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Valls, confessions d’un politicien du siècle

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La participation de Valls, Premier Ministre de la République Française qui cherche manifestement à le faire oublier, à une émission de divertissement, ainsi que la polémique qui entoure cet événement anodin, en dit long sur le naufrage politique qui nous brise les reins. Si ce moment inoubliable de l’histoire télévisuelle française n’intervenait pas en même temps que la chute de l’intéressé dans les sondages, il passerait inaperçu. Ce qui retient l’attention, c’est évidemment la bizarre idée que peut avoir un homme de son envergure de regagner de la popularité politique en occupant le champ non politique. Le terrible aveu que cette quête recèle méritait bien d’être exprimé ici.

Valls et la crise du sens politique

C’est enfoncer une porte ouverte que de pointer la désillusion qui s’est emparée des Français face à la politique en général, face à leur classe politique en particulier, et plus précisément encore face à la capacité de leur classe politique à affronter et à résoudre les problèmes… politiques. Le chômage de masse constitue probablement la caricature de cette rupture: combien de responsables publics n’ont-ils pas, depuis la fin des années soixante, annoncé leur intention de s’engager TOTALEMENT dans le combat contre le chômage sans qu’aucun résultat notable n’intervienne?

Caricature parmi les caricatures sur ce sujet, Manuel Valls lui-même, qui a multiplié les déclarations claironnantes sur la question ces dernières semaines, qui doit dévoiler un « plan d’urgence » contre le chômage lundi prochain, mais qui a passé sa soirée de jeudi dans une émission de divertissement sur une chaîne de télévision. La concomitance des événements pose quand même question: si la lutte contre le chômage était si importante, on aurait plutôt vu le Premier Ministre faire le choix d’utiliser les médias (publics, qui plus est) pour expliquer sa politique, ses ambitions, sa vision, sur un sujet crucial qui intéressent tous les Français.

Manifestement le choix opéré par Valls consiste plutôt à dire aux chômeurs: je ne peux pas grand chose pour vous, mais je tenais à vous mettre du baume au coeur en vous le faisant gentiment comprendre dans une émission de divertissement.

Pourtant, les Français ont droit à quelques explications en profondeur sur le sujet, parce qu’ils sont tous concernés par le chômage ou la peur du chômage. Et dans une grande tradition démocratique, ils ont le droit de connaître quelle vision leur Premier Ministre peut bien avoir du contrat de travail, des allègements fiscaux, du basculement vers l’économie numérique qui bouleverse tant la société.

Valls a-t-il une vision?

Bien entendu, pour se livrer à ce genre d’exercice, il faut réunir deux conditions: d’abord avoir une vision, ensuite ne pas craindre « d’ennuyer » en l’expliquant.

Ici le bât blesse.

D’abord, il n’est pas sûr que Manuel Valls ait une vision, et c’est bien le problème de la politique française aujourd’hui. Valls, comme tant d’autres, fait une carrière politique, au sens le plus effrayant du terme. Dans son parcours, il n’a jamais eu besoin de déployer un projet en prise avec le réel. Que voulez-vous faire de la France dans vingt ou trente ans? est une question subalterne. Il suffit de connaître quelques gimmicks pour y répondre, de truffer ses discours de mots passe-partout comme « une France plus solidaire », le « redressement dans la justice », « relancer la croissance », pour contenter les notables qui participent à votre investiture aux élections. Ces mots-là sont comme des antiennes: ils manifestent une appartenance clanique à la gauche ou à la droite, une affinité en quelque sorte, mais personne, dans les allées du pouvoir, ne vous demandent jamais de confronter cette « doxa » à l’épreuve de la cohérence ou de la performance.

Ensuite, il n’est pas plus sûr que Manuel Valls considère que l’enjeu de sa carrière soit « d’ennuyer » les Français en donnant du sens à son action à la tête du pays. Il est même vraisemblable que son point de gravité se situe ailleurs. Comme tous ceux dont la vie professionnelle se traîne d’élection en élection, Valls a besoin d’être réélu pour vivre. Il n’est donc pas libre d’accomplir son devoir comme l’entendrait un homme indépendant. Il est en permanence obligé de délivrer une parole (et accessoirement des actes) qui donne envie aux électeurs de le garder aux affaires.

Voilà pourquoi il va chez Ruquier: parce que sa façon de faire de la politique n’est pas celle d’un homme d’Etat qui place l’intérêt général au-dessus du sien, mais celle d’un camelot qui a besoin de vendre sa marchandise pour protéger son patrimoine. Il a besoin de popularité, et, faute d’une politique qui porte ses fruits, il joue une partition de saltimbanque en espérant que son petit spectacle en place de grève lui vaudra l’amitié et la sympathie des électeurs.

Valls et l’aveu pathétique de son impuissance

L’intervention de Manuel Valls chez Ruquier a donc tout de l’aveu d’impuissance. Français, la croissance ne revient pas, le chômage augmente, les attentats vous guettent, nous ne savons pas où nous allons, mais l’essentiel est d’être sympathique et bien élevé, de se dire des choses courtoises et agréables et de préserver l’entre-soi qui nous réjouit tant. Je m’invite donc dans votre salon ce samedi soir pour vous dire que je ne puis rien pour vous, mais que je suis un bon garçon sympa, pas rigide comme on le croit, et que vous pouvez donc m’élire président de la République en 2017 si cette grosse burne de François Hollande ne se présente pas.

De ce point de vue, Manuel Valls exprime bien le réflexe courant dans la technostructure française: ne nous jugez pas sur nos résultats, mais sur notre politesse, notre bonne éducation, sur la sympathie que nous vous inspirons. Penser qu’il vaut mieux être sympathique mais inefficace, plutôt qu’efficace mais antipathique, tel est le mal de l’élite française, et singulièrement de l’élite politique.

Cette inversion des valeurs explique largement la désaffection des Français pour la démocratie aujourd’hui. Ils ont à juste titre l’impression de devoir financer une caste de clowns qui ne se préoccupe guère de ses résultats, mais qui donne le sentiment de croire qu’elle est là de toute éternité pour des raisons extérieures à la cause publique.

Valls et le jeu du Front National

Qu’un Premier Ministre en situation d’échec et de désamour fasse le choix de participer à une émission de divertissement procède évidemment d’un populisme imbécile, mais arrogant, dont pas mal de ministres de la majorité ont le secret. Nous sommes des gens très bien, et vous ne pouvez même vous apercevoir que nous vous prenons pour des idiots en faisant les pitres en public pour dissimuler notre mauvais bilan. Le message passé est cataclysmique: il ne peut que convaincre un peu plus les électeurs de procéder, au prochain, scrutin, à un vote de rupture.

 

 

 

17 commentaires

  1. pierre dit

    Camelot ? Le mot est encore trop sympathique.

    Valls est la quintessence du pire : arrogant, buté, borné, hystérique.

    Il faut le revoir la bave aux lèvres, éructer à l’Assemblée nationale contre ceci, contre cela en agitant ses petites mimines, totalement parkinsonrisées, récitant comme un diable halluciné ses mots clés orwéliens.

    Valls est illégitime. Une baudruche. Un catalan qui se fait passer pour un amoureux de la France, de la « République » son fétiche, son sextoy.

    Ce type est l’indédence incarnée.

    Finir chez Ruquier ? Au fond, parfaite continuité.

    Un naufrage.

      • pierre dit

        Et encore, je me suis retenu.

        Un benêt fermerait sa gueule, et profiterait de la bonne table à Matignon.

        Valls, lui, la ramène sans cesse.

        Il est beaucoup plus nocif qu’un simple crétin.

        Il pense même qu’il est nécessaire d’imprimer sous la forme d’un livre… ses discours.

        Rappelons :
        -ses vendettas hystériques (Dieudonné, le FN)
        -ses allégeances (ses liens « éternels à Israël, merde quand même »)
        -ses obsessions : ( « les juifs sont à l’avant-garde de la République »)
        -ses blagues racistes (« ça manque de blancos » disait il en marchant à Evry)

        Bref, ce type est profondément malsain.

  2. Sergio dit

    Au fond les politiques sont des comédiens, au lieu du conservatoire, ils ont appris à jouer leur rôle à Science Po et à l’ENA, dans le registre: j’ai tout appris mais rien compris…

  3. Arnaud Duval Écrivain, Professeur Association Education populaire, avec Maélie Duval, militante écologiste dit

    LUTTE CONTRE LE CHÔMAGE … LUTTE CONTRE LES EMPLOIS FICTIFS !!!
    Un responsable politique honnête et courageux devrait commencer par supprimer les emplois fictifs qui polluent l’Administration et qui ruinent le pays.
    Mais le PS, qui en est le premier bénéficiaire, responsable et coupable, continue à les multiplier.

    C’est Mitterrand qui avait institué un « tour extérieur » pour les nominations au grade d’Inspecteur général, pour y placer ses militants et ses protégés, ses copains et ses coquins.
    Si l’on devait écarter tous les truands qui ont bénéficié d’emplois fictifs (« conseillers », « ingénieurs », « inspecteurs » … et par exemple inspecteurs d’académie!), les rangs du PS seraient très éclaircis à l’Assemblée nationale … et même au Gouvernement.
    Les jeunes (où moins jeunes, car certains étaient « élus étudiants »… à nettement plus de trente ans !) truands de la » génération Mitterrand » … les Cambadélis, Julien Dray, Le Guen, Borgel, et autres Harlem Désir qui déshonorent la France en Europe et dans le monde.

    Emplois fictifs … et que dire des diplômes fictifs ?
    Vous n’êtes pas capable d’obtenir une licence ou maîtrise ? Même quand ces diplômes sont bradés ?
    Peu importe! Demandez une dispense, et vous deviendrez Docteur, comme le sinistre Cambadélis.
    Vous n’êtes pas capable de passer un concours ? Peu importe !
    Engagez-vous dans le « syndicalisme étudiant » … et vous obtiendrez de très beaux emplois fictifs, comme tous les jeunes truands de la « génération Mitterrand ». Emplois d’ingénieurs de recherche, inspecteurs d’académie ou inspecteurs généraux.
    Mieux encore : inventez-vous un faux diplôme de maîtrise d’économie, comme la dame Fioraso, et vous deviendrez Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

    Arnaud Duval Officier des Palmes académiques Auteur de TESTEZ VOTRE LOGIQUE (éditions Eyrolles)

  4. Seb dit

    Inanité politique et désillusion du peuple. Cocktail, explosif. Quand on voit que le débat public est meublé depuis un mois, avec la complicité des médias subventionnés, par une mesure dont même ses partisans reconnaissent qu’elle n’aura aucune efficacité, on se dit qu’on est au café du commerce en train de picoler avant la bagarre ou dans le meilleur des cas la gueule de bois.

  5. @JPM1580 dit

    Ses déclarations d’amour successives :
    J’aime l’Entreprise
    J’aime les Fonctionnaires
    J’aime la French Tech
    J’aime les débats (si on lui donne raison)
    J’aime la France
    ==> Aimez moi chez Ruquier puisque la baudruche se dégonfle dans les sondages
    Ce n’est qu’un petit apparatchik du PS qui atteint son niveau d’incompétence => Peter Valls
    La France est malade de ces porte-dossiers cire-pompes devenus Dircabs qui ont joué les pique-boeufs d’élus plus ou moins grands et qui passent leur vie à s’allier ou tuer pour maintenir un statut d’assistés de la République qui crève actuellement de cette somme d’incompétences
    Si on plaque la courbe de vie de Ichak Adizes ( http://www.adizes.com/lifecycle/ ) à celle de la Maison France, Hollande, Valls en sont les croque-mort

  6. philos dit

    Tout politicien se trouve face à un dilemme s’il veut être élu :

    dire ce qu’il va faire et si ce sont des choses désagréables qui vont déplaire avec le risque ou même la certitude de ne pas être élu,
    dire ce que veut entendre l’électeur pour être élu à coup sûr et faire de ce fait des promesses irréalisables qu’il ne pourra pas tenir ; ce qui va mécontenter l’électeur,
    dire ce que veut entendre l’électeur pour être élu à coup sûr ….et faire l’inverse ensuite au pouvoir avec la certitude de mécontenter l’électeur,

    il n’y a pas d’autre possibilité et TOUS les politiciens français se sont enfermés depuis 40 ans dans ce schéma qui ressemble à un piège !

    Valls et Hollande n’y font pas exception et cherchent par tous les moyens, y compris en se réfugiant dans le spectacle et le mémoriel, à conserver le pouvoir. Ce ne sont rien d’autre que des subterfuges !

    Évidemment, les français ne sont pas dupes et finissent comme c’est le cas à toutes les dernières élections par voter pour l’un à seule fin de se débarrasser de l’autre !

    En 2012, ils ont voté pour Hollande à seule fin de se débarrasser de Sarkozy, en 2017 pour qui vont-ils voter à seule fin de se débarrasser de Hollande ? On peut craindre le pire … d’autant plus qu’on cherche désespérément l’homme d’Etat parmi nos politiciens professionnels !

    Pendant ce temps, à force de gestion inepte des affaires publiques nous continuons à glisser lentement vers la catastrophe … et qui paiera l’addition ?

  7. Logaro dit

    Les débats pour la présidentielle 2017 en France seront ternes et sans trop d’effets. Pourquoi ne pas avoir des débats comme ceux des  » Républicains » où les candidats en haut des sondages s’affrontent à couteaux tirés: ce fut le cas pour le dernier en date et les répliques Trump Cruz au sujet de l’ éligibilité est mémorable. En effet Cruz est né à Calgary, Canada donc pas sur le sol américain, ce qui d’après la Constitution, le rendrait inéligible.
    Au lieu d’apparaître dans des émissions un peu populo pourquoi pas de vrais débats?
    http://sleazy-caricatures.over-blog.com/2016/01/chiche-pour-2017.html

    • luc nemeth dit

      puisqu’il est question de Dieudonné, j’ajouterai ceci.
      Lors d’une garde-à-vue qui ne saurait déshonorer que la nommée Taubira j’ai eu la surprise de m’entendre demander par un flic de la PJ, à une époque où le nommé Valls n’était encore « que » ministre de l’Intérieur :
      – monsieur Nemeth : vous êtes de confession juive ?
      Je ne saurais dire si l’intéressé se voulait… drôle, où s’il affichait sa grandiose-connerie.
      Mais là j’ai réalisé à quel point la présence au gouvernement d’un individu comme le nommé Valls constitue toujours un encouragement pour tout ce qu’un pays peut compter de racistes, d’antisémites et de xénophobes.
      Je n’y peux rien mais c’est ainsi.

  8. Lomo dit

    qu’allait-il faire dans cette galère ?

    Il y a bien longtemps que je ne regarde plus cette émission. Ruquier est d’une vulgarité insupportable et se acolytes déplaisants au plus haut point.
    Le premier ministre n’a rien à faire dans ce cirque, c’est du n’importe quoi, sans aucun risque puisque l’émission était préenregistrée et le public (la claque), trié sur le volet et tout à sa dévotion. Nos politiques perdent le peu de considération qui leur reste dans ce genre de cirque.
    Ce président et son gouvernement sont incompétents pour traiter les grands problèmes, mais une armée de communicants ordonne le grand balai de la compassion, des commémorations, des dévoilements de plaques, de Hollande, les coups de menton et indignations de VALS, le tout avec un point de mire unique : 2017. Tout ce pathos, cette logorrhée sont écoeurants et contre productifs; on en a une indigestion.
    De plus Vals est d’un sincérité absolument désarmante quand il soutient bruyamment Hollande. Ils se détestent, mais chacun a besoin de l’autre. Une bonne gamelle, souhaitée par Vals, de Hollande en 2017, Le président de droite (Juppé ?) qui peine à redresser complètement une situation réellement catastrophique et voila notre Vals en sauveur incontournable de la France à l’élection suivante.
    Avec Hollande comme patron, il ne peut pas faire grand chose, mais il réflêchit vite ce garçon; rendons lui au moins cette justice. Mais cela n’est pas réjouissant.

  9. miotisoa dit

    Jean-Charles Marchiani a marqué l’histoire de la cinquième République française par son talent inné de négociateur hors pair vu qu’il a fait un succès de plusieurs institutions francaises. Il est donc indéniablement le pilier de cette république. Cet homme politique Français, anciennement haut-fonctionnaire est présent dans la majorité des affaires jugées sensibles et délicates que l’Hexagone a eu à démêler aux alentours des années 80 et 90. Le préfet Marchiani est sans aucun doute une figure politique dont tout le monde se souviendra même des décennies après ses prouesses. . En effet, Jean-Charles Marchiani fut un négociateur hors paires, ayant permis de venir à bout de situations qui semblaient parfois devenir des causes perdues et de plusieurs libérations d’otages français détenus dans le monde.
    Bref, son portrait est celui d’un personnage dont le profil est assez connu dans le monde des informations.

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