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Benzema

Attentats du 13 novembre: les étranges révélations du Monde

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Le Monde a publié hier un intéressant récit des événements du 13 novembre. Il est le produit d’une lecture des 6.000 procès-verbaux de l’enquête. Les détails donnés sont vraiment curieux, et posent quand même quelques questions de vraisemblance.

6.000 documents pour le 13 novembre

On posera une question méthodologique de base: comment résumer, même en deux pleines pages, 6.000 documents établis en six semaines d’enquête? La question tient à la fois de la méthode journalistique et de la méthode historique. L’article est signé par trois journalistes, mais comportent peu de renseignements sur la façon dont il a été écrit. Au bas mot, chaque journaliste a eu vraisemblablement peu de temps pour digérer 2.000 documents et en apporter la synthèse à ses collègues avant publication.

Je n’ai aucun doute sur le professionnalisme des journalistes en question, mais enfin, matériellement il est évident qu’ils n’ont guère disposé du temps nécessaire pour faire une lecture raisonnée des documents auxquels ils ont eu accès.

Le 13 novembre et l’énigme du 12

Ces défauts apparaissent dès les premières lignes, lorsque les journalistes soutiennent que les frères Abdeslam se sont mis en route à Bruxelles le 12 novembre à 4h30 en compagnie de Mohamed Abrini pour faire une escale de 10 heures à Charleroi au volant de la Seat retrouvée le lendemain soir à Montreuil et de la Clio retrouvée porte de Clignancourt. La Polo du Bataclan les aurait rejoints, regroupant les trois terroristes du Bataclan et Bilal Hadfi qui s’est suicidé au stade de France.

Ils auraient repris la route vers 16 heures, et seraient arrivés à Paris vers 19h30: les uns à Bobigny, dans un pavillon, les autres à Alfortville, dans un Appart’City.

Cette version pose quand même quelques problèmes sérieux. On se souvient en effet qu’Abrini a été filmé au volant de la Clio le 11 novembre à 19h dans une aire d’autoroute en direction de Paris. La version officielle a toujours affirmé que les caméras de vidéosurveillance avaient permis d’identifier Salah Abdeslam à ses côtés. À en croire le Monde, les deux gaillards seraient donc allés à Paris une première fois dans la soirée du 11, seraient revenus dare-dare dans la nuit du 11 au 12 à Bruxelles, pour repartir le 12 dès 4h30 à Charleroi, y passer 10 heures, puis repartir à Paris où ils étaient la veille à la même heure.

Cette version peut-être vraie, mais elle demande quand même quelques éclaircissements: pourquoi autant d’agitation? Quel pouvait être le but du voyage du 11 novembre? S’il s’agissait de reconnaître les lieux, comme ce fut souvent dit, pourquoi arriver le 12 au soir à Paris alors?

Le 13 novembre et les frères Abdeslam

Autre problème dans la version du Monde: les frères Abdeslam sont réputés s’être trouvés à Paris le 12 novembre au soir. Mais un témoignage recueilli quelques heures après les attentats les situe à Molenbeek ce soir-là. Ils s’y seraient disputés dans la rue, autour d’une histoire d’argent.

Il est vrai que ce témoignage « belge » n’est pas très facile à manier pour la version officielle. Il laisse à penser que Brahim Abdeslam attendait une somme d’argent en échange de sa participation aux attentats. Cette vénalité correspond d’ailleurs assez bien au portrait de ces hommes décrits comme des petits voyous, jouisseurs et désargentés, mais elle percute la version officielle d’un kamikaze épris d’Islam.

Là encore, rien ne prouve que ce témoignage précoce soit vrai. En revanche, il n’est pas expliqué par la version « officielle », qui n’apporte pour le reste aucun élément flagrant de preuve pour le démonter.

La version du Monde attribue en outre à Salah Abdeslam le rôle de convoyeur des kamikazes de Saint-Denis à 21h. Salah aurait quitté Bobigny avec eux à « 20h29 » (c’est précis). On retrouve sa trace avérée vers 22h porte de Clignancourt, où il abandonne la Clio au milieu d’une passage piétons. Que s’est-il passé entre ces deux moments? Rappelons que des témoins oculaires soutiennent qu’il faisait partie de l’équipe qui a procédé à la fusillade de la Belle Equipe, rue de Charonne, à 21h36.

Le 13 novembre et le Bataclan

Autre point surprenant: la version officielle affirme que la Polo qui transporte les assaillants du Bataclan quitte Alfortville à 19h30 pour se rendre à la salle de concert. Là encore, les témoignages recueillis dans les jours qui ont suivi ont soutenu que la Polo s’était garée dès 19h30 rue de Crussol. Plusieurs témoins l’ont vue au même endroit. L’un d’eux a même tenté de la signaler à Police Secours, qui ne répondait pas…

En soi, ce détail n’est pas capital. Simplement, il montre que les 6.000 documents sont loin d’avoir épuisé le sujet de déroulement chronologique des opérations.

Le 13 novembre et ses révélations

On notera néanmoins avec intérêt que le Monde apporte d’importantes précisions sur des événements encore méconnus jusque-là.

Ainsi, la Clio retrouvée porte de Clignancourt est filmée au hall 2C de Roissy le 13 novembre entre 18h20 et 19h20. La vidéosurveillance n’en dit pas plus à ce stade. Mais cette révélation permet de penser que les deux terroristes qui explosent au Stade de France deux heures plus tard, et dont l’identité n’est toujours pas connue, sont « récupérés » par l’équipe qui loge à Bobigny à ce moment-là.

En outre, il est désormais établi qu’à chaque étape des opérations les différentes équipes ont communiqué avec au moins un numéro de téléphone, réservé la veille par Salah Abdeslam, borné en Belgique. Il s’agit probablement du « Souleymane » à qui les assaillants du Bataclan font allusion pendant leur prise d’otage. Ce correspondant mystérieux pourrait être Mohamed Abrini, mais là encore on a du mal à comprendre l’itinéraire de ce suspect (toujours en fuite) qui serait venu à Paris le 11 novembre au soir, en serait reparti de nuit pour rejoindre Bruxelles quelques dizaines de minutes, avant de repartir pour Charleroi et Paris le 12, et qui serait finalement revenu à Bruxelles par ses propres moyens le 13. Cette manie de faire des allers-retours s’agissant d’un homme identifié par la police comme dangereux constituait, pour le moins, une prise de risque importante, surtout s’il devait être le « cerveau » d’attentats aussi importants.

Le 13 novembre et ses silences

Ce qui est gênant dans la version du Monde tient évidemment à la précipitation dans laquelle elle nous est servie, et qui laisse entières des zones d’ombre dont l’importance paraît cruciale.

Premièrement, le rôle exact d’Abrini reste toujours compliqué à comprendre, nous l’avons dit.

Deuxièmement, le Monde explique clairement que deux voitures quittent Bruxelles avec trois passagers en tout: Abrini et les deux frères Abdeslam, dont l’un sort d’une nuit blanche au volant. Quatre autres terroristes les rejoignent à Charleroi dans la Polo, dont Bilal Hadfi, qui vit à Bruxelles (les deux autres sont Français). D’où viennent-ils? Pourquoi Hadfi ne quitte-t-il pas Bruxelles avec les frères Abdeslam?

Troisièmement, dans ce décompte, manquent encore Abaaoud et les deux terroristes non identifiés qui explosent à Saint-Denis. La police ne semble n’avoir aucune information sur l’arrivée de ces trois compères, dont les rôles sont très différents durant les attentats.

Quatrièmement, la police ne sait rien à ce stade sur le cerveau des opérations. Si elle ne conteste plus que ni Salah Abdeslam ni Abaaoud n’étaient pas les commanditaires, elle sèche cruellement sur l’identité de ceux qui étaient au bout du fil, en Belgique, quand les exécuteurs arrivés à Paris passaient leurs coups de téléphone. Ni l’identité de ce « cerveau » ni l’identité du « Juif » dont il est question dans un SMS reçu par un complice belge, Lazez, durant sa garde à vue, ne sont élucidées.

Cinquièmement, le déroulement lui-même des opérations à Paris, à partir de 21h20, comporte encore de nombreuses interrogations. En réalité, la police n’est pas sûre de ce qui s’est passé, et écarte aujourd’hui de nombreux témoignages contredisant sa version pour tenter de conserver des certitudes. Mais, à l’usage, on voit bien qu’on ne sait même pas combien de personnes sont effectivement impliquées dans l’attentat.

15 commentaires

  1. Gordion dit

    Ventre Saint-Gris, que de confusion au lire de ces extraits du « Monde »!

    1. La Clio n’a pas pu quitter Alfortville à 19h30, des témoins l’ayant vu à la même heure rue de Crussol, l’un d’eux ayant tenté d’appeler 80 fois le 17, non? Fausse piste, à mon sens
    2. Une Clio repérée au terminal 2C de l’aéroport CDG le 13 novembre à la même heure? Que faisait-elle là? Récupérer une équipe à Bobigny? Pourquoi était-elle à CDG alors? Les terroristes savent très bien que les parkings de CDG sont sous surveillance vidéo entrée et sortie – caméras Thales…vraiment pas très fûtées ces ordures!
    3. Les déplacements de ce « Souleymane » sont incohérents, et, comme soulignés ici, pas très discrets pour un terroriste qui ne peut ignorer les risques de contrôle inopinés, habituels et les moyens de surveillance vidéos, et le bornage des cellulaires.

    Il ne fait guère de doutes que « le Monde » a eu accès à des rapports de l’enquête – 6000 PV – toutefois, je suppose que les rapports de synthèse transmis aux Services, au Château, à Matignon, à Bauveau donnent des éclairages sur les scénarii possibles. Ce sont ces documents que « le Monde » n’a pas eus.

    Cela sent un peu l’enfumage, au mieux la confusion.

  2. xc dit

    Est-il bien normal que de tels documents soient en possession de journalistes ? Comment y sont-ils entrés ?
    Pourquoi les journalistes n’auraient-ils pas pris le temps nécessaire à un meilleur examen ?
    Pourquoi les Policiers soutiendraient-ils une thèse qui risque de ne pas résister longtemps à l’instruction ?
    Toujours pas de mercenaires blancs bodybuildés ?

  3. Robert Marchenoir dit

    Ah, voilà !… Il y a eu un SMS à un Juif… c’est donc là que vous vouliez en venir.

    Et sinon, ça paye bien, l’ambassade de Russie ? Je vous demande ça, parce que j’ai quelques petits soucis d’argent en ce moment… J’admire beaucoup votre travail, et sans atteindre votre talent, je pense, ma foi, pouvoir faire un disciple fort convenable. Pourriez-vous glisser un mot à qui de droit à l’occasion ? Discrétion totale assurée, bien entendu.

  4. AM dit

    Que sous-entendez vous avec ces articles répétés sur les silences, les invraisemblances… dans le récit des ces affaires? Le gouvernement a tout organisé islamophobe comme il est? avec la complicité de la presse de gauche subsidiée?

  5. Logaro dit

    Pour commémorer l’attentat de Charlie Hebdo, Sleazy a fait sa 500E caricature et son commentaire: Sleazy est apparu à la suite de cette odieuse attaque : des caricaturistes assassinés seront remplacés par d’autres plus modestes, moins doués mais qui apporteront leur petit caillou à la chaussée qui mène vers la liberté!
    Merci pour tous nos visiteurs depuis le 28 janvier, près de 60 000!
    http://sleazy-caricatures.over-blog.com/2016/01/500-e-caricature.html

  6. Garibaldi dit

    La plupart des grands attentats dans le monde et dans l’Histoire sont le fait, directement ou indirectement, des Etats et de leurs sercices spéciaux…. Tout le reste n’est qu’enfumage.

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