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L’Europe provoque dangereusement la Russie

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L’Europe est en voie d’implosion, elle n’a plus de projet politique, elle est menacée par un terrorisme sunnite invasif, mais elle semble bien décidée à continuer sagement son suicide en provoquant dangereusement la Russie. Mais quelle mouche pique la classe politique européenne?

L’Europe et les sanctions contre la Russie

On se souvient que, avant la COP 21, François Hollande avait accéléré le rythme de son pédalo avec l’intention affichée de constituer une grande coalition contre Daesh, incluant la Russie. Patatras! non seulement le génialissime Obama l’avait envoyé bouler en lui rappelant que les deux pays ne jouaient pas dans la même catégorie, mais Erdogan, l’islamiste allié des Américains, avait choisi ce moment pour abattre un avion russe en action sur le sol syrien. Hollande se retrouvait seul dans son slip face à Poutine pour faire ami-ami contre les terroristes.

En toute logique, et au vu du poids important de la France dans l’Union, nos alliés européens ont annoncé qu’ils décideraient en fin de semaine de proroger les sanctions économiques prises contre la Russie du fait de son attitude en Ukraine. On se rappelle que ces sanctions ont appelé un embargo sur la viande européenne en Russie… qui a torpillé la filière porcine en France.

Une fois de plus, le talent diplomatique de François Hollande éclate au grand jour. Sa crédibilité internationale est manifeste.

L’Europe fait des ponts d’or à la Turquie

L’Europe ne se contente pas de fâcher les Russes. Elle tend la main à Erdogan le scélérat, qui emprisonne des journalistes à tour de bras et protège de façon plus ou moins ouverte l’Etat Islamique au Levant. Après avoir habilement utilisé la bombe humaine des migrations venues de Syrie, Erdogan obtient ce qu’il voulait de longue date: la reprise des négociations d’adhésion.

Europe

L’Union vient d’ouvrir les négociations sur le chapitre 17, c’est-à-dire sur la politique économique et monétaire. Il est vrai que la zone euro se porte très bien et que la prospérité en Europe est telle que le bon sens recommande forcément de l’élargir économiquement à la Turquie, dont la politique budgétaire et le modèle économique ajouteront un peu plus de désordre au désordre ambiant.

Encore un incident entre la Turquie et la Russie

Il y a deux jours, on a évité de justesse une collision entre une navire de guerre russe et un bateau de pêche turc en mer Egée. Le navire russe a tiré des coups de semonce… suscitant un incident diplomatique dont chaque protagoniste se rejette la responsabilité. On se demande jusqu’où dérapera la situation entre les deux pays.

Il est en tout cas évident que la tension s’est installée entre les deux puissances d’Europe Orientale, les héritiers de l’empire ottoman, contre les héritiers de l’empire byzantin.

La Russie bande les muscles

Du coup, la Russie fait monter la pression dans ses relations avec l’Europe et les Etats-Unis. L’agence Sputnik multiplie les articles sur les chances que l’OTAN auraient de remporter un conflit armé contre la Russie.

On lira avec intérêt l’analyse américaine sur l’état des forces armées russes. Citant un éditorial du magazine Forbes (dans sa version en ligne), Sputnik souligne quelques remarques bien senties des experts US:

the alliance’s entire eastern flank is vulnerable to invasion given the proximity of Russian forces and the absence of natural barriers to a quick advance (…).  In the aftermath of the Ukraine invasion, Western military planners no longer think they can predict how Russian leaderVladimir Putin might react to perceived provocations or opportunities.  So the possibility of war in Europe is back on the table as a priority concern, and that means land warfare in which the U.S. Army would have to carry most of the burden.

<la totalité du flanc oriental de l’alliance est exposé à l’invasion du fait de la proximité des forces russes et du l’absence de barrières naturelles empêchant une poussée rapide (…). Dans la foulée de l’invasion en Ukraine, les spécialistes militaires occidentaux n’imaginent plus pouvoir prédire les réactions du leader russe Vladimir Poutine aux provocations réelles ou aux opportunités. C’est pourquoi la possibilité d’une guerre en Europe est à nouveau débattue comme un sujet prioritaire, et elle implique un conflit terrestre dans lequel l’armée américaine porterait l’essentiel du fardeau.>

En outre, Sputnik annonce que l’armée russe a mis au point un nouveau drone de combat et a doté sa flotte en Mer Noire de missiles Kalibr, capables de frapper Daesh.

Bref, peu à peu, l’Europe, sous la houlette des Etats-Unis, rassemble tous les ingrédients pour lutter contre la Russie qui lutte contre Daesh, et pour soutenir la Turquie qui soutient Daesh. Une très belle politique étrangère!

12 commentaires

  1. Patrick Stan dit

    A force de chercher des « crosses » à Poutine, on va faire finir par les avoir sur le dos ….. et je serais un membre des diplomates français, je réfléchirai à deux fois et je demanderai à Pépère de se calmer un peu.

  2. Gordion dit

    Cher hôte,

    Constat clair.

    On pourrait ajouter à votre dernier § l’implication de la coalition de 34 pays musulmans sous l’égide de Riyad, qui soutient la Turquie qui soutient Daesh, etc…

    Suivons avec attention cette énième partition moyen-orientale, incluant de nouveaux intervenants. C’est un grand classique de géopolitique…cf. « Géopolitique: constantes et changements dans l’histoire » d’Aymeric Chauprade, que je recommande entre autres.

  3. Morgentag dit

    Bravo! Mais il faut pas oublier les États-Unis sans lesquels rien ne se fait et qui pousse à la roue. Qui contrôle l’OTAN dans laquelle la France cherche un strapontin ? Qui pousse la Turquie? Qui pousse l’Allemagne qui pousse la Turquie? Qui a créé DAECH? Qui pousse l’Arabie saoudite et le Quatar qui poussent DAECH et ses futurs avatars? Qui impose embargos et sanctions qui punissent l’Europe et la France? Pas difficile! Le prix nobel de la paix est derrière tout ça! Si le grand rigodon éclate, Poutine serait bien inspiré de frapper la tête.

  4. claude Etienne dit

    Bonjour Eric,
    J’ai bien peur que les dirigeants de l’UE soient devenus une gangrène pour les pays de cette UE
    J’y vais fort mais on en reparlera
    Meilleures salutations C.E.

  5. virginie.phenix@yahoo.fr dit

    Poutine est le seul homme politique au monde qui soit valable ! il est un ancien agent secret prêt à mourir pour son pays courageux sportif et surtout surtout extrêmement intelligent coloré d’une très grande empathie (écoutons ses discours plein de compréhension et de finesse) alors que tous les autres en Occident sont des gratte papier embourgeoisés sans envergure ni pour leur pays ni pour le monde. L’ensemble des pays arabes d’ailleurs le considère peut être comme le seul interlocuteur intègre qu’ils ne pourront jamais acheté !

  6. La même crainte déjà que celle qui a provoqué le débarquement. Car les Etats-Unis d’Amérique ne sont pas venus nous libérer mais bel et bien pour empêcher les russes déjà pronostiqués vainqueurs des allemands, de venir mettre la main sur l’Europe.
    Ajoutez à cela le fantasme attribué à Poutine de vouloir recréer la grande russie de Catherine II « de l’Atlantique à l’Oural » et vous avez la manipulation sur procès d’intention pour venir conserver la haute main sur l’Europe.

  7. Robert Marchenoir dit

    Toujours, dans les périodes troublées, la France a vu éclore les appels à la trahison. L’inconséquence pacifiste et le trouble penchant des Français pour la servitude les amènent constamment à se prosterner devant des dictateurs étrangers : hier Staline, Hitler, Mao, Pol Pot, Castro, Arafat, Khomeiny, Chavez, aujourd’hui Poutine.

    Il y a un autre motif peu avouable à cette étrange constance que manifestent de nombreux Français : le désir de punir leurs compatriotes, qualifiés majoritairement de « veaux » parce qu’ils ont le défaut d’adhérer à des convictions politiques différentes. Faire appel, même uniquement en paroles, à un chef d’Etat étranger impérialiste et haïssant la France, pour se venger de leur incapacité à convaincre leurs concitoyens, voilà une singulière manifestation de lâcheté.

    Le plus fort est que ce désir éperdu de soumission à des puissances étrangères agressives et hostiles est présenté, par ses partisans, comme une manifestation de leur sagesse et de leur vertu supérieures.

    S’achève ainsi la boucle du renversement des valeurs, d’autant plus spectaculaire que les tenants de l’asservissement à l’étranger se décernent, en général, des brevets de patriotisme et de défense des valeurs traditionnelles.

    Nous vivons une époque bien détestable.

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