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Cazeneuve et le secret défense: deux poids deux mesures

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Bernard Cazeneuve a une conception très particulière de l’impartialité de l’Etat et de l’égalité républicaine. Ces différences de traitement se mesurent à sa façon de traiter le secret défense dans les affaires de terrorisme. En voici quelques illustrations.

Cazeneuve astucieux sur Karachi

Dans l’enquête sur l’attentat de Karachi, en 1995, Cazeneuve a trouvé une astuce pour contourner le secret défense opposé par la Commission (pas si) Consultative du Secret de la Défense Nationale (CCSDN) qui s’oppose à la déclassification de documents relatifs à l’un des intermédiaires du dossier. L’activisme de Cazeneuve n’étonnera personne: il fut président d’une commission parlementaire d’enquête sur le sujet dans les années 2000.

À l’époque, on pouvait encore soupçonner une affaire graveleuse ou un règlement de compte d’Etat derrière un attentat islamiste sans être accusé de complotisme. Dans la pratique, Cazeneuve devrait donc permettre à des juges d’instruction d’obtenir des informations qui pourraient mettre la droite dans l’embarras. On se souvient que beaucoup imaginent, derrière ce dossier, une affaire liée au financement de la campagne de Balladur, en 1995, dont Nicolas Sarkozy était un soutien.

Embarrasser Sarkozy sur une affaire de terrorisme à l’horizon 2017, voilà qui ne se refuse pas…

Cazeneuve buté sur Charlie Hebdo

Cazeneuve se montre curieusement beaucoup moins zélé et inventif sur l’affaire Charlie Hebdo. Rappelons que les attentats de janvier 2015 à Paris ont donné lieu à des occultations en beauté à tous les coins de table.

Cazeneuve a par exemple passé sous silence le suicide d’un commissaire à Limoges, le soir même du carnage.

Il a également évité de prendre le taureau par les cornes dans le dossier de la blessure handicapante infligée à un joggeur à Fontenay-aux-Roses le lendemain du carnage. Officiellement, c’est Coulibaly, auteur du massacre de l’Hyper-Casher, qui est coupable. Problème: le joggeur a formellement reconnu un certain Amar Ramdani comme étant le tireur. Ramdani est un ami de Coulibaly, et l’amant officiel d’une gendarmette affectée aux renseignements, laquelle a consulté sans habilitation des dossiers confidentiels. Ces indiscrétions lui ont valu une radiation de la gendarmerie et une condamnation à un an de prison avec sursis.

Mais le sommet des coïncidences troublantes est atteint avec l’affaire des armes de Coulibaly, pour laquelle Bernard Cazeneuve a refusé que le secret défense soit levé. Pourtant, on aimerait savoir pourquoi un indic de la gendarmerie a fourni (et remilitarisé) des armes à un terroriste fiché S, contrôlé sans effet par la police 8 jours avant son forfait dans les rues de Paris. On peut penser que le manque de zèle du ministre ne concourt pas vraiment à la manifestation de la vérité.

Cazeneuve acculé sur le 13 novembre

Selon le Figaro, les juges d’instruction ont finalement demandé la semaine dernière la levée du secret défense concernant plusieurs protagonistes des attentats du 13 novembre (Abbaoud, Abdeslam, les frères Clain, Abrini), et plusieurs lieux, notamment la mosquée du 19è arrondissement fréquentée par l’un des assaillants du Bataclan, Mostefaï, et les évacuations de la gare de Lyon et de l’hôtel Molitor (où était hébergée l’équipe allemande de football) dans la journée du 13 novembre.

Officiellement, Cazeneuve annonce son intention de coopérer. On jugera sur pièce. Plusieurs choses sont sûres en tout cas: le réseau qui a organisé et mené les attentats du 13 novembre sont bien plus nombreux que la police ne le dit depuis le début. Là encore, certains éléments troublent. Par exemple, Mostefaï fut l’un des seuls à ne pas être surveillé par les renseignements après avoir été identifié comme « radical ». Il fut un temps inscrit dans un club de tir de la police nationale.

En outre, la version donnée pendant plusieurs semaines par la police sur le déroulement des événements a toujours minimisé le nombre de participants aux faits, de façon totalement invraisemblable.

On aimerait que la lumière soit faite sur tous ces points.

L’impartialité de Bernard Cazeneuve va être mise à l’épreuve.

 

5 commentaires

  1. Il est absolument normal voire même indispensable que des explications soient données sur les divers points mal connus de toutes ces affaires. Néanmoins, et Dieu si tout le monde n’aime pas les socialistes au pouvoir, il me semble difficile, voire invraisemblable de sous entendre à propos des membres de la police, ministre compris, qu’ils seraient parti prenante des souffrances causées autrement que par négligence, incompétence ou inaction coupable variée. Reste à savoir comment et de quelle manière, de manière à mieux s’organiser pour l’avenir.

    Maintenant, on veut savoir ce qui fut planifié après les attentats de Janvier comme améliorations, et ce qui fut effectivement réalisé. Le canard parle de postes de polices et de douanes, débloqués à grand bruit (on est là précisément dans le domaine de compétence du ministre) sans conséquences effectives.

    Personnellement, j’aimerais pouvoir comparer cet effort, en valeur absolue, avec ce qui fut consacré à poursuivre Dieudonné pendant la période.

  2. Pierre dit

    Il faut douter de tout ce qui sort de leur bouche.
    Ce n’est pas un lubie, mais un devoir.

    « Ne les croyez pas, ne les craignez pas, ne leur demandez rien » (Soljénitsyne).

    A minima, ils mentent pour couvrir, dissimuler leur veulerie et/ou leur incompétence.

  3. Gordion dit

    Les questions soulevées dans l’article sont légitimes.

    Les réponses, si tenté qu’il y en ait un jour, sont ,elles, l’apanage du pouvoir, donc politiques, surtout sur ces thèmes sensibles.

    Comme je l’ai déjà écrit ici par le passé, l’état profond résistera au maximum du « défendable » selon les pressions, et sacrifiera quelques fusibles quand il le faudra. La politique implique des actes réalisés par des humains, donc faillibles et compromissoires.

    C’est ainsi, en France, partout, et de tous temps. Manipulations, combats de l’ombre, et dessous des cartes. L’état est par définition infaillible. Sa parole est vérité, jusqu’à ce que le mensonge soit découvert. Et si mensonge il y eut, et alors, raison d’état!

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