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Drame SNCF à Brétigny: Pépy protège toujours ses tire-aux-flancs

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Les révélations se multiplient sur la catastrophe ferroviaire de Brétigny, à propos de laquelle la SNCF maintient une ligne de déni hallucinante. Cette fois, c’est Mediapart qui révèle le contenu d’un second rapport d’expertise sur les causes de l’accident.

La SNCF et ses très graves dysfonctionnements

Mediapart a eu accès au second rapport d’expertise judiciaire diligenté… à la demande de la SNCF, qui avait contesté le premier et aux écoutes téléphoniques dans le cadre de l’enquête. Plus la SNCF nie, plus les experts l’accablent, ce qui est un fait rare dans ce pays. Voici quelques extraits du texte révélé par le site d’Edwy Plenel:

Le 7 juillet 2014 à 8 h 23, deux cadres maintenance de la SNCF discutent au téléphone. Dans l’après-midi, le procureur d’Évry va détailler les conclusions du premier rapport des experts judiciaires. « Apparemment on va s’en prendre plein la tête. […] Et on sait toi comme moi qu’ils ont raison ! », s’exclame l’un des cadres. En effet. (…)

Le 8 juillet 2014, au lendemain de la conférence de presse du procureur, Claire Chriqui, du service juridique de la SNCF, fait le point au téléphone avec son collègue Christophe Bolhy, cadre à la maintenance. « On est bien d’accord que sur Brétigny […] y’avait un problème au niveau des agents hein ! En bas. Ça c’est clair et net », lance la juriste. « Les mecs de Brét, c’étaient des burnes », abonde Bohly. (…)

Selon les experts métallurgistes du Cetim, le BEA-TT a fait ses analyses avec des boulons « décapés », qui sont plus sensibles à la rouille que les boulons ordinaires. « Le test réalisé par le BEAT-TT ne nous apparaît pas pertinent », commente le labo. Selon le Cetim, trois des quatre boulons se sont bien détachés au moins un mois avant l’accident, même s’ils n’étaient pas rouillés. Ce qui pose la question de l’indépendance des enquêteurs du ministère. Des écoutes téléphoniques ont en effet montré que des cadres de la SNCF ont obtenu à l’avance le rapport du BEA-TT, et en ont profité pour suggérer quelques améliorations… (…)

Forts de l’analyse du Cetim, les experts judiciaires Michel Dubernard et Pierre Henquenet se sont chargés d’enfoncer le clou. Ils estiment que l’aiguillage était « dans un état de délabrement complet », et que la « danse » liée au passage des trains a provoqué le « desserrage » puis la « rupture des boulons ».

Les experts soulignent les failles dans la maintenance, établies par l’enquête de la police judiciaire de Versailles. Il apparaît que « tous les éléments n’ont pas été communiqués par la SNCF, certains ayant été déclarés manquants », et aussi que les principales opérations sur l’aiguillage n’ont pas été réalisées dans les délais normaux. Ou encore que « les interventions nécessaires n’ont pas toujours eu lieu et/ou ont été reportées, et en particulier sur la période comprise entre janvier 2013 et la survenance de l’accident le 12 juillet 2013 ».

Bouh! Guillaume Pépy, c’est pas beau de mentir à la Justice de son pays! encore moins d’influencer les experts du ministère pour dissimuler sa responsabilité. Fleur Pellerin a sauté pour moins que ça!

La SNCF joue-t-elle la pression sociale sur le gouvernement?

Dans une démocratie normale (pas la France de François Hollande, donc), Guillaume Pépy aurait depuis longtemps reçu un coup de téléphone de Matignon lui demandant de rassembler ses petites affaires et de laisser libre son bureau pour un ou une successeur. J’ai déjà insisté sur le jeu d’influence qui permet à Pépy de se maintenir en dépit de tout bon sens à la tête de l’entreprise. Mais… même les meilleures choses ont une fin. On imagine mal que le PDG de la SNCF puisse éternellement, malgré son entregent, se maintenir à la barre d’un gouvernail aussi mal tenu.

Donc… une bonne nouvelle arrive pour lui: la toute nouvelle branche du rail doit négocier une nouvelle convention collective à haut risque. Voilà un argument tout trouvé pour Guillaume Pépy: si vous me faites sauter, ce sera la guerre avec les syndicats. La dissimulation de preuve à la justice vise en effet à protéger la responsabilité pénale de l’entreprise… et de quelques cheminots tire-aux-flancs qui n’ont pas fait leur boulot d’entretien des rails, avec la bénédiction de la CGT.

La CGT a donc tout intérêt à protéger Pépy, et à faire savoir qu’elle veut de lui pour négocier la convention collective.

Et voici comment la forteresse CGT Cheminots, au nom de la solidarité et la lutte des classes, se satisfait très bien d’une indifférence complète à la douleur des banlieusards morts ce soir-là à cause du grand désordre qui règne dans l’entreprise.

 

8 commentaires

  1. Lorelei dit

    Pour connaître des personnes qui travaillent à la SNCF, certaines mettent plus d’énergie pour échapper à leur boulot qu’à le faire et après trouvent qu’ils ne sont pas assez payés.

  2. yoananda dit

    Hollande et/ou Valls restent bien eux, après le 11 janvier et le vendredi 13, pourquoi donc voulez vous que Pepy ne puisse pas rester pour bien moins grave …
    On ne va pas commencer les 2 poids 2 mesures dans ce pays non plus !

  3. Diabolo dit

    j’attends avec impatience le « vrai rapport » sur l’accident de TGV à Eckwersheim. Combien de personnes dans la motrice ? huit ? et combien de bouteilles vides ?

  4. Max dit

    L’affaire est un peu plus compliquée qu’il n’ y parait. Les enjeux des négociations collectives viennent en second, en fait, la SNCF est une plaque tournante de détournements de fonds ayant pour but le financement illégal de partis politiques, principalement le PS et ce, avec la complicité des syndicats. Parmi ces derniers, la CFDT joue également un rôle majeur. C’est pour cette raison, qu’en dépit de la manipulation de la justice par la SNCF dans cette affaire, tout comme dans d’autres et je peux vous le dire en connaissance de cause, puisque je suis témoin clé dans une et tout ce petit microcosme est en train de me broyer, Pepy sera toujours protégé par ce gouvernement. Si vous êtes partant pour m’aider à médiatiser ces affaires, vous avez mon email.

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