Accueil » Sarkozy sur le terrain glissant de la réforme de l’Etat

Sarkozy sur le terrain glissant de la réforme de l’Etat

Cet article a été lu 5225 fois

Nicolas Sarkozy a décidé de faire l’ascension de l’Himalaya par la face Nord. Non seulement il participe à une convention des Républicains sur la réforme de l’Etat, mais il fait le choix d’y prononcer un discours appelant à une diminution importante du nombre de fonctionnaires. D’aucuns pourraient y voir une véritable fuite en avant libérale, qui tranche avec le politiquement correct ambiant.

La réforme de l’Etat, le sujet ingrat

On notera d’abord l’espèce de bravoure politique, de la part de Nicolas Sarkozy, à relever le gant de la réforme de l’Etat. Ce monstre du Lochness constitue en effet le sujet repoussoir par excellence. Quel électeur s’intéresse un tant soit peu à ces questions arides qui parlent toutes de tuyauterie administrative, alors que tant de postures sont infiniment plus « payantes » en terme électoral?

Parlez de solidarité, d’immigration, de police, de justice, et les électeurs seront suspendus à vos lèvres. Parlez-leur d’économie budgétaire, de rationalisation des services administratifs, de décentralisation, de recentralisation, et ils décrochent automatiquement.

Pour que Nicolas Sarkozy en fasse un thème de campagne, dans le cadre des primaires, il lui faut un estomac bien accroché, voire une forme d’inconscience politique.

Pourquoi les Français n’aiment pas la réforme de l’Etat

La réforme de l’Etat n’est pas seulement un sujet impopulaire à cause de l’ennui qu’il inspire. Une raison plus profonde éloigne cette question de la préoccupation politique des Français: la remise en cause de l’Etat est une ambition qui plaît toujours lorsqu’elle est générale, mais qui effraie lorsqu’elle devient particulière.

Demandez aux Français s’ils veulent moins d’impôts et de fonctionnaires, et ils vous disent forcément oui. Demandez-leur s’ils sont d’accord pour fermer le collège de 80 élèves situés à proximité de chez eux, la maternité dangereuse à dix minutes de leur village, le commissariat inutile dans leur chef-lieu de canton, et immédiatement ils sont prêts à descendre dans la rue pour protester contre ce diktat parisien qui remet en cause l’égalité sur le territoire de la République.

Tout le dilemme de la réforme de l’Etat est bien là. D’un côté, les Français n’aiment pas l’impôt. De l’autre, ils aiment la dépense publique, lorsqu’elle leur apporte un confort près de chez eux.

Sarkozy fait-il de la provocation?

Sarkozy ne peut ignorer cette répugnance des Français à aborder les questions qui fâchent. Malgré cette évidence, le candidat à la primaire de la droite pousse le bouchon jusqu’à la provocation. Outre qu’il propose 300.000 suppressions d’emploi par le non-remplacement des départs à la retraite, il n’hésite pas à proposer une harmonisation des régimes de retraite, à commencer par un rapprochement des âges de départ entre secteur public et secteur privé.

Pour le coup, le sujet de campagne est plutôt courageux, parce qu’il est d’intérêt général mais extrêmement impopulaire. Là encore, l’idée d’une parfaite égalité entre public et privé recueille toujours, sur le papier, un soutien massif. Mais que les infirmières commencent à réclamer des conditions spéciales de départ pour tenir compte de la pénibilité de leur métier, que les policiers, les gendarmes, les militaires, demandent des avantages en contrepartie des risques qu’ils prennent, et un sondage d’opinion ne tardera pas à montrer qu’ils sont soutenus par un nombre important de Français.

De ce point de vue, les propositions de Nicolas Sarkozy ne manquent pas de panache. Elles devraient confirmer les solides inimitiés que certaines de ses prises de position durant son mandat lui ont valu. Elles ont un mérite: elles répondent aux véritables sujets politiques et économiques du pays. Leur inconvénient consiste surtout à lui enlever une chance (de plus) d’être élu.

Quel bénéfice l’intérêt général peut-il en tirer?

Au total, si la réforme de l’Etat est plus que jamais nécessaire, elle a très peu de chances d’aboutir, surtout avec un Nicolas Sarkozy dont la faible créativité de la RGPP a laissé des traces dans tous les services publics. Sarkozy estime les économies générées par ses 300.000 suppressions d’emplois à environ 7 milliards d’euros. Le calcul est un peu tordu.

En réalité, 300.000 suppressions d’emploi rapportent en principe environ 12 milliards d’euros. Si Nicolas Sarkozy minore cette somme à 7 milliards, c’est bien parce qu’il compte augmenter les fonctionnaires qui « restent » avec une partie des économies dégagées.

Cette recette adoptée durant la RGPP sous son mandat a, au passage, démontré toute son inutilité. Elle est en effet perçue comme une simple politique salariale sans lien direct avec les gains de productivité consentis dans les services.

C’est peut-être le problème de Nicolas Sarkozy: sa trop grande confiance dans les recettes utilisées sans succès en 2007.

12 commentaires

  1. Pierre dit

    D’abord, relativisons : 300 000 par an et par non remplacement des départs à la retraite…. c’est ridicule.

    Quand on a déficit de 70 milliards par an, programmer une économie de 7 milliards par an, et se faire traiter d’ultra libéral et d’agent provocateur pour cela… on se pince !

    Sarkozy fait au contraire du parfait Sarkozy : la non réforme (à la marge) déguisée en Action pleine et entière.

    C’est le syndrome « Karcher ».

    Ce type a passé tout son quinquennat à jouer se jeu grotesque, alors qu’il avait toutes les cartes en main (en tout cas au début).

    Bref, Sarkozy et ses « réformettes » poubelle. Dehors.

    La seule réforme qui vaille est d’interdire… le déficit budgétaire.

    Quand dans un pays de tarés comme la France ce sont les « dépenses de fonctionnement » qui font le déficit, alors il faut frapper un grand coup.

    Donc fonctionnaires ou pas, je te remplace, je te RGPPise, le problème n’est pas là.

    Le problème est de vivre en fonction de ses moyens.

    • ikomal dit

      En théorie, le déficit budgétaire est DEJA interdit.
      La constitution ne parle du budget et des impôts qu’à un seul endroit, l’article 13 de la DDHC, par une phrase unique et claire : « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.  »
      Et cette phrase dit clairement que les recettes fiscales doivent être égales aux dépenses (dans ce sens, et pas dans le sens opposé, ce qui est n’est pas tout à fait neutre, on notera…), il n’y a pas la moindre place pour du déficit.
      Et vu le contexte de l’époque, on comprend pourquoi.

      C’est l’éléphant juridique que personne ne voit, ne veut voir, dans le magasin de porcelaine fiscal …

    • Deres dit

      Oui, il utilise la même corde usée que Hollande en parlant des économies cumulatives (en théorie) sur le quinquennat. Donc 100 milliards sur 5 ans, cela ne fait que 6,67 milliards par an (5+4+3+2+1 = 15 années en cumulatif) soit environ 0.3% de diminution du PIB par an ou environ une baisse des dépenses de 0.6% par an … Vu comme cela, c’est tout de suite beaucoup moins offensif !

      Certes, c’est plus que les 50 milliards promis par Hollande, qui n’en fera probablement que 30 au final.

      Le pire est surtout que dans le même temps, il veut diminuer les impôts sans attendre de constater que les diminutions de dépenses sont effectives. C’est la recette idéale pour un effet ciseau augmentant le déficit. Comme les objectifs d’économies ne sont jamais respectés, faute aux mesures non prévues et à la résistance de toute la fonction publique, le gouvernement finit toujours par des coups de rabots discriminés. Et au passage, comme le budget le plus accessible est la Défense, ce sont généralement les acquisitions d’équipements qui glissent discrètement du mois de décembre au janvier suivant. Un glissement de planning d’un mois fait en effet gagner 1/12ème d’un budget de 35 milliards soit entre 2 et 3 milliards à chaque fois par cette seule acrobatie comptable, tout en ne changeant en apparence pas les quantités prévues.

  2. Deres dit

    C’est certain que la Réforme de l’Etat par le gouvernement actuel a de l’avenir … Elle a d’ailleurs été confié à jean-Vincent Placé en tant que secrétaire d’Etat. Lors de ses interviews suivants, fier comme Artaban, il a longuement parlé de son positionnement politique mais a totalement oublié de parler de ses objectifs ministériels. On sait donc qu’il n’y aura plus aucune réforme de l’Etat d’ici 2017; l’heure étant à l’augmentation des fonctionnaires et aux achats de voix clientélistes.

  3. ll vous faut parler du programme de François Fillon. D’abord, il l’a travaillé, alors que Sarkozy, qui, contrairement à ce que vous dites, NESTPAS candidat à la primaire (il le sera peut être à l’été, suivant les calendriers judiciaires, ou pas), n’a strictement rien fait de particulier: il se contente, comme d’habitude, de réagir à l’actualité. Un vrai bloggeur…

    Pour être précis (les choses sont sur la table, il suffit de s’intéresser): l’égalité public/privé est inscrite dans la constitution, et ce n’est pas 300 000, mais 500 000 emplois publics qui sont supprimés. Passage au 39 heures partout, avec des augmentations de salaire, c’est la condition.
    Réforme de l’Etat ? Tu parles !

    • Deres dit

      Hollande a poursuivi dans cette voie en pire avec sa stabilité théorique des effectifs. En effet, cela s’est effectué tout en transférant de nombreux postes vers des agences d’Etat. Et les seules diminution d’effectifs ont eu lieu au sein de la Défense où c’est beaucoup plus facile à cause des contrats courts. Mais maintenant, c’est machine arrière toute …

  4. Stanislas Poitevin, publiciste, auteur de manuels pour la préparation des concours administratifs dit

    Bonjour je suis militant écologiste à Paris et dans le Marais Poitevin. Tout en continuant à soutenir de mon mieux les héroïques petites Associations, j’ai cessé de payer les cotisations EELV quand le gros truand dénommé Placé est devenu sénateur et président de groupe au Sénat. Le camarade Pépère a fait de ce gros truand un ministre de la réforme de l’Etat, ce qui est une insulte gravissime à l’égard de tous les fonctionnaires honnêtes.
    Dois-je maintenant arrêter de payer mes impôts ?

  5. diabolo dit

    Des réformes ? tant que vous en voudrez mais commençons par la Constitution et notamment le fonctionnement des institutions..
    Les autres suivront plus facilement dans un pays totalement bloqué !

  6. Gridou dit

    Le vrai problème est bien,ainsi que vous l’avez souligné, ce que l’on attend de l’État,et non celui du nombre de fonctionnaires….
    Afficher d’entrée que l’on va diminuer celui ci est certes courageux,mais ne tient pas la route alors que l’État se charge à chaque instant de normes nouvelles en tous genres, qu’il est censé vérifier et faire respecter…
    La Rgpp,que j’ai vécue, était l’exemple typique de la réforme « arithmétique  » vue par un Énarque, sans objectif hors le chiffre, sans objectif non plus…Alors de grâce , que l’on arrête ce genre d’effet d’annonce,que l’on mesure les priorités, et que l’on leur donne les moyens d’être atteintes…on verra les chiffres après. ..

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *