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Journal de guerre: déjà le bruit des bottes

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Aux aurores, la police, soutenue par l’armée, a investi le centre de Saint-Denis pour déloger des suspects. L’assaut ne s’est terminé qu’en fin de matinée. Visiblement, les explosifs posés en catimini avant cinq heures du matin sur la porte blindée de l’appartement n’ont pas suffi à la défoncer et les occupants ont pu organiser leur défense. Ils semblaient préparer un attentat à Nanterre, aux Quatre Temps et sur la dalle. Ils étaient lourdement armés et manifestement préparés à des assauts de ce genre.

Le bruit des bottes dans les rues

Sans que nous ne nous en rendions compte, le bruit des bottes devient une habitude. Il se répète et choque de moins en moins les oreilles. Plusieurs milliers de coups de feu ont été tirés à Saint-Denis durant la matinée. Les images de ces fusillades, qui commencent à avoir tout de la scène de guérilla à la libanaise, ont circulé sur les réseaux sociaux.

Dans les rues de Paris, même dans l’est parisien, l’atmosphère était pourtant calme, quasi-indifférente. Avec une rapidité étonnante, cette guerre est entrée dans la vie quotidienne comme l’élément hideux d’un paysage auquel on s’accoutume même s’il fait horreur. Personne ne la souhaite, mais tout le monde au fond se disait qu’elle arriverait tôt ou tard.

Scène presque cocasse dans le métro: deux indiens se sont quasiment battus à coup de bouteilles, l’un soutenant, si j’ai bien compris, le terrorisme de Daesh, l’autre le vomissant. Les Parisiens ont vécu l’incident avec une sorte d’indulgence que je ne leur connaissais pas jusqu’ici.

Le bruit des bottes au Parlement

Après la séance de questions, hier, où l’opposition a ferraillé sous les caméras contre le gouvernement, le peuple français a hurlé. Certes, François Hollande ne paraît pas le meilleur jockey pour conduire la jument France à la victoire, mais de là à laver son linge sale sous les yeux du monde! Ces bons vieux Français toujours, quoiqu’ils disent, attachés au protocole et aux usages, n’ont pas aimé et l’ont fait savoir à ces députés remuants.

Ceux-ci reviennent donc à l’entente cordiale et donnent désormais le spectacle faux et hypocrite d’un soutien au gouvernement. Si certains avaient imaginé ou espéré que les événements profitassent à la droite, le doute n’est plus permis. La seule certitude que les Français acquièrent est celle d’une indispensable purge politique pour régénérer la démocratie.

Certains députés l’ont bien compris. Popelin, socialiste de Livry-Gargan, a proposé d’ajouter à l’état d’urgence la possibilité de censurer la presse qui ne relate pas les événements sous l’angle que le gouvernement souhaite. La tentation autoritaire prend forme.

Le bruit des bottes demain

L’amendement Popelin n’est pas passé et l’état d’urgence se limite à des assignations à résidence et des fouilles d’ordinateur en cas de perquisition. Mais on a bien senti l’envie qui pointait, au sein de notre classe politique corrompue et dépassée par les événements, d’utiliser le terrorisme pour faire taire l’opinion publique. Le gouvernement s’y oppose aujourd’hui, mais les premières répétitions de la pièce qui se jouera demain ont eu lieu.

L’anecdote est amusante. Je me suis souvent demandé comment la Révolution de 1789 avait pu dégénérer en un bain de sang. Sous nos yeux, le même film commence. Des députés proposent isolément des mesures dont, implicitement, on sent bien que l’objectif est de conserver le pouvoir en remettant tout le monde au pas, et spécialement ces Français éduqués à qui il ne faut plus en conter. Peu à peu émergera l’idée que cette remise au pas est l’étape indispensable pour conserver les privilèges acquis au bénéfice de la décadence républicaine.

Entre l’aspiration populaire à une autre culture politique et une autre gouvernance, d’un côté, la détermination des élus à conserver leur siège et leur régime coûte-que-coûte, de l’autre, le frottement est inévitable. Nous en voyons les prémisses. Nul ne sait qui gagnera.

Bruit des bottes et bruit des fêtes

Une autre particularité m’a toujours étonné dans la Révolution Française. Il est connu que la vie à Paris, au plus fort de la Terreur, était restée festive et insouciante. En dehors de quelques journées d’émeute, la Révolution n’a concerné qu’un dixième des Parisiens. Le reste était occupé à survivre et à faire la fête.

La même fracture apparaît aujourd’hui. Partout fleurissent des appels à résister en buvant des verres aux terrasses des cafés ou en allant au théâtre. La mort rode et la joie est dans les coeurs. Plus la tragédie gronde, plus les esprits sont légers.

Le bruit des bottes cache l’orage

Les Parisiens ont bien raison de boire des canons tant qu’ils le peuvent. Comme l’actualité est monopolisée par les attentats, le pire ne leur est pas dit. Ainsi, le G20 s’est terminé dimanche sur le constat d’un ralentissement économique général. Aujourd’hui, et contre les conclusions du G20, la Réserve fédérale a quasiment annoncé le relèvement de ses taux en décembre. La nouvelle ne pouvait pas plus mal tomber. Dans un monde en crise, inquiété par le terrorisme, le fait que les Etats-Unis se remettent à rémunérer l’épargne va créer un appel d’air. Les liquidités qui circulent dans le monde vont être magnétiquement attirées vers New-York et Los Angeles.

La décision de la Réserve fédérale devrait assécher les économies mondiales, en tout cas toutes celles qui ont structurellement besoin des capitaux américains pour se développer. Pour l’Europe le coup sera rude à encaisser: les pays qui vivent d’un endettement à bas prix, comme la France, vont passer un sale quart d’heure. Mécaniquement, les taux d’emprunt devraient remonter et le gouvernement se trouvera dans la même position que Louis XVI finançant le corps expéditionnaires en Amérique: des caisses vides, un immense besoin d’argent et personne pour le dépanner.

Je ne parle pas ici de l’industrie financière qui peinera à suivre le mouvement. L’ère des risques systémiques approche.

Le bruit de Diesel

Mais ces nuages sont loin. Plusieurs attentats peuvent être commis d’ici là. Les Français sont pour l’instant occupés par l’immédiat. Ils se sont passionnés aujourd’hui pour la mort du berger malinois Diesel, tué par les terroristes alors qu’il cherchait la présence d’explosifs dans l’immeuble assiégé. Que de probables habitants de Molenbeek tuent un chien de Malines à quelques encablures de la demeure des rois de France, voilà qui ne manque pas de piquant.

12 commentaires

  1. Pierre dit

    Pour vous aider à relativiser, et à revenir à la raison.

    https://archive.is/HX38A

    C’est le profil FaceBook d’un des guignols, né en France, qui s’est fait exploser sur l’esplanade (vide) du Stade de France…
    Regardez bien les photos… lisez les « textes »….

    http://www.ladepeche.fr/article/2015/11/17/2219095-bilal-hadfi-20-ans-gamin-devenu-kamikaze.html

    Voilà. C’est du pathétique gangsta-crétin-rap-adolescent-attardé-djihadisme de banlieue à 2 euros 50.

    C’est contre ces gens là… que nous sommes « en guerre » : état d’urgence, Congrès à Versaille, hystérie médiatique, cinglerie généralisée, troupes, mobilisation générale, « frappes massives » en Syrie, appareillage du porte-avion Charles de Gaulle, etc.

    Vous vous rendez compte ?

    Vous vous rendez compte que vous participez à cette gigantesque machine de propagande qui renvoie Goebbels au rang de séminariste de province ?

    • François dit

      C’est l’argumentaire le plus stupide qui m’ait été donné de lire depuis bien longtemps. Que le djihadiste moyen n’ait pas le niveau requis pour intégrer l’école Polytechnique est un truisme, une lapalissade, ou que sais-je encore ! Par contre, leurs commanditaires sont généralement d’un tout autre niveau. Qui sont les vrais maîtres de l’EI ? Des anciens officiers supérieurs irakiens ! Des idiots, eux aussi ?
      Un djihadiste est une arme, un tout petit peu plus intelligent que sa Kalash ou sa ceinture d’explosif, mais guère plus. Ce qui est important, c’est celui qui appuie sur la queue de détente. On perd les guerres à force de sous-estimer ses ennemis.

      • Pierre dit

        Vous persistez dans l’erreur. Je pointe du doigt le décalage, l’énormité du décalage entre ce qu’on nous présente, la mise en scène, et ce que nous subissons, la réalité.

        Et vous, vous continuez à pérorer, en bon élève de son maître : « la guerre », « la guerre » ! « Celle qu’on peut perdre à force de sous-estimer ses ennemis » !

        Ce serait burlesque si ce n’était pas tragique.

        Vous crevez littéralement d’envie d’avoir un ennemi, au sens orwélien du terme. Celui qui est innombrable, et qui est intemporel : c’est l’ennemi perpétuel, donc la « guerre » perpétuel. C’est rassurant en un sens.

        En face, je vous montre ce qu’est cet « ennemi » (pour l’instant) et ce qu’il fait (pour l’instant)

        Je le répète : le décalage est immense, ahurissant.

        La 5ème ou 6ème puissance mondiale, 1000 ans d’histoire, la bombe nucléaire…. qui est en « guerre » contre des banlieusards, avec un peu d’entraînement (?) en Syrie, et appuyés par quelques faux « réfugiés », des kalach d’occase, et des explosifs de cour de chimie au lycée, et 130 morts violentes ?

        Bravo. Chapeau.

        Relisez notre échange, à tête reposée, et vous connaîtrez peut-être l’épiphanie : « mon dieu que je suis bête, mon dieu comme je me fais manipuler, mon dieu comme je suis un mouton qui bêle avec le troupeau ».

        Personnellement, je ne changerais d’avis que le jour où les « terroristes » utiliseront des explosifs militaires. Et à répétition.

        • François dit

          Le terrorisme répond aussi aux lois économiques : pourquoi faire compliqué et cher quand on peut faire simple et pas cher ?
          L’attentat « low cost » produit les mêmes effets que celui qui est plus élaboré et il présente de surcroît l’avantage d’avoir une signature beaucoup plus faible et plus difficile à tracer (les engrais agricoles sont en vente libre, à ma connaissance, comme beaucoup de produits chimiques).
          Vous m’excuserez, mais oui, nous avons des ennemis, c’est-à-dire des gens qui détestent ce que nous sommes et pour qui on ne mérite pas de vivre. Ne pas le reconnaître, c’est faire preuve de cécité. Que les personnes dans cet état d’esprit ne constituent qu’une infime minorité n’est pas un argument, la guerre n’est pas qu’une question d’effectif ni de matériel utilisé. « La guerre est un acte de violence dont l’objectif est de contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté. » Carl von Clausewitz.
          Là où je vous rejoins un peu, c’est sur le battage médiatique qui s’en est suivi. J’y vois surtout une volonté politique (droite et gauches confondues) afin que la question des responsabilités ne soit pas abordée ou alors à la marge (on trouvera certainement quelques clampins qui feront d’admirables boucs émissaires).

          • ikomal dit

            Avoir des ennemis est une chose. être en « guerre » en est une autre.
            « un acte de violence dont l’objectif est de contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté.» n’est pas automatiquement une guerre.

    • Fixpir dit

      OUouououououououffff !!!!!
      Pierre, vous me rassurez !!
      Moi qui croyais qu’il y avait eu 129 morts à Paris, en réalité c’était juste un gangsta-crétin-rap-adolescent-attardé-djihadiste.
      Il faut vite annuler les permis d’inhumer qui ont été délivrés ce matin !
      ___________________________________________________________
      Ne vous a-t-il jamais effleuré que les soldats étaient souvent des p’tits jeunes, pas forcément des flèches. N’avez vous jamais entendu parler de l’expression « chair à canon » ?
      Et que ces petits jeunes suivent les ordres de personnes bien plus dangereuses qu’eux-mêmes ?

  2. SERGIO dit

    Hélas, toujours en pareille circonstance la même peur alliée à la même veulerie, (voir la période de l’occupation) et les politiques trop contents d’en profiter…

  3. Pierre dit

    Le détail de la « prolongation » de l’état d’urgence (en conseil des ministre) est stupéfiant.

    D’ici 3 mois, le gouvernement espère avoir obtenu la révision de la constitution…

    Bienvenue dans le Patriot Act à la française…. l’état d’urgence permanent… et le tout « grâce » à « Billy Du Hood »… le pauvre type de 20 ans décrit ci-dessous.

    OK, je n’oublie pas les 130 morts… Mais il faut revenir à la raison : les Français sont victimes d’une gigantesque psyop…. dont les seuls bénéficiaires sont Hollande, sa clique et plus largement l’appareil d’état.

  4. Gordion dit

    Relèvement des taux d’intérêt: la menace pour l’économie française est réelle. Faute d’avoir effectué les réformes structurelles de l’économie, des outils fiscal, droit du travail, etc et d’avoir subi le modèle allemand-UE de la réduction des déficits à tout prix au lieu de favoriser la croissance, le réveil va être brutal.

    La BCE n’aura pas d’autre choix que de relever ses taux, faute de quoi les fonds spéculatifs, capitaux iront acheter du dollar et du profit dans la zone dollar.

    Manquerait plus que les cours du baril de pétrole augmentent à leur tour…

    Mou-Président ira pleurer à Bruxelles, la guerre contre l’islamisme justifiera un énième dérapage budgétaire. « pas ma faute ». Faire des arbitrages pour couper dans d’autres dépenses budgétaires, vous rêvez!

  5. déception positive dit

    En tout cas la guerre peut servir à quelque chose quand on est puissant. Ainsi l’Amérique a réussit a dévié le tir qui la visait en 2001: aujourd’hui, après les guerres qu’elle a décrété unilatéralement en Afghanistan et surtout en Irak, avec les résultats que l’on sait, plus personne ne cherche à l’attaquer au prétexte qu’elle serait le grand Satan, elle a réussit à faire dévier le tir sur la molle Europe et plus particulièrement sur ces donneurs de leçon de Français personnifiés par Sarko/Hollande les 2 faces du même phénomène gesticulatoire . Et effectivement pour les petits branleurs que nous décrit Pierre nous pouvons alors faire bien plus sûrement usage de » grand Satan ». En attendant l’économie américaine se porte bien merci; les cicatrices du world trade center sont largement effacées; les uns après les autres les Etats de l’Union se ferme à l’immigration du Moyen Orient considéré en toute bonne foi comme le problème spécifique des Européens; le dollar s’apprécie comme jamais face à l’euro qui commence à devenir une monnaie faible, donc celle de pays vis à vis de qui on pourrait commencer à devenir regardant pour répondre quand ils émettent des emprunts sur le marché international… Bref dans le grand match de la compétitivité mondiale, Amérique, essai transformé, 5 points Europe, 0, balle au centre en attendant que l’arbitre ne siffle éventuellement la fin du match.

  6. montagnard dit

    Remerciez « L’Etat » nazislamique pour ces propositions,et réveillez vous…nous sommes en guerre et pour longtemps ,avec toutes les tensions que cela implique.

    Et surtout…si vous désirez que cela soit le plus court possible,faite de vrais efforts pour vaincre les nouveaux nazis du moyen-Orient….!!!

    En janvier 1940,avant la nomination de W Churchill,l’extrême droite anglaise paradait en chantant
    le « Horst Wessel lied » en anglais ,scène surréaliste visible dans « La guerre en couleur »,dans Londres,
    après …plus jamais ,car on avait enfin compris à qui on avait affaire…et on acceptait un niveau raisonnable de censure…

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