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L’UNEF, armée de réserve de la gauche conservatrice

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Manuel Valls a annoncé le report du projet de loi El-Khomri ce matin, en partie dicté par la menace d’une grève étudiante organisée par l’UNEF. Le spectre d’un mouvement comparable à la grève contre le CPE, qui avait paralysé Dominique de Villepin, a fait son petit effet: le gouvernement temporise par crainte d’être emporté, dix ans après celui qui voulait succéder à Jacques Chirac, par une tourmente analogue.

L’ironie de l’UNEF

Il existe pourtant une différence majeure entre la situation de Dominique de Villepin et celle de Manuel Valls: le premier n’était guère courtisé par la gauche, alors que le second ressemble pour ainsi dire à une émanation naturelle de l’UNEF. Le Parti Socialiste s’est longtemps appuyé sur le turbulent syndicat étudiant. Le gouvernement Ayrault l’a abondamment utilisé. Manuel Valls a commis la faute de goût de se le mettre à dos.

Telle est l’ironie de l’UNEF: après avoir fait trembler de nombreux gouvernements de droite, elle terrorise aujourd’hui un gouvernement de gauche, au nom de la défense des intérêts acquis.

L’UNEF face à Manuel Valls

Manuel Valls ne peut, dans cette affaire, que s’en prendre à lui-même, même si aucun Français de bonne volonté n’aura envie de l’en blâmer.

Vis-à-vis de l’UNEF, Valls a en effet multiplié les erreurs tactiques. La première d’entre elle a consisté à ne pas recruter le président sortant du syndicat étudiant au sein d’un cabinet de son gouvernement. Jean-Marc Ayrault avait été plus « tactique » en donnant un bureau à Jean-Baptiste Prévost, membre du cabinet Fioraso après un mandat confié par Nicolas Sarkozy au Conseil Economique, Social et Environnemental. Valls a conservé Prévost, mais n’a pas fait de geste pour ses successeurs.

L’autre erreur de Valls est moins visible, mais tout aussi sensible. Le Premier Ministre a cautionné l’absorption de l’ex-MNEF, devenue LMDE, par la mutuelle Intériale, dont la police constitue le terreau habituel. La LMDE, sauvée in extremis de la faillite, était une sorte de pouponnière annexe de la MNEF et du Parti Socialiste, par laquelle sont passées des figures bien connues, dont celles de beaucoup de frondeurs.

En maltraitant ces petites habitudes, Valls ne s’est pas fait que des amis.

L’UNEF et l’amnésie de Valls

Pourtant, Manuel Valls connaît le poids de l’UNEF dans la contestation, et il sait combien elle peut être compromise, voire corrompue, dans les décisions. Il en fut lui-même un militant, pendant que son ami proche, Alain Bauer, en devenait vice-président. Notre Premier Ministre connaît donc très bien le poids du syndicalisme étudiant et les risques qu’il peut représenter pour un gouvernement qui veut réformer sans le ménager.

On restera donc un peu interloqué par ce défaut d’autorité de Manuel Valls sur une mouvance qu’il connaît, dont il est issu, et qu’il aurait pu aisément contrôler par quelques cadeaux qui font toujours plaisir.

Au besoin, si sa mémoire lui jouait des tours, Jean-Christophe Cambadélis, lui-même issu de l’UNEF après un passage chez les trotskystes de l’OCI aurait pu lui rafraîchir quelques souvenirs sur la méthode à suivre. Rares sont en effet les présidents de l’UNEF à avoir échappé à leur destin d’apparatchik du parti. Sauf les deux derniers, qui semblent en carafe dans la rade de Solferino.

L’UNEF, force supplétive de la gauche de la gauche?

La destin de la loi El-Khomri montre en tout cas que l’UNEF a retourné ses armes contre le gouvernement, ce qui n’est pas très bon signe pour le Premier Ministre, ni même pour le Président de la République. Le syndicat étudiant s’était en effet montré jusqu’ici conciliant (surtout avec Jean-Marc Ayrault) et plutôt discipliné. Sa jonction avec l’intersyndicale constitue une fracture incontestable dans le rapport de force interne à la gauche, et laisse à penser que la dernière année du quinquennat sera sanglante pour François Hollande, et pour le pays tout entier.

Démonstration est faite que des années de subventions et de petits cadeaux peuvent être réduites à néant en quelques semaines.

6 commentaires

  1. Joseph Favreau Officier des Palmes académiques dit

    Le « syndicalisme » lycéen ou étudiant, graine de petits voyous fascistes et de truands politicards.

    S’engager dans le « syndicalisme », c’est le premier pas pour une carrière de fraudeur et de profiteur.

    Fraude aux examens … le plus bel exemple est celui de ces étudiants qui exigeaient de passer leurs examens dans leur bureau de président ou vice-président.
    Fraude dans les conseils … le plus bel exemple est celui des jeunes truands de la « génération Mitterrand » , les Cambadélis et Julien Dray (têtes de liste au CNESER … avec en n° 7 un dénommé Harlem Désir) qui se faisaient remplacer en permanence par de faux suppléants et fausses suppléantes qui venaient voter au Ministère de l’Education nationale en levant les deux bras et en fabriquant de fausses procurations.
    Fraude aux élections … le plus bel exemple est celui de ces élections universitaires nationales reportées en juillet à la demande de l’UNEF-ID, avec « domiciliation » de la totalité des militants au siège parisien de cette officine (ce qui a effectivement permis de gagner des sièges … et évidemment entraîné l’organisation des élections, les truands du parti au pouvoir usant et abusant alors de moyens dilatoires pour achever leur mandat malgré l’annulation par le Tribunal administratif de Paris)

    L’apprentissage de la guerilla politique. L’apprentissage de la violence et de la terreur : de gentes dames à la Sorbonne ou à Jussieu portent les cicatrices résultant des coups de barres de fer assénés par les gangs de nervis trotsko-fascistes commandés par le sieur Cambadélis. Et l’on sait ce qui s’est passé dans les Universités depuis 1968 … avec souvent des mois entiers de manifestations, de grèves et de terreur.

    L’apprentissage du profit… le premier exemple étant l’abus des voitures de fonction par les élus étudiants (certains se sont même vantés publiquement d’avoir à leur disposition trois voitures et trois chauffeurs). Et que dire des libations permanentes avec caisses de bouteilles de whisky et de champagne généreusement payées sur le budget des universités, c’est-à-dire aux frais des contribuables et au détriment des crédits de recherche scientifique.

    Viennent ensuite les faux diplômes ou diplômes de complaisance … le sieur Cambadélis est devenu docteur sans jamais avoir été capable de passer le moindre diplôme de maîtrise.

    Puis viennent les emplois fictifs : « ingénieurs de recherche », «  »conseillers », « inspecteurs » … inspecteur d’académie …
    et en terminant par des nominations au grade d’Inspecteur général (et directement au grade d’Inspecteur général de 1ère classe institué par le sinistre Mitterrand au bénéfice de ses petits protégés et agents électoraux).

    Alors où va l’Université ? et où va la France ?

    • Avi Dayan dit

      Vous devriez écrire un article sur le sujet. Je retrouve dans votre commentaire tout ce que j’ai dénoncé depuis des années à la l’université. Raison pour laquelle je l’ai quittée pour travailler dans l’enseignement privé.

  2. Gordion dit

    Les manipulations électorales de Flamby ont-elles enfin atteint un point culminant ? L’UNEF va-t-elle siffler la fin de partie ?
    Il faut admettre que, après les agriculteurs, les médecins, les notaires, une paralysie des lycées et universités pourrait donner des idées aux frondeurs et gauchistes de souffler sur les braises. Les derniers fidèles du pouvoir, les enseignants, sont bien les seuls à ne pas avoir bouger. Le petit coup de pouce de LeBron humour avant son limogeage y est sans doute pour quelque chose.
    Donc Flamby a choisi de reporter la loi El Connerie. Et donc de trahir ses nouveaux engagements libéraux, et les partisans de l’ouverture au centre. Cela ne constituera qu’un reniement supplémentaire.
    Entre temps, le gouvernement va donc discuter avec sa majorité des et les partenaires sociaux. Avec l’objectif de vider la loi de sa substance. C’est l’art de la synthèse que le petit secrétaire du PS affectionne tant.
    In fine il aura acheté un peu de répit social. Et pourra contrer Vals, et s’occuper de sa campagne électorale. Je pense que sa candidature fera définitivement pshtt..

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