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Hollande, le dangereux pyromane de la démocratie

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Hollande voudrait saper définitivement les institutions de la Vè République qu’il ne s’y prendrait pas autrement. À moins qu’il ne soit complètement aveugle et que, jusqu’au dernier jour, il ne vive dans l’illusion que les détestables pratiques acquises sous Mitterrand puissent continuer indéfiniment comme si rien ne changeait dans le pays.

Hollande et la nationalité

On se souvient qu’à Versailles, le lundi suivant les attentats, François Hollande avait réuni le Parlement en Congrès pour faire un discours qui apparaît aujourd’hui comme un vaste bla-bla. À trois semaines des élections régionales, le Président de la République avait profité de l’émotion suscitée par la Terreur pour endosser des propositions qui faisaient et font frémir la gauche, comme la déchéance de nationalité pour les auteurs binationaux d’actes terroristes.

Il est très probable que ce discours salué par ses opposants aient modifié la donne aux régionales. En reprenant notamment cette proposition du Front National, François Hollande a coupé l’herbe sous le pied de la droite et envoyé un signal fort aux électeurs nationalistes.

Hollande et son calcul à trois balles

Rétrospectivement, on comprend clairement que cette annonce était purement hypocrite et que François Hollande comptait bien sur le Conseil d’Etat pour lui faire barrage. Le calcul était simple: convaincu, comme beaucoup à gauche, que la Constitution est l’ennemie des propositions du Front National, il n’avait aucun doute sur le refus que ses fidèles juges administratifs, dont ses cabinets regorgent, ferait le sale boulot.

Le coup ressemble à un succédané de mitterrandisme: je dis politiquement oui, mais je sais que techniquement ce sera non. Donc je promets de raser gratis.

Hollande ne tient pas le Conseil d’Etat

Patatras! Il y a des limites à tout, même à l’instrumentalisation politique du Conseil d’Etat. Après avoir rendu une réponse à une question prioritaire de constitutionnalité sur les assignations à résidence pleine d’avertissements sur la fin de la plaisanterie, le Conseil d’Etat s’est rebellé contre le mauvais usage que le Président fait de lui. Ses membres ont en effet considéré, dans le cadre de l’avis qu’ils doivent donner avant tout vote d’une loi, que le déchéance de nationalité était conforme aux principes constitutionnels dès lors qu’elle était inscrite dans la Constitution (ce qui était l’objet même du texte), mais que l’état d’urgence ne pouvait être prolongé automatiquement, comme le proposait le gouvernement.

Le petit calcul de François Hollande a donc échoué: voilà notre Président obligé de faire face à ses responsabilités et contraint à faire ce qu’il a dit.

Hollande et le rétropédalage

En homme d’Etat, Hollande pourrait expliquer (et il y trouverait un écho populaire) que la déchéance de nationalité pour fait de terrorisme est un symbole fort qu’il envoie aux enfants issus de l’immigration dont une minorité est tentée par un soutien à l’Etat Islamique, voire par une participation active au Jihad. Il pourrait choisir de dire: on ne peut être Français et combattre la France.

Mais François Hollande n’est pas un homme d’Etat, c’est un homme de calcul. Il a proposé la déchéance de nationalité pour éviter une déroute aux régionales, légitimer sa candidature à sa propre succession en 2017 et affaiblir la droite traditionnelle à l’approche du scrutin. Face au passage à l’acte, il ne cherche pas à porter le flambeau d’une mesure qui indispose son camp, il rétropédale. Tous les arguments sont désormais utiles pour expliquer que la déchéance de nationalité, ce n’est pas si bien que ça. Vérité le lendemain des attentats, erreur le surlendemain.

Hollande et les mesures efficaces

Le principal argument utilisé pour justifier l’abandon en rase campagne de la déchéance de nationalité est celui de l’efficacité: pas la peine de faire une révision constitutionnelle pour quelques gugusses à peine. Cela ne serait pas convenable. Il faut bien entendu comprendre, derrière cet argument: pas la peine de mettre la majorité parlementaire (qui représente désormais moins de 20% des électeurs réels) à feu et à sang à un an et demi des présidentielles pour quelques terroristes dont tout le monde se tamponne.

Les familles, amis, proches, des 130 victimes du 13 novembre apprécieront. Les 7 millions de Français qui défilaient le 11 janvier, s’ils se souviennent encore du pourquoi de leurs défilés, aussi.

Hollande et la fin de la parole politique

Ce que François Hollande (pas plus que son entourage d’ailleurs) ne semble pas mesurer, c’est l’extrême lassitude de l’opinion vis-à-vis de ces calculs minables. Si une leçon est à retenir des élections régionales, c’est que l’opinion est totalement désabusée par la politique, et exaspérée par ces effets d’annonce totalement étrangers à l’intérêt général.

On dit que François Hollande, pour échapper à la solitude du pouvoir, s’invite régulièrement dans des dîners en ville, chez des journalistes du microcosme. C’est probablement son principal problème. François Hollande n’est pas le Président de la République française, il est le Président du microcosme parisien, celui qui peut passer un dîner entier à débattre de choses futiles pour le plaisir du débat, celui qui est obsédé par les principes de la bonne éducation bourgeoise: ne pas parler trop fort, ne pas être trop radical, ne pas être populiste, mépriser les pauvres mais en dire du bien, mépriser les travailleurs manuels mais en dire du bien, mépriser les immigrés mais en dire du bien, toute cette épaisse couche de conventions qui dissimulent un immense égoïsme et une rupture profonde, savamment cultivée, avec le pays.

François Hollande est trop coupé des réalités, comme Lionel Jospin le fut en son temps, pour comprendre que ce mal-là lui jouera un vilain tour… un tour qui pourrait bien entraîner des dommages collatéraux pour la parole politique et pour la démocratie elle-même.

11 commentaires

  1. Aristarkke dit

    Peak de la Faribole ne semble pas comprendre que les petites manoeuvres politicardes qu’il affectionne peuvent effectivement perdurer dans l’enceinte d’un parlement d’ aficionados mais pas à tout bout de champ devant le pays ébaubi. Probablement pen se-t-il être un conducator éclairé menant le pauvre peuple dont il a charge vers de riants lendemains mais peu nombreux sont ceux en communion de pensée.
    Le Général ne devait pas être capable d’imaginer le 36me dessous qu’ atteindrait un si proche successeur…

  2. Gordion dit

    Effectivement, Hollande est un petit Machiavel qui a appris de son maître Mitterrand – l’instrumentalisation du FN, lea posture du Florentin, l’art de ne pas décider, l’art de diviser.

    Les élections régionales ayant permis au PS de sauver les meubles, je vois mal pourquoi il prendrait la décision de dissoudre l’Assemblée. Laissons le se décrédibiliser avec son plan de sauvegarde de l’emploi qui fera psch…t lui aussi.

    En espérant que rien de fâcheux n’intervienne entre temps.

    Pendant ce temps, la France sombre.

  3. Le fin mot de l’histoire est de Patrick Balkany, après les régionales : «Désormais, tout continue comme avant».

    Le désespoir des Français est bien réel, mais je ne crois pas qu’il se traduise politiquement. Le pays est trop bien tenu. Ce n’est pas comme si nous étions encore en démocratie.

    Plus que jamais, le mot de Coluche est d’actualité : « Vous pensez bien, si les élections servaient à quelque chose, elles seraient interdites». Il suffit de réfléchir au destin du referendum de 2005 et à la loi totalement inapplicable sur le referendum d’initiative populaire.

    Contrairement à beaucoup, je crois que le temps joue en faveur du Système. La transmission de l’amour de la liberté est coupée. Deux générations après le début des déficits publics des années 70, nous sommes devenus des assistés incapables de se débrouiller sans l’Etat. Plus personne pour enseigner aux jeunes ce que c’est d’être un citoyen libre. Nous sommes des veaux à l’herbage et contents de l’être. S’il manquait d’herbe, ça serait une autre histoire, mais ce n’est même pas sûr.

    Pour dire les choses crûment, la caste politico-médiatique nous prend pour des cons. Quand lui avons nous prouvé qu’elle avait tort ?

    • Pierre dit

      Très juste. Le contrôle social n’a jamais été aussi fort, aussi habile, aussi performant.

      La botte cloutée dans la gueule, c’est si préhistorique et au fond si peu efficace… Alors qu’aujourd’hui… c’est un cauchemar doux, synthèse parfaite de 1984 et du Meilleur des mondes.

      Cela étant, vous désignez correctement le point faible : l' »herbe ».

      C’est là où le système est fragile : la thune, le pognon ; son carburant, son sang, son oxygène.

      Pour de nombreuses raisons… les robinets se ferment…. D’abord imperceptiblement.. Puis de plus en plus… Et à ce moment là, c’est game over.

      Quand l’herbe aura disparu… vous verrez que les veaux retrouveront leur… animalité.

      Le contrôle social délicat et sophistiqué ne fonctionne que dans un cadre macro économique que l’on pourrait qualifier de « toujours plus »… Si on change de paradigme, et qu’on tombe dans le « toujours moins »… alors la situation retrouvera une certaine fluidité.

      Pour le pire… ou pour le meilleur.

  4. Jack dit

    M. Verhaeghe,
    Bien que je sois en accord avec vous sur la manoeuvre politique qu’a été cette déclaration de déchéance de nationalité, je ne la trouve pourtant pas surprenante. Hollande est loin d’être le seul à avoir recours à ce genre de manoeuvre qui est plus la règle que l’exception en politique…
    En revanche je regrette que votre article tienne plus d’une haine manifeste de la gauche et d’une vision grossièrement erronée du « microcosme parisien » que d’un réel travail analytique et critique.
    Pour recentrer donc l’analyse sur le fond du débat, voici quelques raisons pour lesquels la déchéance de nationalité n’est rien de plus qu’une revendication inutile et dangereuse héritée de l’extrême droite:
    – Elle n’est en aucun cas dissuassive (vous conviendrez que la menace de perdre la nationalité française ne dissuadera pas un terroriste de passer à l’acte) et donc largement inutile. Le Conseil d’Etat l’avait d’ailleurs souligné. Elle relève plus du populisme que d’autre chose.
    – Elle inscrirait une inégalité de traitement des citoyens dans la Constitution. On y ferait la différence entre les 100% français dont la nationalité ne peut être remise en cause, et les binationaux qui ne serait finalement que des demi-français. Inscrire différend degrées d’importance de nationalité française dans la Constitution est pour le moins inquéitant.
    – Ces terroristes sont français et c’est bien à la France de règler ce problème et n’ont pas d’essayer de l’éviter. Que penseriez-vous si les terroristes Franco-Belges avaient attaqués Bruxelles et que le gouvernement belge décidait de les déchoir de leur nationalité pour qu’ils ne conservent que la Française? Illégitime et stupide en effet.
    – Finalement, cela reviendrait à dire « ceux qui ont commis ces actes ne sont pas français », et d’éviter soigneusement de remettre en question notre modèle, de se pencher sur le fait que des jeunes français se radicalisent et qu’il y a bien des problème à régler, par la France et pour la France, dans notre société.

    • Catherine V dit

      « Illégitime et stupide en effet ».
      « Stupide », c’est votre avis.
      « Illégitime »? D’où tenez-vous le droit de dire ce que les Belges (ou d’autres) ont ou auraient le droit de faire?
      Votre docte avis sur les situations américaine ou britannique? Les Etats Unis et la Grande Bretagne doivent réformer leur législation? Les législateurs anglo-saxons ne sont pas aussi intelligents que nous? que vous?
      Et qui a dit que la déchéance de nationalité devait « faire peur » et prévenir le crime?
      Le contrôle social fonctionne (encore) bien, on dirait!

      • Jack dit

        Stupide c’est mon avis en effet, vous avez bien lu.
        La légilsation américaine, britanique et toutes les autres ne sont pas des paroles sacrés qui détiennent la vérité à ne jamais questionner. Et comme partout, les législations sont un mélange de nécessité, de bon sens et d’opportunisme politique.
        Mais encore une fois, plus que de commenter la forme je vous invite à débattre du fond: si la déchéance de nationalité ne doit pas prévenir le crime, dites-moi donc, quelle est sont but?
        Si cette mesure ne prévient pas le crime, elle est inutile. Si elle inscrit l’inégalité dans la constitution, elle est dangereuse. Si elle permet d’éloigner le débat du problème de fond de notre société, elle est fumeuse. Inutile, dangereuse et fumeuse est une recette qui ne sert généralement qu’à satisfarire les populismes.

  5. Louis XVI, Louis-Philippe, Nicolas II ont été balayés par l’histoire pour avoir hésité à réprimer dans l’oeuf des révolutions naissantes alors qu’ils en avaient les moyens. Ils ont refusé de s’accrocher au pouvoir.

    Vous imaginez des Sarkozy et des Hollande ne pas s’accrocher au pouvoir jusqu’au bout et par tous les moyens ?

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