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Turquie: le vrai faux accord avec l’Union

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La Turquie a-t-elle véritablement conclu un accord, vendredi, avec l’Union Européenne sur les migrants? Tout le monde le dit, mais personnellement, je ne parviens ps à y croire. Voici pourquoi.

Engagements vis-à-vis de la Turquie ou de la Grèce?

En lisant les conclusions du sommet, on reste quand même très perplexe. Ligne à ligne, en effet, les rédacteurs ont bien pris soin de ne rien préciser sur les contours du prétendu accord.

Le point n°1 le dit clairement:

Le Conseil européen confirme sa stratégie globale visant à faire face à la crise migratoire. (…) La priorité restera de reprendre le contrôle de nos frontières extérieures.

Comprenne qui peut… En tout cas, le Conseil ne proclame aucune avancée tonitruante et prend bien soin d’indiquer que rien ne change.

Le point n°2 insiste majoritairement sur la continuité des engagements pris envers la Grèce le 7 mars. La seule disposition qui fait allusion à un accueil des migrants hors de Grèce est la dernière du chapitre:

accélérer la relocalisation depuis la Grèce, ce qui suppose de procéder aux vérifications de sécurité nécessaires; le nombre de demandes dépassant à présent le nombre d’offres, comme l’indique le rapport de la Commission du 16 mars, les États membres devraient rapidement mettre davantage de places à disposition, conformément aux engagements qui ont été pris.

Le moins que l’on puisse dire est, qu’en dehors de confirmer des engagements déjà pris (et jamais suivis d’effet), l’accord n’apporte rien de nouveau. Il constate juste que le dispositif actuel ne marche pas, et qu’il faudrait le faire marcher.

La Turquie bernée?

Les points suivants de l’accord abordent la question de la Turquie. En voici le meilleur:

3. Le Conseil européen prend note de la communication de la Commission intitulée « Prochaines étapes opérationnelles de la coopération UE-Turquie dans le domaine de la migration », en particulier pour ce qui est de la manière dont une demande d’asile émanant d’un migrant qui part de la Turquie pour gagner la Grèce peut être déclarée irrecevable, sur la base du concept du « premier pays d’asile » ou du « pays tiers sûr », conformément au droit européen et au droit international.

4. Le Conseil européen rappelle que la déclaration UE-Turquie n’établit pas de nouveaux engagements à l’égard des États membres en ce qui concerne la relocalisation et la réinstallation.

Cette rédaction particulièrement vicieuse correspond assez bien à ce qu’on appelle un flou juridique. D’un côté, le Conseil « prend note » de la communication du 7 mars qui prévoyait le fameux « un pour un » (un migrant renvoyé de Grèce vers la Turquie provoque l’arrivée d’un migrant de Turquie vers l’Europe). Mais « prendre note », est-ce approuver? Il y a quand même ici une sérieuse nuance sémantique.

D’un autre côté, le Conseil précise qu’il ne prévoit aucun engagement nouveau concernant la relocalisation et la réinstallation.

Certains y ont lu un accord… personnellement, je suis très dubitatif.

Inquiétude vis-à-vis de la Libye

Ajoutons que le Conseil Européen a également fait part de ses inquiétudes vis-à-vis d’une possible prochaine crise migratoire venant de Libye. Cette mention n’est pas faite pour rassurer:

Le Conseil européen est extrêmement vigilant quant à d’éventuelles nouvelles routes de migration irrégulière et invite à prendre les mesures qui pourraient se révéler nécessaires à cet égard. Dans ce contexte, il demeure essentiel de lutter contre les passeurs, partout et par tous les moyens appropriés. L’UE se tient prête à soutenir le gouvernement d’entente nationale, en tant que seul gouvernement légitime de la Libye, y compris, à sa demande, pour rétablir la stabilité, lutter contre le terrorisme et gérer les migrations en Méditerranée centrale.

L’apparition de cette mention laisse à penser que l’installation de l’Etat Islamique en Libye est porteur de risques réels dès 2016.

Défaite européenne de l’Allemagne?

Bref, le texte arrêté vendredi est très loin de consacrer une victoire diplomatique d’Angela Merkel, pourtant très pressée d’éviter une crise migratoire par un accord avec la Turquie. Contrairement aux déclarations abominées sur l’abandon du droit d’asile par l’Union, le sommet de vendredi s’est plutôt terminé sur une capilotade avec un texte fourre-tout qui dit tout et son contraire.

On devrait donc être très loin d’une solution à la crise.

D’ailleurs, toutes les informations le confirment. Non seulement le flux de migrants n’a pas baissé, mais la mise en place de « l’accord » devrait lamentablement échouer.

Bref, l’affaire relève de la posture, et non de l’action. On reprendra le dossier au même point dans quelques mois…

12 commentaires

  1. Tant que nous, nous Européens, ou si les Européens ne le font pas, nous Français, ne nous seront pas résolu à tirer sur les immigrés qui passent clandestinement notre frontière, l’invasion migratoire continuera.

    C’est dur, c’est terrible, c’est comme ça. L’histoire est tragique, la vie est tragique.

    Mais pour se résoudre à tuer quelqu’un pour se sauver, il faut croire en soi, et alors là … Croyons nous suffisamment en nous pour penser qu’il est légitime de tuer les envahisseurs pour nous sauver ?

    • Stephane dit

      Vous voulez tirer sur des gens sous prétexte qu’ ils passent une frontière illégalement?
      Non mais ho hé, ça va pas bien là dedans??

      • Oui, de tout temps, cela a été considéré comme le service étatique minimum et comme le signe du patriotisme.. On a même donné plein de médailles à gens qui ont tiré sur des gens qui tentaient de franchir notre frontière illégalement.

        • Gordion dit

          Absolument, n’en déplaise à votre accusateur. Qui a du oublier pourquoi il est français, et pas Hun, ni mongol, ni arabe. Et qui manifestement a oublié que l’etat-nation a le monopole de la violence légitime (Max Weber).

  2. Il semble pourtant bien que la fermeture des frontières extérieures de l’Europe soit en bonne voie, comme le veut la nécessité, et contrairement à ce qui avait été fait jusque là, en particulier du fait de la folie allemande de cet été.
    Le principe du « premier pays sur » s’applique à la Turquie et donc un retour organisé va se mettre en place, l’installation des hots spots se devant d’être à terme en dehors de l’Europe.
    Combien cela va couter à l’Allemagne, je ne sais pas.

    Fillon a eu ce midi une phrase intéressante au sujet de la Turquie. C’est une grande nation, et elle peut supporter qu’on lui dise franchement son fait : qu’il faut qu’elle arrête de soutenir l’Etat islamique et aussi qu’elle ne rentrera jamais en Europe. Qui va s’en charger ?

  3. Gordion dit

    Pour ma part, je pense que le machin européen emmené par le triuo Merkel/Juncker/Tusk (+ l’enseigne de vaisseau néerlandaise à la barre) a capitulé devant Erdoğan, et qu’un « accord » à tout prix devait être annoncé pour des raisons évidentes de crédibilité, et de politique intérieure allemande. Exactement comme le communiqué final de la COP21, opération « grossacom ».

    Sans préjuger de l’illégitimité potentielle d’un accord « 1 pour 1 » vis-à-vis des droits européen, onusien, etc., je voudrais que l’on m’explique comment concrètement la Turquie, la Grèce, FRONTEX, l’OTAN vont contrôler quelques centaines de milliers de clandestins aux frontières turques, gérer, identifier et assurer leur suivi avant qu’ils ne rentrent en « Europe ». Idem pour ceux qui auront vocation à être réintégrés en Turquie, pour être ré acheminés d’où ils viennent. Quid des Afghans, Bangladeshis, Pakistanais, Erythréens, et j’en passe….on peut évidemment douter que leurs pays d’origine (Erdoğan négociera avec eux, mais pas sûr qu’il obtienne gain de cause avec le Pakistan) les accueille à bras ouverts. Sans compter les quelque millions d’autres qui attendent au Levant, et ceux qu’on a cachés sous le tapis pour l’instant – je pense aux Algériens, Africains qui convergent vers la Libye.
    => bref, l’impuissance totale, tant morale, que politique, puisque le manège enchanté, l’amour entre les religions et l’interchangeabilité transcende tout débat rationnel sur notre civilisation. Est-ce cela que les peuples européens souhaitent? Accueillir des « Gastarbeiter » – j’aime le cynisme de la rhétorique allemande, cela nous rappelle le slogan sur le portail du camp d’Auschwitz – à concurrence de quelques centaines de millions, qui piaffent en Afroasie?

    Enfumage, mensonge, propagande que cette communication de Bruxelles.

    L’histoire se répétant, voulons-nous assister impuissants à la mort de notre civilisation, sans rien faire? La question, et ses débats corollaires, est déjà posée ici par les internautes.

    • yoananda dit

      certains des migranvahisseurs se brûlent les doigts pour ne plus avoir d’empreintes digitales et qu’on ne puisse les identifier.
      Ils se brûlent les doigts. Vous imaginez ce que ça implique en terme de psychologie ?
      Ce n’est certainement pas avec du 1pour1 qu’on va arrêter cette marée humaine déterminée, et qui va s’adapter bien plus vite que les 3 ploucs technocrates qui font semblant de contrôler la situation.
      Je peux me tromper … mais si j’ai raison, quelles conséquences ?
      la gestion du risque ça dit quelque chose à ces dirigeants ????

      On se croirait dans l’invasion des profanateurs …

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