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Attentats de Bruxelles: la bien-pensance mode Cavada

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J’ai participé à l’émission Ça vous regarde consacrée aux attentats de Bruxelles, notamment en compagnie de Jean-Marie Cavada, député européen centriste, perdu depuis lors sur une liste dissidente de Nous Citoyens. Voici le débat qui a eu lieu:

Je me devais bien évidemment de relever l’accusation insupportable de « grand méchant » que Cavada m’a adressée pour mon manque d’europhilie béate. Je pousserai donc la méchanceté jusqu’au bout en confiant mon admiration pour l’avant-gardisme de Cavada: dans son genre, il constitue une sorte de point le plus abouti de la pensée par mot-clé, et il préfigure probablement ce à quoi nous nous exposons à l’avenir à cause de l’algorithme de Google qui réduit toute pensée à un empilement de termes-marqueurs.

Cavada, en effet, pense par mot-clé. Il suffit qu’il entende l’un d’eux prononcé pour s’enfoncer immédiatement dans l’alcôve doxique qui se cache derrière la porte soudain ouverte.

Les attentats de Bruxelles et la pensée par mot-clé

Par exemple, l’expression-clé « terrorisme en Europe » et attentats de Bruxelles appelle forcément le déroulé minutieux de la petite fiche « il faut une riposte européenne ». Fort d’excellents conseillers qui lui préparent ses éléments de langage, il peut alors réciter les trois ou quatre « bullet-points » qu’il connaît sur le sujet. Cet art de la récitation explique qu’au terme d’un débat où il mobilise tous ses souvenirs, le pluriel de « bullet-points » soit, en anglais, « bullet-shit ». On ressort avec le sentiment que la pensée du député centriste est une sorte de longue énonciation de platitudes qui veulent dire tout et son contraire.

Autre exemple: prononcer le mot « Europe » devant Cavada, et c’est la petite fiche « l’Europe, projet de civilisation » qui sort du four à micro-ondes. C’est bien connu, la construction communautaire visait à garantir la paix en Europe et la fin de la barbarie, et c’est ce projet de civilisation qui explique que tous les gens intelligents et dignes d’entrer dans les salons parisiens soient europhiles. N’essayez pas de rappeler à Cavada que, jusqu’en 1989, tout le monde savait que la paix en Europe ne tenait pas à la Communauté Européenne, mais à la dissuasion nucléaire liée à l’existence du bloc soviétique. N’essayez pas de constater qu’à la chute du Mur, une guerre a éclaté sur le continent européen (en l’espèce dans les Balkans). La particularité des petites fiches de Cavada est qu’elles se terminent toutes par une phrase simple: « bien entendu le contraire de ce qui est écrit sur cette fiche peut se défendre ».

Troisième exemple: prononcer le mot « réfugié », et vous enfoncez la porte du « l’Europe qui a mis des millions de réfugiés sur les routes en 1945 peut bien recevoir ceux des autres ». N’essayez pas de lui dire: l’Europe n’a jamais envoyé ses réfugiés sur d’autres continents que l’Europe, sauf quelques Juifs survivants des camps qui ont été accueillis à coups de fusils et de chars d’assaut par les Syriens. Il vous explique que, forcément, vous êtes un révisionniste, un blasphémateur, pire, un provocateur probablement faux nez du Front National.

Je ne puis cacher mon admiration pour ce mode d’argumentation, qui n’accorde aucune importance au sens, et qui ne fonctionne que par étiquette de la Cour. Est vrai et défendable non ce qui est rationnel, mais seulement ce qui est dit et répété dans les dîners du Siècle, ou dans les planches de la loge élitiste où il est bon d’être initié.

Les amateurs de Flaubert se souviennent que ce mode de raisonnement est celui du pharmacien Homais dans Madame Bovary. Et c’est la très grande force, que dis-je? le génie, de l’élite parisienne, que d’avoir choisi le pharmacien Homais comme modèle de pensée. L’exaltation de la médiocrité et de la paresse intellectuelle n’est pas donnée à tout le monde.

La puissance immortelle de la Cinquième République et de l’Union Européenne tient à sa capacité à faire de cette exaltation le principe fondamental de sa gouvernance.

17 commentaires

  1. pil dit

    Je ne vois pas bien en quoi le fait qu’il s’agit de réfugiés syriens, non pas européens comme en 39-45, change quoique ce soit au problème. Votre raisonnement est d’autant plus étrange que vous contestez toute unité des pays européens réunis dans l’UE. Dans ces conditions, des Syriens se réfugient dans différents pays européens comme en 39 des belges ou francais se réfugiaient dans d’autres pays, Suisse, Espagne, USA… Le principe d’un état Europe n’existait pas plus à l’époque qu’il n’existe maintenant.

    • ikomal dit

      Vous ne voyez pas parce que vous partez du principe qu’un réfugié c’est un réfugié, et qu’il soit belge, espagnol, italien, polonais ou syrien, c’est kif-kif. Et que manifestement, pour notre hôte, l’évidence c’est que ce N’est PAS kif-kif.
      Et ça n’a rien d’étrange, l’unité politique des pays européens n’est pas un préalable pour que des roumains et des « plombiers polonais » se répandent par millions sur le reste de l’Europe (et j’ai pris à dessein des exemples plutôt polémiques).
      Est-ce que ça pourrait être pareil pour des syriens ? Je ne sais pas. possible que oui. Mais possible que non …

        • Mort de rire dit

          Mais ce sont des européens, tout comme les français…

          D’ailleurs, vos syriens ne sont pas des réfugiés non plus, la guerre en Syrie a commencé en 2011 hors ils ont commencé a venir en Europe depuis seulement quelques mois, si vraiment ils fuyaient la guerre alors ils ont mis du temps pour se rendre compte qu’elle était présente en Syrie…

          De plus ils ont de nombreux pays bien plus proche dans tout le Moyen Orient( Arabie Saoudite, Qatar, Turquie, Egypte…) pourtant ils veulent a tout prix venir en Europe, le problème c’est qu’une personne fuyant la guerre ira logiquement vers le pays le plus proche pour sauver sa vie, hors dans ce cas ils font de l’Asylum shopping.

  2. déception positive dit

    « une sorte de longue énonciation de platitudes qui veulent dire tout et son contraire » cela ne résume pas seulement Monsieur Cavada mais bien tout ce « machin » européen complétement hors sol élaboré sous l’égide des Américains afin que  » l’Europe de l’Atlantique à l’Oural » ne puisse jamais leur faire de l’ombre. C’est un discours de nains de jardin

  3. Durand dit

    Pourriez-vous m’expliquer en quoi « la bien-pensance mode Cavada » serait pire que la bien-pensance mode Verhaeghe, vous voyez de quoi je parle ?
    Je pense que non : vous ne le pouvez pas.
    En tout cas le calme règne sur ce blog comme il régnait dans les rues de Moscou du temps de Staline 😉

    • pil dit

      Que voulez vous ? Verhaeghe se place d’emblée sur le registre rhétorique de la critique non bien pensante, mais la critique de sa critique ne le touche pas, voyez vous.

  4. Jules moch dit

    J’aime bien Cavada, il est clair quand il parle.
    Sauf que, dans la droite ligne de Jean Monnet, il représente le courant de pensée de la sortie de l’histoire de la nation Française; CED, attachement viscéral à L’OTAN, soutien indéfectible à l’Ukraine, anti-bachar primaire, bref les anti-gaullistes de droite qui avaient mis le général en ballotage en 1965.
    J’ai voté oui au traité constitutionnel; je pensais que l’Europe allait se ressaisir, Hélas…
    Il faut relire la défaite de 1940 à la lumière du comportement des neutres; l’Europe n’est hélas que le prolongement politique d’un continent vaincu et honteux. Seule la GB en est sortie la tête haute in extrémis grâce à Churchill, parce que avec Lord Halifax qui comparait Hitler à Gandhi c’eut été une autre histoire.

  5. En tout cas, le débat était parfaitement intéressant.
    D’abord, Cavada dit une partie de la réalité: l’absence de frontières extérieures est le problème de l’Europe, et oui, il faut le PNR, des crédits à Frontex, et s’allier à la Russie.
    Simplement, Cavada (et à un moindre degré la brave Adam) sont des « européens »: ils veulent en profiter pour faire « encore plus » d’Europe, la civilisation blablabla. C’est tout juste s’ils ne proposent pas l’idéal européen aux djihadistes pour mieux les séduire…
    L’insistance absurde de Cavada à prendre des migrants (pour lui, c’est le truc classique, ils sont TOUS réfugiés en principe) n’est qu’a peine tempérée par la soudaine révélation du pot aux rose par Margolin: la Turquie! Evidemment (tout le monde le sait, vous le dites) elle a organisé pour mieux nous racketter le grand exode qui émeut tant. Là il explose en plein vol, pris la main dans le sac et se déclare contre l’entrée de la Turquie en Europe: cet homme a effectivement un problème de personnalité.

    La perle de l’émission est tout de même révélée par Cavada lui même: c’est « à cause » du FN que la France a mauvaise réputation, et que les migrants s’en détournent!

  6. IRobot dit

    J’aimais bien Cavada journaliste à l’époque de la Marche du Siècle. C’était aussi à l’époque où je croyais que la construction européenne était porteuse de toutes les vertus que beaucoup lui prêtaient lors du vote sur la ratification du traité de Maastricht, premier scrutin de ma vie pour lequel je me mors encore les doigts qu’ils ait laissé échapper un OUI dans l’urne. Le monsieur a depuis décidé d’utiliser son capital médiatique pour entrer en politique sans apporter quoique ce soit de nouveau au débat… répétition des poncifs sur l’irréversibilité de l’intégration européenne, la prospérité engendrée par l’abolition des barrières douanières, la libre circulation des personnes, la monnaie unique qui permet d’exister face au dollar, bla bla bla… Ces gens sont extraordinaires et me rappellent comment on faisait bien souvent de la « science » jusqu’au XVIII ème siècle : on énonçait un nouveau dogme et on se faisait fort de trouver des arguments ad hoc et surtout invérifiables pour asseoir ses propos. L’essentiel étant de le faire avec un air grave et autoritaire.

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