Accueil » Bois de Sycomore: comment la CIA a entraîné Daesh

Convoi militaire de l'Etat Islamique à Surt, en Libye
Convoi militaire de l'Etat Islamique à Surt, en Libye

Bois de Sycomore: comment la CIA a entraîné Daesh

Cet article a été lu13144fois

Comment la CIA a-t-elle financé Daesh ou Al-Qaeda? Je recommande la lecture d’un article du New York Times qui détaille de façon intéressante l’opération Bois de Sycomore (Timber Sycamore) par laquelle la CIA a utilisé l’argent de l’Arabie Saoudite pour armer et entraîner les « rebelles » en Syrie, dont les groupes qui mènent aujourd’hui des actions terroristes. Je livre ici quelques extraits traduits par mes soins de l’article.

Une politique ancienne

L’aide aux rebelles syriens n’est que le dernier chapitre d’une relation vieilles de plusieurs décennies entre les services secrets d’Arabie Saoudite et les Etats-Unis, une alliance qui a traversé le scandale des contras en Iran, le soutien aux mudjahidines contre les Soviétiques en Afghanistan et les guerres par procuration en Afrique. Parfois, comme en Syrie, les deux pays ont travaillé de conserve. Dans d’autres cas, l’Arabie Saoudite a simplement rempli les chèques des opérations américaines secrètes.

Le programme conjoint d’armement et d’entraînement, que d’autres pays du Moyen-Orient ont contribué à financer, se maintient alors que les relations de l’Amérique avec l’Arabie Saoudite – ainsi que la place du Royaume dans la région – sont en mutation permanente. Les liens historiques entre pétrole pas cher et géopolitique qui ont longtemps rapproché les deux pays se sont distendus à mesure que la dépendance américaine au pétrole étranger déclinait et que l’administration Obama marchait à tâtons vers un rapprochement diplomatique avec l’Iran.

L’opération Bois de sycomore

Quand Mr Obama donna son accord pour armer les rebelles au printemps 2013, c’était en partie pour essayer de prendre le contrôle d’une région qui semblait totalement ouverte. Les Qataris et les Saoudiens avaient commencé à fournir des armes en Syrie depuis plus d’un an. Les Qataris avaient même passé en contrebande des cargaisons de missiles chinois portatifs FN-6 par la frontière turque.

Les efforts saoudiens étaient conduits par le flamboyant prince Bandar ben Sultan, alors responsable des services secrets, qui ordonnait aux espions saoudiens d’acheter des milliers d’AK-47 et des millions de cartouches en Europe de l’Est pour les rebelles syriens. La CIA donnait de son côté quelques coups de main aux transactions des Saoudiens, y compris une grosse opération en Croatie en 2012.

A l’été 2012, un sentiment de totale liberté d’action dominait le long de la frontière entre la Turquie et la Syrie et les nations du Golfe y passaient argent et armes aux groupes rebelles – même certains officiels américains impliqués avaient alors des liens avec des groupes comme Al Qaeda.

La CIA agissait surtout en coulisses durant cette période, la Maison Blanche et le programme d’entraînement Bois de Sycomore autorisant la fourniture d’aide non létale aux rebelles, mais pas la fourniture d’armes. Fin 2012, selon deux anciens officiels Américains, David Petraeus, alors directeur de la CIA, donna un sérieux coup de semonce aux services de renseignement de plusieurs nations du Golfe lors d’une réunion sur la mer Morte en Jordanie. Il leur reprocha d’envoyer des armes en Syrie sans se coordonner entre eux ni avec les officiers de la CIA en Jordanie et en Turquie.

Des mois plus tard, M. Obama donna son accord pour que la CIA commence à armer et entraîner directement les rebelles depuis une base en Jordanie, ajoutant au programme Bois de Sycomore une autorisation pour l’assistance létale. Dans ce nouvel accord, la CIA prit la conduite des entraînements, pendant que les renseignements d’Arabie Saoudite, la Direction Générale du Renseignement, fournissait argent et armes, y compris des missiles anti-tanks TOW.

Les Qataris aidèrent également à financer les entraînements et autorisèrent l’utilisation d’une base au Qatar comme terrain supplémentaire d’entraînement. Mais les officiels américains affirment que l’Arabie Saoudite est restée de loin le plus gros contributeur à l’opération.

13 commentaires

  1. Pierre dit

    Encore une « conspiration »… qui se révèle être un vulgaire fait.

    Mais…. vous remarquerez la mécanique diabolique : plus c’est gros plus ça passe. Et surtout il n’y a plus aucun esprit de suite.

    -09/11 : le « passeport du terroriste » retrouvé au milieu des milliers de tonnes de poussières et débris.

    -Guerre Irak 2 : les « armes de destruction massive »

    A chaque fois il y a de quoi devenir fou. Et pourtant il ne se passe rien. Les révélations viennent après. Les gens sont passés à autre chose. Ils oublient.

    Autre exemple : Obama, the Black Jesus, « prix nobel de la paix ». Le même Obama qui valide lui-même, chaque mardi, la kill list (assassinats par drone). Article du New York Times, qui n’est pas un journal conspirationniste d’extrême droite !

    http://www.nytimes.com/2012/05/29/world/obamas-leadership-in-war-on-al-qaeda.html?_r=0

    Bref, tout le monde sait que les USA ont « créé » ISIS, et ont armé ces cinglés. Mais… aucune conséquence. Parlons plutôt des seins de Miley Cyrus.

    Autre exemple :
    -semaine dernière, Valls et son complice Hollande entament la danse du ventre au sujet de l’extension de l’état d’urgence.
    Infini pour le premier, +3 mois pour le second…

    -Paf, le dimanche -miracle- une « video de Daech qui menace la France » est diffusée !

    -lundi matin : Hollande « réagit » (alors qu’il est en Inde) et le petit kapo Cambadélis en rajoute une couche : « il faut protéger les Français »

    Nom de dieu, c’est un vulgaire plan de com’ ! A croire que cette vidéo (qui sort maintenant, alors que les attentats ont été commis il y a 3 mois) a été TOURNEE par les services français.

    Bilan : aucune réaction.

    Plus c’est gros plus ça passe.

    Le degré de pourriture et de corruption atteint en France devient stupéfiant.

    • tsstss vous sombrez complotiste cher ami.
      – le passeport retrouvé a eu de la chance, c’est tout. On trouve toujours de petits objets intacts dans les catastrophes: des chaussures, des tétines, des coeur en soie. C’est émouvant.
      – L’Irak avait produit des quantités importantes d’armes chimiques dans les années 90 et n’en avait plus beaucoup dans les années 2000 mais elles avaient été utilisées, et massivement (en 91, notamment). Le programme nucléaire Irakien, abandonné du fait des diverses actions occidentales peut avant 2000 fut une réalité.
      – Les USA ont crée ISIS délibérément, certes, mais en se retirant d’Irak. Le paradoxe de vos accusation est frappant: complot pour y aller, complot pour en partir. Il faudrait savoir… La vérité est que Bush n’est pas Obama et qu’Obama, représentant de la phase dépressive de la politique US s’est retiré de partout, à tort: l’EI conquit l’irak immédiatement après le départ des américains.
      – La vidéo est apparemment bien le fait de la propagande EI. Truquée comme les autres, certes (il le faut bien pour le spectacle) mais signée. Celle là mettrait en scène une décapitation truquée de Hollande lui même. D’où l’air soucieux du président, on attend la blagounette…

      Bref, tout en m’accordant avec vous sur la corruption de ce gouvernement de tarés, les raisons que vous en donnez ne me paraissent pas exactes.

      • pierre dit

        Y aller et partir, c’est vrai… Le sens du mouvement change, mais pas la finalité : détruire, casser, réduire façon puzzle toute puissance régionale au MO.

        Pour paraphraser Bush : « mission accomplie ».

        On a glosé sur le fait qu’Obama « lâchait le MO »…. Pourtant, les USA sont toujours là, derrière, omniprésents. Ils passent par la bande (Arabie saoudie) et n’hésitent pas à faire du contre-pied (détente, en apparence, avec l’Iran).

        L’objectif, lui, n’a pas bougé d’un iota : renvoyer le MO à son état naturel et historique, c’est à dire un assemblage de tribus dégénérées qui se foutent sur la gueule en permanence.

        Je fais mon mea culpa : j’étais persuadé que les US finiraient par se faire l’Iran, façon Vietnam.

        Naïveté… Il est bien plus rigolo et efficace de :
        -renforcer l’Iran (levée de l’embargo)
        -tout en jouant l’Arabie saoudite sunnite
        -et surtout, en montant chiites contre sunnites, et de laisser faire leur…. nature

        Bilan : les 2 camps se précipitent dans le piège, et reprennent leur guerre de mille ans, tout en ravageant la région dans son ensemble.

        Les musulmans s’exterminent entre-eux, et pendant ce temps oublient qu’ils sont assis sur la plus stratégique des ressources : les hydrocarbures.

        A un tel niveau de bêtise… ça force le respect.

        Rappel : ce plan a débuté dans les années 80 (coup de génie de la guerre Irak / Iran)… Ca fait plus de 30 ans ! Respect pour l’état profond. A la chinoise, les mecs voient loin.

        On amuse la galerie avec des texans alcoolos, des joueurs de saxo, et des blacks, les fameux « présidents », et derrière on fait le boulot, sérieusement, et avec esprit de suite.

        Chapeau bas.

        L’objectif stratégique des USA n’est pas d’occuper le MO (ça c’est has been, trop 20ème siècle), l’objectif est d’éviter que des états forts parviennent à utiliser leur pétrole comme ce qu’il est c’est à dire une arme stratégique.

        L’objectif n’est pas de « voler le pétrole », mais simplement d’entretenir l’entropie, d’empêcher qu’un ennemi fort en prenne le contrôle. En clair : de foutre le bordel.

        Un gardien de chèvre, chef de « milice » est infiniment plus contrôlable que le chef d’un état fort, structuré.

        De ce point de vue, « ISIS » est un chef d’oeuvre, jouissant en plus d’une « plausible deniability » parfaite (l’ogre ISIS commet des « actes terroristes » chez nous, bouh méchants !).

  2. Robert Marchenoir dit

    Sauf que l’article du New York Times auquel vous renvoyez ne dit rien de tel.

    Nulle part, dans cet article, il n’est affirmé que « La CIA a entraîné Daesh », comme vous le prétendez dans votre titre.

    En revanche, cet article dit explicitement le contraire. Il dit noir sur blanc que les Etats-Unis ont fourni une aide aux rebelles syriens pour combattre Daesh :

    « The C.I.A. training program is separate from another program to arm Syrian rebels, one the Pentagon ran that has since ended. That program was designed to train rebels to combat Islamic State fighters in Syria, unlike the C.I.A.’s program, which focuses on rebel groups fighting the Syrian military ».

    En français :

    « Ce programme d’entraînement de la CIA est distinct d’un autre programme lancé par le Pentagone pour armer les rebelles syriens, programme qui a maintenant pris fin. Ce dernier avait pour but d’armer les rebelles pour lutter contre les combattants de l’Etat islamique en Syrie, au contraire du programme de la CIA, centré sur les groupes rebelles qui se battent contre l’armée syrienne. »

    D’autre part, la traduction que vous publiez est fausse, et comme par hasard, cette « erreur » va dans le sens de la calomnie que vous tentez d’accréditer.

    Vous prétendez que le New York Times a écrit qu’en été 2012, « certains officiels américains impliqués avaient alors des liens avec des groupes comme Al Qaeda ».

    C’est faux. Le New York Times a écrit :

    « By the summer of 2012, a freewheeling feel had taken hold along Turkey’s border with Syria as the gulf nations funneled cash and weapons to rebel groups — even some that American officials were concerned had ties to radical groups like Al Qaeda. »

    Ce qui signifie :

    « A l’été 2012, un climat anarchique régnait le long de la frontière entre la Turquie et la Syrie, tandis que les pays du Golfe alimentaient les groupes rebelles en argent et en armes — y compris certains rebelles dont les autorités américaines craignaient qu’ils n’aient des liens avec des groupes radicaux comme Al Qaeda. »

    Donc, là encore, le New York Times dit exactement le contraire de ce que vous lui faites dire.

    Ce ne sont pas les officiels américains qui avaient des liens avec Al-Qaeda, comme vous le prétendez, ce sont certains groupes financés alors par des pays du Golfe, qui, peut-être (peut-être !) avaient des liens avec Al-Qaeda, et ce sont les officiels américains eux-mêmes qui ont exprimé ces craintes.

    La phrase suivante de l’article éclaire et confirme le sens véritable, à l’opposé de celui que vous alléguez :

    « The C.I.A. was mostly on the sidelines during this period, authorized by the White House under the Timber Sycamore training program to deliver nonlethal aid to the rebels but not weapons. »

    Soit :

    « A cette époque, la CIA était essentiellement hors jeu. Au titre du programme d’entraînement Timber Sycamore, elle avait l’autorisation de la Maison Blanche pour fournir des équipements non offensifs aux rebelles, mais pas des armes. »

    Comme par hasard, ces « erreurs », assez minutieusement agencées il faut bien le dire, coïncident exactement avec les intérêts russes au Moyen-Orient, et avec la propagande diffusée par Moscou pour étayer son offensive militaire en Syrie.

    Et comme par hasard, le mode de diffusion de ces « erreurs » coïncide exactement avec une méthode largement pratiquée depuis des décennies par le KGB, puis reprise avec enthousiasme par ses successeurs, le FSB, le SVR et le GRU : annoncer une fausse nouvelle en gros (ici, votre titre), puis l’étayer, prétendument, par une « source » insoupçonnable de partialité puisqu’occidentale (ici, le New York Times), source qui, lorsqu’on se donne la peine de la lire, ne dit rien de ce qui est allégué dans le titre d’origine (« Comment la CIA a entraîné Daesh »).

    De surcroît, vous n’avez aucune compétence, aucune expérience et aucune légitimité en politique internationale, et encore moins en matière d’islam, de terrorisme et de sécurité.

    En revanche, vous en avez une dans le domaine de la protection sociale en France, et vous avez accès aux médias.

    D’où ma question, Monsieur Verhaeghe : qu’est-ce qui vous vaut cet intérêt subit pour la chose militaire et la politique étrangère, et précisément sur les questions qui préoccupent le Kremlin en ce moment ?

    D’où tirez-vous cette surprenante perspicacité à pêcher des articles du New York Times qui peuvent être tordus dans tous les sens pour accréditer la propagande de Moscou ?

    Et comment se fait-il que vos « erreurs » coïncident exactement avec les mensonges propagés par les services secrets russes, et sortent au même moment ?

    • Philippe Gathion dit

      Bjr, merci d’avoir remis la mosquée au milieu du bled…
      Sans donner un blanc-seing à Vladimir, on peut quand même affirmer que les Russes ont mis les moyens et remportent des succès, contrairement aux Occidentaux qui restent timides dans la lutte anti-EI.
      Il est quand même reconnu que les financements d’opposants à Bachar El Hassad ont fuité vers Daech,, le fameux « AL Nostra fait du bon boulot… »
      Les Russes défendent leurs intérêts contre la stratégie d’encerclement de l’Otan..
      Après l’Ukraine, la Syrie
      Que chacun utilise la propagande, ça semble évident…
      Bonne journée.

    • fillouga dit

      Ceci dit personne ne relève le fait qu’Israël n’a jamais été cité comme ennemi par Daesh.
      En étant à Palmyre ISIS n’était qu’à moins de 200 km de l’Etat juif ( plateau du Golan), même pas une tentative d’une petite percée…
      Aux USA le débat est là, qui remonte à la surface depuis l’assassinat de Kennedy
      Le NYT est un magazine qui toujours couvert les actions du Deep State…A mouth piece of Israel.
      Des blagues courrent: « ISIS » also means Israeli Secret Intelligence Service…
      dont la technique de predilection est d’utiliser leurs agents dormants dit « Sayyanim », sous couverture afin d’infiltrer et de contrôler ces organisations et profiter de l’état de terreur qui s’installe de fait…

      Doncaster certains services secrets sont passés maître dans l’art de faire faire par les autres, leur funeste dessein: Suez 56 « un vrai-faux fasse flag », Kennedy 63, l’Incident de l’USS Liberty en 1967, Septembre 2001
      Donc une intox de plus à empiler…
      Machiavel est un gamin à côté…

    • Cmoi dit

      N’empêche que les américains ont allumés la mèche ou plutôt les mèches et à force de jouer avec la poudre cela vous explose à la gueule comme avec Ben Laden et maintenant leur fuite en avant ne fait qu’aggraver la situation devenu incontrôlable un peu comme un bateau sans gouvernail ou un avion sans navigateur au beau milieu d’une tempête …………………………………….

  3. Davidali-Gupta dit

    Petite remarque sans gravité… On dit « travailler de concert » et non « de conserve », du verbe « se concerter ». D’ailleurs le mot « concert » en musique vient de là. Bonne continuation 🙂

  4. jm dit

    La traduction de « Timber Sycamore » par « Bois de Sycomore » n’est pas correcte.
    Aux US, « Sycamore » est le nom vernaculaire du « Platanus occidentalis ». En France, cet arbre peut être appelé « Platane d’Amérique », « Platane occidental », voire comme an anglais « Sycamore ».
    En Français, « Sycomore » est utilisé pour un érable (« Acer pseudoplatanus ») ou pour un figuier (« Ficus sycomorus »).
    Donc, il ne s’agit pas des mêmes bois.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *