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La formation, un remède contre le chômage?

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En réaction à la montée du Front National, Manuel Valls a annoncé un vaste plan de formation pour les chômeurs. La réaction peut paraître curieuse: elle repose sur la conviction que le chômage de masse et de longue durée s’explique par le manque d’adaptation des chômeurs aux compétentes attendues sur le marché du travail. Mais en est-on si sûr?

Une théorie néo-classique

L’idée selon laquelle le chômage de masse procède d’une « friction » entre les compétences des travailleurs et les compétences attendues sur le marché s’appelle la théorie des appariements. Elle est particulièrement nourrie par la révolution numérique, où les emplois demandent des compétences nouvelles que les publics les plus fragiles n’ont pas acquises. En ce sens, face à une révolution disruptive comme celle imposée par le numérique, l’ambition de former massivement les chômeurs peut avoir du sens, à condition qu’elle vise à délivrer de véritables compétences et pas seulement des « stages occupationnels » qui ont un effet à court terme sur les statistiques, mais qui n’équipent pas durablement les bénéficiaires des stages face aux exigences du marché.

Une vieille idée de François Hollande

Au demeurant, la conviction selon laquelle la formation est une arme magique pour lutter contre le chômage est très ancrée chez François Hollande. De longue date, et bien avant d’être président de la République, il a défendu l’idée selon laquelle il ne servait à rien d’interdire les licenciements, ni même de chercher à les endiguer, mais qu’il valait mieux prévoir des formations pour les chômeurs afin de les aider à sortir le plus rapidement du chômage.

On retrouve donc, dans la logique de Manuel Valls, une inspiration politique fondée sur l’idée que l’Etat doit aider à fluidifier le marché du travail par l’accès à la formation plutôt que le rigidifier par le développement d’une réglementation défavorable.

La tarte à la crème de la formation des chômeurs

En proposant de former les chômeurs, Manuel Valls ne surprend donc personne. Il est dans la droite ligne de la politique lancée en son temps par Nicolas Sarkozy. En 2009, le gouvernement Fillon avait notamment demandé aux partenaires sociaux de négocier un accord interprofessionnel dont l’ambition essentielle était de financer la formation des chômeurs avec les fonds des entreprises. Cette politique avait débouché sur la mobilisation d’un milliard d’euros pris dans les fonds de la formation professionnelle au bénéfice des chômeurs. Elle avait justifié la construction d’une nouvelle usine à gaz: le fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels.

Six ans plus tard, Manuel Valls remet donc sur la table un sujet déjà traité avant lui. C’est le drame français: au lieu de se battre pour faire fonctionner ce qui existe, chaque gouvernement préfère créer une couche nouvelle de réglementation dont il peut revendiquer la paternité.

Qui doit payer la formation des chômeurs?

Valls se heurte ici aux mêmes difficultés que la majorité précédente.

D’une part, les entreprises mobilisent près de 20 milliards pour former leurs salariés (soit 3% de la masse salariale environ). Le problème est qu’elles entendent bien faire profiter leurs propres salariés de cet effort, et n’ont que peu d’inclination à en faire bénéficier les chômeurs. Qui plus est, les salariés les plus formés en entreprise sont généralement les salariés les mieux formés à l’extérieur de l’entreprise, et plus spécifiquement les cadres.

D’autre part, les chômeurs sont ceux qui ont le plus besoin de se former pour s’adapter au marché du travail, mais ce sont ceux dont la formation est la moins financée.

La tentation est donc forte d’obliger les entreprises à financer la formation des chômeurs… ce qui, intellectuellement, paraît séduisant, mais, pratiquement pose quelques problèmes pour un gouvernement qui assure baisser la pression fiscale sur les entreprises.

La formation sert-elle aux chômeurs?

Toute la question est de savoir si cette politique de formation permet de lutter efficacement contre le chômage. Le débat porte bien entendu sur la validité de la théorie des appariements dans le cas français. Le chômage en France baissera-t-il avec des chômeurs mieux formés? Le débat est ouvert…

La théorie néoclassique préfère souvent souligner que le chômage existe parce que le marché est trop rigide, notamment du fait d’une indemnisation ou d’une protection accordée aux chômeurs trop généreuse. C’est sous ce prisme que l’on peut analyser la permanence de plusieurs centaines de milliers d’offres d’emplois qui ne trouvent pas preneurs aujourd’hui sur le marché du travail.

Intuitivement, les employeurs savent que les candidats qui se présentent à eux lorsqu’ils ouvrent une annonce posent des problèmes qui ne relèvent pas forcément de la formation. C’est le cas du chômeur qui est orienté sur une offre d’emploi mais qui entend bien maximiser sa situation salariale en obtenant les avantages horaires ou sociaux les plus importants. C’est aussi le cas du chômeur qui a perdu son employabilité en éprouvant de vraies difficultés à exécuter loyalement son contrat de travail. Sur ce point, la contestation du rapport de subordination prévu par le contrat est un grand classique.

Une difficulté majeure tient à l’absence de statistiques sur ce sujet. Les problèmes de recrutement font partie des grands tabous de la société française et ils ne sont pas documentés. C’est dommage, car il est très probable que le énième de plan de formation des chômeurs que le gouvernement prépare n’ait qu’un impact très limité sur le chômage….

15 commentaires

  1. La formation des chômeurs est évidemment nécessaire, mais n’est efficace dans des actions de réduction globale du chômage que si une politique économique résolument libérale est mise en oeuvre: réduction massive de l’imposition, et donc réduction massive de l’emploi public, réduction massive des réglementations et autres contraintes étatiques. L’Etat doit revenir à ses missions, l’éducation ou son encouragement en est une.
    Au fait, il s’agit de l’éducation au sens de l’enseignement de pratiques professionnelles utiles, et pas de comportements moraux égalitaires ou culturels. Il convient ainsi de purger l’enseignement professionnel de tous les développements personnels variés, sans parler des exhortations aux égalités de toutes natures et donc de toutes les discriminations positives.

  2. Gwenael dit

    La formation est certes importante et nécessaire pour maintenir son employabilité, il faut se former en permanence pendant son activité professionnelle et bien sûr pendant les périodes de chômage.
    Pourtant à mon avis, même si cela peut avoir un impact individuel sur l’emploi (l’employabilité), mais je ne crois pas à un impact statistique et donc de masse sur le chômage.
    Le développement des techniques fait qu’il y a de moins en moins d’emplois. La technologie, la robotique, l’informatique permettent une augmentation sans précédent de la productivité dans la plupart des secteurs d’activité et demain probablement dans tous les secteurs d’activité. Et c’est tant mieux! Pourquoi faire travailler l’Homme là où une machine peut le faire. La recherche sert à ça, faciliter la vie des gens.
    Ou mais alors, que faire des chômeurs? Le problème vient du fait que la seule source de revenu de la plupart des gens est le travail… Sans travail, pas de revenu. Par conséquent, du fait du développement des technologies, il faudrait commencer à decoreler le revenu du travail.
    Le revenu de base pourrait en être une expression. Un revenu inconditionnel de base identique pour tout le monde, qu’on travaille ou non, quelque soit son niveau de vie. Un revenu de base suffisant pour vivre : payer son logement, sa nourriture, ses vêtements. certains pays commencent à s’y mettre ou à y réfléchir (Finlande, suisse…)
    Une autre possibilité, plus gauchiste mais pas incompatible avec la précédente, serait une meilleure répartition de ces gains de productivité en particulier envers ceux qui en son les victimes. La difficulté c’est que ce genre de décision ne peut se faire uniquement au niveau d’un pays mais à minima au niveau européen voire au niveau de l’économie mondiale..

  3. Pierre dit

    Parlons du vrai tabou, le seul, l’éléphant dans la pièce.

    Courbe de Gauss.

    Dans tout groupe humain, il y a 10 % de doués, 80 % de moyens, et 10 % de demeurés.

    Dans le monde ancien, il existait de nombreux petits travaux disponibles pour ces derniers. Des travaux manuels, des travaux de « présence ».

    En outre, on pouvait vivre même avec un petit revenu. Chacun pouvait ainsi s’insérer, tant bien que mal, dans la société.

    Mais aujourd’hui ?

    On fait semblant de croire que l’on peut transmuter CHAQUE individu en : architecte, ingénieur, développeur informatique, roboticien, généticien etc.

    Tu es chômeur, tu parles mal le français, tu as un QI de 90, va chez Pôle Emploi, discute avec ton « conseiller », fais une formation et tu deviendras un développeur Python, tu trouveras un boulot à 4000 euros, et tu paieras plein de taxes, d’impôts, et de cotisations qui serviront à payer la retraite des fonctionnaires.

    C’est du délire. Il est devenu obscène d’entendre la clique, comme l’agité Valls, répéter leur mantra ad nauseam, tel un baekoffe alsacien :
    -une couche de « défense des valeurs de la république »
    -une couche de « formation des chômeurs »
    -une couche de « lutte contre terrorisme »

    A vomir.

    Et quid du fanatisme immigrationniste ?

    Laisser venir sur notre sol des centaines de milliers de personnes qui débarquent d’Afrique, de zone rurale, qui n’ont pour le coup AUCUNE formation, AUCUNE affinité avec la culture du pays, et qui ne parlent pas notre langue… Là encore, comment imaginer que notre « marché » du travail pourrait les intégrer ?

    Seuls les 10 % les plus doués de ces immigrés parviendront à s’en sortir…. Quid des 90 % autres ?

    Troisième délire, le plus connu : la réglementation, qui alourdit et rend hors prix (au sens propre)… les petits boulots.

    Additionnez ces 3 facteurs plus la « mondialisation » plus les évolutions technologiques (robotisation)… et vous obtenez la recette du chômage de masse, de l’appauvrissement de masse.

    Il n’y aura aucun changement de fond, seule la multiplication des mesures dilatoires et les « amortisseurs » : aides sociales (impossible à financer), « tittyternainement  » pour divertir et abrutir la masse, et bien entendu stratégie du « choc » pour la contrôler (« attentats », « guerres », « Front national » etc.).

    Jusqu’à l’implosion.

    A ce stade de décomposition, de sida mental (le vieux Lepen était visionnaire)… il n’y a rien d’autre à espérer qu’une accélération du processus.

    Qu’on en finisse. Et vite !

    • Sam dit

      Stratégie du choc… oh oui. Nos gouvernants, qui s’accrochent comme des berniques à leur situation de rente fut-elle au Conseil Régional quand elle n’est pas au Ministère (de La Défense…), ont bien pris de la graine des faux-amis américains. « La Stratégie du Choc », un livre de Naomi Klein à lire sans modération.

  4. Lorelei dit

    Je ne comprends pas la signification de votre phrase et la suivante sur le chômeur qui a perdu son employabilité du fait de ne pas exercer son emploi loyalement. Pouvez-vous m’éclairer sur cette notion ou me donner des exemples?
    Quant au financement de la formation des chômeurs, je n’ai jamais compris pourquoi on ne pouvait pas utiliser les fonds versés par les entreprises. En effet, lorsqu’un salarié travaille, l’entreprise abonde à un fonds de formation. Soit la somme est utilisée pour la formation du salarié, soit elle ne l’est pas. Pourquoi ne pas conserver les sommes non utilisées en cas de chômage? D’autant que ce peut-être fait et quasi jamais utilisé par le dispositif Fongecif.
    Ou alors les sommes non utilisées des fonds de formation servent à boucher d’autres trous?

  5. wanddi dit

    Il y a effectivement une difficulté majeure résumée en fin d’article (absence de statistiques…).
    Mais il faudrait aussi que l’Education Nationale cesse de dispenser des formations qui ne correspondent à aucun besoin….vaste programme!

  6. ikomal dit

    Mais qu’est-ce qu’ils croient ? Dans les formations il y a de tout, du bien et du pas bien, voire du nuisible, mais imaginer que les chômeurs, les formateurs et les orientateurs public et privés ne font pas déjà au mieux pour former les gens vers les métiers qui recrutent, c’est juste les insulter, les traiter d’incapables et d’idiots (et je précise que je n’ai aucun lien de près ou de loin avec eux). J’ai écrit « au mieux » parce qu’il y a évidemment, aussi, des ratés, des choses à améliorer, comme dans tout processus. Mais c e n’est ni une question de « plan » ni une question d’argent. Si il y a vraiment du pognon en plus mis sur la table ce ne sera pas pour des choses utiles, qui sont déjà faites, mais pour des choses au mieux inutiles, voire nuisibles.

    Le principal problème, le vrai éléphant dans le couloir, c’est que chaque euro prélevé de plus, c’est une fraction de chômeur en plus.
    Parce que c’est autant qu’on ne donnera pas à un travailleur, qui disparait.
    Les choses sont évidemment complexifiées à plaisir, selon à quoi on utilise l’euro prélevé : si on le rend au travailleur (prime pour l’emploi, formations utiles ), l’effet négatif est atténué ; quand on le verse à un pénible qui met des bâtons dans les roues des entreprises, l’effet négatif est amplifié.
    Aussi il est difficile de faire une balance précise, mais on peut compter peu ou prou 1 chômeur pour 20000 €, 50 000 chômeurs par milliard, 1 million de chômeur par point de PIB. peut-être plus, peut-être moins, mais c’est l’ordre de grandeur. C’est beaucoup, mais pas insurmontable. En fait il suffit de redescendre les prélèvement obligatoires au niveau Allemand (on ne parle pas de l’ignoble monde ultra-libéral de la mort du petit cheval et du chaton mignon, hein, juste le niveau social démocrate de base) pour redescendre aussi le niveau de chômage au niveau allemand.
    C’est simple, et si on voulait le faire, ce serait déjà fait depuis … depuis au moins aussi longtemps que les Allemands l’on fait.

    Tout ce qui est fait, s’est s’agiter pour ne surtout pas s’occuper de l’éléphant.

  7. SERGIO dit

    Il faut commencer par le commencement, le chômage a une cause première évidente : on nous autorise à embaucher , mais on nous interdit de
    débaucher, ou alors à un coût prohibitif, ce qui conduit logiquement à refuser de tomber dans ce piège stupide.
    Un gamin de dix ans est capable de comprendre cela.

    • Alexandre A dit

      Oui ! Il est bien là le commencement.
      Une rigidité et une complexité effroyables conjuguées à un manque d’audace, une aversion au risque, que ce soit pour employer mais aussi pour innover.

  8. Lafayotte dit

    De manière plus cynique; les stages de formation permettront de « sortir » bon nombre des chômeurs des Statistiques et donc de présenter des courbes du chômage orientées à la baisse juste avant les élections Présidentielles , et voilà leur justification suffisante, l’intérêt pour l’emploi restant très secondaire.
    Désolé…

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