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Mois : septembre 2015

Secret défense sur les armes de Coulibaly

Qui a fourni des armes à Coulibaly? L’attentat de Charlie Hebdo et celui de l’hypercasher ont-ils livré tous leurs secrets? C’est évidemment un sujet délicat sur lequel règne non seulement une omerta mais aussi une véritable terreur: l’accusation de complotisme n’est jamais loin et, par un extraordinaire retournement des valeurs démocratiques, la recherche de la vérité est volontiers discréditée par une obscure préférence pour le secret et le mensonge. Le blocage de l’enquête sur le trafiquant d’armes Claude Hermant en donne un nouvel exemple.

L’affaire Claude Hermant

Récapitulons. Le 7 mai 2014 (8 mois avant les attentats, donc), le parquet de Lille ouvre une information judiciaire contre Claude Hermant, soupçonné de remilitariser des armes. Le gaillard est une figure du milieu identitaire, ancien paracommando. Il est aussi le dirigeant de la société Seth Outdoor, installée à Haubourdin, dans la banlieue de Lille, recommandée par le Petit Futé pour la vente en ligne de produits paramilitaires.

Dans la pratique, la justice soupçonne Seth Outdoor de servir de couverture à des activités de trafic d’armes. Dans ce cadre, un juge d’instruction lillois délivre, le 18 décembre 2014, une commission rogatoire internationale pour éclaircir le dossier. Manifestement, Hermant travaille beaucoup avec des Belges et le juge lillois aimerait en savoir plus.

Claude Hermant et la police

A cette époque, Hermant est tout sauf un inconnu pour les services de police. Proche des milieux nationalistes flamands, il fonde à Lambersart la Vlaamse Huis, où il croise un certain Yoann Mutte, impliqué dans l’attaque d’un bar gay à Lille. Il a en outre fait partie du service d’ordre du Front National.

Plus étonnant, et plus gênant, semble-t-il, il connaît bien les services de sécurité français. Il a fait de la prison au Congo pour avoir trempé dans une affaire coup d’Etat.

Dans le dossier instruit par le juge lillois, quelques mails suscitent très vite des interrogations sur le rôle « d’indic » que jouerait Hermant.

De nombreux mails échangés entre le prévenu et L.B., un gendarme, permettent de le penser. Le 7 mai 2014 à 17 h 35, Claude Hermant écrit (1) : « En bossant, je suis tombé sur un fusible à nous… Ce fusible même (sic) à des très gros poissons (Serbie et autres)… Tiens-moi au courant de ce que vous faites avec ces infos… Voilà les deux immatriculations… » Suivent… trois numéros de plaque. Claude Hermant demande que des vérifications soient faites. « Y-a-t-il des casiers jud au bout de ses immats », interroge-t-il le 9 mai 2014 ? La réponse de la gendarmerie tombera le 26 mai : « … Je regarde tes infos et reviens vers toi au plus vite, sinon tout va bien, nous sommes pris sur un autre dossier très important d’où la longueur des investigations ».

Un autre mail d’Hermant à un gendarme,  du 27 octobre 2014, sème le trouble:

« J’espère que vous avez eu le temps de travailler un peu sur les infos données… C’est une petite usine de remise en état qui est en place. Un dénommé R… propose du matériel sur Lille sud et bd… Cela va du scorpion à la kalach et autres 9 mn para… »

En novembre 2014, le gendarme lui répond:

« Salut Claude, nous avons vu avec notre hiérarchie, nous sommes partants pour les deux dossiers que tu nous as présentés (armes-Charleroi) », répondent les gendarmes, en novembre.

Autrement dit, pendant que le juge lillois s’affaire sur les trafics d’Hermant, la gendarmerie du Nord semble parfaitement informée de ses activités et maintient avec lui les meilleures relations du monde.

Claude Hermant et Coulibaly

Tout se corse après les attentats de janvier 2015. Selon Mediapart, dès le 14 janvier les renseignements slovaques ont identifié les armes de Coulibaly, sans susciter la moindre réaction des services français. Les renseignements des Slovaques incriminent Claude Hermant, qui auraient acheté les armes, avant de les remilitariser, à la société slovaque AGF Security.

Selon les expertises techniques consultées par Mediapart, il s’agit bien des armes des crimes : un fusil d’assaut VZ 58 Compact, de marque CZ (Kalachnikov) – numéro de série 63622F –, et deux pistolets semi-automatiques Tokarev TT33 – numéros de série RK07 et O2027 –, retrouvés près du corps d’Amely Coulibaly, le 9 janvier, dans le supermarché Hyper Cacher. Avec ces armes, le terroriste a tué quatre personnes et en a blessé gravement quatre autres dans le magasin, mais l’expertise balistique montre qu’une victime a aussi été blessée à Fontenay-aux-Roses avec l’un de ces Tokarev, et que la policière de Montrouge a été touchée par les balles de l’un de ces fusils d’assaut. Deux autres Tokarev – numéros de série TE1035 et EB1574 – achetés par l’entreprise lilloise ont aussi été retrouvés dans l’appartement du terroriste à Gentilly. Ces armes neutralisées en Slovaquie ont été reconditionnées pour tirer, sans que l’on sache précisément qui dans le réseau, ou les clients du réseau, opérait la remise en état.

Pourquoi les juges antiterroristes n’ont-ils pas opéré à ce moment-là? Pourquoi ne se sont-ils pas intéressés à Seth Outdoor, qui semble la cheville ouvrière du trafic?

C’est en effet la justice lilloise et non la justice anti-terroriste qui neutralise le 20 janvier 2015 Claude Hermant, en le mettant en garde à vue puis en détention provisoire après une mise en examen pour « trafic d’armes en bande organisée ». Une série de perquisitions est alors lancée en France et en Belgique, dans l’espoir de découvrir notamment une cache d’armes et d’explosifs:

Ces investigations, sur commission rogatoire internationale d’un juge lillois, ont ainsi débouché sur une spectaculaire descente de la police belge, mardi soir, à Comines-Belgique : une trentaine d’habitations situées le long de la Grand-Rue ont été évacuées en urgence. D’après les premiers éléments recueillis sur les lieux, il s’agissait d’une « importante opération » visant à « sécuriser » un domicile pouvant servir de cache d’arme. Sur place, de nombreux policiers belges ainsi que leur service de déminage étaient présents.

Les juges lillois décident d’entendre les « contacts » qu’Hermant balance depuis sa prison, notamment un gendarme du Nord. Celui-ci oppose alors le secret défense aux juges d’instruction.

Cazeneuve impose le secret défense

Le 10 avril 2015, les juges demandent à Bernard Cazeneuve de lever le secret sur les éléments détenus par les gendarmes. Le ministre saisit la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) le 1er juin, qui rend sa réponse le 18 juin: les documents ne peuvent pas être déclassifiés…  Le ministre suit l’avis de la commission et décide de bloquer, de fait, l’enquête des juges lillois.

La décision est évidemment fâcheuse, dans la mesure où l’on aimerait comprendre comment un personnage aussi sulfureux, roulant manifestement pour la gendarmerie, a pu, en même temps, approvisionner en armes l’un des terroristes de janvier 2015.

Les autres intermédiaires de Coulibaly

Mediapart a par ailleurs la bonne idée de fournir quelques renseignements sur ceux qui ont aidé Coulibaly à faire son attentat.

On notera en particulier un proche du PKK, Metin Karasular, garagiste à Charleroi, qui a racheté, en novembre 2014, l’Austin Mini de la femme de Coulibaly, Hayat Boumedienne (l’intéressée, au chômage, aurait bénéficié d’un prêt bancaire pour acheter quelques semaines auparavant cette voiture à 27.200 euros). Perquisitionné dès le 12 janvier, l’intéressé est connu pour ses activités de trafic d’armes. Il aurait pu approvisionner les Coulibaly en échange de cette voiture. La police retrouve d’ailleurs chez lui des listes d’armes, dont une correspondrait à l’arsenal de Coulibaly. Mais la justice n’a pas suivi cette piste, et le bonhomme a retrouvé sa liberté.

Un autre intermédiaire pourrait être Patrick Hallveht, toujours selon Mediapart.

Dès le mois de janvier, le numéro de série (21038 M) d’un deuxième fusil d’assaut VZ 58 Compact retrouvé dans le supermarché de la porte de Vincennes permet aussi d’identifier un ingénieur belge de 52 ans, Patrick Hallveht. Selon les informations transmises par les autorités slovaques, Hallveht a acheté ce fusil, le 13 janvier 2014, en passant par la même société slovaque AGF Security. Or cet homme, jusque-là inconnu des services de police, fait précisément partie des contacts livrés aux gendarmes de la section de recherche de Villeneuve-d’Ascq par Hermant, courant 2014.

Mais de tout cela, nous ne pourrons entendre parler, car le tout est classé « confidentiel défense ».

La crise des réfugiés n’en est qu’à ses débuts

Au moment où je publiais cet article, l’Allemagne annonçait le rétablissement des contrôles aux frontières avec l’Autriche. Après avoir réclamé 800.000 réfugiés cette année, Merkel fait un nouveau revirement! L’Europe de Schengen meurt sous nos yeux.

Le duo Merkel-Hollande pensait avoir réglé la question des réfugiés en tordant le bras à l’Union avec sa politique de quotas imposés. En réalité, le sujet n’en est probablement qu’à ses débuts: l’appel d’air de l’Allemagne avec ses 800.000 réfugiés attendus donne un essor impressionnant au mouvement migratoire qui provoque des tensions grandissantes sur le continent.

Merkel appelle les réfugiés en Allemagne

En publiant urbi et orbi le chiffre de 800.000 réfugiés attendus cette année, Mutti Merkel a évidemment donné une ampleur maximale à un mouvement déjà sur une pente fortement ascendante. Rappelons qu’on estime fin août que 430.000 réfugiés ont traversé la Méditerranée en huit mois. En affichant le chiffre de 800.000 réfugiés dans l’année pour la seule Allemagne, Merkel a donc tout simplement appelé unilatéralement à une amplification du phénomène, dont, rappelons-le, la Grèce, la Macédoine et la Hongrie sont les pays de frontline. Pour tenir l’objectif affiché par l’Allemagne, il faudrait donc doubler le rythme d’arrivées connu au premier semestre!

Assez curieusement, la même Merkel demandait la même semaine des efforts à la Grèce et à la Turquie pour le contrôle de leurs frontières:

« La Grèce doit aussi prendre ses responsabilités » dans la protection des frontières extérieures de l’UE qui n’est « actuellement pas assurée », a estimé la dirigeante lors d’un congrès de son parti conservateur, l’Union chrétienne-démocrate (CDU) consacré au numérique, à Berlin.

Les Grecs sont vraiment les têtes de Turcs des Allemands!

Merkel trie les réfugiés sans aucun scrupule

Lors de cette réunion de la CDU, Angela Merkel a par ailleurs fait toute la lumière sur la politique migratoire allemande:

Elle a en outre réaffirmé que seuls les migrants qui ont besoin d’une protection, car ils fuient la guerre ou les persécutions par exemple, pourraient rester en Allemagne.

« Celui qui en revanche n’a pas besoin de protection, celui qui vient pour des raisons économiques –aussi compréhensibles soient-elles– ne peut pas avoir de perspectives de rester chez nous », a souligné la chancelière. « Et nous devons le dire clairement sinon nous ne pouvons pas apporter la protection nécessaire à ceux qui en ont besoin ».

Sans les nommer explicitement, Angela Merkel faisait allusion aux nombreux demandeurs d’asile venus des pays des Balkans.

Troquer des Balkaniques contres des Syriens, c’est pas beau! mais ça s’explique.

« Pourquoi est-ce que tout le monde ne veut que des Syriens ? Moi, je peux vous le dire car j’ai vécu cinq semaines avec eux : ce sont des gens comme nous, j’ai rencontré des avocats, des médecins, des dentistes, ils sont souvent éduqués, souvent ils ont de l’argent, ils arrivent après un parcours bref, en pleine capacité de leurs moyens »

Les grands perdants de ce marché aux réfugiés sont les Afghans…:

« les Afghans qui ont déjà subi quatre mois d’humiliations (pour arriver jusque-là, ndlr) et qui sont d’une culture très éloignée de la nôtre », s’aggrave durant leur séjour à Lesbos, selon elle. Il s’y développe des « maladies de la faim » ou des épidémies de gale, et « certains vont repartir encore plus fragilisés en Europe du Nord »

… et les ressortissants des Balkans qui représentent aujourd’hui 40% des demandes d’asile. On ne devrait pas tarder à assister à un mouvement croisé sur les routes d’Europe centrale: les Syriens allant vers le Nord et les Roms et autres tribus de la zone redescendant vers le sud.

Réfugiés

La Grèce submergée par les réfugiés

L’appel d’air lancé par l’Allemagne est en train de submerger certaines îles grecques.

A Lesbos par exemple, 22.500 migrants sont arrivés en une semaine, soit le quart de la population de l’île. Ce flux donne lieu à des scènes apocalyptiques que l’Europe avait oubliées depuis longtemps:

Des milliers de personnes ont ainsi été contraintes de camper dans les rues dans des conditions précaires alors que des heurts éclataient régulièrement entre la police et la foule de migrants qui tentaient de monter à bord des ferries.

La Macédoine mise hors service par les réfugiés

De son côté, la petite Macédoine perdue dans ses montagnes a mis un genou à terre face à ces marées humaines pour qui elle constitue un pays de transit et auxquelles elle n’est absolument pas préparée. Le pays ne dispose pas d’infrastructures de transport, ni d’équipement suffisant pour assurer la logistique d’une telle population en errance. On parle à titre d’exemple de 7.600 arrivées en douze heures, dans la nuit de jeudi à vendredi dernier, pour une population totale de 2 millions d’habitants, c’est-à-dire l’équivalent de Paris centre.

« Le dernier train est parti dans la nuit (de mercredi à jeudi). Et sans train, on a été obligé de s’organiser avec des autobus », a expliqué à l’AFP Alexandra Krause, chargée de la communication auprès du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). (…)

« Si la Grèce envoie d’un seul coup plusieurs milliers de personnes, nous allons être facilement débordés », met-elle en garde. Le HCR gère le centre d’accueil côté macédonien de la frontière, quelques conteneurs en tôle pouvant accueillir à peine plusieurs centaines de personnes.

Les réfugiés qui n’avaient plus de place dans les conteneurs s’entassaient jeudi sur un plateau avec, pour seule protection, des grandes bâches en plastique frappées de l’emblème de l’UNHCR qu’ils tenaient au-dessus de leur têtes.

C’est « une tragédie humaine », admet la porte-parole de l’ONU.

Les Macédoniens commencent à évoquer l’idée d’une frontière étanche sur le modèle hongrois, pour juguler le flux de migrants.

42.000 réfugiés attendus en Serbie

Etape suivante après la Macédoine, la Serbie devient elle-même un espace de tensions. Les réfugiés ont en effet besoin de traverser le pays pour rejoindre la frontière hongroise.

Environ 42.000 personnes supplémentaires pourraient arriver en Hongrie depuis la Grèce, la Macédoine et la Serbie dans les dix prochains jours, selon le HCR.

Pour faire face à cet afflux, la Hongrie a par ailleurs érigé une clôture provisoire de barbelés le long des 175 km de frontière avec la Serbie, doublée d’un mur haut de quatre mètres qui devrait être terminé avant fin octobre.

La Hongrie absorbe l’essentiel du choc

L’ironie de l’histoire veut que l’essentiel du « goulot » frontalier organisé par Schengen soit tenu par le gouvernement le plus radical qui existe en Europe, celui de Viktor Orban et de son parti, le Fidesz, assez peu férus de droits de l’homme. Les Hongrois s’attendent à un flux de 500.000 réfugiés cette année, alors que le pays ne compte que 10 millions d’habitants. Toutes proportions gardées, un afflux similaire en France représenterait 3 millions de personnes à faire transiter dans le pays…

Pour la Hongrie, le phénomène des réfugiés cause des troubles grandissants. Après la construction en urgence d’une mur de barbelés de 175 kilomètres pour empêcher (de façon illusoire) tout passage depuis la Serbie, le gouvernement hongrois multiplie les manoeuvres politiques pour contrer la politique allemande d’ouverture, dont la Hongrie est le principal théâtre. Le pays pourrait prochainement se déclarer en état de crise.

La situation y donne déjà lieu, comme on le voit,  à de nombreuses scènes hallucinantes.

L’Autriche suspend ses liaisons ferroviaires

Face à ces arrivées massives, l’Autriche a elle aussi dû tirer toutes les conséquences d’une situation d’exception qui ne devrait pas s’apaiser.

Des dizaines de milliers de personnes sont passés depuis en Autriche, d’où la plupart ont poursuivi leur route vers l’Allemagne. Mais les autorités autrichiennes et la compagnie ferroviaire autrichienne ÖBB, qui assure une large part de ces mouvements de populations, ont dû temporairement interrompre les liaisons avec la Hongrie, incapable de faire face à la surcharge du trafic. « Toujours plus de gens arrivent chaque jour », a expliqué un porte-parole des Österreichische Bundesbahnen. « Cela excède de loin nos capacités. » « C’est la raison pour laquelle nous voulons ralentir le flux en provenance de Hongrie. Ce n’est pas la solution, mais il serait irresponsable de notre part de laisser des gens continuer à arriver et d’être obligés de passer la nuit dans des gares. » On ignorait en milieu d’après-midi si le service pourrait reprendre vendredi.

Le blocage des frontières dans l’Union, objet tabou depuis Schengen, rendu de fait obligatoire par les marées humaines qui les submergent.

Munich en situation explosive

Angela Merkel donne le sentiment d’avoir joué aux apprentis sorciers en décidant depuis Berlin d’un appel au refuge qui est supporté par la Bavière, tenue par des chrétiens conservateurs traditionnellement peu amateur d’immigrations. C’est le secret de l’Allemagne: le Nord fait des promesses qui n’engagent que le sud (pour l’essentiel en tout cas).

Dès aujourd’hui, Munich (sous direction sociale-démocrate) considère avoir atteint ses capacités maximales d’accueil:

Dieter Reiter, le maire social-démocrate de Munich, s’est dit « très préoccupé par l’évolution de la situation ». « Nous ne savons plus comment faire avec les réfugiés », a-t-il déclaré. Munich se plaint du manque de soutien des autres régions allemandes face à l’afflux record. Toute prise en charge par d’autres régions de quelques centaines de réfugiés « nous aiderait à éviter le chaos », a-t-il dit à la gare.

Depuis le 31 août, Munich aurait accueilli 63.000 réfugiés:

de l’avis de l’administrateur bavarois Christoph Hillenbrand, Munich ne pourra pas indéfiniment faire face à un tel afflux.

« Il n’est pas viable pour nous d’accueillir chaque jour l’équivalent de la population d’une petite ville. Sur un plan logistique, ce n’est tout bonnement plus tenable », ajoute-t-il.

Le Danemark ferme ses frontières

Le voisin septentrional de l’Allemagne, et méridional de la Suède (favorable à l’accueil de migrants), le Danemark a manifesté quant à lui son opposition à cette politique migratoire en interrompant ses liaisons ferroviaires avec l’Allemagne!

La compagnie ferroviaire danoise DSB a annoncé avoir suspendu, sur ordre de la police, toutes les liaisons avec l’Allemagne après le refus de centaines de migrants en transit vers la Suède de descendre de train à leur arrivée au Danemark. «C’est la police qui nous a demandé de le faire», a indiqué à l’AFP un porte-parole de DSB. Au moins deux trains transportant 200 réfugiés étaient bloqués à Rødby, port à 135 km au sud-ouest de Copenhague relié par ferry à l’Allemagne. Comme ils refusaient de demander l’asile au Danemark, les autorités leur ont expliqué qu’ils risquaient de cette manière d’être refoulés vers l’Allemagne. Certaines de ces personnes ont tenté de s’enfuir, mais la plupart ont été rattrapées par la police, qui les a envoyées dans un centre pour réfugiés.

Par ailleurs, l’embarquement des trains sur les ferries rapides entre Puttgarden (Allemagne) et Rødby, ainsi que le passage des trains à la frontière terrestre à Padborg, dans l’extrême sud du pays, sont suspendus jusqu’à nouvel ordre dans les deux sens.

Il n’est pas sûr qu’on ait assisté à de telles scènes en Europe depuis 1945…

Le groupe de Visegrad opposé aux choix migratoires allemands

Le choix unilatéral de l’Allemagne d’ouvrir ses frontières (qu’elle n’a pas en commun avec la Syrie…) ne plaît pas à tout le monde en Europe. La réunion extraordinaire des ministres de l’Intérieur qui s’est tenue vendredi 11 septembre a permis de le vérifier.

En pratique, l’opposition est menée par le groupe de Visegrad: Pologne, République Tchèque, Slovaquie et Hongrie, qui ne se sent pas d’attaque, dirait-on, pour accueillir de nouveaux venus.

les pays « doivent avoir le contrôle sur le nombre de réfugiés qu’ils sont prêts à accepter », a martelé devant la presse le chef de la diplomatie tchèque Lubomir Zaoralek.

Une position déjà défendue jeudi par la Roumanie, rejointe par le Danemark.

Ces réticences, maintenues malgré la visite du ministre allemand de l’Intérieur, soulignent bien le dilemme actuel de l’Union: comment améliorer la gouvernance de la zone euro et renforcer l’intégration communautaire quand plusieurs Etats membres se considèrent d’ores et déjà comme au bout des transferts de souveraineté qu’ils sont prêts à accepter. L’empressement de l’Allemagne à élargir l’Europe dans les années 90 est en train de se payer cash.

Les réfugiés et leurs conséquences durables pour l’Union

Pour l’ensemble de l’Union, cette arrivée massive de réfugiés, largement nourrie par l’Allemagne, constitue un nouveau défi après la crise grecque. Dans la pratique, la libre circulation des personnes est devenu un sujet polémique et tout laisse à penser que, dans les prochains mois, la question de Schengen sera à nouveau sur la table. L’Europe peut-elle indéfiniment laisser son espace intérieur ouvert quand ses frontières extérieures sont devenues des passoires?

Une réponse négative à cette question constituerait un antécédent: pour la première fois, un acquis communautaire serait remis en cause par une décision politique. Les prochaines semaines devraient constituer un bon test sur la capacité de résistance de l’Union à la pression qui s’installe.

La guerre pour sortir de la crise

Sans grande surprise eu égard à notre vieille tradition militaire, c’est peut-être l’opinion française qui indiquera la principale voie de sortie de crise: la guerre contre Daesh. Un sondage d’opinion vient d’indiquer qu’une majorité de Français était favorable à une intervention terrestre en Syrie. La guerre comme continuation de la politique par d’autres moyens, c’est bien connu.

 

Comment la tyrannie des minorités nourrit le FN

L’an dernier, j’avais consacré un article à cette étrange tyrannie des minorités qui a inversé le jeu démocratique. Dans un Etat de droit, en effet, la loi protège les minorités autant que la majorité. Une étrange subversion bobo de ce principe veut désormais que la loi ne protège que les minorités et qu’elle musèle la majorité. Une affaire racontée par France Inter, qui n’est pas connu pour être un organe droitiste, en donne une parfaite illustration.

La tyrannie des minorités et les Roms

Des Roms avaient monté un juteux réseau de vol à la tire dans divers musées parisiens. Officiellement, ces gens volaient pour nourrir leurs enfants miséreux. Dans la réalité, le trafic était d’une toute autre nature:

entre 2005 et 2013, l’un des groupes a ainsi opéré 414 transferts d’argent vers la Roumanie, pour près de 700 000 €. La plupart avaient acheté là-bas terrains, maisons, voitures de luxe, et menaient grand train. Sur Facebook, l’un des prévenus avait même posté la photo de son bébé pataugeant dans les billets de 500 €…

C’est en filant le gang de Cinca que les enquêteurs sont remontés jusqu’à Sandra Baciu, chef du second groupe. Née Hamidovic — du nom du réseau ayant formé des générations de pickpockets dans le métro — l’affriolante jeune femme de 36 ans s’est payé un chalet, des jet-skis et une nouvelle poitrine grâce à ses rapines. Du haut de ses vingt ans d’ancienneté, elle distillait volontiers ses conseils à sa copine Cinca. Surnommée la Reine des voleuses, elle se targuait au téléphone de pouvoir amasser jusqu’à 100 000 € en deux semaines.

Cette histoire ne signifie bien entendu pas que tous les Roms vivent de cette façon. Elle montre en revanche que, parmi les enfants qui courent les rues dans Paris, certains sont effectivement entre les mains de réseaux structurés qui n’hésitent pas à les exploiter pour s’enrichir. Cette forme d’esclavagisme moderne manifestement admise dans la communauté Rom soulève assez curieusement peu d’indignation dans le monde de l’antiracisme.

La tyrannie des minorités et la question du racisme

Le gang des Roumains présentait une particularité: il pratiquait les statistiques ethniques et la discrimination raciale. Les voleurs s’attaquaient en particulier aux Asiatiques supposés transporter plus de liquidités que les autres. Cette circonstance a justifié qu’Aude Groualle, procureure de la République, retienne dans son réquisitoire une circonstance aggravante de racisme.

Le point est intéressant: il montre que le parquet a aujourd’hui pris conscience que les minorités ethniques sont aussi productrices de comportements racistes et que l’appartenance à une minorité n’absout pas de tout délit. Pour tous ceux qui, au jour le jour, notamment dans les quartiers, vivent des situations où ils doivent s’excuser d’appartenir à la majorité, cette information sera évidemment relevée avec intérêt.

Seuls les Français peuvent-ils être racistes?

La circonstance aggravante de racisme a suscité, dans la défense, l’une de ces réactions qui fait les choux gras du Front National:

« Cette circonstance aggravante est là pour punir le caractère discriminatoire de violences ou de vols commis par des Français sur d’autres Français du fait de leur appartenance à une minorité. C’était pour renforcer le pacte républicain, pas pour que ça tombe sur des Roumains sans papiers qui s’attaquent à des touristes ! »

Quelle étrange remarque! Ainsi, la loi française pourrait-elle pratiquer des discriminations ethniques. Elle devrait ne s’appliquer qu’aux Français majoritaires, et ne pas s’appliquer aux minorités! Autrement dit, seul le racisme des Français vis-à-vis des étrangers est condamnable, alors que le racisme des étrangers vis-à-vis des Français devrait rester impuni…

Comme le note France Inter:

Le tribunal l’a entendue.

La circonstance de racisme n’a en effet pas été retenue.

Comment les bobos font le jeu du Front National

L’histoire du réseau Rom est bien évidemment une affaire anecdotique de corne-cul qui n’intéresse pas grand monde. Le sujet principal est ailleurs: il est dans cette justice à deux vitesses qui ne traite pas les mêmes faits de la même façon selon qu’ils sont commis par un membre de la majorité ou un ressortissant minoritaire. Ce genre de discrimination négative vis-à-vis des « Français » constitue aujourd’hui le plus puissant ferment de la montée des extrêmismes.

Je sais pertinemment que la doctrine officielle et la tyrannie du discours imposée par les idéologues des beaux quartiers culpabilise tout débat sur le sujet. Les mêmes qui trouvent « populiste » d’aborder la question des communautés en France sont généralement les premiers à se lamenter face à l’expansion du Front National. Il est pourtant manifeste que le puritanisme bobo sur la question des droits de la majorité est aujourd’hui le principal facteur de ralliement des classes moyennes au Front National.

Tôt ou tard, le silence imposé au nom d’une morale pharisienne sur les sujets qui préoccupent les citoyens se paiera très cher.

 

Des migrants dans nos villages abandonnés?

A la suite de mon post sur les migrants et la crise identitaire, j’ai reçu cette contribution de mon ami Eric Verrax, ancien vice-président de la Fédération de Promoteurs Immobiliers.

Mon cher Eric,

Tes derniers propos m’ont réjoui à la mesure de la liberté de ton que tu t’autorises, et que tu nous proposes d’adopter…

Oui la France a trouvé les Italiens trop catholiques, les Maghrébins trop peu chrétiens, les Espagnols trop républicains, les rapatriés trop différents quoique blanc et chrétiens, et les Russes blancs trop monarchistes… La tradition du refus a priori est bien ancrée de même qu’une certaine capacité, historiquement démontrée, à intégrer/assimiler au fil du temps.

Pourquoi faudrait-il concevoir à nouveaux frais notre rapport à l’arrivée massive de migrants/immigrants ?

D’abord avons nous le choix ? nous pouvons bien tenter de nous replier, de mettre en place des procédures et des centres de détention, le flot ne cesse pas. Une organisation positive de ces arrivées est sans doute sans effet sur les politiques frontalières à maintenir, mais on peut aussi penser qu’elle les facilite.

En tout cas une posture déterminée et positive – prévoir plutôt que subir – ne peut qu’apporter des idées, pratiques et solutions nouvelles.

Nous ne savons pas comment sortir d’une forme de léthargie, de renoncement, de peur de l’avenir unique au monde, tous les sondage et l’expérience quotidienne le démontrent surabondamment. Une arrivée significative de populations désireuses de s’installer, de croître, de partager, ne pourra que développer un esprit nettement plus entreprenant.

Ces dizaines de milliers de demandeurs d’asile nous parlent de nos valeurs, et parce qu’ils y croient, nous invitent à les faire vivre. Que signifie « être le pays des droits de l’homme » et ratiociner sur le nombre de demandeurs d’asile acceptés ?

Très égoïstement de plus, nous avons besoin d’urgence de 500 000 migrants pour repeupler la France. Oui, nous regorgeons de villes et de villages de moins de 50 000 habitants voués à une mort lente car à la fois la jeunesse s’en va, les actifs ne veulent plus s’y installer et la certitude de leur fin inéluctable rend leurs habitants moroses, amers, défaitistes. L’arrivée, toujours sur accord du maire et d’au moins deux familles référentes, permet à la fois d’occuper des centaines de milliers de logements vides, d’imaginer un élan vital dans la commune en remobilisant les énergies.

Nous savons aussi que c’est uniquement en intégrant dans le cœur des familles et des territoires ces hommes et ces femmes qu’ils vont adopter les valeurs et les comportements qui sont nôtres, comme l’ont fait avant eux des millions de migrants. Ce ne sont ni de lieux d’accueil collectifs et publics, ni de barres HLM en périphérie des plus grandes villes dont nous avons besoin, mais de micro-insertions dans trente mille villes et villages. N’oublions pas que toutes les professions, toutes les histoires et toutes les envies sont présentes dans cette migration d’un nouveau genre.

Le coût ? 50 000 migrants l’an, pour vivre dans un village, le temps de s’installer et travailler, cela représente sans doute moins de 500 millions par an. La dépense n’est pas invraisemblable, le quart de la baisse d’impôts cosmétique annoncée hier. Comme l’on sait, plus de la moitié de ces dépenses revient automatiquement en recettes sociales et fiscales.

Pendant une période à déterminer, chaque famille des villes et villages concernés pourrait employer en emplois de proximité ces migrants avec un chèque emploi service un peu plus souple et peut-être bonifié ou hors plafond. 10 millions de familles qui emploient une heure par semaine un migrant, cela fait 500 000 emplois à mi temps, soit dix fois plus que nécessaire…

Nous avons autant besoin d’eux que l’inverse.

Quand le Conseil d’Etat piétine la déontologie du fonctionnaire

La déontologie du fonctionnaire ! on s’était déjà payé une bonne tranche de rire sur le sujet au moment du procès Pérol. Le secrétaire général adjoint de l’Elysée, en charge des dossiers bancaires, avait expliqué au juge, la main sur le coeur et le regard perdu d’un enfant naïf, qu’il n’avait eu aucun pouvoir de décision quand il était sous les lambris de la République. Pas de conflit d’intérêt, donc, en étant nommé à la tête d’une banque qui venait de se créer sous les auspices du pouvoir (en l’espèce, la fusion des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires) dont il occupait l’un des principaux postes.

Au passage, lors de l’audience, Pérol avait reçu le soutien appuyé de Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France qui devrait être avantageusement remplacé par l’ancien directeur général de la BNP, Villeroy de Galhau, grâce à une opération d’exfiltration de l’inspecteur général des finances Jean-Pierre Jouyet, accessoirement secrétaire général de l’Elysée (un poste où, comme le disait Pérol, on n’a évidemment aucun pouvoir de décision). Le monde est petit.

A quoi sert la commission de déontologie?

Il existe pourtant une commission de déontologie qui est supposée donner un avis sur tous ces sujets… et qui doit être réformée par une loi soumise pour avis au conseil d’Etat.

C’est vrai que cette commission, présidée de droit par un conseiller d’Etat, est quand même un tantinet brinquebalante. D’abord parce qu’elle ne donne d’avis que sur les sorties de la fonction publique vers le privé. Ensuite parce qu’elle n’évoque pas les doubles missions (par exemple professeur d’université et avocat dans le privé) à temps complet ou à temps partiel. Enfin parce qu’elle est opaque et prend des décisions parfois surprenantes. Mais supposons…

Il fallait donc bien lui donner un petit coup de fraîche pour la remettre au goût du jour.

Le Conseil d’Etat marche allègrement sur la déontologie

Quelle ne fut pas ma surprise, hier, lorsque des camarades m’ont signalé, sur un réseau social, ce document drôlatique:

déontologie

Cette retape ne manque pas d’amuser: alors que le projet de loi est soumis pour avis au Conseil d’Etat, un maître des requêtes manifestement en charge de la rédaction de l’avis, organise des formations privées et lucratives sur le sujet.

Ce scandale ahurissant appelle une première remarque: le Conseil d’Etat, dernière institution opaque de la République, ne publie jamais ses avis. D’où vient que ce secret soit levé par l’un de ses membres dans une activité payante? Toi, pauvre con de citoyen, tu imagines que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen t’a donné les moyens de contrôler l’administration? Que, nenni, tu n’as qu’à payer si tu veux connaître les motifs des décisions publiques. Et ce n’est pas l’Etat que tu paieras, mais bien les fonctionnaires, façon république bananière.

Deuxièmement, on a quand même un vrai sujet, une fois de plus, sur l’impartialité du conseil d’Etat: comment un fonctionnaire qui fait un cumul d’emploi sur les sujets qu’il traite en tant que magistrat peut-il donner un avis objectif sur la loi sur laquelle il est sollicité?

Troisièmement: bonjour, une fois encore, la violation du secret des délibérations par le Conseil d’Etat.

Mais il est vrai que nous, les manants, ne sommes pas dignes de nous exprimer sur ce sujet.

 

Hollandisation du régime: un discret durcissement

Pendant que l’opinion est distraite par des écrans de fumée comme le rapport Combrexelle, la hollandisation du régime se poursuit discrètement. Deux informations passées inaperçues ou presque le confirment.

La Banque de France et la république exemplaire

Comme je l’avais annoncé sur ce blog, Jean-Pierre Jouyet a proposé la candidature de François Villeroy de Galhau, ancien directeur général de la BNP, a la tête de la Banque de France. La proposition était attendue: Villeroy est un strauss-kahnien bien connu, exfiltré de la banque il y a six mois pour préparer un rapport sur le financement de l’économie. J’ai souligné que ce rapport était une longue liste de remerciements à tous les gens que Villeroy de Galhau a croisé dans sa carrière, et en particulier pour les banquiers français qui « l’ont fait ».

Grâce à ce rapport, on sait que la Banque de France défendra, sous les auspices de son futur gouverneur, un assouplissement des règles prudentielles applicables aux banques et reprendra à son compte l’éloge de la titrisation, qui précipita pourtant la planète dans la terrible crise de 2008. Ce merveilleux entêtement à répéter indéfiniment les mêmes erreurs jusqu’à extinction définitive des feux ne manque pas de faire sourire: elle caractérise bien l’agaçante arrogance des élites françaises qui passent en boucle un même disque depuis leurs sortie de Sciences-Po, que le monde change ou pas.

Mais ce n’est pas ce point-là qui fâche. La difficulté vient plutôt du conflit d’intérêt qui caractérise cette nomination. L’une des prérogatives de la Banque de France est en effet de contrôler le respect des règles financières par les banques françaises. Comment ne pas soupçonner Villeroy de réserver un traitement de faveur à la banque dont il était encore salarié il y a six mois?

La question est d’autant plus cruciale que Villeroy sera président de l’Autorité de Contrôle (ACPR) qui a infligé l’an dernier une amende de 10 millions à la BNP pour des histoires de contrats d’assurance-vie en déshérence. Autant confier le ministère de la Justice à Bernard Tapie, ce ne serait pas plus choquant. L’affaire de Jean-Pierre Jouyet éloigne en tout cas une fois de plus le système Hollande de la République exemplaire tant vantée.

Valls prend en main les relations entre partenaires sociaux

De son côté, Manuel Valls a commencé à hausser le (men)ton dans la négociation sur les retraites complémentaires AGIRC-ARRCO. Ouvertes en début d’année 2015 pour rétablir les comptes des régimes au bord de l’effondrement, elles n’ont toujours rien donné. Une séance doit avoir lieu le 16 octobre, et le MEDEF (enfin Pierre Gattaz…) a annoncé par avance qu’il refuserait toute forme d’augmentation des cotisations. Il faut dire qu’après avoir réclamé des baisses de cotisations de la part de l’Etat, il serait politiquement compliqué pour lui d’appliquer une orientation contraire dans les régimes dont il a la maîtrise.

La ligne dure de Gattaz pose deux problèmes.

Premièrement, elle le condamne à ne pas signer avec FO, qui a posé comme condition de base pour toute signature un geste de la part des employeurs. Comme la CGT ne signera pas non plus, et que la CGC a réservé sa signature… le MEDEF risque de ne trouver autour de la table que la CFDT et la CFTC pour signer, ce qui ne fait pas une majorité.

Deuxièmement, le déficit des régimes complémentaires est intégré au déficit public selon Maastricht, ce qui fait de l’Etat le décisionnaire final dans le dossier.

Assez logiquement, Manuel Valls a donc déclaré:

« Un accord doit être trouvé pour sauvegarder ces régimes et préserver le caractère paritaire de leur gestion »

La séance du 16 octobre risque donc d’être un peu chahutée, car personne ne sait quel partenaire social va déclencher l’étatisation du régime AGIRC-ARRCO en refusant de signer un texte qui sauverait le paritarisme. Au total, c’est une nouvelle phase d’expansion de l’Etat qui peut commencer.

Combrexelle ou l’art de la négociation hydroponique

Le rapport Combrexelle a beaucoup fait parler de lui, avant même sa sortie, et une lecture attentive de ce document de 134 pages a le mérite de constituer une sorte de balade bucolique, de vagabondage indiscret dans le domaine paysager de la technostructure française. Ce rapport préconise en effet de transformer le bouillonnant espace des branches professionnelles (marquées aujourd’hui par le désordre et les distorsions, avec de petites branches, de moyennes, de grandes branches…) en un tout organisé qui ressemblerait au parc du château de Versailles. La lecture du rapport est donc aussi agréable que la découverte d’un plan de Lenôtre: il nous propose d’imaginer le tout informe, verdoyant, qui existe aujourd’hui sous la forme du futur jardin bien ordonné, rationnel, simplifié et hiérarchisé qui occupe l’esprit de son concepteur.

Quelle place l’intérêt économique des entreprises y occupe-t-il? C’est évidemment une question annexe… l’essentiel étant que le spectacle soit beau et corresponde aux canons esthétiques définis par la Cour.

Les troublantes certitudes de Monsieur Combrexelle

Impossible de lire le rapport Combrexelle sans relever les étranges certitudes qui l’émaillent.

Il faudrait trop de place pour les relever toutes. On notera simplement que l’ensemble du rapport est dicté par la religion du moment, selon laquelle la négociation collective est bonne pour la compétitivité des entreprises. Bien entendu, c’est l’Etat qui doit imposer cette religion à des entreprises chargées d’obéir avec leurs maigres facultés intellectuelles.

Ainsi, on lit page 27:

En dépit des efforts convergents des gouvernements et du législateur en faveur de la négociation collective, sans oublier bien sûr et d’abord ceux des acteurs eux-mêmes que sont les partenaires sociaux, le bilan reste mitigé.

Il ne vient bien entendu pas à l’esprit de M. Combrexelle de penser que la négociation collective patine à cause d’une intrusion trop pointilleuse de l’Etat dans ce domaine. Pourtant, il ne manque pas de relever dans son rapport cette phrase d’un DRH (page 33):

Pour reprendre l’expression du DRH d’un grand groupe, pourtant peu avare d’avancées sociales et de réflexions sur l’emploi des jeunes : « on a tellement eu l’habitude que les ministres successifs du travail nous disent ce qu’il faut négocier, comment il faut négocier et quand il faut négocier que la négociation n’est plus pour nous un enjeu de management sur lequel il convient de réfléchir et de bâtir une stratégie de ressources humaines : c’est devenu une obligation administrative au même titre qu’une formalité à remplir ».

Au lieu d’en tirer la conclusion que l’Etat devrait cesser de réglementer à tout va un espace collectif qui se porterait mieux en s’organisant seul, Combrexelle propose pourtant d’épaissir la réglementation en créant par exemple une obligation de négocier la responsabilité sociale de l’entreprise. Pour ceux qui avaient imaginé que la mission du conseiller d’Etat consistait à proposer une simplification, cette seule proposition montre bien l’ampleur du malentendu.

La religion du dialogue social

De toute façon, le rapport a décidé d’imposer ses vérités officielles, celles qu’on entend sous les lambris du Conseil d’Etat et qui n’appellent aucune discussion, puisqu’elles sortent toutes de la cuisse de Jupiter. Par exemple (page 50):

Pour reprendre une expression utilisée dans le monde de l’entreprise, il y a « un retour sur investissement » pour le dirigeant qui engage résolument et loyalement son entreprise dans la voie de la négociation avec les syndicats.

Alors que, dans les pages qui précèdent ce passage, le rapporteur souligne que des études anglo-saxonnes n’ont pas permis de prouver la suprématie de la négociation collective dans la performance de l’entreprise, ce type d’affirmation laisse un peu perplexe. On voit bien que, sous couvert de laisser de la marge aux partenaires sociaux, c’est une idéologie de la négociation à tout prix qui s’impose. Il faut négocier tous azimuts, parce que c’est bien de négocier.

L’immobilisme érigé au rang de dogme

Puisque le dialogue social, c’est bien, il faut donc dialoguer à tout va, et tout spécialement dans les ubuesques instances actuelles.

Alors que de nombreux acteurs économiques attendaient une inversion de la hiérarchie des normes, et plus particulièrement une mise en exergue des accords d’entreprise au détriment des autres niveaux, le rapport Combrexelle assène ses vérités sorties de nulle part, qui concourent toutes à disqualifier cette inversion. Par exemple (page 53):

Aucun responsable n’envisage sérieusement de supprimer dans notre droit du travail l’accord de branche.

On retrouve bien ici le mode de « pensée » du conseil d’Etat. Quand il s’agit de présenter l’opinion d’un conseiller d’Etat comme une vérité universelle n’appelant aucune discussion, nul n’est besoin de recourir à des arguments rationnels. Il suffit d’utiliser l’argument d’autorité: « aucune personne responsable ne dit ceci, donc ceci n’est pas inclus dans la discussion ». C’est la paresse de notre technostructure qui considère ses certitudes échangées dans son entre-soi comme des vérités irréfragables qu’il serait désobligeant (ou contraire à l’étiquette de la Cour) de mettre en débat.

Combrexelle propose donc de réduire la place des accords d’entreprise à la portion congrue, au bénéfice d’une dynamique renouvelée de négociations de branches qui seraient toute puissante. C’est absurde, c’est unilatéral, ce n’est en aucun cas le reflet du souhait des entreprises, mais comme c’est décidé par un conseiller d’Etat entouré d’universitaires, c’est forcément très intelligent et très vrai.

La question des TPE

Le rapport propose même d’aller plus loin en mettant en place des accords types de branche avec quelques cases vides qui n’auraient plus qu’à être remplies dans les TPE. Ainsi, page 97, on lit:

Au surplus, il peut être intéressant pour la TPE d’avoir une organisation du travail qui résulte d’un accord au plus proche du milieu du travail. Comme il a été indiqué, ce pourrait être le rôle de la branche que de proposer ces accords d’entreprise clefs en main dans le cadre de sa mission renforcée de prestation de services à l’égard des TPE. Ces accords type devraient mentionner les zones de choix possible. Ils devraient être nombreux et correspondre à la diversité des entreprises en fonction de leur taille et de leur activité. Pour être très concret, il y aurait un accord type, par exemple, pour le garage de réparation automobile, la blanchisserie, la boulangerie, la petite entreprise de maçonnerie, le café-restaurant, le cabinet médical, etc.

Dès lors que la structure et l’essentiel des équilibres de ces accords auraient été préalablement négociés entre syndicats et organisations patronales au niveau de la branche, il pourrait être laissé à l’employeur la liberté d’en définir certains paramètres avec les salariés.

On ne pouvait imaginer de réduction plus drastique de la place de l’accord d’entreprise dans un rapport supposé lui élargir ses horizons. Et là encore, il faut une bonne dose d’audace, assez proche de celle de Bouvard et de Pécuchet d’ailleurs, pour expliquer qu’un accord-type défini au niveau d’une branche résultera « d’un accord au plus proche du milieu du travail ». Pour soutenir avec autant de péremption une absurdité pareille, il faut complètement ignorer que la plupart des négociateurs de branche ne mettent jamais les pieds dans une entreprise, ou très rarement, et ne souhaitent surtout pas y retourner.

La place de l’Etat exclue du rapport

Le même esprit assertorique inspire les considérations sur l’Etat, dont le verbatim suffira à montrer que Combrexelle a systématiquement fermé les portes qu’il aurait pu ouvrir.

Page 69:

l’État doit bien évidemment garder ses missions régaliennes et son rôle d’accompagnement dans la limite des moyens notamment humains dont disposent les services du ministère du travail.

« Bien évidemment » signifie ici « circulez, y a rien à discuter » – l’évidence du Palais Royal constituant là encore une vérité scientifique qui n’a pas besoin d’être ni démontrée, ni discutée.

Page 70:

La question du principe de l’extension peut donc se poser du point de vue économique et théorique : mais tant qu’il n’y aura pas eu une restructuration profonde des branches, l’extension doit, à l’évidence, être maintenue.

Lorsque il n’y aura plus qu’une centaine de branches, disposant, tant côté syndical que côté patronal, de la capacité de structurer les secteurs dont elles ont la charge, les modes d’intervention de l’État pourront être revus et allégés en s’inspirant du dispositif qui sera applicable aux accords d’entreprise.

Mais sur ce point, il doit être clair que la balle est d’abord dans le camp des partenaires sociaux et non dans celui de l’État.

Là, on est sidéré. L’Etat pose unilatéralement le principe selon lequel il faut une centaine de branches en France… et les partenaires sociaux n’ont plus qu’à faire. Tant qu’ils ne l’auront pas fait, l’Etat maintiendra sa tutelle sur la négociation collective par la mécanique dite de l’extension qui étend à toutes les entreprises d’un secteur (même les non adhérentes à un organisation patronale signataire de l’accord) les effets de cet accord.

On note au passage que la fusion des branches a un objectif avoué: « structurer les secteurs » économiques.

Vers un jardin à la française

Restructurer l’économie française autour d’une centaine de branches totalement hors sol mais contrôlées par l’Etat, telle est la vision cachée de notre jardinier républicain. Sous couvert de rapprocher le droit du travail et les entreprises, c’est en réalité une vaste opération de bureaucratisation qui se prépare. Des négociateurs répartis dans une centaine de branches regroupant 3 millions d’entreprises auront la faculté de négocier des accords-types (fictivement présentés comme proches du terrain) que les petites entreprises n’auront plus qu’à compléter.

Ainsi l’économie française ressemblera-t-elle au parc du château de Versailles, avec ses grandes allées et ses bosquets bien rangés dont pas une feuille ne dépasse.

Chacun a bien entendu compris l’imposture profonde de la mission Combrexelle: sous couvert de donner du lest aux entreprises, il s’agit en réalité de les étouffer dans un tout coupé au cordeau où seuls les représentants des grands groupes auront droit au chapitre. Les petits pourront juste remplir des cases laissées vides par des négociateurs parisiens totalement inconnus d’eux et ignorant même tout de leur métier. Le regroupement des branches obligera en effet à faire négocier des accords pour des entreprises aux métiers très différents.

Le jardin à la française de M. Combrexelle est en réalité un jardin hors sol: il se propose de construire une économie de la négociation collective totalement coupée des réalités. Il faut ici saluer le génie du rapporteur: il transpose à la négociation collective les principes de l’hydroponique qui font le bonheur des cultivateurs de cannabis. On regrettera simplement que ce génie créateur, pétris à chaque page de ses évidences mystiques, se fasse, une fois de plus, au détriment des entreprises qui font la croissance.

Une réforme du code du travail façon Vichy

La réforme tant attendue du code du travail, annoncée comme un monstre libéral, devrait se transformer en un bien pépère retour aux conceptions vichystes. Bravo le changement!

Une réforme tant annoncée…

On allait voir ce qu’on allait voir! Enfin François Hollande allait se consacrer à l’oeuvre réformatrice pour laquelle il vibre depuis qu’il est tout petit. Grâce à lui, l’indigeste code du travail deviendrait aussi sibyllin que le Petit Prince et les employeurs accèderaient enfin au paradis managérial dont ils n’osaient même plus rêver. Soudain, recruter deviendrait un bonheur et même une joie! La gestion des ressources humaines se transformerait en une planque encore plus dorée que percepteur des impôts en Corse ou adjoint chargé de la culture à Hénin-Beaumont.

Et déjà François Hollande répétait devant son miroir, une main sur le coeur, son discours de campagne façon: j’ai fait le sacrifice de ma personne pour la France, j’ai osé ce que personne avant moi n’avait osé, votez pour moi.

…Un flop si prévisible

En même temps, il fallait être bien naïf pour imaginer qu’un Président de la République, ancien magistrat de la Cour des Comptes et permanent à vie du Parti Socialiste, n’ayant jamais mis les pieds dans une entreprise (sauf pour le Noël des enfants ou pour une remise de décoration), grand spécialiste de l’endettement des collectivités locales (comme émetteur de dettes, pas comme gestionnaire), devait être pris au sérieux lorsqu’il s’attaquait à la réforme du code du travail. C’est un secret de Polichinelle: le droit du travail pour François Hollande, c’est un peu comme la phénoménologie hégélienne pour Zlatan Ibrahimovic ou la convention de Genève pour Daesh – il en a entendu parler, il peut même en réciter quelques mots tirés d’une fiche Wikipédia, mais il n’a pas vraiment bâti son narcissisme personnel sur le sujet.

On voit d’ailleurs bien que, lorsqu’il annonce que la réforme ne concernera ni la rémunération, ni le temps de travail, ces mots-là sont prononcés comme il dirait: on ne réformera pas la recette des crêpes suzette. Cela ou autre chose, au fond, peu importe – l’essentiel est d’occuper le terrain en annonçant des réformes, même si elles sont vides ou creuses.

Une affaire de technostructure

Au cas où François Hollande aurait, par une inadvertance dont il est coutumier, laissé filer une trop ambitieuse réforme, la technostructure qui l’entoure avait de toute façon pris ses dispositions. Pas question, en effet, de ne pas mettre sous contrôle une opération consistant à laisser les entreprises définir leurs propres normes en dehors de la loi. Cette façon d’imaginer que des employeurs pourraient se substituer au pouvoir réglementaire, même sur un tout petit bout de droit du travail, était pour ainsi dire une insulte aux prérogatives de la technostructure dominante. Et puis, comme vous le savez, qui vole un oeuf vole un boeuf! laisser une entreprise décider seule de l’emplacement des toilettes et des panneaux syndicaux, c’est le début de la sécession.

Donc… à peine l’annonce de la réforme faite, la technostructure a-t-elle mis en branle tout son arsenal pour stériliser la réforme. Elle a convaincu l’ancien ministre de l’Intérieur devenu Premier ministre de ne pas perdre une once de pouvoir en confiant la préparation du projet à l’ancien directeur général du Travail, Jean-Denis Combrexelle, devenu conseiller d’Etat. L’avantage, quand on demande à une poule d’aiguiser un couteau, c’est qu’on connaît par avance le résultat.

Mais pour être sûr de chez sûr, Valls n’a pas demandé à une seule poule d’aiguiser le couteau. Il a sollicité toute la basse-cour, histoire de ne prendre aucun risque.

Combrexelle torpille la réforme

Sans surprise donc, Combrexelle doit rendre ce mercredi un rapport qui a fuité dans la presse ce mardi, sur « l’inversion de la hiérarchie des normes », et qui mériterait plutôt de s’appeler « l’introversion de normes », tant les idées, derrière une apparence d’audace, sont timides. Pour l’essentiel, la réforme consistera à déporter la détermination des normes vers les branches, là où elles sont pour l’essentiel fixées par aujourd’hui par le législateur après avis du MEDEF.

Autrement dit, le big bang tant annoncé se réduit à une baisse d’un cran hiérarchique. Ceux qui ont négocié dans les branches connaissent tous les dangers de ce système, surtout s’il procède par accord majoritaire, et surtout si la majorité devait être fixée à 50% au lieu des 30% actuels. Dans la pratique, très peu de branches obtiendront des accords dérogatoires.

Surtout, et Combrexelle le sait, la branche est un espace où s’exerce une sorte de dictature des plus gros sur les plus petits, en toute opacité. Et les grandes entreprises n’hésitent jamais à fixer des normes sociales en apparence favorable pour éliminer la concurrence des petits. La convention collective du cinéma en avait apporté la preuve il y a deux ans.

Le retour aux corporations de Vichy

Là où l’on avait imaginé une libéralisation, Combrexelle nous promet en réalité un retour aux corporations de Vichy. Son idée est simple: on passerait des 700 branches actuelles à une centaine seulement, qui seront toutes dominées par quelques grandes entreprises, seules capables de peser sur les négociations. Par exemple, dans le domaine agro-alimentaire, les boucheries hippophagiques (qui sont confidentielles) seront absorbées par les gros du secteur comme Bigard et consors.

Pourquoi ce choix? parce que big is beautiful selon la religion de la technostructure, et qu’il y en a marre de toutes ces petites entreprises qu’on n’arrive pas à contrôler. Réorganisons l’économie française autour de 100.000 grandes entreprises divisées en 100 branches, et tout ira beaucoup mieux.

Dans ce jardin à la française dont rêve la technostructure emmenée par quelques conseillers d’Etat fantasques à l’ego dont la dimension est inversement proportionnelle à l’ouverture d’esprit, le dialogue social doit être quadrillé par quelques négociateurs venus des services de l’Etat en détachement pour transformer le droit conventionnel en code administratif.

Cette vision-là, les mêmes conseillers d’Etat l’avaient déjà portée sous Vichy, et on y retrouve bien l’esprit d’un Alexandre Parodi, prédécesseur de Combrexelle en 1940 (puisque Parodi fut directeur du Travail de René Beulin) et « inventeur » de la sécurité sociale en 1945. Elle est faite d’une logique implacable: il faut mettre le système sous contrôle.

Le résultat inverse des intentions

François Hollande a prétendu réformer pour libérer la croissance. Dans la pratique, il va l’étouffer définitivement par un mensonge institutionnel extrêmement inquiétant: d’un côté on prétend ouvrir, de l’autre on ferme effectivement, en renforçant le carcan de réglementations qui encadre les petites entreprises qui créent de la croissance. Car une réglementation incompréhensible, qu’elle soit rédigée par le législateur ou par le négociateur de branche, reste une réglementation incompréhensible. Et le problème français n’est pas de savoir qui rédige la réglementation, mais ce qu’on y met…

La guerre comme extension du bordel français par d’autres moyens

Que la France entre en guerre n’est pourtant pas un événement anodin! Il est stupéfiant que l’annonce de frappes aériennes contre le Syrie se fasse entre une tartine sur le droit du travail et une rondelle de saucisson sur les impôts. Il n’y a plus de respect et plus de tradition, mon bon Monsieur, dans l’art de déclarer la guerre, et François Hollande est un iconoclaste de premier ordre, avec ses frappes sans déploiement au sol glissées dans une conversation comme s’il s’agissait d’une décision de gestion parmi d’autres.

Une fois de plus, les mauvais esprits qui se souviennent de la phrase de Clausewitz: « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens » se disent: mais quelle politique François Hollande veut-il continuer par la guerre ? Et là, un grand vide s’ouvre sous leurs pieds…

La guerre pour quelle politique?

Je m’efforce de percer les mystères de la stratégie française dans le monde arabe, et singulièrement en Syrie ou dans ce qu’on appelait à une époque le Machrek. Sauf erreur de ma part je n’y vois guère plus d’épaisseur que dans une note d’énarque à l’épreuve de diplomatie, au classement de sortie de l’école. En dehors des banalités qui s’échangent dans les dîners des beaux quartiers et qui tiennent lieu de pensée unique sous les lambris de la République (le cerveau de la technostructure ayant autant horreur du vide que du plein), on n’y voit guère d’ossature reposant sur une quelconque compréhension de la région ni sur une quelconque vision au-delà des trois mois qui arrivent.

Au fond, tout se passe comme si Bernard Henri-Lévy était devenu le penseur officiel de la République. En dehors du leit-motiv: « Bombardons Daesh et tous nos problèmes seront réglés », on peine à trouver un fil conducteur. Mais c’est peut-être cela l’apothéose de la nouvelle philosophie dont BHL fut l’un des hérauts: le recours à des baguettes magiques pour sublimer le réel. En digne pratiquant de cette pensée mystique, François Hollande ne dit pas autre chose. Survolons le territoire du Daesh, en y envoyant des bombinettes « quand nous serons prêts », et les problèmes se résoudront. Le terrorisme va disparaître, les réfugiés vont arrêter de traverser la Méditerranée et la paix va revenir.

On comprend mieux pourquoi François Hollande est allé inaugurer, l’après-midi, l’exposition consacrée à Osiris (Dieu égyptien qui retrouve son unité après avoir été démantelé) à l’Institut du Monde Arabe, le fromage qu’il avait déposé dans le bec de Jack Lang début 2013. Sa pensée diplomatique n’est plus compréhensible par les profanes: elle puise directement dans les profondeurs de la spiritualité orientale, et seuls quelques égyptologues peuvent désormais prétendre comprendre la politique étrangère de la France dans le monde arabe.

La guerre aérienne comme degré zéro de la diplomatie

Que l’intervention aérienne de la France soit totalement inutile ne fait évidemment de doute pour personne, même pour les plus pacifistes ou les moins connaisseurs du fait militaire. Le largage de bombes au-dessus d’un territoire n’a jamais permis de régler la moindre question politique au sol et il faut une culture historique médiocre pour savoir que tous ceux qui ont prétendu le contraire avaient des buts inavouables à cacher.

L’un des pionniers du règlement politique par la guerre aérienne fut, par exemple, Hermann Göring, selon qui l’Angleterre pourrait être mise à genoux grâce à d’intenses bombardements sur Londres. La suite prouva le caractère très aléatoire de cette affirmation. Inversement, les Alliés soutinrent eux-mêmes, au nom de la théorie des bombardements stratégiques, qu’ils pourraient mettre l’Allemagne à genoux en déversant des bombes sur ses villes, à défaut de pouvoir débarquer sur les côtes normandes. Les résultats de cette politique furent très discutables…

S’agissant d’une insurrection contre l’armée régulière de Bachar el-Assad, on voit mal comment la politique de bombardement pourrait porter plus de fruits que les échecs retentissants engrangés depuis des décennies sur le même sujet. Il est évident que si notre politique au Proche-Orient se limite (si l’on ose dire) à l’ambition de se débarrasser de Daesh sans construire aucun régime durable fondé sur un Etat solide, seule une intervention au sol est susceptible d’atteindre le but que nous nous sommes fixés.

C’est ce qu’on appelle couramment le degré zéro de la diplomatie qui, comme son nom l’indique, ne devrait produire aucun résultat tangible.

La guerre comme continuation du bordel français

Mais, bien entendu, la question de la survie ou non de Daesh, nous l’avons bien compris, n’est qu’un élément accidentel de la politique française, un prétexte, une sorte d’emballage tonitruant qui dissimule la sucette acidulée à laquelle il va falloir se coller. On ne bombarde pas dans l’intérêt des migrants, ni même pour combattre le terrorisme, on bombarde pour mettre l’opinion française sous tension et la pousser à aimer un Président de la République à la ramasse, mais candidat à sa propre réélection.

François Hollande compte évidemment sur deux ficelles pour promouvoir sa cause.

Première ficelle, l’image quasi-puérile du héros de guerre que les Français aiment parce que c’est la guerre, parce qu’il la gagne, et parce que cela nous donnera un beau défilé du 14 Juillet. Les Français l’aimeront comme ils ont aimé Bonaparte vainqueur d’Austerlitz. Bon, d’accord, on ne va quand même pas faire une vraie guerre avec des vrais soldats, mais après tout il ne s’agit de devenir un dictateur qui soumet son trône au plébiscite. Ses ambitions sont plus modestes: une toute petite guerre pour gagner quelques points au premier tour, histoire de ne pas être annihilé par Marine Le Pen dès les premières longueurs. Une mini-guerre, en quelque sorte, pour un mini-héroïsme et un mini-score.

Deuxième ficelle: pas de zizanie en temps de guerre. Pendant que nos pilotes mettent leur vie en jeu, la France doit rester unie. La méthode fonctionne toujours: on ne critique pas un Président qui conduit les armées en mouvement, etc. La technique est bien connue, et elle garantit sa part de succès. A défaut de susciter l’enthousiasme, elle neutralise les critiques de l’opposition qui ne veut pas apparaître comme « traîtresse ».

Au fond, la guerre en Syrie a exactement la même fonction que la guerre au Mali ou en Centrafrique: une fonction immédiate d’intervention militaire, et une fonction durable de remontée dans les sondages.

Il faudrait commencer à comptabiliser le coût exact de la candidature de Hollande en 2017.

Briefing: droit du travail, impôts, indicateurs

La semaine qui arrive devrait encore être dominée par les émotions politiques, sans véritable moment structurant, même si divers indicateurs économiques risquent d’orienter les sous-jacents de l’actualité.

L’événement Combrexelle

Mercredi, Jean-Denis Combrexelle doit rendre son rapport sur le droit du travail, qui est désormais devenu un véritable événement collectif. La question de l’inversion de la hiérarchie des normes est au coeur des inquiétudes des uns, des espérances des autres. Dans la pratique, le rapport devrait favoriser les accords de branche sans mesure véritablement révolutionnaire. Sa composition visait en effet à éviter une orientation trop « libérale » qui aurait donné trop d’importance aux accords d’entreprise.

L’enjeu consistera à connaître la suite donnée au rapport. Un projet de loi devrait permettre à des accords de branche de déroger défavorablement aux dispositions légales.

Les baisses d’impôts prennent forme

Probablement annoncées lors de sa conférence de presse de lundi par le Président de la République, les baisses d’impôts dont personne ne sait encore comment elles seront financées devraient porter sur un montant de 2 milliards d’euros. Selon toute vraisemblance, elles consisteront à élargir l’assiette des Français exonérés d’impôt sur le revenu des personnes physiques. En 2016, 60% des ménages devraient être exonérés.

En contrepartie, on restera attentifs aux mesures prises dans le domaine en loi de financement de la sécurité sociale.

Un sommet agricole extraordinaire

Ce lundi, les ministres européens de l’agriculture devraient en outre se réunir pour discuter d’éventuelles mesures d’exception pour soutenir les éleveurs. La France devrait y conduire le groupe des pays qui demandent un relèvement des prix, contre le commissaire en fonction, hostile à toute intervention. Les marchés européens souffrent de l’embargo russe, qui crée une crise de surproduction.

Quelques indicateurs économiques importants

L’angoisse majeure provient des indicateurs économiques, dont certains permettront de mesurer l’ampleur des conséquences produites par la crise chinoise. Ce lundi, l’indice de la production industrielle en Allemagne permettra de mesurer la situation en Europe. Mardi, ce sont les balances commerciales allemande et française de juillet, ainsi que le PIB européen au 2è trimestre qui seront publiés. La production industrielle française de juillet sera connue jeudi et l’indice de confiance du Michigan pour septembre sera publié vendredi.

Ces différents chiffres dresseront un portrait global des perspectives à venir pour l’Union.

La semaine suivante commencera par un sommet européen consacré aux migrants. Celui-ci s’ouvrira dans un contexte de durcissement vis-à-vis de l’Etat islamique où la France aura annoncé une intervention aérienne.