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Le contribuable, ce citoyen de seconde zone

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Le contribuable est forcément un citoyen de seconde zone. S’il paie des impôts, c’est parce qu’il a de l’argent. Et s’il a de l’argent, il a probablement quelque chose à se reprocher. Grâce à ce brillant sophisme, aussi vieux qu’un cheval gratuit est rare, et comme tout ce qui est rare est cher, un cheval gratuit est cher, le gouvernement discrédite chaque jour un peu plus la démocratie: ceux qui la financent sont des gens suspects, beaucoup moins fréquentables que ceux qui en profitent. Cet extravagant retournement des valeurs conforte une logique d’assistanat où la valeur est tirée de la dépendance vis-à-vis de la communauté.

Le précédent de l’impôt sur le revenu

On se souvient que le projet de loi de finances pour 2016 a mis en place une mécanique compliquée pour ramener le nombre de contribuables payant l’impôt sur le revenu à moins de la moitié des assujettis. Pour le gouvernement, il est important qu’une majorité de Français ne participe pas directement aux dépenses publiques par le biais de l’imposition.

Pour qualifier ce réflexe, on hésite entre populisme et esprit de défaite, à moins que ce ne soit les deux.

Populisme: pour donner à François Hollande une ultime chance d’être élu en 2017, le gouvernement flatte les bas instincts qu’il prête aux électeurs en leur expliquant qu’ils n’auront pas à payer directement pour l’entretien des armées de fonctionnaires dont le nombre ne cesse de gonfler. Que les riches paient! ils en ont les moyens…

Esprit de défaite: le gouvernement préfère un peuple obéissant, qui profite de la dépense publique sans y participer, plutôt qu’un peuple d’empêcheurs de tourner en rond qui demande des comptes sur l’utilisation de l’impôt. C’est ainsi que les démocraties finissent: quand le pouvoir endort les consciences et parie sur la docilité plutôt que sur la liberté.

L’affaire des demi-parts des veuves

Alors que le gouvernement offre 2 milliards de réductions d’impôts à tous ceux qui seront désormais exonérés de l’impôt sur le revenu, il veut aller plus loin.

La suppression des demi-parts des veufs et veuves, décidée en 2008, produit mécaniquement une hausse des impôts locaux? L’Etat (entendez les autres contribuables) paiera. Alors que les rares contribuables sont déjà assommés au titre de la solidarité, ils devront faire un effort supplémentaire pour ceux qui ne paient pas l’impôt.

Bien entendu, personne ne pose la vraie question: pourquoi les impôts locaux sont-ils si élevés?  Cette question-là fâche trop. Et puis elle obligerait à rendre les millions de fonctionnaires territoriaux productifs… Et ça, le fonctionnaire n’aime pas.

Le geste en faveur des handicapés

Bercy avait projeté d’aligner l’allocation adulte handicapé (AAH) sur les autres minima sociaux, en déduisant de leur calcul les intérêts des comptes d’épargne. L’allocataire qui dispose d’une épargne importante en sera heureux: s’il a eu la bonne idée d’hériter de la formule familiale, il continuera à vivre de la solidarité collective.

Là encore, le système fonctionne sur des postures à deux vitesses: d’un côté, le gentil allocataire qui a tous les droits, de l’autre, le méchant contribuable qui a tous les devoirs.

Qu’importe, puisqu’il est un citoyen de seconde zone…

11 commentaires

  1. déception positive dit

    « pourquoi les impôts locaux sont-ils si élevés? » Réponse: parce que ils sont assis sur une valeur théorique des biens immobiliers qui, par définition sont immobiles, donc le contribuable, le cochon de propriétaire, est captif d’où le machiavélisme de la petite musique qu’on entend parfois « Faire de la France un pays de propriétaire » et les aides à l’accession à la propriété qui permettent en fait d’enfermer les classes moyennes dans un statut de contribuable captif. Incidemment, cela explique aussi d’ailleurs aussi l’immobilisme français car quelles possibilités de bouger quand on a un bien éventuellement acquis avec un crédit sur plus de 20 ans et qui perd de la valeur et qu’il vaudrait donc revendre éventuellement à perte d’autant que l’acheteur potentiel va aussi demander à voir les feuilles d’impôts sur plusieurs années pour décider s’il s’installe là plutôt qu’ailleurs. Enfin, rassurez vous, les impôts locaux vont forcément augmenter dans certains territoires; en effet les Préfets doivent présenter, à l’arraché pour le mois de mars, un nouveau schéma départemental de coopération intercommunale et ils poussent à l

    • bulltrap dit

      Si la valeur locative baisse (vous faites référence à cela en parlant de valeur théorique ?) il restera le levier du taux (enfin des 3 taux – communal – communauté de commune – département).

  2. déception positive dit

    désolé fausse manœuvre donc suite et fin…. ils poussent à la roue pour obliger les EPCI notamment dans les départements ruraux les communautés de communes à des mariages forcés (big is beautiful) or on s’aperçoit partout que les compétences que ces EPCI ont choisi d’exercer jusqu’à présent sont très diverses ainsi que les taux des taxes et impôts locaux. L’harmonisation promet déjà un joli casse tête d’autant que bien sûr tout cela doit être plié pour le 1° janvier 2017. Pouvez vous croire que cela va pouvoir se faire à minima. Bien sûr que non. Donc dans toutes ces nouvelles communautés regroupé à la schlague de fortes augmentations d’impôts locaux peuvent déjà être assurées dès 2017.

  3. Votre premier paragraphe est excellent.

    Vous démontez le mécanisme de l’assistanat couplé au social-clientélisme en quelques phrases et, en plus, vous expliquez en quoi il est par essence anti-démocratique.

  4. Gordion dit

    A chaque fois que je lis ce blogue, je me demande ce qui est le plus délectable : la justesse de l’analyse ou le ton irrévérencieux de l’auteur…la fusion des deux !! On pâme comme le disait Molière. De grâce continuez pour le bénéfice de notre intelligence et de notre bonne humeur. Par les temps actuels cela fait du bien.

  5. Monsieur Verhaeghe,

    Il semble que vous soyez vous-même tombé dans la propagande de Bercy avec la tarte à la crème de « la moitié des Français ne paie pas d’impôts ».

    C’est vrai du seul impôt sur le revenu.

    — La TVA, de loin la première recette fiscale de l’État, n’est pas concernée
    — Ni la taxe intérieure sur les produits pétroliers
    — Ni la CSG, la CRDS ou les autres cotisations sociales (patronales comme salariales, puisque toutes font partie du salaire complet d’un salarié que doit payer son employeur)

    L’impôt sur le revenu est l’arbre qui cache la forêt.

    La distinction est moins entre contribuable et allocataire qu’entre bénéficiaire net et contributeur net. Il y a certes une forte corrélation entre les deux, mais il est important d’être précis sur les termes en ces temps de confusion générale.

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