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Journal de guerre: inévitable escalade militaire

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L’escalade militaire paraît désormais inévitable au Moyen-Orient après les attentats du 13 novembre à Paris. Alors que la terreur règne, le jeu des puissances européennes tel qu’il a sévi au début du vingtième siècle semble plus que jamais d’actualité.

L’escalade entre la Turquie et la Russie

La destruction d’un avion de chasse russe par des F-16 turcs a marqué un important tournant dans le conflit qui couve autour de la Syrie depuis plusieurs années. Il faut remonter à la fin du dix-neuvième siècle pour comprendre la profonde rivalité entre les deux pays. Rappelons que la Russie s’estime volontiers comme l’héritière naturelle de l’empire romain d’Orient, dont la capitale, Constantinople, est tombée aux mains des Turcs au 15è siècle. Le patriarche de Moscou se verrait bien au Phanar, à la place du patriarche captif d’Istanbul.

Bien avant l’existence de l’OTAN et de l’improbable alliance entre les Etats-Unis et la Turquie islamiste, c’est ce jeu des puissances qui revient en force. Tous les europhiles qui pensaient que l’Europe avait définitivement tourné les pages de son histoire millénaire en sont pour leur grade: la tragédie du continent revient au galop.

La Turquie joue l’escalade

Erdogan pense être en position de force face à la Russie: il est son premier acheteur de gaz naturel et il a l’illusion de pouvoir mener une coalition islamiste victorieuse contre l’armée de son bouillonnant voisin septentrional. La France est face à un problème majeur: ou bien elle rejoint tardivement la coalition russe et elle affronte, peu ou prou, la Turquie, qui dispose contre elle de violentes armes, comme l’envoi massif de migrants. Ou bien elle tient à ses bonnes relations avec la Turquie et Daesh ne sera pas écrasé, parce que la Turquie veille au grain.

L’absurde diplomatie française au Moyen-Orient qui, de Sarkozy à Hollande, soutient la création d’une sphère sunnite dominée par les Etats du Golfe, vire au naufrage. Hollande ne peut s’offrir le luxe de rester inerte face à Daesh, mais il ne pourra gagner cette guerre sans affronter les Turcs.

Le drame est sans doute que, prisonnier de l’angélisme béat de la technostructure, il n’avait pas imaginé que la situation pourrait dégénérer aussi vite.

Intrusive Turquie

L’Europe a eu bien tort d’accepter le dialogue avec une Turquie islamiste. Erdogan mène depuis plusieurs années un double jeu. Officiellement, c’est un musulman civilisé qui joue le jeu du droit international. En sous-main, il serre ou desserre le noeud qui permet à Daesh de respirer. Quand il trouve l’Europe trop peu conciliante, il lâche les chiens, laisse passer les terroristes, assure l’exportation du pétrole de Daesh et apporte un soutien discret au mouvement. Quand l’Europe lui donne de l’importance, il livre quelques terroristes et demande à Daesh de mettre ses liens avec lui en sourdine pour faire illusion.

Pendant ce temps, il instille son poison en Occident, soutient ses sbires et ses partis liges partout où ils peuvent donner de la voix, et n’hésite pas à faire pression sur les Etats souverains pour protéger les communautés turcophones qui vivent dans leurs ghettos. Les Belges l’ont découvert avec étonnement, quand Erdogan leur a reproché d’avoir évincé une élue turco-bruxelloise qui refusait de reconnaître le génocide arménien.

La terreur épuise les opinions publiques

Décidément, l’angélisme politique, l’illusion de conquérir une paix éternelle par la construction communautaire, est bien morte. L’Union Européenne a simplement étouffé les volontés au profit d’un jeu collectif dont l’inutilité apparaît de façon de plus en plus évidente. Elle est devenue le jouet de tous ceux qui peuvent sans difficulté profiter de ses circuits de décision ubuesques et de son impuissance.

Le terrorisme est l’arme suprême de ces « volontaires » qui pensent la démocratie comme une marque de faiblesse. Tôt ou tard, il faudra faire le procès de tous ceux (responsables des partis sociaux-démocrates en tête) qui ont parié sur le communautarisme musulman pour faire leur carrière politique: ils ont précipité l’affaiblissement de nos pays face à cette montée d’un Islam militant, porteur d’un ordre politique radicalement contraire à nos valeurs, mais bien décidé à les utiliser pour les noyer.

En attendant l’hypothétique sursaut qui pourrait, seul, nous éviter le pire, les opinions publiques sont soumises à une rude attrition. Bruxelles, grotesque capitale d’une Europe elle-même grotesque, est paralysée depuis quatre jours et devrait continuer son hibernation plusieurs jours encore. A Paris, l’opinion ne devrait pas tarder à donner des signes de fatigue: le métro est bloqué plusieurs fois par jour, et les toxiques partisans d’une fausse paix qui leur donne bonne conscience reviennent sans cesse à la charge pour nous culpabiliser d’être en guerre.

Alors que le déclin économique frappe l’Europe, les peuples demanderont tôt ou tard l’expérience autoritaire qu’ils imaginent seule capable de les sauver. Le besoin de sécurité prendra le dessus.

Certains imaginaient que la démocratie ne vivrait plus jamais l’épreuve du doute. On pouvait bien se révolter ou changer de régime, mais jamais on n’abandonnerait l’amour des libertés. Et puis, la lassitude d’avoir peur venant, on sent bien que cette certitude se lézardera plus vite qu’aucun esprit n’aurait pu l’imaginer.

6 commentaires

  1. Pierre dit

    synthèse saisissante. On a l’impression de regarder un film… on sait ce qui va se passer -rationnellement- mais dans le même temps nous ne sommes pas capables d’arrêter le film.

    L’honnête homme « savait » que des attentats massifs auraient lieu en France. L’honnête homme « savait » qu’il y aurait une étincelle dans le ciel surchargé de la Syrie.

    C’est un scénario, un plan, qui se déroule parfaitement.

    J’irai personnellement plus loin que vous : cette guerre que nous redoutons, dont nous connaissons le scénario… nous l’aurons parce que…. nous en avons besoin.

    On revient à l’épure de la guerre, sa fonction ontologique : la destruction des surcapacités.

    C’est aussi bête que ça.

    L’économie mondiale entame la partie finale de son Grand Huit… Il faut au plus vite :
    -masquer les responsabilités (qui sont énormes du côté des politiciens)
    -remettre les compteurs à zéro (endettements absurdes etc.)

    Ergo : la guerre.

    Qu’elle soit chaude, froid, tiède, terroriste, civile ou « full scale » importe peu.

    L’essentiel est de détruire les surcapacités (économiques, humaines).

  2. Gordion dit

    Tout le monde connaît la propension d’Erdoğan à l’escalade, provocation. Ce nouveau sultan est incontrôlable, il donne du « rêve néo-ottoman » aux 50% de Turcs qui ont voté pour lui, les masses populaires illettrées, les conservateurs, les revanchards anti-Atatürk, la bourgeoisie d’affaires qui veut la paix sociale pour développer ses affaires.

    Escalade militaire inévitable, je n’en suis pas convaincu. Les US soutiennent mordicus ce politicien charismatique, hélas, depuis 2002. Il est membre de la Confrérie des Frères Musulmans, la Turquie membre de l’OTAN est en première ligne pour contrer la Russie, l’Iran, et peser sur l’Irak, via le soutien turc au Kurdistan irakien, contre les Kurdes de Syrie et de Turquie.

    L’OTAN va appeler à la retenue des Russes après cet incident aérien, avec le soutien tacite des sunnites du Golfe qui financent l’AKP. On peut imaginer que le petit télégraphiste Hollande, après avoir concédé à Obama à Washington qu’Assad devait partir, aura un discours plus difficile à tenir à poutine sur ce sujet. Exit la « grande coalition », les Arabes s’y refusent, les US, Iran, Russie n’ont que faire de Flamby.

    Je pense que ni les US, ni les Russes, ni l’Iran, ni Israël n’ont intérêt à ce que la région s’embrase. La Turquie voit transiter du gaz et du pétrole d’est en ouest. Les US n’ont aucun intérêt à ce que le chaos ne s’installe en Turquie, l’UE encore moins (flux migratoires).

    Il faudra s’attendre cependant à ce que Poutine se venge contre Erdoğan, d’une manière ou d’une autre. J’ai lu ça et là que Poutine pourrait instrumentaliser les Kurdes de Turquie contre le gouvernement turc…attention au retour de bâton, la Russie a des minorités musulmanes instables intérieures, et extérieures qui sont d’origine turque (hormis le Tadjikistan). Poutine devrait méditer les attentats ouïghours à Bangkok.

  3. Thomas dit

    Sauf si c’est au profit des grosses fortunes européennes (qui abondent les caisses électorales) , les gros actionnaires de l’alimentaire en particulier, qui compt(ai)ent accroître leur clientèle en faisant admettre la Turquie dans l’UE, il ne faut pas y accepter ce pays islamique asiatique

    Les mêmes grosses fortunes ont « agi » pour faire accepter les pays de l’Europe de l’Est toujours pour accroître leur fortune

    Beaucoup ignorent, et nos libérateurs » les GI’s encore survivants aussi,, que les « Pères de l’Europe » Monnet et Schuman étaient des marionnettes des grosses fortunes britannico-étatsuniSiennes (avec un S, SVP !) dès avant 1939.

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