Accueil » Les start-up, dindons de la farce El-Khomri

revenu universel

Les start-up, dindons de la farce El-Khomri

Cet article a été lu 4425 fois

Les start-up seront les premières victimes des modifications demandées dans le texte de la loi El-Khomri par les organisations syndicales. On retrouve bien là le combat en passe de devenir épique mené par les forces de la vieille France contre l’entrée de notre pays dans le vingt-et-unième siècle.

Les start-up et les accords d’entreprise

Majoritairement, les start-up sont des très petites entreprises et n’ont pas la taille critique pour mettre en place des institutions représentatives du personnel capables de négocier des accords d’entreprise. La loi El-Khomri réussissait donc l’exploit de ne pas les concerner ou presque: les dérogations à un code du travail ubuesques prévues par le texte gouvernemental passent par des accords d’entreprise…

Deux ou trois mesures toutefois étaient susceptibles d’intéresser les start-up: la définition du licenciement économique, le plafonnement des indemnités prudhommales et la possibilité de passer unilatéralement au forfait-jour un cadre recruté aux 35 heures. Ces trois mesures devraient disparaître à la demande des syndicats « réformistes », selon un terme extrêmement malheureux.

Les start-up et le licenciement économique

Pour beaucoup de start-up, la réorganisation interne peut se révéler complexe à mener, surtout lorsque l’entreprise a besoin, pour assurer son développement sans épuiser sa trésorerie, de réorienter ses recrutements. En l’état des textes, le recours au licenciement économique est ardu car très incertain. Comment, par exemple, expliquer qu’on licencie un salarié peu performant sur un marché qui ne se développe pas, pour pouvoir recruter un salarié plus performant sur un nouveau marché qui se développe, mais sur des profils très différents?

Une meilleure définition pouvait (imparfaitement d’ailleurs) sécuriser un licenciement économique pratiqué dans ce cadre. Cette précision-là devrait disparaître dans le texte futur et rendre à nouveau très précaire la solution du licenciement économique dans ces cas de figure.

Les start-up et les indemnités prudhommales

Je n’ai jamais été partisan du plafonnement des indemnités prudhommales, que je considère être une mesure illibérale. Toutefois, pour les start-up, la décision de licencier un salarié est difficile à prendre face au risque de voir les prudhommes coller, deux ans plus tard, une indemnité qui se révèlera un défi économique pour l’entreprise. Beaucoup de start-up peuvent donc être conduites à conserver des salariés improductifs qui plombent la compétitivité de l’entreprise par crainte de payer cher une décision mal prise.

Si le plafonnement des indemnités avait un aspect positif, il se situait là.

Là encore, la mesure a du plomb dans l’aile.

Les start-up et le forfait-jour

Certaines start-up ont l’imprudence de recruter leurs cadres aux 35 heures et non au forfait-jour. J’imagine d’ici la tête du dirigeant quand son cadre lui explique qu’il quitte le travail à 17 heures quoiqu’il arrive même si le client crucial pour l’entreprise attend impatiemment sa livraison. Bien sûr, que, ces jours-là, le chef d’entreprise bouillonne et mange son chapeau. La survie de l’entreprise est en jeu, mais s’il la ramène, son cadre est dès le lendemain matin dans les bureaux de la médecine du travail pour se plaindre du stress subi dans l’entreprise.

La seule bonne mesure pour la prospérité de l’économie française tenait donc, dans la loi El-Khomri, à la faculté laissée unilatéralement au chef d’entreprise, de faire passer son cadre au forfait-jour.

Là encore, cette mesure devrait disparaître.

La CFDT déteste les start-up

On regrettera bien évidemment que l’attaque syndicale contre la loi El-Khomri porte moins contre les intérêts capitalistiques des grandes entreprises rentières en France, et soit aussi destructrice pour les entreprises innovantes. C’est la France du job low-cost et de la laborieuse reproduction de l’ancien qui est à la manoeuvre, pour torpiller ce qui peut faire sens à l’avenir.

Il faudra bien qu’on nous explique quand même un jour pourquoi la CFDT déteste autant le progrès. Le qualificatif de « réformiste » qui lui est accolé sonne tellement faux.

A titre d’exemple, la CFDT se bat pour le renforcement du rôle de la branche lorsque les entreprises n’ont pas d’institution représentative du personnel. Mais il n’existe pas de branche des start-up. Celles-ci sont fondues dans la « branche Syntec », pilotées par les vieux cabinets de conseils à qui elles font souvent concurrence. Autant dire que le gouvernement et la CFDT préparent la mise sous contrôle des start-up par leurs rivales de l’ancienne économie.

 

9 commentaires

  1. Magnifique argument qui fait justice, mais il y en aura d’autres,d’une loi qui se voudrait libérale.
    Figurez vous que certains croient vraiment que la dernière année du quinquennat sera un feu d’artifice réformiste mené par des gens courageux et qui prouvera au monde le courage social de la gauche française.
    Macron l’a expliqué aux US au PDG d’intel: « nous menons des réformes énergiques et intenses ».

    Allez plus qu’un an et on l’aura le feu d’artifice. La gauche caviar éberluée pourra alors se dresser contre l’injustice sociale faite aux fonctionnaires.

    • Gordion dit

      Vos tentatives continues et émérites de nous remonter le moral nous siéent, c’est un fait, et je vous en sais gré.

      Par contre, je me demande bien quel feu d’artifice nous attend en 2017.

      Les kalachnikovs des terroristes exceptés.

      • Puis je me permettre de porter à votre connaissance qu’il y a des programmes politiques crédibles pour la prochaine présidentielle qui suggère de s’en prendre, cette fois ci sérieusement, aux fonctionnaires français ?

        Privé de leur jour de carence, astreint à d’esclavagistes et insupportables 41 heures de travail hebdomadaires (41 c’est plus que 40, il s’agit d’exprimer notre mépris du front populaire), empêchés de nommer leur fils à leur poste supprimmé dès leur retraite à 67 ans ils auront de quoi faire « hoh » et « hah » à ce que je persiste à considérer comme un feu d’artifice, qui sera instauré par référendum dans l’été 2017.
        J’ai peut être lu un peu vite le programme de François Fillon, mais c’est ce qui devrait se produire en gros si tout va bien.
        Les kalachnikovs des terroristes ? Vous voulez parler des emplois d’avenir enfin renvoyés chez leur mère ? On leur enverra les seuls fonctionnaires qu’on gardera, munis de HK 416 (ceux qui ne chauffent pas). Le 5.56 est très supérieur au 7.62 (plus de balles, vitesse supérieure).

      • Deres dit

        Il est malheureusement fort probable que le prochain attentat en France soit le fait d’un VIED. Un véhicule explosif kamikaze. Cela se pratique tous les jours en Syrie et en Irak. Comme tous les services sont encore concentrés sur le modèle des attentats précédents du Bataclan (petit groupe de kamikaze avec kalachnikov), cela se passera comme une lettre à la poste. Les barrières de protection mise partout n’arrêtent pas un véhicule piloté, elles empêchent juste de se garer près de la cible. Et en explosant au sol dans l’immeuble, cela suffit parfois à le faire chuter.

  2. pierre dit

    Qui ça ? Macron ?

    Le mec qui a créé…. 1300 jobs de chauffeurs de bus ? Avec sa loi qui a occupé la machine institutionnelle française pendant plus d’un an… et qui a nécessité 2 fois le 49-3 ?

    Le type qui a explosé le plafond du nombre de dimanche travaillés… sauf à Paris ou les syndicats ont utilisé sa propre loi pour annuler la chose (les Galeries Lafayette resteront fermées) ?

    Ah ouais Macron….
    😉

    Ce pays est une poésie.

    Le fait même de parler de El-Khomri, Macron, voire la CFDT et des « réformes » en général est un crime contre l’intelligence.

    Ajoutons, pour revenir sur le sujet des « startup ». Le pseudo entrepreneur français qui créé sa « startup » en France… est soit :

    -un demeuré congénital
    -un collabo
    -ou un mélange des deux

    Il faut vraiment avoir vécu sur la Lune, et revenir comme le Candide de Voltaire, pour ne pas savoir…

    Pardonnez-moi donc, mais je n’ai aucune sympathie pour ces clowns.

    Un véritable entrepreneur est un combattant, offensif, il doit bien entendu créer la richesse en dehors de France, afin d’asphyxier le système qui l’a rejeté, qui prétend le rejeter de son propre pays.

    Ca s’appelle la punition, ou Atlas Shrugged.

  3. Pylm dit

    Toutes les PME sont concernées, pas seulement les start-up. Au PS et à droite quelques personnes commencent à comprendre que la vieille rhétorique produit chômage, misère et désespoir. Mais ils sont très isolés et n’osent pas expliquer les enjeux. Le courage n’est pas répandu chez les politiques parce qu’il s’agit d’une question de carrière.
    Discuter avec les syndicats ne mène et ne mènera bien sûr à rien.
    Il faut sans doute qu’il y ait 1 ou 2 millions de chômeurs de plus et la poursuite des déficits pour que les français réagissent. Espérons alors qu’ils ne voteront pas Le Pen.
    Notes d’espoir, on voit que les mentalités changent rapidement, et la vieille gauche est intellectuellement morte, et n’attire plus l’électeur.

  4. Laurent Dané dit

    Je comprends bien vos arguments sur le plafonnement des indemnités prudhommales.
    Néanmoins, pour satisfaire à la fois les besoins des petites entreprises et les légitimes attentes des « insiders » des grandes où la vie est plus sure mais pas toujours très excitante, il aurait suffit de travailler un peu plus ce plafonnement. On peut imaginer de déplafonner le plafonnement en fonction de la masse salariale de l’entreprise. Des indemnités de licenciement pour un salarié ne pourraient ainsi par exemple pas dépasser 5% de la masse salariale. L’avantage du pourcentage c’est qu’il n’y a pas d’effet de seuil tant décrié. Dans les grandes entreprises on ne plafonnerait plus et dans les petites on ne mettrait pas en péril la survie de la trésorerie.

    • Deres dit

      Cela a été rejeté par le conseil de « je ne sais plus quoi » dans une première version se basant sur la taille de l’entreprise car cela introduit une inégalité entre salarié. C’est assez croustillant quand on voit tous les seuils existants dans la loi basés sur le nombre de salarié, dont ceux sur les CE et les 35 heures.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *