur le « terrain » avant de commencer la palabre devant le président de la République.

François Hollande a fait fort en allant visiter l’usine de papa Parisot (vendue à un acquéreur) qui fabrique des meubles. Il aurait voulu donner l’impression de vouloir se sentir à Paris même quand il est en province qu’il ne s’y serait pas pris autrement. La ministre de l’Education a visité un « pôle éducatif » et la ministre de l’Emploi a regardé comment faire un CV en ligne. Le ministre de l’Agriculture a rencontré des paysans et la ministre de l’Ecologie a visité une chaufferie pour logements étudiants.

C’est marrant, la ruralité, ça n’a pas l’air de beaucoup changer d’une visite urbaine: des invités triés sur le volet, un cortège officiel qui fend l’air sur une route entre un aéroport privatisé et des lieux clos d’où sont écartés tous les emmerdeurs. Tel est le secret du pouvoir. Il isole des réalités et propose un spectacle interchangeable, totalement hors sol. Qu’un ministre visite une ville ou une campagne, la mise en scène ne change jamais, et il dit: j’ai rencontré un rural comme il dit j’ai rencontré un urbain. Pour lui, il n’y a aucune différence: la pièce à jouer est toujours composée de figurants qui lui sont de parfaits étrangers.

L’un des ratages majeurs de François Hollande, Président normal, aura consisté à ne pas sortir de cette rupture avec les vraies gens. Un homme normal aurait pu parler à des gens normaux. Mais Hollande a conservé le style Ancien Régime où le Roi ne descend pas de son carrosse pour parler à ses sujets, si ce n’est autour d’une étiquette minutieuse dont personne n’est plus dupe.

Ruralité et Front National

Pour François Hollande, la ruralité a surtout donné l’occasion de prononcer un discours d’une platitude alarmante (et pour ainsi dire habituelle chez lui), dont la démagogie est hallucinante.

Le chef de l’Etat a dit vouloir délivrer un « message d’égalité » entre tous les territoires à l’issue d’un comité interministériel sur le thème de la ruralité, qui avait pour l’occasion été décentralisé à Vesoul (Haute-Saône).

C’est « d’avoir les mêmes droits, les mêmes devoirs aussi, selon qu’on habite dans un grand ensemble, dans un bourg rural, dans un logement social, dans un pavillon de banlieue et que la solidarité puisse s’exercer de la même manière », a-t-il dit.

« Il faut en finir avec l’expression de jalousie qui a saisi une partie de notre pays, de penser que c’est toujours les autres qui bénéficient des soutiens, des subventions, des prestations », a ajouté le président de la République, entouré du Premier ministre et de onze membres de son gouvernement.

 

Merci, monsieur l’Instituteur, de cette belle leçon de morale sur la mauvaise jalousie qui anime tous ceux qui demandent des comptes sur la gestion publique. On suggère quand même au Président de réaliser une petite étude sur la différence de moyens entre la Haute-Saône et la Corrèze. Cela nous intéresserait de savoir, entre la gestion Chirac et la gestion Hollande, quels avantages la Corrèze a tirés des moyens de l’Etat par rapport aux Vosges…

Evidemment, il est tellement plus facile de faire croire que tout va bien, que l’Etat est égalitaire, etc. Pour le fun, on regardera la carte des aéroports régionaux ci-dessous:

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Je glisse en même temps la carte des résultats du Front National:

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C’est marrant, mais, globalement, les régions où les scores du Front National sont les meilleurs sont aussi celles où l’on trouve le moins d’aéroports régionaux (hors Rhône-Alpes). Voilà un signe qui ne trompe pas: l’Ouest du pays (dont la Corrèze) bénéficie d’investissements publics massifs qui expliquent en partie la faiblesse des scores du FN.

Mais, comme le dit François Hollande, il faut arrêter d’envier son voisin!

L’Etat ne s’engage plus à rien

Au demeurant, en dehors d’un fonds bidonné pour l’investissement local à hauteur d’1 milliard, l’Etat n’avait rien à apporter ni à dire sur le sujet de la ruralité. L’essentiel des mesures a consisté en deux annonces: la couverture 4G (financée par les opérateurs privés) sera renforcée, et 700 médecins généralistes seront formés aux soins d’urgence.

Tout ça pour ça?

François Hollande voudrait donner le sentiment d’un pouvoir à bout de souffle, il ne s’y prendrait pas autrement. Déplacer toute cette Cour pour si peu d’annonces, alors que la filière de l’élevage est en crise et que Manuel Valls parlait d’apartheid sur le territoire il y a quelques semaines encore, alors que des centaines de milliers de réfugiés cherchent une terre pour s’installer – tout ce manque d’inspiration est à la limite de l’hallucination.

Mais les courtisans sont contents. Ils se sont baladés, ils sont passés à la télévision, dans les journaux locaux, et ils se sont donnés bonne conscience. C’est peut-être à cela que sert un comité interministériel.

 

15 commentaires

  1. Pierre dit

    Ca pue objectivement la fin de règne. Sale, cabossée.

    Hollande est à la dérive, sa perruque pendouille, il a les dents cassés (souvenez-vous…. les « Sans-dents »), il pue, il n’est pas rasé.

    Voilà l’image qu’il renvoie.

    Et le miroir, c’est le pays tout entier (sauf les encartés du PS, khmers roses de la Cour qui se battent pour conserver leurs privilèges).

    Et comme d’habitude, tout cela finira sous la guillotine. Virtuelle bien entendu, et pourtant aussi violente que la vraie.

    Qu’on en finisse, et vite.

  2. Hermodore dit

    « penser que c’est toujours les autres qui bénéficient des soutiens, des subventions, des prestations » qu’il dit, le profiteur du Palais: on comprend immédiatement que la création de richesses (quel gros mot!), c’est le cadet de ses soucis. Lui, ce qu’il veut c’est jouir du travail des autres et distribuer ce qu’il a racketté à ceux qu’il espère voir voter pour que tout ça continue et même aille de plus belle. La prédation, c’est tout ce qui l’interresse.

  3. Robert Marchenoir dit

    « J’ai découvert le mot « ruralité » à l’occasion du comité interministériel qui lui était dédié, hier, à Vesoul. »

    Un tribunal vous a infligé une interdiction d’accès à Internet depuis dix ans ? Ca fait vingt ans que vous n’avez pas payé vos factures d’électricité et EDF vous a coupé le courant ? La « ruralité » est l’un des thèmes de campagne favoris du Front national — et de l’ensemble du monde politique.

    Au passage, il faut prendre un microsocope à rayons X, synchronisé avec un générateur d’ondes à déviation idéologique, pour percevoir une corrélation entre votre carte des aéroports et votre carte du vote FN.

    Moi, ce que je vois, sur cette carte, c’est plutôt qu’il y a beaucoup trop d’aéroports régionaux. D’ailleurs, il me semble que la défense de la « ruralité », sans cesse brandie par les « anti-système », est tout à fait contradictoire avec la présence d’aéroports dans les « régions ».

    Les aéroports, c’est bon pour ces décadents d’urbains qui habitent dans les grandes métropoles. Les nobles « paysans » qui peuplent la « ruralité » connaissent mieux la valeur des choses, eux. Ils se déplacent en charrette à boeufs, pas dans des avions à la con qui bousillent la nature et les petits oiseaux.

  4. JCG dit

    D’accord avec Robert.
    La haine d’Hollande vous aveugle un peu sur ce coup là.
    Une petite recherche sur la ruralité montre vite que ce terme existe bel et bien depuis pas mal d’années dans notre monde politque. En2004 : « Je suis particulièrement heureux de vous accueillir ce soir pour cette réunion de lancement de la « Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde ». (Jacques CHIRAC). Cette fondation existe encore.
    Quand aux voyages en province, le précédent président ne s’en privait pas. N’avons-nous pas droit aux voyages bien plus nombreux, avec des mobilisations incroyables e forces de l’ordre pour trier les militants venant faire la claque et repousser les citoyens et curieux non encartés le plus loin possible, avec des Préfets pour le moins fébriles lors de ces déplacements ?
    Ce déplacement est une opération de com. Ca fait aussi parti du job. C’est pas pire que ses prédécesseurs loin s’en faut : le budget déplacement de l’Elysée a été réduit.
    Pour la corrélation entre la carte des aéroports et celle du vote FN, je suis dubitatif aussi. J’aime bien l’image du microscope ; amusant.
    Je pense plutôt que les régionales montreront une bonne corrélation entre la carte du vote FN et la carte des bureaux de vote éhéh 😉
    C’est bien de ne pas vouloir d’Hollande, mais en 2017, entre Hollande, Sarkozy de retour et Marine, on choisi qui ? Est-ce qu’Hollande ne resterait pas le meilleur des trois ?
    Juppé, s’il ose se lancer ?

  5. Aristarkke dit

    La tarte à la crème de la 4G ? C’est un des marronniers actuels de la promesse politique soce (d’ autant plus que l’ on compte sur le pognon des opérateurs et leur docilité à concrétiser ses promesses). Alors même que de nombreux coins ne sont pas encore desservis en 3G potable et convenablement fonctionnelle. Vingt ans après le décollage fantastique du mobile, il faut encore compléter la couverture du territoire en remplissant les zones encore blanches, pas mal nombreuses encore. Toujours l’ illusion de l’ instantanéité consubstantielle du progrès technologique…

  6. Glaudeix dit

    Le president et sa cour sont en campagne et comme le disait Monsieur de la Fontaine « tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute » Ma Remarque n’est pas dans le creux du discour de ce va-t-en-guerre surtout quand c’est les autres qui sont au front, mais plus sur – Qui dans la classe politique propose autre chose que des « flatteries » … personne! De l’extreme – droite ou gauche – au centre en passant par les Républicains ou les autistes actuels – je n’entends rien n’y personne qui propose un vrai projet pour la France, qui s’engage à ne pas caser ses copains au parlement européen ou autre poste factice.
    En ce qui concerne la Haute-Saone, il faut 8 mois pour 1 rendez-vous chez 1 cardiologue, pareil pour un neurologue, 6 pour 1 dentiste … alors les beaux discours de campagne devraient maintenant se conclure par une séance « Goudron et Plumes » … et ce tpoutes tendances confondues.

  7. H. dit

    Bonjour,

    Il se trouve que j’ai habité quelques temps dans cette riante cité. Il y a de cela 25 ans, outre les différents service administratifs, la vie économique du département de la Haute-Saône s’articulait prioritairement autour de trois pôles:
    1) la base aérienne de Luxeuil qui abritait alors deux unités de chasseurs en charge d’une dangereuse mission nucléaire tactique (à cette époque, la base aérienne flirtait avec les 2000 personnes),
    2) un régiment de blindés stationné sur l’ancienne base américaine, régiment dissous en 1997 avec l’impact que l’on devine sur la vie locale (un régiment, environ 1000 personnes),
    3) le centre mondial des pièces détachées du groupe PSA installé en périphérie de Vesoul.
    De ces trois éléments ne subsistent donc que deux et la fermeture de la base aérienne de Luxeuil est régulièrement envisagée. Elle n’abrite plus qu’un escadron de chasse et a perdu sa mission nucléaire. Il va sans dire que sa fermeture définitive serait, outre la perte d’actif pour la nation (je rappelle pour information que cinq bases aériennes majeures ont été fermées depuis cinq ans: Colmar, Metz, Toulouse-Francazal, Reims et Cambrai), un très rude et mauvais coup porté à une région qui n’en peut mais.
    Le département ne compte aucune autoroute (https://fr.wikipedia.org/wiki/Réseau_routier_de_la_Haute-Saône) et, si l’on excepte la Saône, n’est traversé que par l’importante voie ferrée Mulhouse-Paris. Dans les années 90, les « difficultés » d’acheminement (irrigation) par train locaux de cette ligne non-électrifiée ont contraint la clientèle à se reporter (quel hasard )sur la ligne TGV Besançon-Dijon-Paris accentuant de fait la déshérence du département.
    La « ruralité » chère à nos princes n’est qu’un cache-misère destiné à dissimuler aux yeux des citoyens les choix d’abandon effectués ou à faire. Sauf un miracle, la Haut-Saône, pourtant très agréable à vivre, n’a pour vocation comme tous les départements ruraux de ce pays qu’à sombrer doucement avec les larmes de crocodile des gouvernants de gauche comme de droite. La situation, quoiqu’on dise, est quasiment irrémédiable.

    Bonne fin de journée

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