Accueil » La France face à l’iceberg FN

La France face à l’iceberg FN

Cet article a été lu 7395 fois

Est-ce un effet du réchauffement climatique? Un immense iceberg appelé FN (Front National pour les intimes) s’est détaché de la calotte glaciaire et vient à la rencontre du paquebot France. La collision, annoncée de longue date et prévue dimanche, pourrait se révéler très périlleuse, voire létale.

L’iceberg FN vient du Nord

Vendredi dernier, je déjeunais à Valenciennes avec PM, bien connu du mouvement mutualiste, qui me faisait retour sur le ressenti des décideurs nordistes face à la victoire assurée de Marine Le Pen. Les ressentis sont toujours compliqués à décomposer. Ce jour-là, j’ai entendu un sentiment d’inexorable, la volonté de taire la panique qui existe dans les rangs des élus, chez les Républicains comme chez les Socialistes, et la perception qu’une aventure commence, dont l’issue est imprévisible.

Il me semble avoir écouté ce qui n’était pas dit: personne n’est véritablement surpris, et personne ne conteste vraiment la rupture qui existe entre la nomenklatura locale et le peuple.

Pourquoi l’iceberg FN vient du Nord

Dans ce déjeuner, j’ai répété mon antienne: les gens du Nord n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. Dans nos belles terres grasses de Picardie et de Flandre, le sentiment républicain est profond. Le fédéralisme est l’ennemi. Le Nord défend peu ses intérêts régionaux auprès des élites parisiennes. Celles-ci se sont largement appuyées sur des voyous pour gérer leur fief: les Kucheida, les Dallongeville, ont mis la région en coupe réglée.

Dans le sud-ouest, le fédéralisme a donné lieu aux mêmes travers de corruption, mais les élus se sont mobilisés pour obtenir des avantages en nature. Le fédéralisme français, appelé décentralisation, s’est traduit par la construction d’aéroports dans des zones désertiques: Pau, Tulle, Brive-la-Gaillarde, Périgueux, et j’en passe. Les Girondins ont tiré profit de la fédération, les Nordistes en ont tiré des pertes. L’iceberg FN a fait boule de neige de ces frustrations, de ces spoliations, de ces rancoeurs. La France est ingrate avec ses peuples qui ont fait nation, et elle récompense volontiers ceux qui font sécession.

La France oublie à tort qu’elle envoyait les armées du Nord pour régler les problèmes lorsque les revendications locales prenaient trop d’importance. Ce fut le cas lors de la croisade cathare, comme sous Louis XVI.

L’iceberg FN et la crise

Partout le climat est mauvais. Il suffit de marcher dans Paris pour voir quel restaurant, plein à chaque service il y a un an, est au bord de la faillite aujourd’hui. Il faut regarder ces commerces vides, ces enfants qui dorment à même le sol, dans le froid, ces vieux qui errent en mendiant quelques sous, cette morosité générale, pour comprendre que quelque chose se prépare, inconsciemment, spontanément. Le grand ras-le-bol tient les esprits.

Mieux vaut le FN que le chômage…

L’iceberg FN délie les langues

Partout, j’entends les langues se délier. C., qui est consultante dans un cabinet bien connu, me dit qu’elle votera FN parce qu’elle en a assez des guignols qui nous dirigent. Elle en connaît (même intimement) certains et n’a aucune estime pour eux. A., cadre supérieur dans la fonction publique, me glisse que, dans sa banlieue, la population change. « Les Bretons partent et cèdent la place à des voisins qui ne mangent pas de porc mais qui perçoivent tous des allocations. »

FN

Ces phrases-là étaient inimaginables à ce « niveau social » il y a un an encore. Parfois, c’est à la levée des tabous qu’on mesure la dégradation d’une situation.

Les digues cèdent devant l’iceberg FN.

La nomenklatura toujours en plein déni

Il n’y a plus guère que la nomenklatura pour se cacher les évidences. Non, l’arrivée de l’iceberg n’est pas aléatoire. Non, elle n’est pas le fait d’un populisme malsain. Elle reflète l’exaspération des Français devant l’impuissance des politiques. On pourrait imaginer des politiques incapables de changer les choses mais qui en tirent les conséquences en passant la main. La France sombre peu à peu sous le poids d’une élite qui se sait impuissante et qui sabre le Champagne en y pensant.

Nul ne sait jusqu’où le rejet de cette élite peut pousser le pays. Ce n’est pas faute d’avoir prévenu.

Face à l’iceberg FN, la nomenklatura fait bloc

Ce matin, Julien Dray, invité de France Inter, tirait encore les mêmes cordes usées: le vote FN n’est pas sérieux, pas conforme à l’intérêt général, bla-bla, bla-bla. Julien Dray, lui, est un homme sérieux. Il collectionne les montres à 200.000 euros, et se roule dans la fange partisane depuis 30 ans sans le moindre bienfait pour le citoyen. Un superbe bilan qui lui permet de donner des leçons de démocratie.

Combien sont-ils, à monopoliser les postes depuis trente ans, à s’auto-proclamer seuls gens de qualité, et à avoir précipité la faillite du pays? Il leur suffirait d’ouvrir les yeux pour voir que le premier carburant de l’iceberg, c’est la décadence des officiers sur le paquebot France.

L’iceberg FN dissous au canon à eau?

Avec une absurde concentration de tirs, les thuriféraires de la décadence se sont rassemblés pour tirer au canon à eau sur l’iceberg à l’approche. Pierre Gattaz a soutenu que le FN, c’est la revalorisation du SMIC, dont la mort de l’économie française. Bravo! S’il manquait encore des voix à Marine Le Pen pour atteindre les 30%, Gattaz les lui a apportées sur un plateau.

Laurent Berger, lui aussi, y est allé de sa rengaine. Excellente idée! Marine Le Pen n’a plus à argumenter pour expliquer que le système est « contre elle ». C’est le système qui fait le boulot à sa place.

Hollande face à l’iceberg FN

Pour François Hollande, la montée du FN est pain béni. Elle asphyxie la droite classique et convainc la gauche qu’il faut s’unir dès le premier tour. Ce calcul digne de la France de Mitterrand fascine. Hollande croit-il vraiment que la France n’a pas changé en 30 ans? Il est probablement convaincu que, dans un duel face à Marine Le Pen au second tour, il gagnerait haut la main comme Chirac en son temps.

Quelle folie! Rien ne prouve que les électeurs de Nicolas Sarkozy préfèrent Hollande à Marine. Mais c’est la vieille illusion des élites selon laquelle le FN ne peut pas gagner qui est à l’oeuvre. Cette vérité d’il y a 30 ans se vérifiera-t-elle dans un monde imprévisible où la crise frappe comme une faucheuse?

20 commentaires

  1. SERGIO dit

    Pour être immergé dans la « soupe populaire » je vois bien qu’une grande majorité de personnes de la gauche ou la droite traditionnelle se retient encore de voter F.N.
    La question est jusqu’à quand.

  2. François dit

    C’est au moins la 2ème fois que M. Gattaz est pris en flagrant délit de bêtise (cf. le flop de son pin’s à un million d’emploi). De surcroît, une partie non négligeable de petits patrons vote déjà FN… La fréquentation de socialistes rend visiblement stupide.

  3. Pierre dit

    En plus de Gattaz vous oublié la sotte indécrottable… Laurence Parisot.

    Vous avez parfaitement synthétisé le mécanisme, le ras le bol qui monte… Personnellement, ça fait longtemps que j’attends ce déclic parmi la population. On peut même dire qu’elle a été extrêmement patiente, trop bien entendu, car si anesthésiée et lobotomisée…

    Mais la mise en scène de la « crise des réfugiés » l’été dernier a été la pichenette de trop… L’effet de seuil dévastateur… Les attentats du 13 rehaussent bien entendu le phénomène.

    Concernant votre dernier point, Hollande, le traître Hollande… Il peut gagner son pari -fou : être réélu contre…. tous.

    La propagande est encore extrêmement forte. Et l’élection peut se jouer à quelques… milliers de voix près entre lui et Sarkozy, pour la 2ème place, au 1er tour.

    Ce type est extrêmement dangereux car en bon politicien, il est dénué de tout sens moral. Ainsi tout sa politique est parfaitement rationnelle.

    Caresser les banlieues… flatter les musulmans (qui se sentiront menacés par l’extrême droite et l' »amalgame » et qui voteront pour Hollande, comme en 2012, malgré le mariage pour tous et les bombardements sur les pays musulmans)… faire monter le FN… tout fait sens.

    Oui, décidément, et paradoxalement, la réélection de Hollande est possible.

  4. Gordion dit

    Votre constat est certes pertinent, mais ne confondez pas les élections régionales avec les élections à venir de 2017.

    Beaucoup d’eau coulera sous les ponts d’ici là.

    Une remarque: je crains que vous ne fassiez fausse route sur l’inéluctabilité de la victoire du FN en 2017, d’ici là l’économie aura repris son cours sur les promesses démagogiques de campagne électorale. Il faudrait un peu d’honnêteté pour reconnaître que le programme économique du FN n’est que du « soft marxisme » ou économie dirigée telle qu’elle fut pratiquée depuis 1981. Ce n’est pas parce que les gouvernements successifs depuis Giscard en 1974 ont failli qu’il faut faire croire au bon peuple que le FN va apporter une solution miracle aux problèmes de ce pays, et même remarque sut cet ectoplasme européen qui ne sait pas ce qu’il est, où il commence, où il finit, et ce qu’il veut faire.

    Quand on analyse les propos de MLP, on se rend compte que son idée phare de sortir de l’euro n’est plus aussi claire, et qu’un référendum sur cette question est possible…tiens, tiens! Une monnaie commune et non unique pourrait être sa prochaine idée. Outre le fait que « normaliser » son discours risque de lui faire perdre de son attractivité, ne sous-estimons pas les difficultés économiques qui surgiront si la France décide de fermer ses frontières.

    Je lui souhaite bien du plaisir, crier au loup est fort justifié, mais il faut aussi regarder la réalité des marchés. La France n’est pas en capacité d’organiser un référendum « Frexit », faute d’avoir les fondamentaux de la Grande-Bretagne.

    • ikomal dit

      Je pense que MLP va gagner depuis que cet été. C’est quasiment une certitude, pas une croyance.
      Je le sais parce qu’un électeur bien précis que je connais bien, à décider de voter MLP au 2nd tour de 2017. Alors qu’il est (et reste !) irréductiblement contre le FN et tout ce qu’il représente, alors que pour lui c’était totalement inconcevable de voter FN, et plus encore depuis que l’extrême gauche chevenementiste y a réussit son entrisme. Et il est près à le dire, à le clamer : puisqu’on nous promet un choix entre la Peste Sarkozy et le Choléra Hollande, le cyanure MLP est encore préférable. L’agonie est moins longue.
      Et si cet électeur là est près à voter FN, des millions d’autres semblables feront comme lui.
      Hollande est fou si il croit que, si il arrive au 2nd tour, la droite votera pour lui comme la gauche à voter pour Chirac en 2002. Elle votera MLP , une bonne partie avec le soulagement d’être débarrassée de Sarkozy et avec la certitude de ramasser la mise au 3ème tour (les législatives).
      Sarkozy est fou si il croit que, si il arrive au 2nd tour, il gagnera. A gauche comme à droite, il est plus détesté encore que MLP.

    • Jacques dit

      MLP n’est pas tellement dangereuse pour 2017, le vrai danger est pour 2022. Le programme économique Fn est un programme d’extrême gauche. Bcp de gens qui votaient pcf votent aujourd’hui Fn.
      Je suis pas d’accord avec vous sur le fait que la situation va s’améliorer. Pour moi, la situation française va s’empirer sauf si la France se réforme ( ce qui ne sera jamais le cas). La France va devenir une nouvelle Grèce sauf que cela va se faire progressivement contrairement à la Grèce où cela a été très brutal. Il est urgent de réformer la France mais personne le fait. Le seul qui aujourd’hui propose quelque chose d’intéressant c’est fillon. Tout le monde sait qu’il faut réformer la France mais personne n’a le courage de le faire.

  5. PINPON34 dit

    élimination d’une poignée de cathares, sûrement une action de gouvernement utile que l’on peut comparer à ce qui est arrivé quand la royauté a hésité avec le protestantisme et sa conséquence : une guerre civile atroce
    le FN : le retour du peuple qui en a marre de se faire massacrer sur les champs de bataille (mais pas que) depuis la révolution française pour le grand profit d’une élite minoritaire, aujourd’hui c’est l’économie qui massacre, c’est aussi un peuple qui n’a plus droit de décider (heureux les suisses et leur démocratie médiévale)

  6. Catherine V dit

    Pour avoir une idee des risques/chances d’une victoire du FN en 2017, regardons les redditions/transferts/ralliements a cette formation politique dans les mois a venir. Faute d’avoir bien voulu promouvoir des hommes (surtout) jeunes et peut-etre une relecture des dogmes, les partis traditionnels se sont reduits a leurs vieilles « gloires », qui ont un passe et un passif bien connu. Les plus jeunes, sans doute aussi carrieristes que leurs aines, sauront de quel cote « la tartine est beurree »et ils n’auront pas autant de prevention contre certaines idees allant dans un sens radicalement oppose aux credo installes (par calcul electoral ou sincerement) par la classe politique etablie. Sans qu’on puisse etre certain que d’un changement de personnel il sorte une solution des problemes multiples qui se posent – et actuellement ils sont encore mal poses, dans les termes d’un monde finissant. Le mur ecologique/demographique nous fait face et il sera bien plus intraitable que tout le reste. Bon on a encore quelques decennies…

  7. pierre dit

    Allez pour bien préparer la rigolade de dimanche, savourons l' »édito » du Monde, le journal qui titrait en une en avril 1975 : « Phnom Penh libérée ».

    « Le Front national, cette imposture
    La présidente du FN se vante d’incarner « l’esprit de la France ». Mais le FN ne fait que bafouer les valeurs républicaines et représente un danger pour les entreprises. »
    😉

    Une telle constance dans la veulerie, et le manque de discernement…. est réellement fascinante.

  8. « Il n’y a plus guère que la nomenklatura pour se cacher les évidences. Non, l’arrivée de l’iceberg n’est pas aléatoire. Non, elle n’est pas le fait d’un populisme malsain. Elle reflète l’exaspération des Français devant l’impuissance des politiques. On pourrait imaginer des politiques incapables de changer les choses mais qui en tirent les conséquences en passant la main. La France sombre peu à peu sous le poids d’une élite qui se sait impuissante et qui sabre le Champagne en y pensant. Nul ne sait jusqu’où le rejet de cette élite peut pousser le pays. Ce n’est pas faute d’avoir prévenu. »

    C’est bien ce déni permanent de la classe politique que vous exprimez et que les français ne veulent plus car ils observent l’incapacité des politiques à résoudre ce qui est de leur mission. Entre eux, ils se savent incapables, ils se mentent, font de l’esbroufe et pour noyer leur chagrin profitent ce que La République octroie compte tenu de leur représentation. Ils savent que les français n’en peuvent plus de les attendre, de leur confier les clés et qu’ils n’en fassent rien. Et donc, la cloche va sonner et c’est un peu comme l’enfant pris le doigt dans le pot de confiture, ils savent que la punition va survenir mais ils pensent reculer jour après jour, hélas, c’est maintenant le premier coup. Il est trop tard, ils ont eu le temps, il n’en ont rien fait, tant pis pour eux. Alors ils sont dans l’incantation. La France va se réveiller avec la gueule de bois d’avoir trop bue la lie qui lui fut servie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *