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Le rôle de l’Arabie Saoudite dans l’Islam d’Occident

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Article paru dans la Libre Belgique.

LaLibre.be a décidé de rediffuser cet entretien publié le 15 février 2015.

Hamid Benichou serait considéré aujourd’hui comme un lanceur d’alerte, mais dans le temps, ce terme n’existait pas. Ce Belge d’origine algérienne a été l’un des premiers à attirer l’attention sur le radicalisme qui montait chez des jeunes de confession musulmane. C’est l’expérience de la terrible guerre civile algérienne, dans les années 90, qui fit de sa génération la plus avertie sur les risques de l’islamisme radical. Bien des hommes qui soutenaient à l’époque l’avènement d’un état islamique en Algérie sont aujourd’hui au cœur de l’actualité.

Quand êtes-vous arrivé en Belgique ?

En 1974. J’ai travaillé au consulat d’Algérie. J’ai aussi côtoyé feu Guy Cudell (NdlR, ancien bourgmestre de Saint-Josse, décédé en 1999) qui dirigeait l’association Belgique Algérie. Un jour, il me dit qu’il avait besoin de quelqu’un dans sa commune de Saint-Josse. J’ai demandé ma nationalité. A l’époque, cela ne posait pas de problèmes. Je suis devenu le premier agent de quartier d’origine maghrébine de Belgique.

Ce travail m’ouvrait toutes les fenêtres. Je voyais exactement ce qui se passait au sein de toutes les communautés. J’étais dans mon élément. Je les voyais comme des citoyens à qui il fallait apporter une aide administrative. J’ai fait l’îlotier bien avant l’heure.

Cudell vous appelait « Mon fils »…

Oui, il me soutenait car j’avais des problèmes d’intégration; pas au sein de la population, mais au sein du corps de police. L’esprit de suspicion était fort, et il existe encore. J’ai entendu un jour un policier, un apostilleur, dire : « J’aimerais bien qu’il fasse moins 24 dehors comme cela tous les Arabes crèvent ! » Cinq minutes après, il avait un Arabe en face de lui, pour une audition. Comment ce bonhomme aurait pu faire correctement son travail ? Il faut dire qu’il y avait aussi des policiers très corrects, très respectueux.

Cette discrimination existe toujours ?

Oui, c’est pour cela que j’ai créé un mouvement citoyen interculturel. On ne peut pas rester dans un cadre culturel, d’appartenance ethnique. Ce n’est pas possible, sinon on va avoir des petits pays dans notre Belgitude. Quels seront les liens entre nous, à part l’Etat central ? Nous sommes des citoyens, nous ne venons pas de Mars.

Lors des émeutes à Saint-Gilles, Molenbeek dans les années 90, cela a été le branle-bas général.

On a créé des institutions. On a créé des maisons de jeunes (j’ai entendu un jour une autorité locale dire : « Parquez-les pour qu’on ne les voit pas. ») Des imams sont arrivés pour calmer ces jeunes. Les autorités communales étaient tout contentes de les avoir invités. Certains imams ne parlaient même pas français. Il leur fallait un traducteur.

Ils ont ligoté ces citoyens et ils les ont donnés à qui ? Aux mosquées. Ces imams, qui ne sont pas si bêtes, ont demandé aux communes de pouvoir ouvrir des mosquées et des écoles coraniques. Les maisons des jeunes pour les enfants ! Et la mosquée, pour les parents ! Et le problème est réglé…

L’essentiel était donc de retrouver le calme dans la commune ?

Oui. Certains services recevaient des subventions pour emmener les jeunes durant le week-end. C’était une solution à court terme. Il n’y avait pas de travail en profondeur pour s’occuper de ces citoyens de deuxième classe. Ils sont devenus communautaristes, mais qui les a poussés ?

Comment les imams se sont-ils interposés ?

Je peux vous citer un exemple que j’ai vécu, à la mosquée Al-Azhar de la rue Saint-François à Saint-Josse. C’était une mosquée paisible, où les gens allaient prier et puis rentraient chez eux.

Tout d’un coup, un bonhomme, qui s’était recyclé chiite, est arrivé. Il lui fallait un pied-à-terre pour qu’il puisse progresser dans la hiérarchie des ayatollahs. Il était d’origine marocaine, de Tanger. Or, à Saint-Josse, dans le bas, il y avait beaucoup de Tangérois. Il a essayé de l’infiltrer. Ses disciples de tout Bruxelles venaient l’entendre. Un discours à hérisser les cheveux. Les fidèles cotisaient de plus en plus. Mais l’ancien conseil d’administration a vu venir le risque.

Le président de cette mosquée est venu voir Cudell, qui m’a demandé de régler le problème. Il m’a donné carte blanche. J’ai vu tous les protagonistes, un par un. Cela a pris des mois. Nous avons organisé des élections – et l’ancienne équipe a gagné. Les autres sont allés voir Cudell en criant : « Allah Akbar », ce à quoi Cudell a répondu que s’il avait appris le Coran, c’est lui qui serait devenu leur imam. Et tout est rentré dans l’ordre. Leur imam est parti à Anderlecht pour fonder la mosquée chiite de Rida (NdlR, incendiée en 2012).

Peut-on dire qu’il y a eu une influence de l’extérieur, de l’Arabie Saoudite, sur l’islam en Belgique ?

Oui ! J’y étais, dans les prêches. Subitement, l’immigré venu en Belgique dans les années 60, licencié dans les années 80 avec les fermetures d’usines et des charbonnages, entendait des imams dire qu’ils étaient au chômage, parce que Dieu les avait punis et qu’ils s’étaient éloignés de la voie. Ils étaient accusés d’avoir laissé leurs femmes travailler et leurs filles s’habiller en minijupes. Tous les vendredis pendant des années.

Et maintenant ?

On a créé le communautarisme. On a créé un groupe qui brandit aujourd’hui l’étendard de la religion.

Ils gravitent autour des Frères musulmans ?

Un de mes amis les a qualifiés de « frérots communautaristes ». Certains gravitent autour de l’Espace Poincaré, un centre islamique dénommé Dar Al Quran (la Maison du Coran).

Quelle est votre conception du religieux ?

Pour moi, la religion doit rester dans l’espace privé. Si la loi dit non, c’est non.

Donc pour vous, les revendications autour du halal sont excessives ?

J’essaie de trouver le juste milieu. Si l’école décide de le faire, c’est sans problème. Je ne discute pas. Mais faire pression, constamment, sur les directions d’école pour obtenir le halal, cela, c’est excessif. Il n’y a pas de halal à la police. Si on ne veut pas manger, il n’y a qu’à prendre ses tartines.

Constamment revendiquer ne crée que des tensions. Il faut faciliter la relation. C’est une question de bons sens. Il faut créer des passerelles entre nous – et non des paravents.

Vous-mêmes, êtes-vous croyant ?

Je suis croyant et pratiquant. Je rentre chez moi et j’ai largement le temps de prier. Les cinq prières sont obligatoires, mais je les fais chez moi. Je les fais d’affilée. Nous ne sommes que des humains.

Est-ce l’islam qui doit s’adapter à l’environnement, ou l’environnement à l’islam ?

Je pars du principe que mon islam soft s’adapte à toutes les situations. Il y a un hadith qui dit que l’islam s’adapte à tous les temps. Si nous n’avons pas le temps de prier les cinq prières à heure et à temps, on peut le faire à la maison. Dieu est miséricordieux ! Vouloir prier devant une maison communale ou dans un bus revient à rabaisser l’islam et sa spiritualité. Je suis convaincu que ma conception est partagée, mais le problème est qu’une minorité crie plus fort. Allez, je vais le dire : elle est soutenue par ces gauchos, un peu bien pensants, qui veulent aider « les discriminés ». Mais cela suffit ce paternalisme ! Nous sommes libres et indépendants. Quarante ans d’immigration pour s’entendre dire que d’autres vont penser à notre place. Il faut libérer l’esprit des citoyens de confession musulmane.

Un commentaire

  1. Chantal dit

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